‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 14 sur 19 · I. ai · texte numérisé non relu

I. ai

SIîT^rai DE LOBOaE — «^t.v-s iu >taiiici:<«tk$ qoi admettoicDt deui ^ n-iiLUJv^- an ^OD et ao ■laavais, auxquels ils utr-'iifienc i^'Ui» ir? «ruoDs des homnieg. Od t> if.-tïîOLi J^--,>o.s-*W laTiUedAlhy^enLan- •-w-ï'-'C. ti-rat Li plupart dea balutaDS étoient aiTfcws je cène bifresie. Le Pape, poor les eitir- 9^T j-ia* p#>>mpte(nent, fit prêcher contre eus ss* Bouvrlle croisade, et y attacdia les mêmes CI Ju.',:oKTS qoi éloient accordées pour la guerre •ie |j Terre-Sainte, sans exiger des croisés qu'un jvrvitrv de quarante jours.

Otte facilité à gaf;uer des indulgences, attira, en Languedoc, un nombre infini de croisés, et prt*Ti de leur secours les Chrétiens de la Terre- Àitnte: ce qui fut cause que Jean de Brienae, «tant prêt à partir pour Jérusalem , ne put Jamais assembler que trois cents cbevaliers, au lieu tl.? ces armées formidables qui dévoient lui faciliter lentrée de la Palestine. On fut bien surpris quand on vit débarquer, au port d'dcre, une si petite troupe, suffisante, àla vérité, pour le cortège d'ua roi, mais méprisable par rapport à ce qu'on en avoit fait espérer, et aux besoins de lEtat.

Cependant ce seigneur, après avoir épousé la jeune reine, se mit en campagne pour signaler son avènement à la couronne par quelque action digue de son courage. Il ravagea d'abord la frontière du pav. ennemi , et emporta quelques châteaux d<? |>ru de conséquence: mais dilATens corps de Sarrazins s'étant avancés pour l'eove-

lopper, i) fîtS obKgé de se retirer ; et il reg^arda comme on avantage d avoir échappé à des en- Mocitahui oeinû si puîssans.

U écrivit aussitôt an Pape pour lui rendre compte de letat où il avoit trouvé la Terre- NaiBte; et il ajoutoit que ce quon appelloit le royaume de Jérusalem , ne consistoit p)ns que lians deox on trois places, qu'on ne conserveroit même , qu'autant que doreroient les guerres ci- ^ îles qui étoient entre les frères et les enfans de >aladin; et, qna moins de faire passer dans la Palestine une nouvelle croisade, il étoit à la veille de se voir roi sans royaume et sans sujets.

loaocent fut sensiblement touché de ces triste» nonrelles. Ce pontife, comme la plupart de ses prédécesseurs, outre le zèle qui lattachoit au recouvrement de la Terre-Sainte, s'intéressoit particalièrement dans ces guerres, dont les Papes ^ regardoient comme les chefs, et on leurs lé* ,';ats prétendoient commander avec une autorité «•upérieare à celle des généraux et des princes même qui sengageoient dans ces pieuses expéditions: nouvelle espèce de souveraineté inconnue dans les siècles précédens, et qui, sous pré- . texte de s opposer aux invasions des infidèles , Kimnettoit aux ordres des Papes, des armées nombreuses de Chrétiens , commandées souvent par des souverains.

Ijt Pape, plein de ces grandes vues, et danà le dessein de secourir le nouveau roi de Jérusalem, jogea bien qu*il n y auroit qu'une nouvelle

ai.

3i4 HISTOIRE DE l'oRDRE

^ croisade qui pût produire ces nombreuses ar-

MosTAiou niées, la terreur des barbares. Pour tirer ces troupes de la plupart des États de la chréticoté, il résolut, à lexemplë d'Urbain II, le premier auteur des croisades, de convoquer un concile g^énéral. Outre les bulles de convocatioo, il le fit annoncer par un grand nombre deeclésiastiques et de religieux qui se répandirent dans toute r£urope,et qui, dans leurs sermons, relevoient le mérite de pareils voyages , et exagéroient peut-être un peu trop les indulgences gé- J2IO. nérales qui y étoient attachées. Mais lexécution de ce pieux dessein fut suspendue par une ligue formidable qui setoit formée contre la France, et dans laquelle un grand nombre de souverains de la chrétienté étoient entrés. Ces princes armoient de tous côtés; et, dans un si grand mouvement de troupes , le Pape jugea bien qu il ne convenoit pas d exiger des évèques qu ils se missent en chemin, d autant plus que, quand ils auroient été assemblés, on nauroit pu tirer, dans cette conjoncture, aucun secours de la France et de TÂlIemagne , la ressource la plus assurée de toutes les croisades.

Othon IV, empereur d'Allemagne, étoit à la tête d'une ligue contre la France; et on comptait, parmi ses alliés, Jean, roi d'Angleterre; les comtes de Flandres, d'Hollande, de Boulogne, de Salisbery, frère naturel du roi d'Angleterre; Henri, duc de Brabant; Frédéric, duc de Lorraine ; Thibault, comte de Luxembourg, et Pbi-

DES CHEVALIEnS DE MALTE. 323

lijipc de Courtcnay, marquis de Namur, fils de —

Pierre de Courtcnay, comte d'Auxerre. On sera moxtugu peut-être surpris de voir, parmi les ennemis de la France, le duc de Brabant qui étott gendre du roi; le comte de Bar, son sujet, et dont le fils <^r%'oit dans larmée de France; Ferrand de Por* to(pl, vassal de la couronne, et auquel le roi avoît fait épouser Thëritièrc de Flandres, et le marquis de Namur, prince du sang royal : et on ne pourroit guères excuser ces princes du icrime de félonie et de révolte, si on ne sçavoit que quelques-uns tenoient leurs principaux États de lempire; qu'ils en étoient feudataires; et que, s lis ne s etoient pas rendus dans 1 armée de Icmpereur, ce prince qui étoit entré dans les Pays- Bas, à la tète dune armée de cent mille hommes, auroit commencé par les dépouiller de l<nirs grands fiefs. Cest ainsi que le comte de Bar, quoique vassal de la couronne, pour convTver le comté de Luxembourg, fut obligé, rontre son inclination, de fournir à 1 empereur ^on contingent de troupes, quil amena, luimême, au camp impérial.

lies principaux chefs de cette ligue étoient si persuadés que le roi ne leur pourroit résister, quils avoient davance partagé entre eux ses Ktats, et démembré du corps de la monarchie, les plus l)elles provinces de ce grand rayaume.

L*empereury à la vérité, avoit retenu pour lut la haute souveraineté, et le suprême domaine dr la couronne; mais lAnglois pix*tendoit avoir,

CuÉniff r>B

326 HISTOIRE DE t'ORDRE

pour sa part, toutes les provinces voisines de la UosTAiGv '-^oire. Renaud de Dammartin , comte de Bouiog^ne, lennemi secret du roi, et ie promoteur le plus ardent de la ligue , avoit jette ses vues sur le Vermandois et sur les provinces voisines qui se trouvoient à sa bienséance ; et on avoit promis au Flamand, Paris, Tisle de France, et cette partie de la Picardie , qui est voisine de TArtois.

Cetoit, pour ainsi dire, vendre la peau de Tours avant que de lavoir abattu ; ces princes avoient affaire à un ennemi dont il netoit pas aisé de triompher. Philippe II y roi de France , qui a mérité si justement de 1« postérité le titre d'Auguste, sans s'étonner du nombre et dej forces de ses ennemis, s avança vers Péronne, à la tète de quarante mille hommes , la plupart 1 a 1 4. troupes d ordonnance , sans compter trente^oq mille hommes de milice , tirés des provinces voisines , et qui formoient un grand corps d'infanterie. La plupart des princes et des seigneurs du royaume se rendirent auprès du roi; la noblesse étoit convoquée; tous le^ genCilsbomnaes accouroient au secours de la patrie; on ne connoissoit point encore dautres chevaliers, q«^ ceux qui avoient acquis ce glorieux tître par leur valeur, et qui, par de bouts faits d'armes, setoient distingués dans les batailles.

Le roi de France, à la tête de sa noblesse, se croyoit invincible: et , quoiqu'il n'eût guèresplu» de soixante mille hommes dans son ar^néC; il

nffokit de porter la guerre dans le pays ennemi. — '. •

il partii de Péronne le 23 juillet, entra dans la momaigo Flandres, et fut camper auprès de Tournay. L'empereur^ de son côté, s avança jusqu*à Mortaf^ne, qui nen est qu*à trois lieues, et s'y re- Craocha. Outre quil avoit plus de deux cent mille hommes dans son armée, il setoit posté trop avantageusement pour pouvoir être forcé dans son camp.

Le roi, pour le tii*er de ce retranchement, tourna du côté du Hainaut. Lempereur, qui prenoit sa marche pour une fuite, et qui .craignott quen se retirant, il ne ravageât la province d*un de ses alliés , prit la même route , et arriva dans la plaine de Bouvines, un dimanche 27 de juillet. Ije roi l'y avoit précédé seulement '^'4* de quelques heures; et, comme ce prince ne M)ngeoit qua pénétrer dans le Ilainaut, son avant-garde avoit déjà passé sur un pont qu il avoit tait jctter sur la Marque , lorsqu*il fut averti par ses coureurs, que les alliés savan* roienten ordre de bataille, c est-à-dire , les étendards déployés, les chevaux bardés, et les sergens, espèce de dragons attachés au service des hommes d armes, à qui Ton avoit fait mettre pied à terre, et qui marchoient devant eux. le roi envoya aussitôt Tliospitalier Guérin , qui fai- «oit la fonction de maréchal de bataille, pour rfconnoitre les ennemis. La longue expéricnrc qu il avoit ac^|uise dans les guerres du Levant , et b gloire dont il setoit couvert eu plusi^uii

328 HISTOIRE DE L'oRDRE

"T"; combats contre les infidèles , faisoit que les plu>

Mo5T4iGu grands seigneurs du royaume le voyoïent sans envie, remplir ce poste d^honneur.

L'histoire ne nous a point conservé ni son surnom, ni celui de sa Maison. Il est bien certain quêtant Hospitalier de Saint-Jean , il f'alloit qu'il fût de noble extraction : c'est tout ce que nous en pouvons dire. Sa piété et sa science lavoient fait élire pour évéque de Senlis, mais il n avoit pas encore éié sacré; et nous allons voir, dans cette occasion , de nouvelles preuves de sa capacité dans le métier delà guerre. Rigord, historien contemporain , et qui étoit à la suite du roi, parlant de ce chevalier: <» Cetoit, dit-il, «« un très-vaillant Capitaine, d'une conduite ad- « mirable, d'un jugement sûr, et qui prévoyoit «tous les évènemens qui pouvoicnt arriver.» Le Breton, autre historien aussi contemporain, ajoute qu il possédoit le cœur et la confiance du roi, son maître, et qu'il étoit le premier du royaume après lui. Cependant, dit Rigord, quoique cet illustre chevalier brillât de tout 1 cclat que donne la faveur, il ne voulut jamais, dans un si haut degré d'autorité » quitter l'habit de sa religion, qu'il portoit toujours sous ses armes. Tel étoit ce fameux Hospitalier, qui a fait tant d'honneur à sa nation et à son Ordre. Le roi, qui se reposoit entièrement sur lui de la conduite de l'armée, lui ayant ordonné, comme nous venons de le dire, d'aller reconnoître l'ennemi, il prit a\cc lui Adam, vicomte

de Melun , un des plus braves seigneurs du ^TérÎTdÊ royaume; et, après s être mis à la tête d'un corps Mo!itaigu <le cavalerie , il s avança sur une hauteur, d où il découvrit la marche et la disposition de larmec des alliés; et, après avoir laissé le vicomte dans ce poste , avec ordre d*amuser les ennemis »ns rien engager, il revint, à toutes jambes, trouver le roi , et lui dit qu il seroit bien trompé , ^ il n etoit pas attaqué incessamment par lemjicreur.

Philippe assembla aussitôt le conseil de guerre; on y mit en délibération si ses troupes continueroient de passer la rivière, ou si , pour livrer U Imtaille à lennemi , on feroit revenir lavant- (•^arde qui étoit déjà passée. La plupart des offirirrs-généraux étoient davis quon évitât, ce jour-la, dcn venir aux mains; ils se fondoient «ur un ancien usage parmi la nation , de ne jamais se battre le jour du dimanche. Us disoient que les Français sctoient toujours fait un scru* |)ule de répandre du sang dans ce saint jour; bailleurs, que les soldats étoient fatigués d^une longue marche ; que les alliés étant aussi supérieurs en troupes, il falloit donner le temps à la tioMes^se, qui étoit en marche, de pouvoir joindre l'armée; et que, pour cela, il falioit achever de faire passer les troupes de l'autre côté; que la ri\iêrc serviroit de barrière, et que les ennemis TK* hazarderoient point de la passer devant une armée aussi forte que celle du roi.

Le chevalier Guérin , auquel sa longue expé-

33o HISTOIRE DE l'ORDUE

T~, rience dans le métier de la fifuen^ avoit fait iu- MoHTAiGu ^er qu on éviteroit difficilement la bataille, leur dit quils délibéroient d une chose dont ils netoient plus les maîtres ; que lennemi étoit trop proche, et que, si on continuoit à faire passer la rivière à toute Tarmée , on sexposoit à voir au moins tailler en pièces larrièrc-garde et les troupes qui seroient restées les dernières au passage. Cependant, comme il étoit presque le seul de son avis , et même que , dans ce moment, les troupes de lempereur tirent un mouvement, comme si elles eussent voulu marcher du càié de Tournay, on résolut, à la pluralité des voix, de passer de l'autre côté de la rivière ; mais Tarméedc Fempereur, par un autre mouvement, étant tombée tout d'un coup sur le corps que commandoit le vicomte de Melun, justifia la sûreté des vues du chevalier Guérin. IjC roi vit bien qu on ne pou voit plus éviter d'en venir aux mains; on fit repasser à l'instant l'avant-Rarde ; et le chevalier, qui faisoit la fonction de maréchal de bataille, rang^ea les troupes en ordre Je combat, et assif^na, à chaque corps, la plate qu'il devoît occuper. Par sa capacité supérieure à celle des généraux ennemis , il eut l'adresse iic se mettre le soleil à dos; et les ennemis, Tav^n^ dans les yeux, il en tira le même avantage, surtout pendant les chaleurs de la canicule, qu Annibal en avoit autrefois pris contre lesRomauis , à la bataille de Cannes. Le moine Rigord, chapelain et médecin du roi , qui , dans cette h^'

DES CBCVALIEHS DE MALTE. 33l

lâifle, se tint toujours proche de son mattre, . rapporte qu il vit THospitalier Guérin , après Mo>TâK»« avoir rauçé l'armée en bataille, entrer dans tous if» raD(rs , passer le long des escadrons et des baCailloos, et exhorter tout le monde à comliltre courageusement pour la défense du roi et de la patrie. Il ajoate que cet illustre cfaeTalier , spiés qu on eut donné le signal de la bataille , ne ToolnC point se mêler parmi les combattans, a cause de son élection k levéché de Senlis ; mais quil ne laissa pas de donner ses ordres et de ^iire agir les difiSérens corps de 1 armée dans le temps qu OD en avoit besoin.

H ne setoit guères donné de bataille en France, qui eut été si long*temps disputée : tout K mêla : tout combattit avec une fureur égale ; le roi y fit des prodiges de valeur ; six-vingts gentilshommes Français furent tués à ses côtés : luimême y pensa périr ; il reçut un coup de lance <ldas la goiige; son cheval fut tpé, et ce prince ioulé aux pieds des chevaux : deux seuls gentilsnommes y Montigny et Tristan , pour sauver leur inaitre, lui firent un rempart de leurs corpi , et «outioreot tout lefiFort des ennemis. Le roi se jette sur le cheval de Tristan : et, s étant mis à la tête d'un corps de noblesse qui étoit accouru a ^a secours, il fait une nouvelle charge aux eni^emîi : un escadron d'Allemands , qui Uii étoit t^pposé, est enfoncé; rien ne résiste à la furie de» Français , qui , sous les yeux de leur prince^ f t poor ae venger du péril qu on lui avoit fait

332 HISTOIRE DE LORDRE

~ courir, tuent tout. On pousse, on pénètre jus- MoHTAiGu ({ua la personne même de Tempereur, qui se trouva dans le centre de cet escadron. De Trie le frappe dun coup de lance que sa cuirasse rend inutile : Mauvoisin saisit la bride de son cheval, et le jeune comte de Bar, dont le père, à cause du comté de Luxembourg, étoit dans Tarniiée des alliés, saisit Tempereur parsonhaus* se-col : Desbarres, sénéchal d'Anjou, survient qui Tembrasse par le milieu du corps pour le tirer de dessus son cheval : tous veulent avoir Thonneur de faire un empereur prisonnier. Mais les Allemands arrivent en foule à son secours, écartent les Franc^ais, lui ouvrent les chemins de la retraite; et ce prince, monté sur un nouveau cheval , encore étourdi du péril où il setoit trouvé , s abandonne à la fuite , sans égard pour sa gloire. Le roi, le voyant s éloigner à toute bride, ne put s empêcher de dire en souriant, aux seigneurs qui lenvironnoient: «Mes amis, « vous n en verrez aujourd'hui que le dos. »

L empereur, par sa fuite, entraîna la plupart des troupes : ceux que leur courage retint encore sur le champ de bataille, et qui voulurent disputer une victoire a laquelle ils n avoient plus de part , furent taillés en pièces. Les comtes àe Flandres, de Boulogne, de Salisbery, Eustache de Hainault, Hospitalier de Saint-Jean, Hugues Manges, chef du Conseil de lempereur, et trente seigneurs bannerets furent faits prisonniers. Othon , méprisé des Allemands^ abdiqua , depuis,

>a dignité. Le roi d'Angleterre , odieux à ses su- — ;

jets, passa le reste de ses jours dans une guerre MonTAioo civile: et la victoire de Bouvines, eu comblant Philippe de gloire , rétablit la paix et la . tranquillité dans toute TEurope.

I^e Pape, pour profiter de ce calme, et pour engager les princes d'Occident dans une ligue ;;<'Dérale contre les infidèles, convoqua un conule général à Rome et dans Téglise de Latran. <> fut le douzième œcuménique et le quatrième >3i5. de Latran ( i ). 11 s'y trouva quatre cent douze tvéques, en comptant deux patriarches, et ia»s. soixante onze primats ou métropolitains; on y ût des ambassadeurs de Frédéric 11, roi de Siûlf , élu empereur d'Allemagne; de Henri, empereur de Constantinople ; ceux des rois de iraoce, d'Angleterre, de Hongrie, de Jérusalem, de Chypre et d*Arragon. Le Pape fit lou- ^erture du concile par un discours très-touchant 'ur la perte de la Terre-Sainte , et sur les obligations quavoient tous les Chrétiens de travailler ^ la délivrer du joug des infidèles : « Cette terre ,

- dit*il, arrosée du sang de notre divin Sauveur, -estprofonée;«et lendroit où le fils unique de

- bieu étoit adoré , est devenu le temple du dé-

- mon. Quelle honte et quel opprobre que le fils

- <i Agar tienne la mère de tous les fidèles dans les fers! Il faut les rompre, mes très -chers Irères; me voila tout prêt à me mettre à votre

- 1) Man. Paris, ad ann. i2i3. -* Abb. Usperç.

, !II:>TOIRE DE L'OHDRE

-^^ - uie; jf me livre tODt entier à vous; je Siiii

.,. ! rrs. »' *"*"* '* j"S™ * propos, d'aller en per-

-.,uije chez les rois, les princes et les peuples.

.. Kir éprouver si, parla force de mesaU.jp

■.mai les exciter à prendre les armes, et à

.-iii;t-r le» injures faites ata Sauveur desbom-

cr-r. jui est chassé aujourd'hui de celle terre

, 1 II a jcifuii»e par son sang, et où il a acconi-

H .csiuvsitres de notre rédemption (i)».

>.>u iliscours tira des larmes de toute Tassein-

tt; les princes et lea seigneurs qui s'y trou-

:.t;ui. conriarent unanimement de prendre la

,tx. et les pères da concile firent un décret

„u>.'iiiier, par lequel ils assij^noient le reniiez-

vd> lies croisés au i" juin de l'année 1117.

jji-s, (lit le concile , ceux qui voudront prendre

:■ kihfiuia de la mer, s'assembleront à Messine

a a (Jriudes ; et les armées de terre se mettront

« mtiixhi.' U- même jour.

L«n.-v«jucs. après s'être séparés, prêchèrent

lH,L-njit«adt-. dans leurs diocèses, avec beancoup

•!■ A*h; et de succès. L'empereur Frédéric, Andrti

nûàv Honpric, Léopold duc d'Aotriche, Louis

•llKde Bavière, et un nombre inBni de princes

«c de prcbts. Français, Allemands, Hongrois.

rtnltuiiilrii- , Frisons , Korvégiens , prirent la

ji%ti\. Miiis chacun , en prenant cette marque de

'na cngaficmrnt , se réservoît le droil de tàxer k

ivnips de >on départ et de son séjour à la Terre-

Conc. Lac. !i- Serai, prim.

Sainte, qu'il régloit selon ce quexi{;eoit l'état de

<a santé, ou la conjoncture de ses affaires. C'est Muktaicv

linsi que l'empereur, qu'on croyoit devoir se

mettre à la tète des premiers croisés, en fut em*

|>rché par les troubles dltalie, outre qu'il n'a voit

pas encore pris , à Rome , la couronne de l'em*

lire : cérémonie à laquelle les Papes de ce temps-

4 avoient assujetti les princes qui avoient été

Hus empereurs.

Ce fut André, roi de Hongrie, qui, à la tête i'>i6. il une armée composée de différentes nations, {partit, le premier, pour le secours de la Terre» ^ainte : c étoit un prince recommandable par des M?ntimen$ de piété, et sur-tout par un zèle ex* traordinaire pour l'administration de la justice. Il conduisit l'armée par terre jusqu'à Venise où il rembarqua pour se rendre à Constantinopir. ^^ prince, avant que de quitter ses États, reçut «ne lettre du Pape Honoré Hl, qui, depuis deux 30.'), avoit succédé à Innocent III. Ce pontife ieihortoit à ne rien entreprendre dans la guerre contre les inKdèles, sans la participation et les conseils du Grand-Mattre des Hospitaliers. Le roi lui répondit qu'il étoit si |)er$uadé de sa valeur et de sa capacité, qu'il lui avoit déjà écrit, en <onformiié des intentions de sa sainteté, pour ^ prier de se rendre , vers la Notre-Dame de sop- («'mbre, dans Tisle de Chypre, tant pour confc*f^r ensemble sur les opérations de la campagn^ <|uafin de pouvoir se rendre plus sûrement, à fa U\eur de son escadre, dans le poi*i de Saint*

336 HISTOIRE DE l'oRDRE

— ; Jean d'Acre. Nous apprenons ces circonstances

MoKiAiGc du bref même que ce pontife adressa au Grand- Maître et à tout rOrdre des Hospitaliers, quH exhorte , dans les termes les plus pressans , à donner au roi de Hongrie, au duc d'Ântiocke, et à tous les chefs de Farmée , les conseils ei les secours dont ils auront besoin.

Le roi de Hoogrie, avant que de passer le Bosphore , fut obligé de rester quelque temps à Constantinople pour attendre les Italiens croisés , qui dévoient arriver de jour en jour, (i) Pendant le séjour qu'il fit dans cette grande ville, il arriva dans ses États et dans sa maison un accident bien funeste, et qui fut cause que ce prince resta moins en Orient, et fut peu utile aux chrétiens Latins de la Palestine. Ce prince, étant près de quitter ses États , en laissa la régence au palatin du royaume, appelle Bancbanus, dont, depuis long-temps . il avoit éprouvé le zèle et la fidélité: il lui recommanda en partant^ dentretcnir la paix avec les princes voisins, et sur-tout d administrer une exacte justice à tous ses sujets, sans égard pour la naissance ou la dignité de qui que ce fût. Ce seigneur, pendant labsence du roi , n'oublia rien pour répondre dignement à la confiance dont il l'avoit honoré; et, pendant qu'il donnoit tous ses soins aux affaires de l'État, sa femme, dame d'une rare beauté , tâchoit, par son assiduité auprès de la reine, d'adoucir le

(i) BoDfiiiiuS; Dec. a, pag, «77.

chamn que lui causoit labsence du roî, son — — iR^n. MoiTAtoo

Tel étoil réCat de la Coor de Hongrie , lors- ({uoD y vie arriver le comte de Moravie, frère <lela reine, et tpie cette princesse aimoit ten- . drement. Ce ne furent d^abord que fêtes et que plaisirs ; mais , dans la suite , le poison dangereax de Tamour se glissa parmi ces jeux innocens. lie comte de Moravie devint éperduement amoureux de la femme du régent; il osa lui déclarer sa passion ; mais cette dame, encore plus vertueuse quelle nVtoit belle, ne lui répondit que par la sévérité de ses regards : la résistance Kt son efiet ordinaire : les désirs criminels du comte n en furent que plus violens. Sa passion , qoi augmeotoit tous les jours , le jetta dans une «ombre mélancolie; il nétoit plus question de jeui , de spectacles et de tons ces vains amusemens dont les grands occupent si sérieusement l^r oisiveté ; le comte ne cfaercfaoit plus que la solitude. Mais la reine, par une complaisance naturelle aux femmes pour cette espèce de malheor, et pour retirer son frère d un genre de vie »i triste , sous diflërens prétextes , retenoit auprès ^ die la femme du régent , ou Tenvoyoit cher- < W aussitôt qu elle s éloignoit du Palais. Cette (lame pénétra sans peine les motifs indignes de ^^ empressemens; et, pour éviter Tentretien du ^omCe,elle feignit, quelque temps, d*étre malade; mais, ayant usé de ce prétexte, et sa naissance ^ le rang que tenoit son mari ne lui permettant

Gi:n

|.5r^lKB BE l'ordre

plus loDg*temps de la Cour, iio^ . * ,^ •• j* ?jWs. Le comte, de peur de lai-

j^w*.i»a jes sentimens; et des manières ^-««^«c^î^dèrent, en apparence, àleclat

«.i^rsMent de sa passion.

;,ituie du régent, rassurée par cette con- J h;>«i* de discrétion , continuoit'de paroîire ^^ lorsque la reine, sous prétexte de len- ^^ ^ particulier, la conduisit dans un en* ^^ <^rté de son appartement , où , après Va- ^«naée, elle labandonna aux désirs crisse, ie son firëre, qui , de concert avec la reine, ^^ 3ebé dans k caUnet. La femme du régent s^l avec la honte sur le visage, et la dou- ^ isns le cœur; elle s ensevelit dans sa mai- ^rf. où elle pleuroit , en secret , le crime du ^.j^ et son propre malheur. Mais le régent .•«mt, un jour, voulu prendre place dans son lit , ^« secret lui échappa , et emportée par lexcès ^ sa douleur : « Ne m approchez pas , Sei- .|fiettr, lui dit -elle en versant un torrent de ^îirmes; éloignez *vpus dune femme qui nest •plus digne des chastes embrassemens de son t époux: un téméraire a violé votre lit, et la «reine, sa soeur, na point eu honte de me livrer « à ses emportemens ; je me serois déjà pom^

• moi «^ même de leur crime, ai la religion ne

• m'eut empêchée d attenter à ma vie. Mais cette

• défense de la loi ne regarde point un mari ou-

• tragé; je suis trop criminelle, puisque je suis fl déahonorée; je vous demande ma mort comme

- une graoe , et pour m'empécher de survivre à . « ma houle et à mon déshonneur, n Mqstaioo

Le régent, quoique outré de douleur, lui dit qu une fiiute involontaire étoit plutôt un mal* bfur qu'un crime , et que la violence qu on avoit &ite à son corps , n altéroit point la pureté de MD ime ; qu*il la prioit de se consoler, ou du moins de cacber avec s«Mn la cause de sa dou«> leur: «Un intérêt commun, ajout»«t«il, nous

• oblige lun et lautre , de dissimuler un si cruel « outrage, jusque ce qu*il nous soit permis d en -Uier une vengeance proportionnée à la gran-

• deur de Tolfense. »

Son dessein étoit d en faire ressentir les premiers eilels au comte; mais, ayant appris quil etoit parti secrettement pour retourner dans son pays , le régent , au désespoir que sa victime lui eût échappé , tourna tout son ressentiment eontre la reine même; il se rendit au Palais; et, ^yaot engagé cette princesse à passer dans son cabinet, sous préteite de lui communiquer des icitres quil venoit, disoit-il, de recevoir du roi, il ne se vit pas plutôt seul avec elle , qu après lui avoir reproché son intelligence criminelle avec le comte, et la trahison quelle avoit faite à sa temoie, le fier palatin lui enfonça un poignard <l^uu le coeur; et , sortant tout furieux de ce caliioet, il publia , devant toute la Cour, sa honte ^ aa vengeance.

Soit surprise ou respect , personne ne se mit «n état de larréter; il monta, sans obstacle, à

ta.

3«|«» HISTOIKE I» l'ordre •

cbffval ; et, s'éCant feic accompagner ée quelv|ws^ ^sirigneurs tëmoiiM de cette tîmeste catasiruplie, il prit la roule île Gonalantinople , et vttTa ensuite dans cette vtUe^doù le roi netoit pas encore parti. Il se rendit aussitèt au Palais que ce prince occupoit, et se présenta de* Tant lui arec une intrépidité qui a peu d exemples : « Sei^joeur, lui dit*il , en recevant vos der- «iiiers ordres, quand vous partîtes de Hongrie» «vous me recommandâtes sur-tout que, sans « aucun égard pour le rang ou la condition, je « rendisse à tous vos sujets une exacte justice, je « me la suis laite à moi-même: j ai tué la reine, «votre femme, qui avoit prostitué la mienne; « et, bien loin de chercher mon salut dans une « indigne fuite , je vous apporte ma tète. Dispo- « sez, à votre gré , de mes jours : mais souvenez- « vous que c^est par ma vie ou par ma mort que «vos peuples jugeront de. votre équité, et si je « suis innocent ou coupable. »

Le roi écouta un discours aussi surprenaoc sans Finterrompre , et même sans changer de couleur; et quand le régent eut cessé de parier: « Si les choses se sont passées comme vous le:> «rapportez, lui dit ce prince, retournes en Hod* « grie ; continuez d'administrer la justice à mes « sujets avec autant d'exactitude et de sévérité . « que vous vous Têtes rendue à vous-même. Je «resterai peu à la Terre-Sainte; et, à mon re- « tour, j examinerai, sur les lieux, si votre adion « méf ite des louanges ou des supplices. »

BBS CRBVALIER8 DE MALTE. 34t

Cest ainsi que Bonfibius, rhistorieii de Hon« cT~~* grie, rapporte ce fait: mais Dodos, quoa ap- MoRTâiov pdie Longinus , prétend que la mort de cette priocesae ne Ait causée que par la conjuration <k quelques seigneurs Hongrois , irrités de ce que la reine avoit introduit à la Cour et dans les principales charges du royaume , des princes Al- Ifmands, ses parens. D autres auteurs prétendent même que cette princesse étoit Inorte, avant que If roi eut quitté ses États pour passer à la Terre- Sainte.

Quoiqu'il en soit , ce prince s embarqua peu après, et arriva, sans obstacle, dans Tisle de Chypre. D y trouva le Grand-Mattre des Hospitaliers de Saint-Jean avec les principaux offiders de M)n Ordre; et, après avoir conféré avec eux de 1 état des affaires de l'Orient , il se remit en mer Avec Hugues de Lusignan , roi de cette isle. L«ur voyage fut heureux, et sans que les infidèles eussent traversé leur navigation, toute la ^te Chrétienne entra dans le porT de Saint- Jcsn d'Acre. Le roi de Hongrie , à son débarqueinent, ne voulut point loger dans le Palais du foi de Jérusalem qu'on lui avoit préparé , soit par cpielque concurrence sur le cérémonial entre tous les princes qui se trouvoient alors à Saint-Jtan d'Acre , soit que la mort iîmeste de Isrtbe, et les drcoasiances tragiques qui l'a-* voient accompagnée , fussent vraies , comme le prétend l'historien de cette nation; et que le <^^ûne dont on l'accusoit , la vengeance qu'un de

34o *«î l'ordre

— chev « * ^««r, le doute qui lagîtoit

S£l'« ques -. Je la reine , et de la fide-

trop^ *i cela l'eût jette dans une

an! -c. Il se retira. chez le* Hospi-

toir :^ m Graûd-Maitre , dont les en-

l.r i solides étoient plus conformes

V j ie son esprit. On ne peut expri-

] . .teos de religion dont ce prince fat

ovant la charité qui se pratiquoit ^uite maison , à Tégard des pauvre»

.lUis; et, ce qui augmentoît sa sur- ^a admiration , c étoit de voir des cbe- . oers et si redoutables en campafpe, et .«.» à la main , devenus comme d autre» .^w> dans leur maison , et s occuper, sous ..lie de i obédience , dans les offices les plus uAanS y auprès des pauvres et des malades. c roi de Hongrie voulut visiter en même- ..^les places de Maiigat et deCsirach,dont > Hospitaliers étoient encore les maîtres : il y uuva la même régularité et la même discipline ,ue dans la maison principale de Saint*Jean *Acre, c est-à-dire, qu il vit de saints religieux ^*c de braves soldats tout bi-ùlans de aèle pour la wtmquête des saints lieux. On ne pou voit reprocher, à ces religieux militaires , qu*uii peu trop de délicates$e à Tégard des Templiers, sur ce que les gens iKn monde appellent le point d'honneur.

^ Ge prince demanda detre associé dans 'Ordre , en qualité de confrère , afin de participei'

am bonnes œuvres de ces Hospitaliers (i). Il T~~"^ «loona a perpétuité à 1 Ordre sept cents marcs MonAiea d*ar]geni à prendre , tous les ans , sur les salines de Saloch , en Hongrie ; et comme les chevaliers de Carachétoient, tous les jours , aux mains avec les infidèles , il stipula dans lacté de sa dona* tioQ, que , de ces sept cents marcs, il y en au* roit soixante applicables aux besoins particuliers de firère Raymond de Pigna, gouverneur de la forteresse de Garach, et de ses successeurs au même gouvernement. Le titre de cette fondation subsiste encore dans les archives du Vatican; et on entronve l'extrait dans la continuation de BaroDÎus, par Rainaldi.

On y voit le témoignage que ce prince y rend su mérite et à la vertu de ces chevsdiers : « Étant logé chec eux , dit-il , j'ai vu nourrir, chaque jour, une multitude innombrable de pauvres , les malades couchés dans de bons lits et traités avec soin , les monrans assistés avec une piété exemplaire , et les morts enterrés avec la décence convenable. En un mot , continue ce prince 9 les chevaliers de Saint-Jean sont occupés tantôt comme Marie à la contemplation» et tantôt 9 comme Marthe, à Faction; et cette généreuse milice consacre ses jours ou dans les infirmeries , ou dans les combats contre d*infidèles Amalécites, et les ennemis de la

(t)Re(.dVMior<,3,ioflB. i,&l. »7A.— Bsia. l»ai. iS| B. i6y {Mg. aSo.

a,. DtUU»*' «t *»'• , -^^ de Saint-Jean d Acre , ,1 IH« \H>«^ *«"! *f» X et «avança du cote

UVV»'^'. »^* ^^"^;^W».aitrede»Teuton.qoe=.

lu il ot A*'*'^*'"*^^. ae troupes dans la place.

.a ^^ '^«^ ^ *" Jan armement si prompt,

;; a. U <>^-' '";Zncbèrent avec so.n^On

au.i«*t * '•-• «aier en pièces ,pl»"«»^ J.

«. X.W- --/.^rtoient pour a"er au fo". ,

Wt> — ♦^^ jugea pas à propos, dan» ^««

v^m ■ - '* ,^i venir à une acUon décisive

- ^ w-*- "* . ,..,; avoit trois rois a «a

, .«a» sur 1» "^^ elq»e temps;

:::;di». »tiasene^"^^»^„^,„t Maria-

. -« , nunc vani» '"J'J^^' erocU-ChrUri, .d«»« - - I>«1 aûversarios et h^^^; „ai^^

M8 CHETALIERS DE MALTE. 345

riivrer approchoit , ils se séparèrent. Le roi de ~

Chypre prit le chemia de Tripoli , où il mourut mostaigo de maladie, peu de temps après quil eut quitté rarmée. Cdui de Hon^e, avant que daban* (loDoer la Palestine, se baigna, avec toutes ses troupes , dans le fleuve du Jourdain , la veille de la 8aint-Martin : cérémonie religieuse que les {«elerins pratiquoient , quand ils n en étoient pas empêcha par les Turcs et par les Sarrasins. EnlÎQ ce prince , après avoir passé trois mois dans la Palestine pour accomplir son vœu , et pressé par le souvenir des malheurs arrivés en son ab- ^eoce dans son royaume, en reprit le chemin. Toutes les instances que lui fit le patriarche de Jénisalem, et même les foudres de lexcommuniration que ce prélat lança contre lui, ne le purent retenir plus long- temps à la Terre-Sainte; et, après une longue navigation et différens périls quil essuya, il arriva heureusement dans ses I^^ts. Ses premiers soins, à son retour, furent (ie (aire instruire , en sa présence , le procès de Baacbannus; après avoir entendu lui-même les témoins, et examiné les diffcrentes circonstan- ^^ de cette malheureuse aflaire, il fut assez f4aitaUe pour déclarer le régent absous de la Oïort de la reine.

I^ roi de Jérusalem , le duc d*Autriche pt les Hospitaliers, après son départ , s avancèrent d^un «-oté dans le pays ennemi , et rétablirent le château de Césarée , pendant que , de Tautre côté , m Templiers et les Teutoniques bâtirent, ou,

346 HISTOIRE DE L^ORBRE

^^, pour mieux dire , rétablirent , sur une hauteur MoBTAjov voisine, une forteresse quon appelloit le château des pèlerins. Ces deux places couvroient celle de Saint-Jean d'Acre, et servoient en mêmetemps à étendre les contributioiis sur les terres qu occupoient alors les infidèles.

Après cette expédition, le roi, le duc d'Autriche , les deux Grands-Mattres et le maître des Teutoniques retournèrent à Scdnt-Jean d'Acre, où ils virent arriver, presquen même-temps, une flotte considérable d'Allemands , de Frisons et de HoUandois , commandés par Guillaume I, comte de Hollande, dont le secours remplaçoit heureusement celui qu on venoit de perdre par le départ précipité du roi de Hongrie.

Le roi de Jérusalem , se voyant soutenu psr ces croisés, et ayant appris qu on préparoit encore une nouvelle armée dans la plupart des ports dltalie, résolut de porter la guerre dans l'Egypte , pour obliger les infidèles à abandonner la Palestine ; et , dans un grand Conseil où se trouvèrent le roi , le duc d'Autriche , 1« Grands- Maîtres et les évèques, on convint de faire le siège de Damiette , la place de ce royaume la plus régulièrement fortifiée. Cette résolution étant prise, on embarqua les troupes vers la fin de mai; on mit à la voile; Tannée Chrétienne, en trois jours, se trouva en Égjfptc,^^ fit sa descente , sans opposition , dans un endroit situé à rOccident de Damiette, et qui n en éioit séparé que par un bras du Nil.

Les Ghréttens ne trouTèreot d abord de résis-- ^ taoor, que dans une grosse tour ou château re- Monàice Téta de toutes les fortifications que Fart avoit pu iarenter, construit au milieu de ce bras du Nil , et dont la garnison se défendit avec beaucoup <ie coura^pe. Mon dessein n est pas d entrer dans le détail de tout ce qui se passa à Fattaque de œt ouvrage avancé qui couvroit la ville de Dalaietie : je me contenterai d'observer, après Mattiûeu Paris, que les chevaliers de Saint-Jean y sou-> tinrent leur réputation ordinaire. Ces religieux Soerriers, après avoir attaché deux vaisseaux ensemble pour les rendre plus fermes, savan* ceot fièrement, appuyent leurs échelles dune ottia hardie , montent au travers des feux , des (lards et des pierres; et, sans s'étonner de la chute de leurs compagnons, ils tâchent de gagner le haut de la muraille. Mais le mât d un de CCS vaisseaux s'étant rompu, brisa les échelles, et la plupart des chevaliers, tombant dans Feau, ^ aocaÛés du poids de leurs armes, furent Boyés (i). La perte de ces braves soldats ne ra- ^tit point le courage de leurs confrères et des croisés: on revint à Fescalade plusieurs fois, n^ toujours sans succès. Enfin les Allemands ^rodièrent des murailles «oe machine d une

(OHoftpiularioraœ, proh dolor! scala conFracia , simili "'^^ CQin malo cecidit, et milices strenoos et alios ar- «»«os In Miiain daaierstt. Mm0k. Pmrù^ md mm. laiS,

348 HISTOIRE DE L'ORDBE

^ . nouvelle invention , à la faveur de laquelle ils se UoMTAMov rendirent maîtres de cette tour , dont la prise facilitoit 1 attaque de la ville.

On prétend que le sultan , qui prévoyoit que la perte de cet ouvrage iavancé entratneroit celle de Damiette , en mourut de chagrin. Les historiens latins nomment ce sultan Safiadin, et les Arabes , Melic-el-adel-Aboubekre , fils de Job : il avoit quinze fils; et, quelque temps avant sa mort, il avoit partagé ses États entre les six premiers. Melic-el-Camel, laine de tous, eut l'Egypte , et Goradin , la Syrie. Haran , ville de la Mésopotamie, fut le partage d'Achrof ; et Bostra, en Arabie, celui deSalech-Ismaël: les deux soivans eurent aussi quelques places pour leur apanage. Les neuf autres restèrent dans ses Êta^j et sous la puissance de leurs frères afnés : et, pour leur aider à subsister, Safadin en avoit établi deux dans Jérusalem , oii ils jouissoient du tribut que les Chrétiens d'Occident payoieut à la porte de cette ville. Deux autres faisoient la Biéme fonction à la Mecque , et jouissoient pareillement des revenus que produisoient les offrandes des pèlerins Mahométans , qui y venoient en foule de TAsie et de TAfrique. A Fégard des cinq derniers , apparemment qu on leur avoit assigné quelques pensions conformes à leur naissance, et au rang qu'ils tenoient dans TÉtat.

Cependant les Chrétiens continuoient le siège de Damiette avec beaucoup d ardeur ; et ils reçurent, en ce temps-là, de nouveaux secours de

rOocidenl. Une croisade ^ composée dltaliens , de Français ^ d'Allemands et d'Anglois, arriva en bIortaiimi %ypte^ et se rendit au camp. Le Pape avoit mis a la tète de cette armée y en qualité de légat du ^iot-Siège^ le cardinal d*Âlbano, prélat fier et bautain ^ plein de présomption ^ et qui vouloit <{ae son avis l'emportât toujours , dans le Gonleil de gaerre , sur le sentiment même du roi et àt ses généraux : comme si le Pape ^ avec les bûUes de sa légation , avoit pu donner à un car^ dioal la capacité d*un grand Capitaine. Le sultan <i1^pCe appelia , de son côté, a son secours le soilan de Syrie , son frère , prince qui aimoit la guerre, et qui la faisoit heureusement; mais cnid, sanguinaire, et celui des enfans de Sala- <bn qui lai ressembloit le plus, autant par ses vices que par sa valeur. a •

Ce jeune sultan ,• outre 1 armée qu*il commaTn- <ioit en personne, fit encore de i^ouvdles levées; ^(i avant que de partir pour l*Égypte, il ruina les fortifications de Jérusalem, en fit ahattre iei murailles, soit pour grossir son armée de la 6>uniison qu'il en lira, soit pour prévenir les Chrétiens ; et , dans la crainte , s ils prenoient la viUe de Damietté , qu ils ne revinssent dans la Palestine , et qu'ils ne se ferCififtssent dans la ca* pitale, 1 objet principal de leurs armemens et de toutes leurs entreprises.

Ce prince passa ensuite, en vin|;t jours, le dé- *^>t qui sépare ce royaume de l'Egypte, et joi- S^it le sultan Camelt s9n frère aîné , qui s etoit

35o HISTOIRE DE L^ORDRE

T"! avancé au-devant de lui. Après cette îonction,

AioflTAioa ils approchèrent du camp des Chrétieos. pour tâcher de faire lever le siège. Les assiégés faisoient, tous les jours, des sorties avec toutes leurs forces; et il falloit, en même • temps , soutenir les attaques des deux sultans, qui tentoient toutes sortes de moyens pour jetter du secours dans la place.

L'historien Anglois, que jai déjà cité, nous apprend que les trois Ordres (i) militaires étoient presque les seuls qui fissent face, de tous côtés, aux ennemis ; qu ils étoient comme un mur d airain , qui couvroit , en tout temps, les soldats Chrétiens; que les Hospitaliers combattoient toujours avec une valeur extraordinaire; que, dans la dernière sortie , qui précéda la prise de cette place , le^ntaréchal de cet Ordre iîit tué à la tète de sa compagnie ; que plusieurs des chevaliers eurent le même sort, et que quelques-uns furent faits prisonniers.

Le sultan , voyant avec douleur qu il ne pou» voit venir à bout de faire lever le siège, pour obtenir la paix , et sauver Damiette , la def de

(i) Rex verè Jérusalem cum templariis, et domo tcatonicoraoi, et hospitalis saneti Joanois, impetum pag^* norum sustinuerunt , et pro muro fuerant, fugientibus, quotiès ilHs subr faciès ostendebanL Matthieu Paris, in Hcnrico III ^ ad ànnum laig. — Templarii trigiota 1res capti sunt, vel interfccti, cum marechallo hospiialis sancli Joannis, et fratribus quibusdam ejusdem domûs. Idemf

DBS CHBYALIEBS DB MALTE. 35 f

foo royaume j ofirit aux Ghrédens de leur rcndre la vraye croix, qui avoic été prise à ]a bataille Monâioo <ie Tifaériade , de remettre aux croisés la ville de Jcrosalem , et de fournir même largent nëcesaire pour en relever les murailles, et rétablir les fortifications. Il ofiroit encore le château de Thoron et quelques autres places ; mais il pré-* (endoit garder Carac et Montréal, deux forteres* ses situées à lentrée de TArabie , dont les garni* •ODS Chrétiennes, dans leurs courses, enlevoient auparavant des caravanes qui alloient, par dévotioQ , à la Mecque : et ce prince religieux , selon les principes de sa secte , aimoit mieux s assujettir SI payer un tribut annuel , que de rendre deux places, dont les soldats pou voient troubler les Mahométans, dans Texercice de cette partie de leur religion.

Poar peu qu on soit instruit du caractère et <ie8 mœurs de ces nations différentes, on ne peut regarder, de part et d autre, ces guerres, Tri durèrent si long* temps, que comme des Saerresde religion: et, tant à Tégard des infi- ^^y que par rapport aux Chrétiens, les uns et les autres avoient chacun pour objet d une par- ^ de leur culte, de visiter, au moins une fois, ^n leur vie , le tombeau de 1 auteur de leur relieioo. Les Papes et les califes attacfaoient égale» i^ent des récompenses spirituelles à ces pieuses <^ourws. S*il venoit d'Occident une foule de pélenos Chrétiens au Saint -Sépulcre, la Mecque oattiroit pas moins de Musulmans de TAsieet

352 HISTOIRE DE l'ORDRE

^ . de rAfrique; et lerreutr se couvroit des même;!

MoKTAiou motils que la vente.

Tel étoit Tintérét que prenoit le sultan à conserver les châteaux de Garac et de Montréal ; à cet article près , ce prince étoit résolu de céder beaucoup aux Chrétiens pour les engager à lever le siège de devant Damie'tte. Le roi de Jérusalem, de son côté , étoit d avis d accepter des conditions qui remplissoient les vœux de la croisade ; mais le légat , qui avoit pris une autorité sans bornes dans Tarmée, soutint qu'il falloit rejetter les prppositions du sultan, et que le moment étpit venu de conquérir toute l'Egypte, dont le royaume de Jérusalem suivroit la destinée. Le sentiment de Timpérieux légat prévalut dans le conseil de guerre sur celui du roi de Jérusalem , qui, chagrin de ne se pas voir maître de ses propres troupes, sous prétexte de faire venir de nouveaux secours, se redra à Saint* Jean d'Acre. Cependant le succès sembla d*abord justifier ravi:> du légat: Damiette fut emportée dans une attaque faite de nuit , ou plutôt elle se trouva prise par le défaut de combattans : habilans et soldats , tout étoit péri dans les combats , ou par la famine et la disette des vivres ; plus de quatre-vingt mille hommes moururent dans la place pendaut le siège. Les Chrétiens, en entrant dans la viiio, ne trouvèrent par-tout qu une affreuse solitude ; et le peu d'habitans qu'on rencontra dans quelques maisons , n y étoient restés que parce qu ils étoient si foibles , qu'ils n*avoient pas eu la force

den sortir. Le cardinal Jacques de Vilri , qui se T^Tôï trouva a ce siège, acheta, de ses deniers, un moviaigv ^nd nombre d enfans à la mamelle, qu il réserva pour le baptême, mais dont plus de cinq cents, <lii-il, moururent peu après, apparemment de la Umine qu eux ou leurs mères avoient soufferte.

lie i^at, fier de cet heureux succès, et se 1330. voyant maître absolu de Tarmée, la fit avancer * «laos le cœur de TÉgypte, contre Ta vis de tous leschefr; et il l'engagea entre les branches du NiK Le sultan en ouvrit les digues; le fleuve inonda lendroit oii les Chrétiens étoient cam-» P^; ils se trouvèrent enfermés dans une isle .i\ec aussi peu de moyens dy subsister, que de ^eo tirer; la faim succéda bientôt à ce premier malheur; et larmée, près de périr, fut obligée <ie (aire une trêve de huit ans avec les infidèles. IlfiaJIat, pour obtenir du pain, et la liberté de ^ retirer, quitter Damiette , et livrer tous les esciavesou les prisonniers qui étoient à Acre et <lan« Tyr. Les Sarrasins , de leur côté , s'engagèï^Dt de rendre la vraye croix , et ce qu'il y avoit ^lccaptil« dans Babylone, le Caire, et à Damas; de conduire larmée en sûreté, et de la fournir de vivres pendant la retraite. Tout (ut exécuté de bonne foi de part et d*autre, si on en excepte li restitution de la vraye croix, que les infidèles ^voient apparemment perdue. Larmée Chré* ^^noe se dissipa après cet accident ; et la présomption du légat empêcha le roi de Jérusalem ^ recouvrer son royaume.

i. ai

354 BISTOIRS DE L'ORDRB

, Cependant , comme , dans les malheurs pu-

Monuw Uics , chacun tâche de se disculper aux dépeos des autres, les ennemis particuliers des cheva- / liers de Saint- Jean et des Templiers, les accusèrent, auprès du Pape Honoré III, d avoir détourné, à leur profit, les grandes sommes qui étoient passées de l'Europe dans la Palestine , pour les frais de cette croisade, et pour la subsisÂapoe de Varmée. Cette calomnie se répandit dans la plupart des États Chrétiens ; le Pape crut être oblige d en faire informer , et il en écrivit au légat , au patriarche et aux principaux cJieft de Farmée. On fit des infonpatioos ^crettes et publiques, qui n'aboutirent qu a la confusipi^ des calomniateurs, l^e légat, le patriarche, le duc d'Autriche , et les principaux officiers de TaiTOiée récrivirent, au souverain pontife, quiU avoîent vu, avec douleur, rhorrib)e calomiMe dont ou avoit taché de noircir la réputation dea Qrdres niUitaires ; qu'ils étaient, aucontrcure, témains que ceigéncreux chevaliers avoiept épuifii4 1^ biens des deux Maisons pour fournir à la dépense du siège ; que rOrdre de Saint -Jean seul anoit donné plus de huit mille Bysantins ; qu'il avoit perdu ua grand noiphre d^ ses chevaliers , et que , suivais! Tes* prit de leur institut, ils avoient prodigué leur$ Vies et leurs biens pour la défense des Chrétiens. Le Pape , étant instruit de la vérité, et pour rendre la justice qu'il devoit à ces chevaliers , ordonna au légat de publier lui-même, de sa part, leur innocence. Ce pQ«ti(e 40^1 vit» en m4pw*

DBf GBETALIBfiS DB MALTE. 355

lenpt, aox ëvèqaei de Franoe , d'An^elerre et — ~*^ de Sicile qo'ik prlisent soin , chacun daD$ leurs hwtai^v

<iiocè«et, de détruire une aï noire calomnie (i). «Noua voulons, ajoute le P^pe, que tou$ les >boDoriea, et que vous les aimîea : el nous vous •commandons de faire connoltre, à tout le

• Monde > Tinnocence de ces intrépides déien-

• leurs de la foi Chrétienne. »

On ne pou voit, en ce temps • là, donner une preuve plus sftre de la pureté de sa foi et de sou ittacbement au Saint*^iège , qu en prenant Th^ iNt d an des Ordres militaires ; la plupart même <iei princes et des plus grands seigneurs vouloient aoarir , et être ensevelis avec la croix. Cest ainsi (|u en osa Raymond , comte de Toulouse , marquis de Provence. On sçait que ce prince , un des piu4 grands et des plus puissans feudataires de la couronne de France , soupçonné d'avoir lait pé* ^ an légat du Pape , et de favoriser les Albi- C^is, avoit été enveloppé dans une e&commu* sicacion prononcée contre ces hérétiques, ses ^jcts, et, en conséquence, privé de la plus P^nàt partie de ses États. U n*y avoi^ rien eu ^Isti humiliant, dans la pénitence canonique, à VHû il ne se fût soumis pour s affranchir de œ

(i) Volunut et pneci|âiBQt nt rot uoqiiaiii verot Cbriad itUcut, et prscipuos cfarisUanc fidei defcotorct ttodca- ^koQorare, diltgere, ac fovrre, eorani super boc decU- ^^itt innoceniiam « et fidei nrtuiîa constantiam prsdl*

ai 9o«

356 HISTOIRE DE L'OBDEE

■ funeste lien ; mais ceux qui avoierit profité des.i

MoNTiicti dépouille , lui tenoient les portes de l'église fermées, de peur de lut ouvrir celles de ses Ëlats Us l'auroieut volontiers reconnu pour catholique , s'il eut pu se résoudre à renoncer an coiulï de Toulouse : enfin ce prince , qui avoit tant d'intérêt de conserver au jeune Raymond , son fîb, les Ëtats qu'il tenoit de ses ancêtres, crut trouver plus d'accès et de facilité auprès du Pape, qu'auprès de ses légats et de ses ministres; el il entreprit le voyage de Rome. Il n'y fut pas plutôt arrivé, qu'il fit demander une audience au Pape, et l'obtint facilement. Le Pape, considérant la naissance, ta dignité et l'âge de ce prince. le rei^ut en plein consistoire. Raymond, après avoir parlé de la grandeur de ses ancêtres, i' leurs vertus et de la pureté de leur religion, fii ensuite sa confession de foi; et, en mettant h main sur sa poitrine , pour affirmer la vérité à( son discours , il protesta , par tout ce qu'un Chrétien dcvoit avoir de plus cher, qu'il ne f'ètoit jamais éloigné des principes de la foi, et de la soumission qu'il devoit au vicaiie de Jésus- Christ. De-là, il passa à la pénitence honteuse que les l^ats lui èvoient imposée, et qu'il avoîi essuyée dans la ville de Saint-Gilles, oii,àJaïue ■ de SCS sujets, il avoit été traîné la corde au col, et fouetté d'une manière sî ignominieuse. H dénia hautement le meurtre du légat qui ea avoii ■ {•te 1r motif; et il finit en se plaignant de Simon >lc MoDlfort , général de la ligue contre les Albi-

Jl

geois, qui , sous le voile de la religion , ne cher- . choie qQ*à se faire un grand établissement dans MosriiGu le Languedoc.

On prétend que le Pape, au récit des malheurs ''e ce prince , ne put retenir ses larmes , et qu il f^rivit même en sa faveur à ses légats: mais, ^)it qu*ils fussent persuadés que Raymond, dans le fond de son cœur, étoit hérétique, soit qu'ils ue prétendissent qua perpétuer une inquisition <loot ils avoient toute lautorité , ils eurent peu '■<^rd aux ordres du Pape. Ce prince, pour détromper au moins le public , quelque temps après son retour d'Italie , déclara , par un acte l»ublic et authentique, quil sengageoit de pren* <ire I habit et la croix des Hospitaliers , et qu en cas quil fû| prévenu par la mort, son intention ^'toit qu on îenterràt dans rég)ise des Hospitaliers de Toulouse : il n y avoit pas, dans ce siècle, '^ marque plus authentique d'une parfaite ca* tbollcitë.

Son historien rapporte que , depuis ce temps- ' -^ ce prince, à 1 exemple des Hospitaliers, nourfusoit, tous les jours, un certain nombre de pauvres , et qu il les faisoit revêtir tous les ans. Un le voyoit, dit-il, tous les matins, à la porte <ie Féglise de Notre-Dame de la Daurade , à genoux et nue tète, faire de longues et ferventes prières, et enfin pratiquer tous les exercices ^ un véritable Hospitalier. Ce fut dans cette dis* P^ition qu il fut surpris d'une attaque d'apol^xie; il envoya chercher sur le champ Jourdain,

*nl 1.1 > fie rei;ui llvofr )i Reilrft VI!

[bbfiuiie bain au bn dise bii^licn

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Hppe II, el rOrdre des Hospitaliers, un sélé bieo* ■"

£aiieur. Ce prince, étant tombé malade, et seMosTuTà

tentant alFoihli, fit son testament. Parmi un

l^rand nombre de legs pieux, il donna cent mille

livres au roi de Jérusalem , pour la défense de la

Îerre-Sainte, et pareille somme aux Hospitaliers

le Saint-Jean et aux Templiers (i). Frère Guérin

NI Gnarin , premier ministre , qui avoit inspiré

I ce prince de si saintes dispositions, en lut

lommé exécniteur avec Barthélémy de Roye,

bambrier ou chambellan de Fraqce, et frère

imar, trésorier du Temple. La reine Ingerbuge,

près la mort du roi , son mari , fonda à Corbeil

A prieuré pour treize chapelains de TOrdre des

btpitaliers , a condition d y célébrer, tous les

Mrs, trois messes pour le repos de Tàme de ce

rand prince. La fondation fiit agréée par le

«tand^Maltre de Montaigu , et par le Conseil de

Ordre , et confirmée par les bulles du Pape Ho*

t>réin.

Cependant , comme Taflaire de la Terre-Sainte i»3.

it alors fafiaire de toute la chrétienté , il se

à Perentino, dans la Gampanie, une célèbre

nblée pour délibérer sur le secours qu on y

passer. Le Pape Honoré lil , et lempereur

X Ptiilippiit Tiam oniverttt camis iai^redimr, reins nillU librsmia Parisiensiaai în tobtidiiun tSi ceoiom nnillîa in aMoibos reçis Joaonit, et illîa io msoibus magisuî hotpitalb, et crntum mibos insgittriTempli. SatmL tib. Ht y cap. is>

36o HISTOIRE DE L'ORDBE

"■"■ Frédéric II, s'y rendirent, Tun de Rome et lau-

MoNTAiGi tre de son royaume de Sicile; et on y vît arriver d'outremer Jean ^ roi de Jérusalem , le patriarche de cette ville , le légat Pelage , 1 evéque de Bethléem, frère Guérin de Montaigu, Grand- Maître des Hospitaliers , un commandear des Templiers, et.Hermand de Saltza, quatrième maître des Teutoniques, ou chevaliers Allemands. Le Pape pressa lempereur d accomplir Ja promesse qu il a voit faite , en prenant la croix, de conduire lui*même un puissant secours à la Terre-Sainte; et, pour l'y engager, l'impératricf Constance, sa femme, étant morte, Hermand de Saltza lui proposa depouser la princes.^ Yolante, fille unique et héritière du roi de Jérusalem. Le maître des Teutoniques conduiâit cette négociation avec tant d'hahileté, que ce mariage fut arrêté; et lempereur promit avec serment de passer en Palestine, de la Saint-Jean prochaine en deux ans. Il épousa depuis la priacesse; mais, contre la parole expresse quil avoit donnée au roi de Jérusalem , de le laisser jouir, sa vie durant, de cet État, il lengagea, par une abdication forcée , à lui céder la couronne. Honoré fut médiateur de cette grande affaire. L'intérêt des souverains pontifes étoit deloigner de TEurope , et sur-tout de iltalie , ceux qui eo étoient les souverains. Le voyage et la résidence de l'empereur en Asie, le débarrassoient de la présence d'un prince puissant, et qui ne vouloit rien relâcher de son autorité souveraine; ainsi

DES CflEVALIERS DE MALTE. 36l

troo?ant son intérêt dans 1 eloignement de Fré- . deric, et ponr adoucir, aux yeux de Brienne,.ce mostaigu qu'an procédé si dur avoit d odieux , il lui repré- 9enCa qu an prince aussi puissant que Frédéric , défendroit la Terre-Sainte avec bien plus de zèle et de chaleur, et qu^il feroit de bien plus puisîâQS eFforts, s'il combattoit pour ses propres intérêts , que s'il ne s*agissoit que de défendre noe couronne- qu il verroit sur la tète d un autre, et dont même il n envisageroit la succession que dans un grand éloignement. Jean de Brienne consentit à ce qu il ne pouvoit empêcher.

Le Pape ne manqua pas de faire part ensuite de cette nouvelle disposition à la plupart des souverains de l'Europe, pour lui servir comme de témoins des engaj^emens que prenoit lempereur. L'ancien roi de Jérusalem et le Grand- Maître des Hospitaliers parcoururent ensuite la France, l'Espagne, l'Angleterre et l'Allemagne pour en tirer du secours. La France fournit, surle-champ j tout largent que Philippe-Auguste avoit l^aé, par son testament, pour une si ^ote entreprise. Thiliaud , comte de Champagne, et roi de Navarre, auquel se joignit Pierre de Dreux, auparavant comte de Bretagne, et dtfferens seigneurs Français , Richard comte de (^rnouailles , fi'ère de Henri lil, roi d'Angle- <<*tTc, et un grand nombre de gentilshommes Anglois se croisèrent; mais la plupart ne parti- ^Qt pour la Terre-Sainte qu'en difPérens temps. L'empereur les avoit fait précéder par ses lieu-

362 HIStOlUE DE L'OIlDftE

^ tenans» à la tête de puissans corps de troupes,

MoRTAiGii en attendant, disoit-il ^ qu il y pût aller en per* sonne. Mais comme la Palestine étoit alors privée de la présence de son roi, et sans un chef assez autorisé , la plupart de ces secours deve-* noient inutiles par les différentes vues des cornmandans. Il ny avoit point de dessein suivi; lun faisoit une trêve avec les infidèles, et lautrc la rompoit , sans égard au tort qu'une pareille conduite faisoit aux affaires et à la réputation des Chrétiens. Les Ordres militaires étoient même toujours divisés : chacun ne tendoit qu a ses fins ; et quand le Orand-Maltre des Hospitaliers fut de retour à Saint-Jean d'Acre , il trouva la Palestine presque sans gouvernement , et pri* vée de ce lien si nécessaire dans la société civile, et qui en fait concourir tous les nlembres au bien commun de TÉtat.

liC comte de Tripoli , prince féroce et entreprenant, setoit prévalu de son absence pour sVmparer de diflerens châteaux qui appartenoient à TOrdre, ou dont ils avoient la garde (i). ^ Il prit encore une maison qu ils avoient à Tripoli , où il fit écorcher tout vif un de ces chevaliers , et poignarder un autre qui s opposoit à

(i) Domam ipsam qnam ipâi hsbent âpod Tripolîm capicns yiolentèr, rabie concUatus dîabolidi, unum es ipsîs excoriari , et alinin, ut dicitur, occidi fecit, prœter id quod quibusdam eorum crudelitèr et inhonestè tractaifil damna eis ({;ravia et injurias irrogavtt. Rainatài^ L X/It^ laft6. n. 55, 56, 57^ pag. 638 él GSg.

CCI ^lences. La Grand-Maître , à son retour, lui —":

demanda raison de ces cruautés; mais, nen vu^tMt sjani pu obtenir justice, il en écriTit au Pape, qui employa inutilement, auprès du comte, ses mnontrances et ses offices. U fallut que le souteraio pootiiè en Tint jusqu a rexcommunica«> tion , sans le pouvoir fléchir. Pour lors le Grand-- Maître, avec la permission du Pape, étant entré ctsDs les États du comte à la tète des Hospitalier!, la vue de ses troupes fit plus d'impression iur ce prince cmel et farouche que tous les fou-dres du Vatican. Raymond fit une satisfaction convenable à FOrdre pour tant de violences, et rendit ce cfu'il avoit usurpé. 1/0 Grand-Maître , s la prière du Pape , jetta une partie de ses forces dans Tisle de Chypre , sous prétexte que lès c6tes en étoient souvent infestées par des corsaires. Mais le véritable motif étoit d*empècher en même-temps que Raymond , prince d'Antioche , qui avoit épousé la reine Alix ^ veuve du roi Httfrues^ nes*emparàt de cet État, au préjudice de Henri, qui étoit encore mineur (i).

L'empereur, étant occupé en Lombardie contre des villes rebelles, qui avoient fait une li^fue poar se soustraire à son autorité , demanda au souverain pontife un délai de deux ans pour son voyage Je la Terre-Sainte. Le Pape le lui accorda aux conditions suivantes: que, dans le terme des deux ans, finissant au mois daoùt, il y pas-

(OSSDQtylikllIyCap. tO,p. 1)1.

GcÉRiBi DE ^^^^^^ ^^ personne; que, pendant les deux an- MoRTAiGu nées suivantes, il y entretiendroit deux mille chevaliers ; qu en trois fois différentes , il feroit les frais du passage , en faveur de deux mille autres chevaliers, avec leurs équipages à trois chevaux par chevalier; qu'il tiendroit, dans le port . de Saint- Jean -d'Acre, cinquante galères biea équipées; quil déposeroit, entre les mains de Jean de Brienne, du patriarche et du maiCre laaS. de rOrdre des Teutoniques, cent mille ooces dor pour les frais de cet armement; et que, sil arrivoit que Dieu disposât de lui avant qu il eût pu passer à la Terre-Sainte , ou que son voyage fût différé , on employeroit cette grande somme, suivant lavis des Grands-Maitres des Hospitaliers et des Templiers: toutes conditions auvquelles lempereur se soumit, comme il paroit dans le diplôme de ce prince, rapporté par Raynaldi (i).

Ce prince, ayant obtenu le délai qu il avoit demandé, l'employa^ de bonne foi, à faire des préparatifs convenables à une si grande entreprise. On arma, par son ordre, dans les ports

(i) Etsi no8,quod Deus avertat, in terra illâ vel cUra ante passagium memoratum obîre contigeric, velaliàsquacumque de caasà forsitàn non transierîmus, rex etpatnarcha, et magister domùs teutoniconim ad-laudem et consilium magistrorum hospilalis et templi, ac aliorum proborum hominum de terra expendent eaindem pecuniam bonà fide sicut meliùs videpint expedire utiliiaû icrrae sanctœ. Rain. tom. i3,(idann, laaS, n. 4 , pag» 347*

DES CnEVALTEBS DE MALTE. 365

des royaumes de Naples et de Sicile , jusqu'à cent — — f^aJères et cinquante vaisseaux : et plusieurs movtaio* princes d'Allemagne, et un nombre infini de croisés se rendirent à Brindes. Enfin, dans le terme dont lempereur étoit convenu avec le Pape, il s embarqua , à la mi-août de Tannée 1227,' avec une flotte qui portoit près de quarante mille hommes. L empereur, après trois jours de navigation , tomba malade aussi-bien que plusieurs princes et seigneurs de la Cour, entre autres le landgrave de Hesse. La maladie de ce landgrave devenant périlleuse, les médecins crurent que lair de la terre seroit plus favorable aux malades que tous les remèdes de leur art : on débarqua dans le port deTarente , où le landgrave mourut, laissant veuve son épouse Elisabeth, fille d'André, roi de Hongrie, princesse âgée seulement de vingt ans , et d'une grande vertu.

Lempereur en fut quitte pour quelques accès de fièvre; mais le Pape Grégoire IX, qui verioit de succéder à Honoré III, pontife, qui traitoit les souverains avec hauteur, pci^uadé, malgré la mort du landgrave , que la maladie de lem^ pereur étoit feinte, lexcommunia solemnellement dans la grande église d'Agnani, où il se trouvoit alors. Le souverain pontife fit précéder cette funeste cérémonie par un sermon où il prit, pour texte, ces paroles de Tévangile: // est nécessaire qu*il arrive des scandales; et, s étant fort étendu sur la victoire que Saint-Michel a voit

366 aiSTOIBS DE l'ordbk

■ ■ ■"' remportée sur le draeoo , U tomba tout court MoMTAWD «ur I excommunieatiOD qu il alloit fulminer contre l'empereur. Je rapporte cet échantillon da style de ce Pape, parce que le style fait aou^enl COQDottre l'eiprit et le caractère de chaque nècle.

Grégoire écrivit ensuite une lettre circulaire à tous les év^ues pour leur faire part de la sévérité dont il avoit cru devoir user à l'égard de ce prluce : • Il avoit pris, dit-il dans cette lettre, «pour dernier terme de son ttépart^ le mois a d'août de l'année 1 337 ; et à peioe a-til teou la ■epumbr * ^^"^ pendant quelques jours, que, sou» pré- « texte de maladie , il a débarqué , et ett retourne •■ pour jouir, à rordinaire*, d'une vie oisive. ■ Ce pontife, écrivant en particulier aux év^uesde la Fouille, leur dit: «Voyant que l'empereur « Frédéric néçlif[eoit son salut, et différoît d'ac- ■ complir le vœu qu'il avoit fait de passer à la • Terre-Sainte , nous avons tiré contre lui le « glaive médicinal de Saint-Pierre, publiant, ea «esprit de douceur, la sentence d*eacDmmnni- « cation, r

■ 118. L'empereur, surpris et irrité- de la conduite

du Pape, envoya, de son c6té, une lettre-pa- •cpiembr. *^nte , eo forme de manifeste, à tons les soure- ' '>>/• raies de la chrétienté, dans laquelle, après avoir

I pris Dieu à témoin de la maladie qui Tavoit

L iorcé à débarquer, il se plaint am^«raenl de l>

^^^ précipitiiiion du Pape ; et il dédarolt qu'il te

^^^^^ remeitmit en mer, sitât qu'il auroit recouvré ss

^^^B saoU. Dans la lettre qu'il écrivoit eo particulier

DES CHEVALIEHS de MALTE. 367

au roi d'Angleterre, et que Matthieu Pari$ nous —

a conservée, il se répand en invectives contre la mostaww Cour de Borne: «Les Romains, dit-U, hrùlent «d'une telle passion damasser de Fargent de "tous les pays de la chrétienté, qu'après avoir «épuisé les biens des églises particulières, ils ^ n ont point de honte de dépouiller les princes

• souverains, et tâchent de rendre les tètes cou- « ronnées, tributaires. Vous eq avez vous-même , «> dit-il au roi d'Angleterre, une preuve bien sen- « sible dans la personne du roi Jean , votre père. •* Vous avez 1 exemple du comte de Toulouse, et «de tant d autres princes dont ils ont mis les - États en interdit, et quils n ont jamais voulu a lever, jusqua ce quils ayent pris des fers, et « se soyent soumis à la servitude. Que ne peut- < on pas dire des exactions inouïes qu ils exer*

• cent sur le clergé , et des usures manifestes ou « palliées dont ils infestent tout le monde Cbré- «tien? et, au travers de ces brigandages, ces- •« sangsues veulent faire passer la Cour de Rpme -pour Téglise, notre mère. L esprit et la cou- « duite de 1 une et de lautre nous en apprend la « différence : la Cour de Rome envoyé de tous « c6tés des légats , avec pouvoir de punir, de «• suspendre et d'excommunier : au lieu que la « véritable église, remplie d'un esprit de charité,

• n'en envoyé que pour répandre la parole de m Dieu : l'une ne cherche qu'à amasser de l'ar- « gent, et à recueillir ce qu'elle n a point semé , « et l'autre à déposer ses trésors dans de saints

368 HISTOIRE DE L'OBDRE

— <■ monastères pour la nourriture des pauvres et

MoHTtiati » des pèlerins ; et maintenant ces Romains , îd- « dignes de ce grand nom, sans courage, et u même sans noblesse, en0és seulement d'une

■ vaine science, veulent s'élever au-dessus àes " rois et des empereurs. Enfin , ajoute ce prince, « l'église a été fondée sur la pauvreté et la sim- « pticité, et personne ne lui peut donner d'autre « fondement que celui qui a été mis de la main « de Jésus-Christ, qui en est, en même temps,

■ la pierre fondamentale et l'architecte-' (i).

Quoiqu'on ne puisse pas excuser l'aigreur tioat cette lettre est remplie, il est pourtant certaio que les Papes se servirent souvent du pieux pi«texte des croisades, pour tenir les princes et leurs sujets dans la dépendance de la Gourde Rome. Il n'est pas moins vrai aussi que la plupart des souverains de leur côté, n'étoient pas fâchés de voir les ducs, les comtes et les autres -■ grands vassaux de leurs couronnes, s'éloigner

pour ces expéditions lointaines, et leur laisser par leur absence, souvent suivie de leur mort, une autorité plus absolue dans leurs États: c'est ainsi que l'intérêt et l'ambition tournoient k leur profit une institution sainte, qui, dans son origine, n'avoit eu pour objet que de délivrer

(■] Sed aliud fundamentum nemo poiesl popcr«, prxm illud <{uad posimm est à Domino Jesu, ac siabiliiuin. Matthieu Paris, in Henric. III, ad ann. iaa8, pay- 3*7

élises de TOrient de la tYraonie des infi-

dèles. GcÉaiH n«

ry J /• X ^ MOSTAICD

Cependant frère Guérin de M ontaig^u , Grand- Maitre des Hospitaliers, celui des Templiers, et la plupart des prélats de la Palestine , écrivirent au Pape qu ils étoient dans une désolation extrême, de n avoir point vu arriver 1 empereur au passage du mois d'août. « Les croisés, disent-

- ils, qui étoient venus en Syrie au nombre de

• près de quarante mille hommes, sont passés -en Occident sur les mêmes vaisseaux qui les ■ avoient amenés : il n est resté qu environ huit

- cents chevaliers , qui tous demandent leur con-

- gé , ou qu on rompe la trêve. On a tenu Con-

- bcil à ce sujet , et le duc de Limbourg , qui «-commande ici pour lempereur, étoit davis -quon recommençât la guerre; mais on lui a . représenté qu'avec des forces si inférieures à

- celles des Sarrasins, il seroit dangereux de len-

- treprendre , et encore moins honnête de violer « un traité , confirmé par des sermens solem*

• nels. Ceux du Conseil qui étoient de lavis du

• duc , ont répliqué que le Pape ayant générale-

- ment excommunié tous les croisés qui ne se

- rendroient pas à la Terre -Sainte, quoiqu*il . n'ignorât pas que la trêve devoit durer encore « deux ans, cetoit une preuve que le chef visible

- de féglise ne prétendoit pas qu on la dût gar-

- der. Sur cela, on a résolu de marcher à Jéru-

- salem; et, pour en faciliter les approches et la

• conquête , il a été arrêté qu on s assureroit de

370 HISTOIRE DE L'oRDRE

" fc Gésarée et de JafFa , dont il faudroit ensuite re-

McuiTAiGu ^ lever les tortihcations. »

Cette lettre finit par des instances très-pressantes pour obtenir de nouveaux secours: le Pape inséra une copie de cette lettre dans une des siennes qu'il adressoit à toute la chrétienté, en date du 23 décembre 1227, doii il nest pas difficile de conclure, que son intention étoit qu on rompit la trêve faite avec les infidèles. i3!i8. Cependant il continuoit à fulminer contre I mars j'cmpei^ey ^ avcc plus d animosité que de zèle : il laa^. 1 excommunia même, de nouveau, le jour du jeudi-saint. Mais les barons Romains et tout le peuple scandalisés de la passion de ce pontife. et qui] traitât si indignement un empereur Chrétien et un roi des Romains , prirent les armes en sa foveur. I^e Pape, qui vit avec douleur qu il n'étoit pas le plus fort dans la capitale du inonde Chrétien , fut obligé de se retirer à Pérousc avec toute sa Cour. L empereur ne se contenta pas de lavoir chassé de Rome : ce prince, naturellement cruel et vindicatif, maltraita toàsjceux qu il soup* 4^nna d'être attachés au souverain pontife ; le^ Hospitaliers et les Templiers , dévoués aux intérêts du Saint-Siège, éprouvèrent, dans les États que Tempereur possédoit en Italie , de cruelles persécutions de la part de ses officiers : sous différens prétextes, on chassa ces chevaliers des terres qu'ils possédoient ; on leur enleva jusqn» leurs esclaves, et Ton pilla leurs maisons. V^^' pereur nen demeura pas là; et, pour foire sentir

aa Pape combien il s en tenoii oiïensé, il envoya ^

I 1 ^ . . 1 Guéris d«

de» troupes dans ses Etats , qui ravagèrent la Moktai«p marche d'Ancône et le patrimoine de Saint- Pierre: et, comme s'il eût voulu insulter à la {iyi$saDce des clefs, il se servit pour cette expédition de soldats Sarrasins , ses sujets en Sicile , ({ue leur incrédulité mettoit hors datteinte de 1 excommunication.

Cest ce que nous apprenons d une lettre du Pape, adressée aux évèques de la Fouille ( I ). tf A fiuy

• dit ce pontife, de ne point paroitre ménager

• les hommes au préjudice des*iutérêts de 1 église, « Dons avons excommunié solemnellement Fré- 'deric, empereur, pour n'avoir pas passé à la « Terre*Sainte , ni fourni les troupes et largent ^quil avoit promis, et pour avoir dépouillé les « Hospitaliers et les Templiers des biens qu ils -possédoient dans le royaume de Sicile. jSous «avons ajouté à lexcommunication , un inter^ « dit général sur toutes les églises où il se présen- - tara pour assister au service divin; et si, xndlgré

• DOS justes défenses , il y assiste , nous procéderons de nouveau contre lui, comme contre un •hérétique déclaré. Enfin, s il continue de mé- « priser les foudres de 1 église , nous absoudrons ' de leur serment, tous ceux qui lui ont jure fi-

• délité , particulièrement ses sujets du royaume

(t) Ttim etiam quia tem pianos et hospitalariot bonis mobilibas et îmmobîlibus qa« habdbpiiM in rtfao, t/tmuè ^oUafiL loMolcb, m/ ami* jiaaS.

^~J HISTOIRE DE LORDRE

- ■< de Sicile, parce que, suivant le sentiment du .- " Pape tJrbaia H , on n'est point obligé de garder X la foi à ceux qui s'opposent à Dieu et à ses 11 saints, et qui méprisent leurs commandcu mens. » Maxime bien opposée à celle de Jésus- Christ, qui a dit que son royaume n'étoît point de ce monde , et qu'il falloit rendre à César ce qui appartenoit à César.

Cependant, soit que l'empereur craignit les suites de ces menaces , soit qu'il appréheodài que Jean de Brienne, qui n'avoit renoncé à h couronne de Jérusalem , que par une abdication forcée , ne le prévint et ne se rétablit sur le trône de ta Palestine, il résolut enBn d'en faire le voyage. Mais, avant que de s'embarquer, et pour empêcher le Pape de se prévaloir de son absence, il lui écrivit qu'il avoit laissé un plein pouvoir a Renaud, duc de Spolette , pour terminer, à l'amiable, tous les différends qu'il avoit avec lui. Le Pape n'eut garde d'approuver un voyage qui , sembtoit rendre nulle l'excommunication : il lui récrivit qu'il ne prétendoit pas qu'il passât la mer, en qualité de croisé, jusqu'à ce qu'il fut absous des censures de l'élise. Mais l'empereur n'eut pas d'égard à cette défense : il s'embarqua à Brindes , et arriva heureusement au port de Saint- Jean-d'Acre, le 8 septembre de l'année i2'j8.

Le palliai ilie avec son clei^é, les degx Grantls- Maîtrcâ des Hospitaliers et des Templiers, à la tête de luurs cticvaliers, les magistrats et toute

la noblesse qui se trouva dans la ville d'Acre , le ~

furent recevoir, à la descente de son vaisseau , lOosiTàiov avec toutes les marques de respect qui étoient fiûes à sa difpnité. Mais , étant venu , depuis , des ordres du Pape, au patriarche, de le dénoncer publiquement pour excommunié (i), avec détense expresse aux Ordres militaires de lui obéir, Pierre Guérin de Montaigu, Grand -Maître des Hospitaliers , et celui des Templiers , qui agis- <^oient de concert, refusèrent hautement de se trouver a Tarmée , si lempercur y donnoit lordved). Quoique ce prince neùt que huit cents ihevaux et dix mille hommes d'infanterie^ il ne laissa pas de se mettre en chemin , et de prendre la route de Jaffa, dont on étoit convenu quil («illoit relever les fortifications, avant que de s attacher au siège de Jérusalem. Lempereur, outre œs troupes , étoit encore suivi des chevaliers Teutoniques, qui, étant ses sujets, ne crurent p«'u déférer aux ordres du Pape. Cependant les Hospitaliers et les Templiers, quoiqu'ils se fussent i aaS. >ôparés du gros de larmée, ne laissoient pas de la suivre de loin , de peur que les Chrétiens ne tombassent dans quelque embuscade de Sarra- >ins. Lempereur, qui jugea combien leur secours lui étoit nécessaire, crut, dans cette conjonc-

'i) Prohibentur quoqne hospitalarii , templarii et Allemaoni illi auendere, Tel in aliquo obedire. Idcm^ lib. III, /wt. tt,cap. i2yfMig, ai3.

< 3) Ghron. de Nangîs , ad ann» i a3a , ex Spicil. t. 1 1 , V^Z' 5aa.

"l HISTOIRE DE L OBDRE

- riirtî, .^l'il devoit dissimuler. Il consentît qu'on !.. ai:: !,i:ïaireeD négociation; et, après qu'on eut rr-'pvv« difTërens expédïens, on s'arrêta à celuiv-i ;■ Que, sans faire mention de l'empereur, le CoD'^il de j»uerre donneroit l'ordre, de la part de Dieu et de la chrétienté; et, après cette preraution , que les chevaliers crurent devoir prendre, par rapport aux ordres du Pape , ils joignirent Tarmée, qui arriva sans obstacle à Jaflâ,e1 qui eu rétablit les fortifications.

Après le départ de l'empereur , Renaud fit demander audience ati Pape pour traiter de la paix ; mais le pontife refusa de l'écouter. Ainsi Renaud continua de faire la guerre aux sujets du Pape, il pilla la campagne, il prit des villes; et, dans le tumulte des armes et des places emportpfs l'épce à la main , on prétend qu'il y eut des prêtres et des clercs tués , d'autres mutilés , et quelques-uns même de pendus.

«L'empereur, « dit le Pape, dans une de sf lettres, adressée au cardinal Boinain, «se serl "des Sarrasins, ses sujets, pour ruiner les maî- «sons des Hospitaliers et des Templier!, q«ii «jusqu'ici, ont conservé, au prix de leur sanp,

(0 Ma[;islri liospUalis «ancii Juannis et icmpli respondcriini , ijui.! il summo pomifîce, cui obedire volebani erani proliiliiii e\ obsequi vel parère, pro ultliote tamen Urroci pu|iiili clirisiiani paroti eraiU juxià alioi perj^re 4iiinii)(>i)ù pra^ccpta vcl buona ex parle sul DuIUlcnuf proclaiiureiitiii , Sanut, ibid.

EHIH Dl

-les restes de la Terre-Sainte » (i). II ajoute que — les lempliers, dans une occasion, ayant reco.u- murtaigu vré, les armes à la main , des effets qui leur apparCenoient, et que les Sarrasins leur avoient eolevés, un lieutenant de lempereur étoit depuis survenu , qui sen étoit emparé par violence , et les avoit rendus aux infidèles : » Parce que, con-

• tinue le Pape, ces chevaliers, si braves et si » redoutables aux Sarrasins , font profession , - suivant leur institut, de ne tirer jamais Tépée

• contre des Chrétiens (2). Ce lieutenant les a

• même chassés de leurs maisons , et il a enlevé «cent esclaves infidèles que les deux Ordres

• avoient dans les couvens de lune et de lautre •Sicile: il semble qu'il ait entrepris de détruire

• ces deux Ordres, ou du moins de les réduire " à ne dépendre, à lavenir, que de lempereur. »

lie Pape, pour opposer quelque chose de plus redoutable pour lempereur, que des excommunications et des manifestes, leva, de son côté, deux armées ; il mit , à la tète de la première , Jean de Brienne, que lempereur avoit forcé <iabdiquer la couronne de Jérusalem. Les comtes de Célano, et Roger dAquila, sujets rebelles

(1) ChrUtîanis odium exhibée manifesfam ad exterroinaodas domos bospiulis, et fratrum miliciae tenpli » per quai reliquiae terrae saoctae haccenùs sunt obaervaUc. MaU» Ponj,aitann. 1228, pag. 34^ et 349*

(1) Ipsis DOD audenttbus , juxià ordîob sut instituta , manuin armatam contra chrUiianos erîgere. MaUhieu Paris , ibid.

376 HISTOIBE DE L'oRDRE

~~, de Frédéric, mais que le Pape protégeoit, com-

HoNTiicD niandoicnt la seconde: et, dans cette guerre, les chcl^ des deux partis commirent des cruautés inouïes: comme si des soldats du Pape eussent appréhendé d'être surpassés en inhumanité par les Sarrasins, qui étoieni dans l'ariiiée de l'empereur, mg. Thomas Daquin, un des lieutenans de l'empereur, ne manqua pEts de lui en donner avis ([). « IjCS troupes du Pape, lui dit-il dans sa lettre, 1 brûlent les villages, enlèvent les bestiaux, font « prisonniers les habîtans qu'ils obligent ensaitr, u à force de tourmens, de se racbeter; il n'y a u point de cruautés qu'ils n'exercent contre vos "Sujets, sans faire attention qu'ils comnieltent

■ toutes ces violences dans les Etats d'un eiii])eo rcur Chrétien , et qui est actupticnient armé " pour la défense de la Terre-Sainte. Tout le " clergé de l'empire demande en quelle cod- " science le père commun des Chrétiens peut " faire la guerre au premier prince de la chré- " tienté , et s'il a oublié que , lorsque Saint-Pierre " voulut tirer son épce, notre Seigneur lui or-

■ donna de la mettre dans son fourreau, et lui dit

• inie , quiconque frapperait du glaive , périroit par « le gUiive. On s'étonne encore comment celui " qui excommunie, tous les jours, les voleurs et

■ les incendiaires, se sert aujourd'hui des foudrfs

• de l'église contre le roi des Romains. Donner

(1' M.iti. Paris, Bd aun. 1319, pag. 333.

rem» de

• ordre, Seigneur, à la sûreté de vos peuples "

• et même de votre personne : car Jean de MoîItaico - Brieone , qui vous refuse le titre auguste ^d'empereur, tient des vaisseaux dans la plupart

« des ports dltalie pour vous surprendre à votre

• retour. »

L'empereur apprit, depuis, par d autres lettres, que les généraux du Pape, après avoir < liasse les Impériaux de la Marche d'Ancône, l^ avoient poussés jusques dans le royaume de ^«iples; qu*ils setoient emparés de la ville de ^dint-Germain , et de la plupart des autres plat^ de ce royaume jusqu a Capoue ; que les émis- ^îïires de ce pontife avoient fait prendre les arnies à difFcrenttîS (1) villes de Lombardie, qui Mtoient révoltées en sa faveur; que cette nouvelle ligue faisoit la guerre aux autres places <|"i tenoient pour lempire, et que le Pape avoit (nvoyé un légat dans leur armée, qui en diri- .7'oit toutes les opérations , source de ces deux lactions si connues dans Tliistoire sous le nom 'le Ouelphes et de Gibelins , dont les premiers Mtoient déclarés pour les Papes, et les autres «irhoroient les Enseignes de lempire.

Frédéric, extrêmement irrité de ces nouvelles , et ne regardant plus le Pape que comme sou ennemi mortel, résolut de repasser prompte-

I, Milan, Vérone, Plaisance , Vçrceil , Lodi, Alexan- '•f'^* TrcviMï, Pailouc, Vicencc, Turin , Novare, Bresse , Miiiioue, Bolo(;ne et Faïence.

378 HISTOIBE DE l'ORDRB

•"■"—"■ ment en Italie pour y défendre ses propres États.

MoNTAiGti Mais , pour pouvoir quitter la Palestine avec quelque espèce d'honneur, il fit répandre des bruits quil n'y étoit pas en sûreté de sa personne, et que les Hospitaliers et les Templiers , à l'instigation du Pape, avoient tâché de le livrer aux Sarrasins. C'est ce que Matthieu Paris, historien contemporain, rapporte plus en détail (i) : il dit que les habitans de la Terre-Sainte, et particulièrement les Templiers et les Hospitaliers , poussés par le démon et par le père de la discorde , animés de Fesprit vindicatif du Pape, donnèrent secrettement avis au Soudan d'Egypte, que l'empereur devoît aller, par dévotion, se baigner dans le fleuve du Jourdain; et que ce prince feroit ce voyage à pied et en petite compagnie ; qu'ainsi il lui seroit aisé de s'en défaire, ou du moins de l'arrêter; <iue le Soudan, ayant reçu la lettre dont il connoissoit le sceau, détesta la perfidie de ces religieux; et que ce prince, au lieu d'en profiter, renvoya généreusement la lettre à l'empereur, qui avoit déjà reçu différens avis de cette trahison ; que ce dernier dissimula leur perfidie jusqu'à un temps propre pour s en venger; et que ce fut la véritable cause de la haine qu'il fit éclater, dans la suite, contre ces deux Ordres militaires. U est vrai, (2) ajoute Matthieu Paris, qu'on chargeoif

(i>MaU. Paris, ad ann. 1229, p. 358.

(aj Verumtamen hospitalarii minorem BOtam infanii»

fim les Templiers de cette perfidie, que les che-

de Saint-Jean. Quoi qu il en soit , eomm^ Mvsitaigo Fempereur ne cherchoit quun prétexte pour pouToir quitter la Terre-Sainte, sans se désho* norer, il fit négocier secrettement une trêve avec le soadan d'É^pte, qui fut conclue pour dix 209. D en déclara ensuite publiquement les conditions, qui consistoient principalement, à ce qu il dît , dans la restitution de la ville de Jérusalem : Que le Soudan rendroit à lempereur avec relies de Bethléem, de Nazareth, de Thoron, de ^idon ; qu'il lui seroit permis de faire relever les lortificadoDS de ces places , et de rebâtir les murailles de Jérusalem, de laquelle il pourroit disposer, comme il lui plairoit, à la réserve du temple , qui demeureroit, avec son parvis et son «Ureinte, aux infidèles, qui, de leur côté, y pçorroient faire librement 1 exercice de leur r^ ligion.

Ce traité fut exécuté : un grand nombre de familles Chrétiennes, sur la parole de lempe- >^ur, retournèrent dans Jérusalem : des religieux, et même des reli(;ieuses , attirés par la Minteté du lieu, rentrèrent dans leur couvent, qu'ils commencèrent à rétablir. Mais on ne fut |>as lon{;-temps sans découvrir Fillusion de ce iraité (1), dans lequel il ny avoit de réel, qu*un

*uper hoc facto contraxemnc. Matt. Paris, ad ann* laag»

(1) Vide EpUc Geroldi pauiarch. Hier, id* Aid.

38o RisTomE DB l'o'rdbe

„ dessein flamuser les Chrétiens d'Orient, et d'en

MoHTuoD imposer a ceux dOccident (i). Car (empereur, bien loin de relever les fortiBcations des villes qu'il prétendoït qu'on lui avoit cédées, pour en assurer la possession aux chrétiens Latins, rejetta avec mépris les offres que lui firent les Hospitaliers et les Templiers de contribuer à mettre ces places en état de défense. Ainsi elles demeurèrent toujours démantelées, et, par conséquent, au pouvoir des infidèles, qui lenoient alors la campaj^ne , et dont les forces étoient infiniment supérieures à celles des Chrétiens; et l'empereur, après avoir joué, pour ainsi dire, cette comédie en Orient, s'embarqua dans le mois de mai, et arriva heureusement dans son royaume de Sicile.

La guerre, par sa présence, reprit une nour velle vigueur. Ce prince , qui étoit grand Capitaine , la fit avec plus de succès que les génf'raux du Pape; il les chassa de la plupart des place» dont ils s'étoient emparés en son absence. Jean , de Brienne quitta même te commandement ue | l'armée du Saint-Siège , et s'en retourna en France pour se préparer au voyage de Constantinople : il y étoit appelle, depuis la mort de Robert de Courtenay, pour prendre soin de leni-

(0 Sibi fratribus temp]! et hospitalis prssenUinlii)'!^ ^' lemnitër et iuslaDtèr, quod si vellei firmare,Bicul pn>o"' Mtrat civuaiem, ipsi ei quaniupi possunt coDsilium f aiTuUum vl coDAciendum compararent. MaU- Paru, "'J unn. yiir^,pas. dSg.

DES CHEVALIERS DE MALTE. 38l

pire. Le Pape, désespérant de vaincre son ennemi

avec des armes temporelles» revint aux spiri- Mostucv

tueiles , qu'il manioit bien plus heureusement ;

et, après avoir réitéré l'excommunication contre .

1 empereur, il y ajouta cette clause: «Et dau-

• tant que ce prince , par un mépris visible de

• 1 excommunication, nest point venu se sou-

• mettre à nos ordres, nous déclarons tous ses su- - jets absous du serment de fidélité qu ils lui ont

prêté n : entreprise terrible, et qui autorisoit la révolte de tous les mécontens. Aussi ce prince eu fut si épouvanté, quil employa le crédit de plusieurs cardinaux et de difFérens prélats, qu il (il venir exprès d'Allemagne , pour adoucir lesprit du Pape.

La négociation dura près dun an, et les vain- ia3o. eus y donnèrent la loi aux victorieux : Fempereur n obtint la paix qu après avoir fait serment uSi}, 4U il se soumettrait aux ordres du Pape, sans aucune exception. Il fut absous à cette condition ; ^t, parmi les autres articles qu on exigea encore (le ce prince, il fut dit quil répareroit, dans le temps que TÉglise lui prescrirait, tous les dommages qu'il avoit causés a TOrdre des Hospita* Herset à celui des Templiers (i); quil payerait les frais de la guerre, et qu il reuiLourseroit au Saint-Père tout Targent quil avoit été obligé de ioumir pour la défense du patrimoine de Saint- Pierre.

' I ] Rain. ad aon. i a 3o , c. 1 3 ^ pag. 4*»5 , u. 9.

38l HISTOIBE DE L'ORDRE

— ; L empereur, pojir faire lever rexcommunica-

MosTâiou |ioQ dont il craignoit les suites, avoit souscrit à toutes ces conditions, et les avoit exécutées, surtout à legard des Hospitaliers et des Templiers. Mais ce prince, qui conservoit, contre ces deux Ordres, un vif ressentiment, neut pas plutôt reçu son absolution, que, sous différeos prétextes, il recommença à les persécuter (i). Henri de Moura, grand-justicier du royaume de Sicile, tant en-deçà qu au-delà du Phare, mit en séquestre leurs biens; et, sur leurs plaintes, le Pape envoya à Frédéric un nonce, pour lui demander justice de ces violences.

1 3^ I . u Si vous souhaitez , comme vous y êtes Mi^éy u lui dit ce pontife dans son bref, que les affaires « de la Terre-Sainte prospèrent , bien loin de < « persécuter les Hospitaliers et les Templiers,

u vous devez honorer de votre protection impe- « riale , deux Ordres qui , parmi des soins ditB- «ciles, et des peines continuelles, et au travei-^ u de mille périls auxquels ils s exposent tous les «jours, soutiennent cet État chancelant: ce^t «<le moyen de vous rendre agréahle à Dieu, et a recommandable panni les bommes. » Ce pontife finit sa lettre par le conjurer, dans les teimes les plus pressans, de faire restituer aa\ Hospitaliers de Saint- Jean et aux Templiers, Ie> biens dont pn les avoit si injustement dépouillés. Frédéric reçut fort bien le nonce, et luî pro-

(i) Rain. ad anu. laSo^ t. i3, p. 4i3.

mil daToir de grands égards à la recominan- -;

dation du Pape; mais, bien loin dy déférer, Moiduaf (]uoiqn*il ne fut que prince suzerain de cette isle, il renouTella ses persécutions; et, pour se vcn* :;er de ceux de ses sujets en Sicile qui, pendant qui! avoit été excommunié, sctoient déclarés m faveur du Pape, comme seigneur dominant, et le preoiier souverain de cet État, il les obli-* {',<*a de prendre la croix; et, par une espèce «iexil, qu^il couvroit du manteau de la religion, et du prétexte de secourir la Terre-Sainte, il les y relégua, sans souffrir quils en revinssent, ni (|u après avoir accompli leur pèlerinage, ils retournassent dans leur patrie.

L*Ordre de Saint-Jean , toujours persécuté par ^ prince, perdit, cette année, frère Guérin de Montaigu, son Grand-Maitrc, seigneur dune illustre naissance, dans la province d'Auvergne, mais qui, par ses vertus, avoit encore donné iJiis d éclat à sa Maison, quil nen avoit tiré délie. lies chevaliers de Saint- Jean, assemblés en chapitre, mirent en sa place frère Bertrand BrnrmAiiD t>fc Texis, qui, en suivant les traces de son pré- «'^T"»* diicesseur, neut pas moius (fattention aux affaires de la Terre-Sainte, quau gouvernement Je rOrdre.

La Palestine, depuis labdication de Jeau de iMeune, privée de la présence de son souverain, ^toit alors comme up vaisseau sans pilote, toujours agitée par de nouvelles tempêtes, et qui ^uroit péri sans le secoure continuel des Uospi-

384 HISTOIRE'DE l'oRDRE

taliers et des Templiers. Je ne parle point des

DB Tms!* chevaliers Teutoniques, parce que, dès Van 1226, la plupart étoient passé3 dans la Prusse, dont les habitans, encore idolâtres, faisoient une cruelle guerre aux Chrétiens, leurs voisins, massacroienl les prêtres jusqu'au pied des autels, et empleyoient les vases sacrés à des usages profanes. Conrard, duc de Mazovie, appella à son secours les chevaliers Teutoniques, et leur donna, pour commencer leur établissement, tout le territoire de Culme , avec les terres qu ils pourroient codquérir sur les infidèles. Hermand de Saltza, leur Maître, y envoya un de ses chevaliers, appelle Conrard de Lansberg (i), qui conclut ce traité, auquel souscrivirent trois évéques du pays, Gonther de Mazovie, Michel de Cujavie, et Chrétien de Prusse. Les Teutoniques passèrent depuis dans ces provinces du nord, où, par des guerres continuelles, ils acquirent successivement en toute souveraineté la Prusse royale et ducale, la Livonie, et les duchés de Courlande et de Semigal : toutes provinces d'une vaste étendue, et capables de former un grand royaume.

i23a. On voit, parce que nous venons de dire, qu^ la défense de la Terre-Sainte ne consistoit plu^ que dans les armes des Hospitaliers et des Templiers. 11 est vrai que l'empereur, qui connoissoit bien que ce petit État ne pourroit pas se soutenir par lui-même, avoit promis, avant son ut-

(i) Dusburg.. Gbron. Pruss. part, a, cap. i , pag- ^"'

part, s^uxdeux Grands-Maitreset aux principaux *

»ei^furs du pays, d y faire passer, a son retour, ok Tlxk. uo puissant corps de troupes , qu'il devoit entretenir à ses dépens ; il s etoit même engag[é d'y envoyer le prince Conrard , son fils, auquel le royaume de Jérusalem appartenoit du chef de i impératrice Yolante, sa mère, fille de Jean de Brienoe et de la princesse Marie. Mais ce prince, «» ^n retour, occupé du dessein de faire reconnoitre Tautorité impériale par toute lltalie, ré- ^rvoit toutes ses forces pour lexécution de ce ."^rand projet , et sembloit avoir oublié les intérèu de la Palestine.

I^ princesse Alix, sœur utérine de la reine Marie , sortie , comme elle , de la reine Isabelle de Jérusalem (i), et alors veuve de Hugues de Lu- >igoan, roi de Chypre, passa en Syrie, voulant ^ prévaloir de labsence et de leloignement de 'empereur, et demanda d'être reconnue pour reioe de Jérusalem. Mais quelque mauvais trai- ^^mcDt que les deux Ordres militaires eussent i^u de lempereur, les deux Grands -Maîtres > opposèrent aux prétentions de cette princesse; etiljslui firent dire, quil ny avoit que la mort '>u l'abdication volontaire du prince Conrard, ^I^i pût faire passer la couronne sur sa tête. '^<^nipereur, instruit de ces mouvemens, et crai- ;naDt que la reine douairière de Chypre ne mit, ^ ia fio , les deux Ordres dans ses intérêts , en-

xO SaoQt| lib. Ut , cap. i3 , paç. ai4.

' vova daDs la Palestine un corps de troupes Al-

PS Ttxis. lemandes, et mit à leur tète , eu qualité de souslieutenant, Richard fils d'Auger, maréchal de ses armées. Ce général, étant débarqué à Saint- Jean-d*Acre, au lieu d adoucir les esprits, et de s'appliquer à rendre la domination de son maître , et sa propre autorité agréable aux habitans de la ville, et aux seigneurs du pays, les traita avec une extrême dureté; mit des impôts, jusia3a. qu alors inconnus dans la Palestine, et taxa les plus riches citoyens (i). Il dépouilloit les ans de leurs biens , maltraitoit les autres , et les traitoit tous comme il auroit fait des infidèles, et dans un pays de conquêtes.

Les habitans et les principaux seigneurs, après avoir, pendant quatre à cinq ans , essuyé toutes les avanies , que lavarice soutenue de la souveraine puissance peut exercer, épuisés de biens et de patience , et sans autre ressource que leur courage, prirent les armes, chassèrent ces Allemands de la ville, et les obligèrent de se réfugier dans Tyr, qui étoit la seule place qui leur restoit, et où Jean d'Hybelin, seigneur de Barut et de JafFa, se disposoit à les assiéger.

Lempereur, surpris et allarmé de ces nouvelles, eut recours àlautorité du Pape; il le pria de remployer, en sa faveur, auprès du Grand- Mattre de Texis, et des chevaliers dé Saint-Jean; et, pour regagner Testime et la confiance de cet

(i) Sanut, lib. III, part. 1 1 , cap. i3 , pag. 9ii4«

Ordre qu'il persécutoit depuis si Jong-iempa, îl

remil les chevaliers en possession de tous les db Tuu.

biens dont il les avoit dépouillés si injustc^nienl.

Le Pape, à la prière de ce prince, envoya lass. rarchevéque de Bavenne à la Terre-Sainte en qaalilé de légat du Saint-Siège, et le chargea de lettres très -pressantes pour le Grand^Mattre et le Conseil de TOrdre , par lesquelles il les exkoptoit à employer leur prudence et lautorité qu ila aveient dans la Palestine pour calmer ces mon«vemens. Le Grand-Mattre , après avoir re<^ les imfe dn Pape, donna tous ses soins à réunir les esprits ; il en vint heureusement à bout par son habileté, soutenue de la puissance de son Ordre; et il rétablit lautorité de lempereur dans Saint- Jean -d^Acre, et dans les autres places de la Falestine.

lies forces des chrétiens Latins étant coasidé» niblement diminuées dans la Terre-Sainte, par une victoire que le sultan d'Alep remporta , en ^ tems-là, sur les Temfdiers, le Grand-Maitre <les Hospitaliers tira , par une citation , un grand nombre de chevaliers d'Occident. On vit, dit 1339. Matthieu Paris, sortir de la maison Hospitalière •le Clerkenvelle, située dans Londres, un grand '' nombre dHospitaliers, les armes hantes, précé* *lês de frère Théorie leur prieur. Allemand de nation, qui partirent, pour la Terre-Sainte, à la t^te d*un corps considérable de troupes à leur ^ide. M Ces chevaliers, dit-il, passant sur le *pont de Londres, saluoient, le capuce bas»

— -^— « tous les habitans qui étoient accourus sur leur Dc T£XM. ** passage, et se recommandoient a leurs prie- «res (i). »

Pendant que l'Ordre tiroit de TAngleterre des secours pour la Terre-Sainte, il en fouruissoit de bien plus considérables aux rois Chrétiens des Espagnes qui étoient, tous les jours, aux mains avec les Maures du pays. Dom Jaime, premier du nom, roi d'Arragon, après les avoir heureusement chassés des isles de Majorque et de Minorque , entreprit la conquête du royaume de Valence: il mit en mer une puissante flotte, et son armée de terre étoit composée de plus de soixante mille hommes; la puissance des rois d'Arragon n avoit point encore paru si redouta- Uè. Tant de forces n étonnèrent point Zaël, roi de Valence, et le plus brave des princes Maures; mais, comme il n avoit point d armée capable de tenir la campagne devant celle de Dom Jaime , il s enferma dans sa capitale. Il vit bientôt les Chrétiens au pied de ses murailles : il se défendit avec beaucoup de courage; et, quoiqu assiégé par mer et par terre, le roi dArragon ne put gagner un pied de terrein , qui ne lui coûtât ses plus braves soldats. Lies Maures faisoient de fréquentes sorties , où il y avoit toujours beaucoup de sang répandu. Le succès du

(i) Fratres Ter6 inclinatis capitibus hioc et indè, capaiiif deposifis, se omnium precibus commen«iarunC. ^/v^* Paris , ad ann. i aSy, pag. 444*

«iVgc devenoit, de jour en jour, plus incertafn. ^ nom Jainie , voyant diminuer ses troupes , ap- m xsx». peJJa à son secours les Hospitaliers de Saint-Jean; frère Huçues de Forcalquier, châtelain d'Emposte et lieutenant du Grand-Maitre , arriva au camp à la tête d un grand nombre de chevaliers Espagnols ; et, pour rendre ce secours plus utile , il y avoit joint deux mille hommes de pied, quil avoit levés parmi les vassaux de l'Ordre et a ses dépens.

Le roi ne le vit arriver si bien accompagné, quavec beaucoup de joyc; le siège prit une nouvelle face : une louable émulation se mit parmi les Chrétiens. Les chevaliers se distinguèrent, à leur ordinaire , par leur intrépidité ; ils emportèrent plusieurs ouvrages avancés, Icpée à la main. Zacl, resserré par la perte de ces postes, se renferma dans le corps de la place. Il y tint encore quelque tems ; enfin , pressé par le défaut de vivres , Qt après avoir perdu lelite de sa f^rnison , il capitula , et remit la place au roi <1 Arragon. I^ reste du royaume suivit lexemple <lela capitale: tout se plia sous la puissance du vainqueur, et la couronne de Valence fut jointe 'à celle d^Arragon. Dom Jaime avoua publiquement qu il devoit une si importante conquête à 'a valeur des Hospitaliers; il les en récompensa ^'> prince reconnoissant et libéral ; et il donna à 1 Ordre en pure propriété, la ville de Cervera avec touted ses dépendances, Ascola, Alcoccver, <^t la campagne de Saint-Mathieu.

'■•5TOUE DE LOaOBE

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"•'^'^'■■"•''^'■«'-OW défère ««,.

DES CHBTALIEBS DE MALTE. 3gi

leiBBelle, Tévéque de Saiat-Jean-d'Acre recom- • ^

iveoça, en Orient, à troubler œa chevaliers sur d& Tl^is. le droit de dime^ sous prétexte que, depuis la perte de Jérusalem, et rétablissement de FOrdre dans Saint-Jean-d'Âcre , ils avoient acquis dans cette ville, et dans d autres places de son diocèse , différentes sortes de biens qui netoient point dans rOrdre, dès les premiers tems de sa fondation. Ce prélat cacha son dessein et sa marche; et, sous un autre prétexte, il se rendit auprès du Pape. U lui représenta que les Hospitaliets, à la faveur de leurs conquêtes ou de leurs acquisitions , absorboient tous les revenus de Tépiscopat. Il renouvella, en même tems, les plaintes amères que Foulcher, patriarche de Jérusalem, avoit faites au Pape Adrien IV, au sujet des interdits et des enterremens dont nous avons déjà parlé; et il conclut, en suppliant sa sainteté de donner des explications aux bulles de tes prédécesseurs , conformes aux droits de Tépiscopat, et qui missent des homes aux privilé* ces des chevaliers.

Le Pape renvoya lexamen de ces grie& à Jacques de Pecoraria, cardinal, que ce pontife avoit cbargé des affaires de la Palestine. L^évéque d*A* cre porta , à son tribunal , un long mémoire de ces griefs, et dans lequel FOrdre de Saint- Jean ëloit peu ménagé. Le cardinal le fit communiquer à frère André de Foggia qui résidott alors en Cour de Rome, en qualité de procureur-général des Hospitaliers. Ce religieux soutint les

392 HISTOIRE DE l'oKDRE

— — • intérêts de son Ordre avec le zèle quil devoit, DE T4XW. c^ fit voir que levêque de Saint-Jean-d*Acre , sous lapparence de griefs nouveaux , ne faisoit que renouveller les anciennes prétentions du clerf^é de ]a Palestine , rejettées dans rassemblée de Ferentino. Le Pape, sur le rapport de ce cardinal, renvoya le jugement de cette affaire au patriarche de Jérusalem, à larchevêque de ' Tyr , et à labbé de Saint-Samuel d'Acre. L evêque ne pouvoit pas souhaiter des juges moins suspects; cependant ces prélats, quoiqu'intéresses dans la même affaire, mais justes témoins qu ils ne subsistoient eux-mêmes que par le secours des chevaliers, obligèrent leur confrère à se désister de ses prétentions.

Je ne sçais si cest à ce prélat, ou à quel-' qu autre ennemi de fOrdre^ qu on doit attribuer des avis quon donna, en ce tems-là, au Pape, que les Hospitaliers s'abandonnoient aux plus grands désordres,- et qu'un prince Grec et schismatique^ qui étoit actuellement en guerre contre les Latins, en tiroit des secours d armes et de rlicvaux. Grégoire IX , qui occupoit alors la chaire de Saint-Pierre, pontife plein de feu et d'ardeur,. en écrivit aussi-tôt au Grand-Mai tre et à tout rOrdre. Lexactitude qu exige le devoir dun historien fidèle, ne permet pas de passer >ous silence son bref (i), qui se trouve d'ailleurs tout entier dans Tannaliste de leglise.

[i"^ Rainakl. ftd «on 11 38.

DES CHEVALItlBS DE MALTE. SgS

• Nous avons appris avec douleur , dit ce — ^—

D r J • J BWTmâlID

•- Pape, que vous retenez dans vos maisons des m Juhm. « femmes d'une vie déréglée y et avec ksquelles

• vous vivez dans le désordre ; que vous n obser- « \ez pas plus exactement le vœu de pauvreté; « et que des particuliers, parmi vous, possèdent «de grands biens en propre; que, mioyennant

- une rétribution annuelle, vous protégez indif^

- téremment tous ceux qui ont été admis dans •> votre confrérie ; que, sous ce prétexte, vos roai- •^ sons servent d asyle à des voleurs, à des meur- «> triers et à des hérétiques ; que, contre les inté-

* rets des princes Latins, vous avez fourni des «• armes et des chevaux à Vatace, lennemi de

- Dieu et de legiise; que vous retranchez, tous

- les jours , quelque chose de vos aumônes ordi-*

- naires ; que vous changez les testamens de

- ceux qui meurent dans votre hôpital, non sans

- soupçon de fausseté ; que vous ne souffrez

- point que ceux qui sy trouvent, se confessent -à d autres prêtres qua ceux de votre Ordre,

ou à ceux qui sont à vos gages. On dit même, ' ajoute le souverain pontife, que plusieurs de

- vos fK*res sont suspects d*hérésie. »

Ijt Pape, à la fin de ce bref, exhorte le Grand* Maître à corriger de si grands abus : il ne lui donne, pour y travailler, que l'espace de trois mois; sinon, par le même bref, en date du i3 inncs 1238, il ordonne à Tarchevèque de Tyr de kl* transporter dans la maison chef-d*Ordre, et dtr s'appliquer incessamment, en vertu de Tau-

394 HISTOIRE De l'ordre

" torité apostolique, à la réforme de ce grand

u Tszu. corps de religieux militaires, tant dans le chef que dana les membres.

Après les témoignages honorables qu*en 1318, André, roi de Hongrie , et témoin oculaire, avoit rendu à la vertu de ces chevaliers, il est surprenant quon trouve, dans les brefs de ce pontife, de si cruels reproches contre cet Ordre. PeutF^tre étaient-ils leffet de la haine et de la calomnie de leurs ennemis ; peut-être aussi estil vraisemblable que le Pape n auroit pas fait un si grand éclat, sans être convaincu de leurs dérèglemens. Un si grand changement dans leurs maisons, s'il étoit vrai, doit faire trembler les sociétés les plus saintes et les plus austères , et leur apprendre quen moins de vingt' ans, elles peuvent dégénérer de leur première régularité , et tomber dans les désordres les plus afireux.

Quoiqu'il en soit de la vérité ou de la faus* seté de ces accusations , il est certain que , dans le même siècle, et sous le même pontificat. Tesprit de pénitence et de charité étoit encore en honneur parmi les Hospitaliers, et que plusieurs chevaliers de ces tems-là sont encore aujourd'hui révérés comme des Saints. Tels sont les bienheureux Hugues , Gérard Mécati de Yillemagne, Gerland de Pologne, tous Hospitaliers de rOrdre de Saint-Jean , qui vivoient dans ce siècle, et qui méritèrent d'être canonisés par les vœux et les suffrages anticipés du peuple Chrétien.

DKS CHEVALIERS DE MALTE. SgS

Le bienheureux Hugues , précepteur ou corn* — -— mandeur de la commanderie de Gènes , se de* di Tbx». Toua au service des pauvres et des pèlerins dans I hôpital dont il avoit la direction. Le procès* verbal de sa vie, que dressa, après sa mort, Othon ^e Fiesque, archevêque de Gènes, par ordre exprès du Pape Grégoire IX, rapporte que «a vie étoit une pénitence continuelle, accom* pa^ée de ferventes prières, et d'une charité sans bornes envers les pauvres et envers les péle* fins. Selon la relation de cet archevêque , il né mangeoit jamais de viande : son jeune duroit toute Tannée , si on en excepte le saint jour du dimanche ; il por toit , en tout tems , un long ci* lice lié sur la chair avec une chaîne de fer; une table lui servoit de lit, et il Favoit placée dans une grotte au-dessous de Hôpital, et du côté qui regarde la mer; il passoit les jours entiers on dans la prière ou dans le service des malades ; et, s il survenoit des pèlerins, il leur lavoit les pieds, et les baisoit avec une profonde humilité. Ce fut dans la pratique continuelle de ces vertus, que le bienheureux Hugues consomma son sacrifice.

Le bienheureux Gérard Mécati vivoit à peu près dans le même tems. Il étoit né à Villemagne, bourgade qui n est éloignée que de trois ou qua* tre milles de la célèbre ville de Florence. U entra, de bonne heure, dans TOrdre des Hospita* tiers, en qualité de frère servant^ et il en remplit le titre et les fonctions avec un zèle et une cha*

^^^^^ su

rite ardente envers les pauvi-es. Après avoir passé uae partie de sa vie dans les hôpitaux de la religion, le dc!iir d'une grande perfection, l'amour de (a retraite et de la solitude, lui firent obtenir de ses supérieurs, la permission d'achever sa jouFS dans un désert. Il s'enferma dans une pauvre cabane, n'ayant pour vèteiuent qu'un long ciliée, et, pour nourriture, que des herbes et des fruits sauvages. Paul Minii , dans son traité de la DoUesse de Florence, parle du bienheureui Gérard en ces termes : «Gérard Mécati, natif de « Villemagne, fut/ré/TB servant dans la très-illns- , « tre milice des chevaliers de Saint-Jean de Jéru- •■ salem ; et on peut, avec justice , le nommer un I

■ second Hitarion. Ce fut vers l'an 1242, que ce « pieux solitaire acheva de vivre, et passa dans

■ la société des saints. >•

Frère Gerland de Pologne , d'autres disert d'Allemagne, chevalier de l'Ordre, qui vivait dans le même tems, ne se rendit pas moins illustre par sa piété que par sa valeur. Il a^'»'' ; passé une partie de sa vie dans les guerres con- | tre les infidèles. Ses supérieurs l'envoyèrent, depuis, à la suite de l'empereur Frédéric II, p*>"f y maintenir les intérêts de la religion. Il y devint bientôt l'exemple de toute la Cour; et, après s'être acquitté de ses emplois, à la satisfaction du Grand-Maître, il se relira, avec sa permr*sion, dans la comraanderie de Catalagtrone: il y mena, lo reste de ses jours, une vie toute angéliqun. .\<.- ne parle point, ni de son apphc^"

lion à la prière, ni de ses austérités continuelles; " je m'arrêterai seulement aux vertus de son état m Tulu, et d*im véritable Hospitalier. C etoit le père des pauvres, le protecteur des veuves, le tuteur des oq>helins, et larbitre général de tous les différends : tous exemples qui justifient que, dans ce tfms^là, lesprit de charité et lamour de la pénitence n*étoient pas entièrement éteints dans rOrdre de Saint-Jean de Jérusalem. A Tcgard du reproche que le Pape Grégoire IX fait aux Hospitaliers, d avoir fourni des armes et des chevaux à un prince Grec, appelle Vatace, ou« tre que je n^ trouve guères plus de fondement que dans les autres accusations, dont on avoît tâché de noircir leur réputation, tout ce que le Pape dit de ce Vatace, qu il traite, dans son bref, d ennemi de Dieu et de [église ^ dépend d'une suile dévèneraens que, par rapport a l'histoire que j'écris, il est a propos d cclaircir.

Pendant la dernière révolution et le tumulte que causoit, dans Constantinople, la prise de cette capitale de lempire par les •croises, des princes Grecs , la plupart issus de Maisons impériales, pour se soustraire à la domination des Latins, se retirèrent en différentes provinces de lempire, s y cantonnèrent et s en firent les souverains. Isaac Comnène , d autres lapiiellent Alexis, alla fonder un nouvel empire sur les confins de la Cappadoce et de la Colchide, et dont la ville de Trébisonde, située sur la Mer Noire, devint la capitale. Les princes Michel et Théo-

398 HISTOIRE DE LORDRE

dore Comnène s'emparèrent de TAlbaDie, et

M Tkxu. Théodore LascarÎB , le phis puissant et le plus redoutable de ces princes , après avoir conquis la plus grande partie de la Bythinie, déftiic les Turcomans qui Foccupoient, et tué, de sa main, dans une bataille , le sultan dlconium , prit les ornemens impériaux à Nicée , se fit déclarer empereur , et laissa , depuis , ce grand titre à Jean Bucas , son gendre , surnommé Yatace : ce qui pourroit faire soupçonner que ce prince né* toit de la Maison impériale des Ducas que par les femmes.

Au schisme près , c étoit un des plus grands fNrinces de son siècle , sage , laborieux , vigilant , toujours attentif aux évènemens , et ne perdant jamais de vue la disposition des Ëtats voisins du sien. Toutes ces provinces lui présentoient éga^ lement des ennemis. Il en regardoic les posses^ seurs , soit Chrétiens ou Mahométans , comme autant d'usurpateurs: mais, sage dans la distribution de ses desseins , il prenoit si bien ses mesures j qu il n avoit jamais en tète qu un seul ennemi à la fois. Il nç manqnoit guères de prétextes pour faire la guerre ; et, s'il ne la faisoit pas heureusement y il manquoit encore moin» de ressources pour faire la paix. Cest ainsi que^ pour empêcher que les Papes ne fissent passer des secours aux empereurs Latins de Constantiaopk , il affecta de ft^re parottre un grand zèle poor la réunion de Téglise Grecque avec Téglise Latine: et il poussa la feinte jusqu'à faire. tenir, à ce

snjd y des conCéreDçes dans son Palais , ou il ^

assistoit, et ou, pour concilier les esprits, il af- ds tum. Cectoit le caractère de niëdiatear désintéressé. Ce iot par une conduite aussi habile, autant que par sa valeur, qu'après avoir chassé les empe-> reors Latins de ïikàit Mineure , il porta ses ar- ■Ms en Europe , et les Ait attaquer jusques dans le centre de lempire.

Tel étoit ce fameux Vatace, avec lequd on socofloit les Hospitaliers d'entretenir des rela* tions. Biais, si on iiaût réflexion que ce prince Grec étoit souvent aux mains avec les mêmes înBdèles auxquels les chevaliers de Saint- Jean iaisoieDt une guerre continuelle, doit^on trouver étrange que , dans une cause commune , et en qualité d*alliés, ils eussent assisté ce prince de chevaux et d'armes ? D'ailleurs , je ne sçais com* ment les Hospitaliers ayant des maisons dans Coastaatinople , on pouvoit leur faire un crime de ^rder quelques mesures avec un prince si puissant, qui étoit à la veille de se rendre maître de cette capitale de l'empire.

Gel empire , conquis si glorieusement par les croisés, dès la première année de leur établissement, étoit bien déchu de son ancienne gran* denr et de sa puissance. Outre les isles de l'Archipel , dont les Vénitiens et les Génois s etoîent emparés, on vient de voir que le marquis de Montferrat avoit eu , pour sa part des conquêtes, la Thessalie et les provinces voisines érif^s en royaume ; et que des princes Grecs, de leur e6té«

4oo HISTOIRE DE l'ORDRE

avoient mis en pièces et démembré ce malheu-

Baudouin, le premier empereur Latin, neut pas été plutôt reconnu pour empereur, que, dans Fimpatience de signaler son avènement à» cette grande dignité , il forma le siège d'Ândrinople , dont les habitans s étoient soulevés. Joa* nisse, roi des Bulgares et des Valaques, qui setoit soustrait de la domination des Grecs, prince vaillant , mais féroce et cruel , et qui craigaoit que lempereur ne lattaquàt à son tour, viatau secours des assiégés. U étoit à la tète dune armée nombreuse, composée des Bulgares et de» Valaques , ses sujets ; et il avoit à sa solde de> Grec^ et même des Turcomans.

Baudouin , à son approche, leva le siège, sV vança à sa rencontre , et lui donna bataille. Ses troupes enfoncèrent tout ce qui se présenta devant elles. Baudouin , emporté par son courage, et par Fespérance de la victoire, s abandonna imprudemment à la poursuite dun ennemi qui fuyoit avec art, et pour Fattirer dans une embuscade. Le nouvel empereur de Constantinople , trop éloigné du gros de son armée , se vit enveloppé par les Bulgares et parles Valaques, qui , après avoir taillé en pièces les troupes qui Favoient pu suivre , le firent prisonnier.

Joanisse le tint, quelque tems , dans le fond d un cachot , chargé de chaînes ^ il ne Feu tira que pour le faire périr par un cruel suppU^^c. Après lui avoir fait couper les bras et les jambes,

DES CHEVALIERS DE MALTE. 4oi

on le jefta dans une vallée , où cet infortuné priDoe vécut encore trois jours, exposé aux bêtes m Tnw. frroœs, dont il devint la proye, et qui en firent ieor pâture.

lie prince Henry, son frère , lui avoit succédé, et gouverné Tempire avec difierens succès , pendant Te^ce de dix ans. On prétend que les Grecs s en défirent par poison. Ce prince, étant décédé, comme son frère atné, sans enfans, laissa le Mue à Pierre de Courtenay, son beau • frère ^ prince du sang royal de France. Ce nouvel empereor, à la faveur d un traité d alliance fait avec, Théodore Gomnène, passant par ses États pour se rendre à Gonstautinopie , se vit arrêté dans les montagnes d^Albanie ; et le perfide Grec le fit moorir. La couronne regardoit Philippe, comte <le Xamur , fils atné de lempereur Pierre : mais ce jeune prince , préférant apparemment une principauté tranquille et un Etat solide^ à un Irène chancelant , et au vain titre d empereur , céda ses droits au prince Robert, son frère, qui arriva, à Gonstautinopie, versla fin de Tannée 1 220. Il eut, pendant son rè{][ne , deux ennemis redoutables à combattre , Jean Ducas , et Théodore Comnène , le cruel meurtrier de lempereur , son père. L*un et lautre , sans agir de concert , lui enlevèrent, chacun de leur côté, la plupart des places qui couvroient Gonstantinople. Un troi- Même ennemi , bien plus dangereux que les deux premiers, mit le comble à ses disgrâces. Il y avoit, <lans Gonstantinople, une jeune demoiselle d une

laai.

402 HISTOIBE DE L'ORDRE

' r^re beauté;, oiiginaire de la province d*Ârtois,

DE Tfzis. ^t fille de Baudouin de Neuville , chevalier qui 8 étoit trouvé à la conquête de Gonstantiàople. Cette demoiselle devoit épouser, au premier jour, un seigneur Bourguignon, avec lequel elle étoit déjà fiancée.

. Ses pargns layant présentée à lempereiir pour obtenir son agrément, ce jeune prinoe fut fi^appé ^e Téclat de sa beauté; une passion violente s em* para de son âme; et, quoiqu'il n'ignorât pas que la jeune Neuville étoit engagée avec un sei{[oear de sa Cour, ne trouvant point d autre voye pour se satisfaire , il résolut de lepouser. La mère et la fille, éblouies, à leur tour, par ledat dW couronne , méprisèrent leurs premiers engagemens; la mère conduisit sa fille dans le lit àt 1 empereur. Sanut dit formellement qu il lavoit épousée. Baudouin d'Âvéne, au contraire, sem* ble vouloir faire entendre qu il n en coûta pas si cher à ce prince pour en jouir. Quoiqu'il en soit, le Bourguignon , qui devoit épouser la jeune Neuville , n apprit sa disgrâce que quand il nétoit plus temps de s y opposer. 'Ce seigneur outragé assemble ses parens et ses amis, et leur demande du secours contre un prince qu'il traitoit de tyran. Toute cette noblesse entre dans son ressentiment , et , par une hardiesse surprenante , pénètre , la nuit , dans le Palais , se saisit de la mère et de la fille. On jette la mère, enfermée dans un sac , au fond de la méi; et les conjurés , après avoir Gou|)é le âes et les lèvres à la

fiile, 9e retirent. L^empereur se flattoit de trou* ^ ver, dans le reste des seigneurs de sa Cour, des os Tsiis. vengeurs d une si cruelle insolence ; mais il fut bieo surpris d apprendre que les uns en ëtoient lo auteurs, et que les autres ne dissimuloient pas qn ils n en auroient pas moins fait , s ils aroient été lobjet d une injustice aussi criante. I<^rt, désespéré de se voir méprisé de ses surjets, et de trouver des ennemis domestiques, plus cruels même que des barbares et des étrangers, «embarqua pour Tltalie. Il espéroit d'en tirer de puisians secours, et de revenir, dans ses États, à la tète d*une armée qui le Bt craindre de ses ennemis , et respecter de ses sujets ; mais , après aroîr erré en difiërentes contrées, il mourut, en chemin , d un excès de douleur ; et il ne pat survivre à la manière indigne dont on lavoit iratté.

Jamais Tempire n avoit été dans un état si déplorable. Rempli de divisions au dedans et an dehors , attaqué de tous côtés par des ennemis pniaians , il ne lui restoit pour toute ressource , et pour successeur au trône impérial , que le troisième fils de Pierre de Courtenay, appelle Baudouin II, jeune prince à peine âgé de neuf a dix ans , et par conséquent incapable par son if;e de gouverner TÉtat, sur-tout dans des conjonctures û fAcheuses.

Dans une si triste situation, les seigneurs I^rnn4;ais de Constantinople eurent recours à

i^n de Brienne, que nous avoae vu roi de Je-

vwà* ^f

h , t 'T^^ - ^"^ l^K ï* ORDRE

■ >^>*f»L^n. ^^^v* » •• -î-re le régent et le défeDseur

7 \ fi » 1 ^tv*.^' *•* ^'^'^û <fe l'engager à se chaiiger du

^.. . A*o**â.- "* -•« lui déféra le titre même d'em-

ru jouir sa vie durant, toutefois >;vY des droits du légitime héritier,

,j lu .uicien usage pratiqué en Fraooe,où

>. ..^.ti:> .:^ enfans mineurs nobles se disoient ^.,: '. «i> de leurs biens, et les relevoient, en . ..&. «tuaité, des seigneurs domidans.

taa iteBrienne se rendit a Constantinople ,

.r4 .*« main les rênes du jgouvemement, re-

A«uc<si et défit 2 empereur Vatace, et Azen, roi

i: ctutgarie, qui menaçoient Gonstantinople

^..a siège. Mais, comme ce prince étoit alors

^< de plus de quatre-vingts ans, lemprre nen

Hâ^ pas tirer tous les avantages qu il eut pu jus-

itiuent espérer de sa' valeur et de sa longue

4\périence dans la conduite des armées, sil eut

4«é moins âgé. On ne faisoit ^lus que de fâcheux

pronostics de la courte durée de Tempire des

Latins.

Le jeune Baudouin fut même obligé, sous la conduite de Jean de Bé thune, son gouverneur, de passer en Italie et dans les autres royaumes de la Chrétienté, pour en implorer le secours. Toute TAsie a voit les yeux tournés sur Tempereur Vatace, un des plus puissans et des plus habiles princes qui eussent été, depuis longtems, sur le trône du grand CSonstantin: il ne lui en manquoit, pour ainsi dire, que la capitale; et on ne doutoit pas qu il ne s en rendit bientôt

DES GHBTALIBR8 DE MALTE. 4o5

le maître. Les Chréiiens , préveom de sa haute ^ valair, le r^ardoient comme le seul prince ca* m Tua. paUe de les maintenir dans la Palestine. Je ne tçais ti ce fut à cç sentiment d'estime qu on attribua les égards que les Hospitaliers a voient (ait paroltre pour un si grand prince. Ce qui est de œrtain , c est que les reproches qails attirèrent io Grand-Blaltre de Texis, de la part du Fape, ^ lui causèrent un si vif ressentiment, qu'il ne put l'ea consoler; et le malheureux état où il voyoit la Terre4$aÎDle, sans secours, sans troupes, et nus touverain , acheva de le mettre au tombeau. Ou fit remplir sa place par frère Guébih ou OcimiK. GoAiiH, dont on ignore le surnom et la patrie.

On sçait seulement qu il fut chargé du gouvereement de TOrdre dans des tems difficiles. La Palestine se trouvoit destituée de la présence de ion sooverain, et sans subordination pour les cfaeb qui le leprésentoient* lies Hospitaliers et les Temfrfiers, dont la Terre-Sainte titoit toute sa force I étoient encore malheureusement divisés, au sujet de quelques traités que les uns et kt autres avoient faits avec dilTéiens prinœs iofidèles.

Thibaud V du nom, comte de Champagne et roi de Navarre, du chef de Blanche de Navarre, •a mèse, étoit passée en ce tems-là, dans la Palestine à la tète d'une croisade , mais dont les malheureux succès et la perte de la bataille de Gaza, Ta voient obligé, depuis, à conclure une trêve avec Nazer, émir^de Carach. Lçs Templiern

4o6 HISTOIRE DE LOEDBE

^ négocièrent ce traité , auquel souscrivit le roi de

Navarre, dans i impatience de s en retouroer; ces chevaliers firent même une ligue ofiensm et défensive avec ce prince infidèle, cootre le Soudan d'Egypte ; mais les Hospitaliers n'y voo* lurent point prendre de part, soit quils trouvassent ce traité <lésavantageux , ou que lesTem> pliers eurent conduit cette négociation à leur insçu (i).

Le roi de Navarre ayant reçu avis que Richard, comte de Cornouailles, *frère du roi d'Angle* terre , devoit arriver incessamment , s'embarqna aussitôt avec les débris de sa croisade, pour ne pas pendre le prince Ânglois témoin de sa disgrâce. Ridiard, étant arrivé, trouva que Fëinir de Garach qui dépendoit, en quelque manière, de celui de Damas , n étoit pas mattre d entretenir la trêve. Ce prince , à la tète de sa croisade, s avança aussitôt jusquà Jafia, où il reçut un envoyé du Soudan d'Egypte , qui étoH actuellement en guerre avec cehii de Damas , et qni lui offrit , de sa part , une autre trêve. Richard y consentit de Favis du duc de Bourgogne, du comte Gaultier de Brienne, neveu de Jean de Brienne , roi de Jérusalem , du Grand-Maitre des Templiers , et d une partie des . seigneurs du pays; et on convint, parce traité, que ce prince

(i) Praedicta enim treuga procuratione templarioniu» firmata est , hospîtalarîorum minime intervenieote consrasu, Sanut, Kb. III, pag. ai6.

ittfiiMe ferait «ortir de Jérusalem tous les Ma* bonétana <{ui s y étoient établis ; qu*il readroit Bethléem y Naaareth et plusieurs villages, avec diflfirreoa diAteaux y qui assuroieot le chemin à k capitale de Judée ; que tous les prisonniers Kroient relâchés de part et d autre; et que les Chrétîeiia pourroient relever les fortifications de Jémsalam et des autres places qui leur étoieajfc cédées. Le prince Anglois y au dé£eiut d exploits mlilaires , conclut ce traité , qui n etoit pas moias «tile, et qui fuit exécuté avant son départ, auûs dans lequel les Templiers , par jalousie Goatre les Hospitaliers^ ne voulurent point, à leur tour, être com|Nris (t). Ainsi, au milieu de ces deux trêves, les Templiers et les Hospitaliers icstoient en guerre diacun de leur côté, les uns eoDtre le Soudan de Damas , et les autres contre celui dlSgypte. Ces divisions auroient été (unesFtes à l*État, si ces soudans , et la plupart des des- Gtadans de Saladia et de Safadin , n'avoient p^s été diviiés , en méme^tems , par des guerres civirles. Ce fut à la faveur de ces troubles, que les chrétiens Latins se virent enfin maîtres et seub habitans de Jérusalem. Le patriarche , avec tout MNi ckcyé» y revint; on bénit de nouveau les ^ises; on y célébra ensuite, avec une joye in«> ^■tte> les saints mystères ; et le Grand'Maitre des

GVABR.

(OLHter« comitit Rîcbardi continentes suoimam su» pcn^Snnstioois. BL Paris, m Uenr, IH^md anm. 1241, ^- S66 et 567.

GuAmm.

4o8 HISTOIRE DE L'ORDRE

' Hospitaliers porta au patriarche toat 1 argent qui étoit dans le trésor de TOrdre , pour contribuer à relever les murailles de la Sainte-Cité.

Malgré tous les ouvriers qu on y employoit, le travail avançoit lentement; et, à peine avoiton fait quelques légers retrancheilieiis , que la i^alestine se trouva inondée par un déluge de barbares , appelles Gorasmins. Cétoient des peuples sortis récemment de la Perse, et issus, à ce qu'on prétend, des anciens Partbes ; du moins ils en habltoient alors le pays, appelle Hyrcanie Persienne; d autres les placent proche delà Corosane : mais je ne sçais si ces Gorasmins n étoient pas plutôt originaires du royaume de Garizme, que Ptolomée appelle Ghorasmia, d'où 'ces barbares, la plupart pâtres, et qui navoieot guères de demeure^ fixes, pou voient être passés dans quelques-unes des provinces de la Perse. Quoiqu'il en soit, ils avoient été enveloppés dans cette fameuse révolution qui étoit arrivée ^ vingt ans auparavant , dans la haute Asie, dont Oengis-khan, premier empereur des anciens Mogols Tartares^ setoit rendu nàattre. Octay, fils de Gengis-khan, successeur de ce conquérant, ou le prince Keiouc, son fils, khan, ou grand-khan, d autres disent Tul y, troisième fils de Gengis-khan , qui avoit eu la Perse dans son partage, irrité contre ces peuples qui avoient tué ceux de ses oflRciers qui levoient les tributs, les chassa des pays de sa domination.

Gcs peuples payens de religion , cruels , féro-

GUABII.

DBS GHEVALIEB8 DE MALTE. 4o9

œs, et baiiiares entre les pkw barbares , rouléreot eo différentes contrées , sans pouvoir trou«* ver de demeare fixe et assurée , ni aucun prince qui les voulût souffrir dans ses États (i). Odieux aai Mabométans, comme aux Chrétiens , par leors brigandages et leurs cruautés , ils étoient regardés comme ennemis du genre bumain. Il n'y eut que le Soudan d*Egypte, qui, pour se venger des Templiers , et de la ligue qu ils avoient £adfe avec êes ennemis les soudans ou émirs de Damas, de Carach et d*Emesse, conseilla à Barbacan, chef et général des Gorasmins, de se jetler dans la Palestine (a) ; il lui représenta la conquête facile, les places démantelées et ouvertes de tous côtés , peu de troupes dans le pays , de la division parmi les cbefs ; à quoi il ajouta des présens considérables, et la promesse d'un puissant secours, et de joindre un corps de troor pes à son armée.

U nen falloit pas tant pour déterminer des is43« peuples sauvages et barbares, qui, a la pointe de Tépée, cbercboient des tenes qu^ils pussent babîler : ils avoient pénétré jusques dans la Mésopotamie. Barbacan en partit aussitôt à la tète de vingt oiille cbevaux , et entra dans la Pales- Une, avant quon en eût eu la moindre nouvelle (3). Biais les <^autés de cette nation , le

(i) Bîbl. Orieni. paç. looi. — (a) MatC Paris, ad aon. 1344» P>«e* ^<^* ~* ioinvIUe, vie de Saint Louis, pag. 98.'—

();SaDpt,pag. 917.

GUAUV.

4lO HISTOIRE DE L'OEDEE

feu qulld mettoieat par-tout, les annonoèrent bientôt. Jérusalem étoit encore ouverte de toutes parts; les Grauds-Maitres de Thôpital et du temple s y trouvoient alors, mais presque ssds troupes. Dans une conjoacture si surpreaaate, ils crurent qu ils navoient point dautre parti à prendre, que de conduire les habitans à Jaffa, place fortifiée et hors d'insulte ; de tenir ensuite la campagne, et de rassembler toutes les troupes pour s opposer aux entreprises des ennemû. Tout sortit de Jérusalem sous la conduite des chevaliers > excepté un petit nombre d'habitsAS, qui avoient peine, à abandonner leurs maisons, et qui, à la hâte, élevèrent de foibles retranchemens dans les endroits les plus ouverts. Cependant ies Corasmins arrivent, emportent ces retranchemens; entrent dans la ville, Tépée à la main; mettent tout à feu et à sang, sans épargner ni Fàge ni le sexe; et, pour tromper les Chrétiens qui s étoient enfuis, ils plantèrent sur les tours des étendards avec la croix. Ceux qui avoient pris le devant , avertis qu on voyoit encore les croix arborées sur les murailles, touchés du regret d avoir abandonné leurs maisons avec tant de précipitation , et croyant que les barba- Tts avoient tourné leurs armes dun autre côté, ou qu ils avoient été repoussés par les Chrétiens qui étoient restés dans la ville, y retouroèrent malgré tout ce que purent leur dire les deux Grands-Maitres , et se livrèrent eux-mêmes à la fureur de ces barbares, qui en passèrent près de

DES CBBVALIBR8 DE MALTE. itl

«ept mille par le fil de Tëpée. Une troupe de religieuses, denfans et de vieillards qui s'étoient réhf^ au pied du Saint-Sépulcre, et dans Végliie du calvaire, furent immolés dans le lieu même où le Sauveur deg hommes avoit bien Youlu mourir pour leur salut; et il n y eut point de cruautés et de profanations que ces barbares nenerçàssent dans la Sainte-Cité.

Cependant les Templiers , ayant appris quun détadiement des troupes du Soudan d'E^pte les sfoit joints (i), appelièrent à leur secours les loodans de Damas et d'Edesse, ses ennemis. Ces infidèles leur envoyèrent quatre mille chevaux , ooMMndës par Moucha , un de leurs générauii. Les seigneurs du pays, ayant fait prendre les armes a leurs vassaux et aqpi milices, se rendi* reat dans larmée Chrétienne: il y eut d*abord diffiirentea escarmouches entre les deux partis , dans lesquelles les Corasmins, quoique supérieurs en nombre, ne laissèrent pas de perdre plus de nMnde que les Chrétiens. Enfin , par la précipitation du patriarche, et contre lavis des principaux officiers, on en vint à une action générale. L*armée Chrétienne étoit partagée en trois corps : ' le Grand-Maître des Hospitalieis avec les chevaliers de son Ordre, soutenus par Gaultier III, comte de Jafia, et neveu du rot Jean , avoit la pointe gauche ; Moucha , à la tète

(i) Epist. Frcderîc. imperat. — Matl. Paris, in Ueiir. Ilf, P»3. 6f8.

GoAms.

OVABIH.

4l2 HISTOIRE DS L'0RDR£

des Turcomans, commandoit la droite, «t les Templiers avec les milices du pays , étoieat dans le centre. Le courage et lanimosité étoient égaux , mais le nombre des combattans étoit bien différent ; les Gorasmins avoient dix hommes contre un; et, pour surcroît de diagrace, dès quon en fut venu aux mains, soit lâcheté ou trahison^ la plupart des soldats de Moucha prirent la fuite.

Les Chrétiens , résolus de vaincre ou de mourir, nen parurent point ébranlés: la bataille dura presque deux jours ; les chevaliers des deux Ordres y firent des prodiges de valeur: eufio, épuisés de forces, et accablés par la multitude, presque tous furent tués ou faits prisonniers; et il n échappa de cetté^boucherie que vingt-^ix Hospitaliers, (quelques relations disent seulement . seize ) , trente-trois Templiers , et trois chevaliers Teutoniques : les deux Grands-Maitres des Hospitaliers et des Templiers, et un commandeur des Teutoniques, furent tués à la tète de leurs compagnies. Les Hospitaliers firent, peu après, remplir la place de leur Grand-Mattre par frère »rcoMP8 Bertrand de Gomps , vieux chevalier François de ia43. la province de Dauphiné, que sa valeur et $od expérience élevèrent à cette dignité, et dont uo seigneur de son nom avoit déjà été revêtu.

Cependant une défaite si générale mit le comble aux malheurs de la Terre-Sainte. L empereur Frédéric , dans uqe lettre adressée au comte de Corn6uailles,8on beau-frère, déplore cette mal-

beoretiBe joamëe, et en rejette la faute sur les Templiere, qui , après avoir rompu la trêve qu'il ^ cohi*. • SToit faite, di^il, par lavis des Hospitaliers avec If Soudan d'Egypte, se sont fiés avec trop de siinplicité aux secours et aux promesses des prin* ces de Damas et de Carach (i).

Frère Guillaume de Cbàteauneuf , précepteur de la maison Hospitalière de Saint-Jean de Je*nisalem, et depuis Grand-Maître de TOrdre, dans une lettre qu'il écrit à un seigneur de Merlay, attribue pareillement cette cruelle incursion desCorasmins, à la ligue qu'on a voit faite avec le Soudan de Damas contre celui d'Egypte , son eonemi; et, selon la relation de ce chevalier, qui s'étoit trouvé à cette sanglante bataille^ le 1944. Grand-Maltre des Hospitaliers y avoit été tué avec odui des Templiers ; et il n'en étoit échappé lui-même qu^avec quinze autres Hospitaliers, qui r^grettoient , dit-il , le sort de ceux qui étoien t oiorts pour la défense des saints lieux et du peuple Chrétien.

Certainement les uns et les autres étoient bien

'i)Doin pneter idem quod templarioroin superba reii^o et •boriginariomm terne baronam delidb educata HiperbiCy soldanom Baby Ionise ad evocandoin amiliam choemiiBoniiD per belloin improbam et improvÎMun cocgenim, uostro regio fœdere parri penao, qood nos Doi con cooTentu , et magittris domonim lancti Joannis MMoctK Marie teatonîconim, nomine notiro contraxerattus. Epist. Fred. imper, de depopylatione terrœ sanctœ, ^ MàtL Paris ^ ad wm. i')44*

4l4 HISTOIRE DE L'ORDRE

"^ — ^ difrnes de compassion. Cet Ordre, auparavant i»B Gowft. SI florissant, se trouvoit presque détruit (i); et le peuple, dont les Templiers et les Hospitatien étoient les défenseurs, se yoyoit sans secours, enfermé dans la ville de Saint-Jean^-d'Âcre, en mème-tems que les Gorasmins, campés dans la plaine et à deux milles de la ville, ravageoient la campagne, brûloient les villages et les bourgades , et massacrôient impitoyablement les babitâns , ou tes entralnoient dans 1 esdàvage.

Mais Dieu qui , dans les tems marqués par Sa miséricorde, venge ses enfans des ministres dont il s'est servi dans sa colère , permit que la division se mit parmi ces furieux; ils se tuèrent, la plupart ^ les uns les autres ; et les malheureux restes de ces barbares , dispersés dans la campagne, furent assommés par les paysans: tout périt jusqu'à leur nom, qu'on ne trouve plus dans lliistoire (2).

La perte que les Hospitaliers avoient faite contre ces barbares , ne ralentit point leur zèle et leur courage. Nous avons dit que ces obevaliers faisoient face de tous côtés, et se trouvoient, en mème-tems, dans tous les endroits où les Chrétiens faisoient la guerre aux infidèles : l'Espagne, la Hongrie et la principauté d'Antioche,

ft) Epîst. flebilîs prœlatorum terras saoctae in Matt Paris^adann. 1^44 > lib. Ill^pag. 63 1.

(n) Et fectum est ut de sub cœlo nomen eoram penicùs deleretur, adeô qu6d née eorum vestiçîa appameront. Mali. Paris f ad ann. 1247-

éprouvèrent, de ncHveaii» le secours de leurs armes. Hugues de Forcalquier, chAldatQ d'Em-- mComI poste, éloit toujours daos les armées dé dom Jtime, roi d*Arragon. U se trouva à la tète de tous les chevaliers de ce royaume, au «ëge de Xstira; et Thistorien de cette nation reman{ue quun chevalier de Saint -Jean, appelle dom Pierre de Villaragut, s y distingua par des ae* tioDs d une valeur surprenante.

Les chevaliers de Hongrie ne rendoient pas laouis de services à leur patrie, contre les Tar« taies qui ravageoient alors la Transylvanie , la Uoagrie et la Pologne. Le Pape Innocent IV écrivit, à ces chevaliers, en des termes les plus preiaans, comme on peut le voir par son bref du 8 des calendes de juillet, et de la cinquième tunée de son pontificat. Ces guerriers prirent aussitôt les armes ; et , après s être joints aux Frangipanes, qui ëtoient alors seigneurs de la Dahnaiie et de la Croatie , ils chassèrent ces bar^ bares de la Hongrie, ramenèrent le roi Bêla, qpii Sfoit été obligé d'abandonner ses États, et le rétablirent sur le trône.

Des services si importans ne demeurèrent pas tins récompense ; et , outre de nouveaux privi* iéges, ce prince, qui ëtoit fils du roi Andaé, dont nous avons parlé , marchant sur les traces de son père , donna des terres et des seigneuries à l'Ordre , persuadé que c étoicnt autant de bra« ves guerriers quil acquéroit dans son État, et ^iUnsires défensetirs qu'il procuroit à ses sujets ,

4l6 HISTOIRE DE l'oRDRE

' souvent exposés aux incursions des infidèles.

DK Ck>MP8, C est ainsi que s en explique ThistorieD de Hongrie , qui , par anticipation , donne aux Hospitaliers le nom de chevaliers de Rhodes , qu'ils ne prirent qu un siècle après cet événement. ^ Pendant que les chevaliers étoient occupés en Hongrie, contre les Tartares , le prince dAntioche se vit , tout d'un coup , attaqué par les Turcomans Selgeucides, qui, depuis un siècle, avoient abandonné leurs déserts , s etoient choisi des capitaines, et avoient inondé, en même tems, dififiérentes contrées de FAsie , comme nous l'avons dit au commencement du premier livre. IjC prince d'Antioche, surpris par une attaque imprévue, eut recours aux Ordres militaires, lasyle ordinaire de tous les chrétiens Latins. Les deux Grands -Maîtres firent monter à cheval ce qui leur restoit de chevaliers ; et, après s être mis à la tète des troupes qui étoient à leur solde, ils marchèrent droit aux infidèles. Le comhat Ait lopg et sanglant; et le nombre des Turcomans, soldats pleins de courage , balançoit les effets ordinaires de la valeur des chevaliers. Frère Bertrand de Comps, Grand-Maitre des Hospitaliers, indigné d une résistance qu'il n avoit pas coutume d'éprouver, se jette au milieu des escadrons ennemis , les enfonce , et les tourne en iîiite. Mais, dans cette dernière charge, il reçut tant de blessures, qu il en mourut peu après;

^ViLLi^ ^^ rOrdre lui donna , depuis , pour successeur BUDg. frère Pierre de Yillekiide, religieux recom-

DES CHEVALIERS DE MALTE. ^l']

maodaUe par sa piété et par sa valeur : l'Ordre *

ne pouvoit faire uq plus digne choix, sur- tout yiu.lpar rapport à une nouvelle croisade, dont Saint* *"^'"'^' Louis, roi de France, devoit être le chef, et dont '^^^ uous allons parler. i a4i .

La nouvelle de ladéfaite de larmée Chrétienne ayant été portée au Pape Innocent IV, qui étoit alors sur la chaire de Saint -Pierre, ce pontife, pour déterminer les Chrétiens d'Occident à faire passer un nouveau secours à la Terre-Sainte, convoqua un concile {général dans la ville de Lyon, dont Touverture se fit la veille de la fête (les saints apôtres Saint-Pierre et Saint-Paul. Galeran, évoque de Béryte, qui avoit apporté la uouvelle de la victoire des Corasroins , présenta aux pères du concile une lettre que le patriarche de Jérusalem et les évèques de la Palestine écrivoient à tous les prélats de France et (rÂn{][ieterre, et quicontenoit une relation de ce triste événement, conçue à-peu*près eu ces termes:

«I^es Tartares, après avoir détruit la Perse, "ont tourné leurs armes contre Ic^ Corasmins, «"Ct les ont chassés de leur pays. Ces Imrbares, •«n'ayant plus de retraite fixe, ont prié inutile* «< ment plusieurs princes Sarrasins de leur accor- " der quelque contrée pour habiter ; car ils sont » d'une telle cruauté , que ceux même qui leur « ressemblent le plus de ce côté-là , ont refusé de •• leur donner retraite; et il n'y a -eu que le sou* •dan d'^^pte qui les invita à |>asser dans la • Palesiiae, et qui leur promit de les y mainte-

4ld HISTOIRE DE l'ORDBE

• „ jjjj, pg^i, jg secours de ses armes. Ils sont entrés

pIEnRt OE , * , , ,

Ville- <« daos Je pajs, Evec une grande armée, presque *^»^* «toute composée de cavalerie, menant leurs K femmes et leurs enfans. Cette incursion a été « si subite, que personne n a pu la prévoir, ni s y « opposer, et ils ont ravagé, sans résistance, tout « le pays , depuis le Thoron des chevaliers , jus- « qu à Gaza ou Gazer.

«Dans une invasion si surprenante, on na « point eu d autre parti à prendre que d opposer « barbares à barbares; et, de lavis des Templiers, « des Hospitaliers, des Teutoniques et de la no- « blesse du pays , on a r^olu d appeller à notre « secours les princes de Damas et de la Chamelle, « nos alliés , et ennemis particuliers des Goras* « mins. Mais , comme ce secours étoit éloigné et « incertain , le péril pressant , et Jérosalem sans «murailles et sans fortifications, phis de six « mille habitans en sont sortis pour chercher un « asyle dans les autres places Chrétiennes ; et il « n est resté dans la capitale qu un petit nombre M de Chrétiens.

«Ceux qui avoient abandonné Jérusalem, « prirent leur chemin par les montagnes, ou ils « se croyoient plus en sûreté, d'autant plus que « les MahcHnétans qui les habitoient , étoieat au- « jets du prince de Carach , avec lequel nous ft avions trêve. Mais ces montagnards, violant la « foi du traité , sont tombés sur ces fugitif , en « ont tué une partie, pris et vendu l'autre, même « des religieuses ; et ceux qui ont descendu dans

la plaine ont été massacrés par les Gorasmins ; -^—^ eD sorte que , de tout ce peuple , a peine en est-il villbresté trois cents. Enfin les Gorasmins sont en- ""*** très dans la 8ainte»Cité; et, comme ce peu qui y restoit de Chrétiens, femmes, enfans et vieillards s'étoient réfugiés dans lef^lise du Saint- Sépulcre , ces barbafes les ont tous éventrés dans ce lieu saint ; et , en coupant la tête aux prêtres, qui célébroient alors les saints mystèt^, ils se disoient les uns aux outres: Répandons ici le sang des Chrétiens, dans lendroit même où ils offrent du vin à leur Dieu, qu'ils disent y avoir été pendu. Ils arrachèrent ensuite tous les ornemens du Saint-Sépulcre , profané'* reot Téglise du Calvaire, fouillèrent dans les tombeaux des rois de Jérusalem , et dispersèrent leurs cendres. Les églises du Mont de Sion, du Temple et de la vallée de Josaphat , où se montre le sépulcre de la Sain te- Vierge, nont pas été mieux traitées ; et ils commirent dans régliae de Bethléem des abominations que Ion Dose rapporter; en quoi ils ont poussé fimpiété plus loin que n'ont jamais fait les Sarrasins , qm ont toujours conservé quelque respect pour les saints lieux.

« Les chevaliers militaires , et les seigneurs du pays, soutenus par le secours des princes alliés, marchèrent droite ces barbares, sWancèrent en suivant la côte, et les rencontrèrent proche Gazer ou Gaza. On en vint aux mains, la ?eiUe de la 9ain^LucJ les Sarrasins, qui étoienc

4^0 HISTOIRE DE l'ordre

« dans notre armée , prirent la fuite : en sorte

. ViiLE-"* «que les Chrétiens, demeurés seuls contre les iniDE. u Corasmins et contre les Babyloniens , furent u accablés par la multitude de leurs ennemi;». «Des trois Ordres militaires, il ne se sauva que «trente- trois Templiers, vingt-six Hospitaliers, « et trois chevaliers Teutoniques : la plupart de « la noblesse du pays , ou a péri dans la bataille, « ou est restée prisonnière.

« Dans cette extrémité , nous avons imploré ie <' secours du roi de Chypre et du prince d'Antio- « che ; mais nous ne sçavons ce qu'ils peuvent faire « pour nous , et ce que nous en devons espérer; « et quelque grande que soit notre perte , nous « craignons encore plus pour lavenir. Les Hos- « pitaliers sont assiégés , par les Sarrasins , dtfns « le château d'Ascalon : la Terre-Sainte se trouve « destituée de tout secours humain : les Coras- « mins, de leur côté, sont campés dans la plaine, « à deux milles de la ville d'Acre , d'où ils rava- «gent tout le pays jusqu'à Nazareth; en sorte « que, si nous ne sommes secourus, au passage « du mois de mars, la Terre-Sainte est absolu- « ment perdue , et nous serons forcés dans quel- « ques châteaux qui nous restent, et que les « Hospitaliers et les Templiers se sont chargés « de défendre. »

La lecture de cette lettre fit répaiidre des larme â à toute l'assemblée : les pères du concile ordonnèrent qu'on précheroit la croisade dans toute la Chrétienté; que ceux qui avoient déjà pris la

croix, et ceux qui la prendroient dans la suite, se reodroient dans un endroit dont on convien- villedroit , pour y recevoir la bénédiction du Pape ; '**'**• (|u il y auroit une trêve de quatre ans entre tous les princes Chrétiens ; que , pendant tout ce tetuarla, il ne se feroit ni tournois, ni fêtes, ni réjouissances^ publiques; que les fidèles seroient exhortés à contribuer de leurs biens pour une si juste entreprise; que les ecclésiastiques donneroient le vingtième de leurs revenus , et les cardinaux, le diidème, pendant trois ans consécutifs ( I ).

Plusieurs princes, et un grand nombre de seifaneurs, sur-tout du royaume de France, prirent la croix. Mais aucun •ne le fit avec tant de zèle, (le courage et de dévotion , que Louis IX , roi de France, connu depuis sous le nom de Saint- Louis. Le Pape fondoit sur ce prince ses plus grandes espérances: «Notre Seigneur» , dû ce pontift, en écrivant à la noblesse du royaume y ' >enible avoir choisi entre les autres princos du -Monde, pour la délivrance de la Terre-Sainte, - notre très-cher fils , le roi de France, qui , outre * les vertus qui le distinguent si avantageusement

(i) Ut abster{7erentur lacryin«c à maxillîs matris no«irv ecdeâae depioniûtis filios 8uos nuper tructdaios, dominai rex Franconim , hospiialarii quoqiie et templarii . niiliirs neophitos et manum arma ta m rutn ihesauro non Riotlico illuc ad consolationem et auxîlium ibi coinmorAntiam festiaaotcr transmisemnt. âfaii. Pans, ad ann^

BVIDE.

422 HISTOIRE DE l'oRDBE

^ « des autres souverains, commandé encore à une

PlF.imc DE • r>t

ViLr.E. «( nation puissante et g^uernère. » .Ce prince, pour secourir les Chrétiens d'Orient, n avoit pas attendu les prières et les exhortations du Pape; sitôt qu'il eut appris la victoire des Gorasmins, il rë« solut de passer, en personne, à la Terre-Sainte; et, en attendant que les affaires de son État lui permissent d en faire le voyage, il y envoya un puissant secours de troupes et d'argent, dont il confia la conduite aux Hospitaliers et aux Templiers.

On avoit reçu ordre, en Occident, de faire passer, dans la Palestine, les chevaliers novices avec un corps de troupes séculières , et tout l'argent qui se trouveroit dans la caisse des prieurés : et les deux Grands-Maitres recourant à Dieu, pour implorer la bénédiction du ciel sur leurs armes, prescrivirent, dans leurs Ordres, des jeûnes extraordinaires avec des prières continuelles (1).

Ces chevaliers, outre l'argent du roi de France et celui de TOrdre, apportèrent encore mille livres, que Richard (2), comte de Gornouailles , consacra à la défense des saints lieux. Les deux Grands-Maitres envoyèrent ensuite demander au Soudan d'Egypte, un sauf-conduit pour deux de leurs chevaliers charges d'une ncgociatioD

(1) Statuernnt in ter se orationes et jejunia prêter aolita specialitèr pro liberatiçne terraB saoctœ facienda. MaiL Paris.

{1) Gomes Richardus ex innatâ sibi magnîlicentià, illue in succursam mille libras pet hospitalarios transmisit. Idem.

une lis

Ml.-

particulière. L objet de leur voyage étoit de *retirer des maiab des Sarrasins, les Hospitaliers vîu' et les Templiers pris à la dernière l>ataille , et que les Corasmins leur avoient livrés. Quoiqu auparavant, dans les deux Ordres, on regardât conune morts ceux qui se rendoient prisonniers de guerre, cependant, dans une si triste conjoncture, les deux Graods*Mattres ne jugèrent point à propos d observer une si sévère disci* plioe ; et , pour tirer un nouveau secours de ces prisonniers, on fit partir des députés chargés d une grosse somme d argent pour leur rançon. Ceux-ci, ayant reçu le sauf-conduit nécessaire pour leur sûreté , se rendirent à Babylone d'Egypte ou au grand Caire, places qui, par leur voisinage , sont souvent confondues par les historiens. Les deux chevaliers, pour faciliter le ittccès d*une négociation si extraordinaire, répandirent différentes sommes parmi les ministres et les favoris du Soudan : cctoit Salech, fils de Camel, latné des enfans de Safadin, prince habile et redoutable à ses voisins. Cest a ce prince qu on attribue Tinstitution de ce corps de troupes quon appelloit MameluSf du mot Arabe qui signifie, esclave vendu; parce que cetoient des enfans enlevés parles Tartares dans leurs Goorses , et de qui Salech les faisoit acheter. U en fit un corps de milice d où il tira dépolis ses principaux officiers; et ils devinrent, à la fin, si puissans, quils s attribuèrent , à eux seuls, le droit d élire leur souverain. Les députés

•^ Il

HISTOIRE DE LORDRE

•î^ Ordres militaires firent proposer au

- !• ».i Nilech, le sujet de leur voyage; et ils • -luM. lurent à entrer en négociation sur la ran- Mii «*€ la liberté de leurs (Confrères. Mais ce *i**-ice, qui avoit une liaison secrette et très- -•-.:• »ite avec lempercur Frédéric, et qui n ignorant pas d ailleurs combien les chevaliers des ►îeux Ordres lui étoient odieux: «A Dieu ne -plaise, répondit-il à, ses ministres, «que je

* traite avec des perfides^ qui autrefois ont vquIu

* livrer leur empereur, et qui, se disant entre eux •< frères et compagnons d armes, ne laissent p^s, » depuis cinq ans, quand ils se rencontrent, de « se charger, les uns les autres^ avec encore plus «"de fui*cur et danimosité, quils nen font pa-

- roître contre les ennemis de leur loi. Ne scait-

- on pas, ajouta ce prince, le peu de sûreté quil

* y a dans la parole des Templiers, et que ce ^ furent ces religieux, qui, en haine des Hospita* •-liers, violèrent la trêve que j avois faiie avec ■ le frère du roi d'Angleterre, que les Templiers , « par mépris, appelloient ce petit Garçon ? (Jcpen- « (tant, dans la dernière bataille, nous avons vu «I CCS Templiers si fiers et si superbes, s abandon- « nor à une honteuse fuite; et, ce qui nctoit «I jamais arrive dans leur Ordre, celui qui por- « toit le Beaiisean, (ou étendard de la croix), « rentre son devoir et les règles de son institut, « s enfuir le premier. Mais ce n est pas en cela " seul que , depuis long-tems, les Templiers et les a Hospitaliers ne font point scrupule de violer

•KIDB.

• les Statuts de leur profession. Doù vient, par^

» exemple, que ces chevaliers, qui, par leurs lois , villê- -ne doivent au plus abandonner, pour leur «• rançon , que leur capuce ou leur ceinture , nous «offrent aujourd'hui de si grosses sommes, si ce

- n est pour se fortifier, par leur nombre, contre ^ notre puissance? Mais allez leur dire que, puis- ^ que la justice de Dieu les a livrés entre mes

• mains, ils n en sortiront jamais tant que je vi-

- vrai ; et qu a Texemple de leurs prédécesseurs, je

• ne sçais pas distinguer un chevalier prisonnier, *> d'un chevalier mort sur le champ de bataille. »

Ea vain les ministres du Soudan lui représentèrent qu'il perdoit, par cette conduite, des sommes considérables, qu'il pou voit retirer pour l'i liberté des chevaliei*s. Ce prince infidèle, qui n i;;noroit pas les différends que Icmpereur avoit iisrv le Pape , ni à quel point Les chevaliers « loient dévoués au Saint-Siège, rejetta avec obstination et avec mépris toutes les offres qu on lui put faire. Les députés furent obligés de sen letourner sans avoir pu rien obtenir; mais nmime, avant de partir, ils se plaignoient aux ministres de ce prince, de la grande dépense '{u'ils avoicnt faite inutilement en présens, dont il^ avoicnt profité, ces ministres, comme pour lï^en dédommager, leur dirent en secret, qu'il t»y avoii qu'un seul moyen de retirer leurs pri- *'>tiniers: r'étoitqiie lenipcreur demandât leur lilHTté au Soudan. » I)ou il est aidé de conclure, ^ lit Matthieu Paris, létroite liaison qui étoit

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