‹ Œuvres choisies de l'abbé de VertotChapitre 5 sur 19 · jxomans également afFoiblis par tant de sièges · texte numérisé non relu

jxomans également afFoiblis par tant de sièges

^i 6e combats, trouva que ses intérêts avoient

'.jngë avec la fortune. U renvoya, aux croisés,

^r^ ambassadeurs, sans vouloir ratifier le traité

ij< la avec ses ministres ; et il chargea les am- : 1 -odeurs Chrétiens de dire à leurs maîtres , \ j iTut été assez heureux pour reprendre , avec *« ^ armes seules , une place dont ses prédéces- ^ .:rs etoient en possession depuis plus de quatre ' CiU ans , il S4;auroit bien la conserver sans aut .u secours étranger; cependant que les portes ' ! croient toujours ouvertes aux pèlerins Chré* ' • w9 , pourvu qu ils ne s*y présentassent qu en j ' tit nombre, et sans armes.

\j^ croises , irrités de son manque de parole ; '' «aii« s'inquiéter beaucoup de sa puissance, lui

^ ot dire qu avec les mêmes clefs dont ils avoient .

j\ert les portes de Nicée, d'Ântioche, de Tarse 't dÉdcÀse, ils sçauroient bien ouvrir celles de Jr 'iisalem. Ces princes, après avoir laissé repo- «' r leurs troupes, pendant Thyver, et une partie ' 1 printemps, marchèrent droit à cette capitale " la Judée, et y arrivèrent, le septième de juin •.' 1 année 1099. De ce nombre inlini de croisés, 10994 «j Ji etoient partis de TEurope , et qu'on fait mon- 9i««"tr r j près de sept cent mille hommes, la plupart iv «lient péri, soit dans les combats, soit par les ru iladies, et par les désertions, sans compter les 'iruisons qu*il avoit fallu laisser, tant dans la i.J*cie, que dans le comté d^Édesse, et dans la

46 HISTOIRE DE L'orDRE

principauté d'Antioche; en sorte quà peine rcs* toit-il, aux princes croisés, vingt mille hommes dlnfanterie, et quinze cents chevaux en état de combattre.

Le calife, ou pour niieux dire, Aladin , Soudan et général de ce calife , avoit fait entrer jusqu'à quarante mille hommes de troupes réglées dans la place , outre vingt mille habitans , Mahométans de religion , auxquels il avoit fait prendre les armes. Le gouverneur de la ville fit enfermer, en même temps, en différentes prisons, les Chrétiens qui lui étoieiit suspects, et entr autres ladministrateur de Fhôpital de Saint-Jean de Jérusalem.

C etoit un Français , appelle Gérard, né , à ce que rapportent quelques historiens (i), dans File de Martigues en Provence, que le désir de visiter les saints lieux avoit conduit à Jérusalem, et qui, après avoir été témoin de la charité qui sexerçoit dans Fhôpital de Saint -Jean, touché d'un si grand exemple , s etoit dévoué , depuis long-temps, au service des pèlerins, au ipème temps qu une dame Romaine, d*une illustre naissance, nommée Agnès, gouvemoit la maison destinée à recevoir les personnes de son sexe. Tous les pèlerins étoient admis dans Thôpital de Saint-Jean , sans distinction du Grec et du Latia ; les infidèles mèmey recevoient laumône, et tous les habitans, de quelque religion quils fussent ,

(i) Histoire de Provence, par Bouche, tom.I, p. 32«

r.« re«;ardoient radmioistrateur de Fhôpitaly quç « nme le père commun de tous les pauvres de i. *ûiit. Ce fat cette estime générale, et la crainte

. d ne s^en servit en faveur des assiégeans , qui :• rta le gouverneur à le fiaire arrêter. Ce corn- ::nQdantj pour rendre le siège plus difficile, fit

.ailler les puits et les citernes jusqu'à cinq ou v\ mUes aux environs de la place: il fit raser, ^'j Béme temps , les fauxbourgs , et brûler tous

> bois dies maisons dont on eût pu se servir . • ur construire des machines de guerre. Toutes

' « précautions , les fortifications de la place , . e nombreuse garnison , n empêchèrent point

^ Chrétiens d en former le siège.

Cette ville , une des plus belles de FOrient , et ^ Lifliais célèbre par les mystères de notre ré-

' mpdon y qui s'y étoient accomplis , avoit souf-

t dilfiérentes révolutions. Personne n'ignore ' Jiei les horreurs de ce siège où commandoit l :^, fib de Vespasien, qui, sans le sçavoir, ac*

nplif les prophéties. Le temple fut détruit

. «pi aux fondemens, malgré le vainqueur même .

I ' laperc ur Adrien , après Tavoir encore ruinée

• •i«f seconde fois, la rebâtit depuis; mais il lui

' rkoa moins d étendue , et en changea même le

r. -m en celui djElia, parce qu il s appelloitiC/iu^.

i r«Nalein reprit son nom et sa première gloire

t« Constantin, premier empereur Chrétien.

petit-fils dun autre Cosroès, roi des

« sous lempire de Phocas, désola de nou-

lu la Sainte-Cité; trente mille habitans passe-

4B HISTOIRE DE L'OBDRE

rent par le fil de Tépée, et leglise, si célèbre^ d M Saint-Sépulcre fut détruite. Héraciiua, successeu n de Phocas, reprit Jérusalem, et en fit rebâtir lea églises. Le calife Omar, comme nous Favons dit ^ • sempara de cette place vers le milieu du sep^ tième siècle; et il y avoit près de quatre cent3 ans que les Sarrasins mahométans en étoient lesi maîtres, quand les Turcomans les en chassèrent. Le sultan d'Egypte l'avoit reprise, pendant le siège d'Antioche.-Gelui que les croisés mirent de* vaut Jérusalem, ne dura que cinq semaines ; Godefroy de Bouillon se jetta, le premier, dans la Tille, par le moyen d'une tour de bois qu il fit 1099. approcher des murailles. Le comte de Toulouse, ^^ ^' qui commandoit à une autre attaque , eut le même avantage. Toute 1 armée entra en foule dans la ville; on passa au fil de lepée, non-seulement ceux quon trouva en défense, mais encore ceux qui avoient mis les armes bas. Plus de dix mille habitans, auxquels même on avoit promis quartier, furent, depuis, massacrés de sang-froid (i): on tuoit impitoyablement les enfans à la mamelle, et dans les bras de leurs mères: tout nageoit dans le sang, et les vainqueurs, fatigués du carnage , en avoient horreur eux-^'mèmes.

Cette fureur militaire cessa enfin , et fit place

(i) Christiani cum pa^nîs, quinto bello concerto, canta in eos caede debacchati aunt, ut in sanguine occisorum equitarent usquç ad genua equorum. Sig. Gemblag. p. Gi i.

â (ies sentimens plus chrétiens. Les cbefe , après ;*toir pris les précautions nécessaires pour la su-* Tt te de leur conquête y quittèrent les armes ^ et , •^11%'is de leurs soldats, et les pieds nuds, allèrent «r prosterner devant le Saint-Sépulcre. On n enl'.iKkMt^ dans ce lieu saint, que sanglots et que Hjopirs ; cétoit un spectacle très- touchant de %<iir avec quelle dévotion les croisés visitoient et inMoient les vestiges des souffrances du Sauveur: H. ce qui n'est pas moins surprenant, c'est que • r» larmes et ces sentimens de piété partoien% >• ces mêmes soldats qui , un moment aupara* *. lot , venoient de s'abandonner à des cruautés alSneiises : tant il est vrai que les hommes se f . lodoiseot souvent par des principes tout oppo* -•:». Le lendemain, les évèques et les prêtres ••ftrireot, dans les églises , le saint sacrifice , pour rrndre graœ a Dieu d un si heureux événement. ^yn en donna aussitôt avis au Pape Pascal II, qui rtoit alors sur la chaire de Saint-Pierre; et on or* <î..»ona de célébrer, tous les ans , à perpétuité , le j -ur de cette réduction par une fête solemnelle. Ue ces devoirs de religion , on passa ensuite \n\ soins du gouvernement. Les princes et les M-i(r|ieurs sassemblèrcnt pour décider auquel fi'^atre eux on remettroit la souveraineté de c riie conquête. Chacun , selon son inclination ' j ses intérêts, proposa difFcrens sujets pour rrmplir cette grande place. Les uns nommèrent Itiimond, comte de Toulouse; d autres, Robert, <*uc de Normandie; maie cnBn presque tous les

5o UISTOIRE I>£ L*ORDR£

suffrages se réunirent en favepr de Godefroy de Bouillon , prince encore plus illustre par sa piété que par sa rare valeur. Les croisés Iç conduis!-* reBt sokmneHenàent à Féçlise du S^iînt- Sépulcre pour y être couronné. Mais , dans la cérémonie de cette ioauguratîon y te r^gieux prince rf^fusa une couroane dor quon lui présenloit> et il protesta hautement quon ne verroit point, sur sa tête, une riche couronne , dans une ville où le Sauveur des hommes a voit été couronné avec des épines. Il refusa même ahsolumeat Fauguste titre de roi^ et il ne prit que la simple qnalité d'avoué, ou de défenseur du Saint^pulcre.

Cependant le général du calife dÉgypte^ qui îgnoroit la prise de Jérusiileni, marehoii^à la télé de son armée, pour en faire lever le siège. Godefroy le prévint , s avanqa au-devant de lui ^ le renc€uitra à la sortie des d^rts qui séparent la Palestine de TÉgypte, le battît et mit son ar* mée en fuite. En reconnoissance de cette nouvelle victoire, et pour en perpétuer la mémoire, il fonda, dana 1 église du Saint - Sépulcre > uu chapitre de chanoines Latins ; il en fonda encore ua autre , quelque temps, après ^ dans Vég^Use du temple , qui servoît auparavant de av^squée aux infidèles; et ces chanoines , dans Tune et loutre église, sui voient la règle de Saint-Auguatin, ainsi que le rapporte le cardinal Jacques de YUri ( i ) , évéque d'Acre , auteur qu'on doit regarde» y à Té-

(i) Chapitre 5o.

DES CHÊTALlËRâ DE MâLTE. 5l

;'W lies affaires deVOrienC, comm^ rilÎ9(orien c-r ;jaal.

1^ prince visita ensuite la maison hospitalière •> "viinC-Jean, la première que les chrétiens La^ 1. 1< HisaenC eue dans la ville de JérUSëlem. Il y

* .t reçu per le pieux Gérard, et par les autres M '.miDisCraleurs, ses confrères, et il y trouva uii ' M jnd nombre de croisés, qui avoient été blessée f<^ridanC le siège, et quon y avoit portés aprèà

* \ prise de cette place : tous se louoient égale* : l'nt de la grande charité de nos lIospitaliêN , •. 1 Dépai^ooient aucuns soins pour leur soula- - *iient. Le cardinal de Vitri rapporte que le f !ia de ces Hospitaliers n étoit prévue fait que

r <^oB et de ferine la plus gros^èré , pendattt

'1 tb réservoicnt la partie la plus pure pour la

'.••urritore des blessés et des malades: cireoÉr-^

'Y -«nce, à la vérité, petite, si cependant quelque

:.<i^ le peut être de tout ce qui part d un grand

* (jd de charité.

Plusieurs jeunes gentilshommes, qui venoient

* ^n ^re une heureuse expérience, renoncèrent ''» retour dans leur patrie, et se consacrèrent,

»v» kl maison de Saint- Jean, au service des

.'ivres et des pèlerins. On compte parmi ces

.: h4Mt^ croisés, qoT prirent Thabit des Ifospfta-

.^r^, Raîmond Dupuy, de la province de Dau^

* ^ifir; Dodon deComps, de la même province; • , ràfos on Castus, de la ville de Berdeiz; Conon

•• Mostaigv , de la province d'Auvergne , et ->«cotfp d\tutres.

52 HISTOIRE DE L^ORDBE

Quoique Godefroy perdit, dans ces gentils hommes, des guerriers dont il avoit tiré de grands services, il ne laissa pas den voir le changement avec joye, et peut-être même avec une pieuse envie. Mais, si Tintérêt et la conservation de Jérusalem le retinrent à la tête de Farmée , il voulut au moins contribuer à lentretien de la maison de Saint-Jean , et il y attacha la seigneurie de Montboire avec toutes ses dépendances, et qui faisoit autrefois partie de son domaine dans le Brabant.

La plupart des princes et des seigneurs croisés

suivirent son exemple. L'hôpital , en peu de

temps, se trouva enrichi dun grand nombre

de terres et de seigneuries ; tant en Europe que

dans la Palestine. Cétoit, entre les mains du

pieux Gérard ; un dépôt sacré , et un fonds cer-

^__^ tain pour le soulagement de tous les malheu-

géiukd, reux. Le saint homme n'en étoit encore que

de nlôpi- ^î°^pl^ administrateur séculier ; mais , depuis la

tai de St- prise de Jérusalem , le désir d'une plus grande

JëruMi! perfection , le porta à proposer à ses confrères ,

iem. et aux sœurs Hospitalières, de prendre un habit

régulier , et à consacrer leur vie , dans l'hôpital ,

au service des pauvres et des pèlerins.

Les Hospitaliers et les Hospitalières, par son conseil , et à son exemple , renoncèrent au siècle, prirent l'habit régulier, qui consiste dans une simple robe noire , sur laquelle étoit attachée , du côté du cœur , une croix de toile blanche à huit pointes; et le patriarche de Jérusalem,

DES CHBTALIERS DE MALTB. 53

4]iR» les ea avoir revêtus, re<;ut, entre ses mains, ' le« dois vœux solemnels de la religion , qu ils pror.onoëreot aux pieds du Saint-Sépulcre.

Le Pape Pascal II , quelques années après, aprcoavm ce nouvel institut (i), exempta la mai-*. <'D àe Jérusalem , et celles qui en dépendoient , <ie payer la dime de leurs terres , autorisa toutes W fbadations qui leur avoient' été faites, ou <{u'oo feroit, dans la suite, en faveur de Thôpital, ri ordonna spécialement qu'après la mort de f .' rard , les Hospitaliers seuls auroient droit d'é- Lrr un nouveau supérieur, sans qu'aucune puissance ^ séculière ou ecclésiastique , pût s'ingérer •uns leur gouvernement.

Cependant les croisés, après avoir tiré la Sainte- ' ité hors de servitude, se disposèrent, pour la ; iûpart, à repasser en Europe. De ce nombre f^rodigieax de croisés qui étoient partis de l'Eu-* r pe, et entrés dans TAsie, il ne resta, avec < Mxiclroy , qu'environ deux mille hommes d'intaaterie, et trois cents cavaliers, qui s'étoient attachés à sa fortune , avec le brave Tancrède , qui r^e le voulut jamais abandonner. Baudouin, frère '•«* Godefroy, se retira à Édesse, dans la Méso- > •tamie, dont il s'étoit rendu maître ; Eustacbe, 1 itre firère de Godefroy, repassa en France , et Fk- i^^mond , devenu prince d'Antioche , y fixa son ^ loor.

Chacun de ces princes étoit accompagné des

6ÉBABD.

BcM. lib^D; pag. 4

Giinii».

54 HISTOIRE DE L'OHBfiE

seigneurs, des geatilshommeg, des pfEciers, et cle$ soldats qui étoiept venus, à la Terre-Sainte, sous leurs Enseignes. Tous cçs princes , pour retenir auprès deux cette généreuse noblesse, lui procurèrept, dans leurs États, des établissemens considérables y comme le témoignage et la récompense de sa valeur ; et on peut dire que ces différentes principaut?6 se trouvèrent toutes habitées par une nation de conqnérans.

^es autres croisés, que Famour de la patrie avoit rappelles en Europe, étant de retour dans leur pays, y publièrent leurs conquêtes., et les mierveilles qu'il avait plù à Dieu d opérer par leurs armes. On ne peut exprimer la joye des peuples, et quel e{Iët firent sur les esprits de si grandes, nouvelles. De toutes les nations de la chrétienté, et indifféi^mment de toutes professions, il se formoit, tous les jours ^ comme de nouvelles br^adf^s de pèlerins, qui quittaient tout , pour avoir la consolation de voir la Sainte- Cité délivrée de la tyrannie des infidèles. Ils étoient reçus dans la inaison de Saint- Jean, et ils y trouvoient une s^ubsistanee certaine, et même agréable. Ce fiux et reflux de pèlerins, qui tous reportoient dan^ leur pays les témoignages de la charité des Hospitaliers, leur attirèrent de nouveau]^ bienfaits de la plupart des p^rinccs d'Occident, en sorte qu'il n y avoit presque point de province dans la chrétienté , où la maison de Saint-Jean n eût de grands biens , et même dos établissemens considérables.

Bfentôt ^ par les mins du pieux Gérard , on vit ' tUrrr un temple mt^ifique, ftous Fin vocation •*^ SaîatJean-Baptiste , et dans un endroit qui , se* 'on une anciefi ne tradition , avoit fteriri de retraite A Zacharie, père de ce grand saint. On construis «il . proche de cette église , différens corps-de-logis , et de vasCcs bfttimens, les uns pour Thabitation des Hospitaliers , d autres pour recevoir les péle« nos , ou pour retirer les pauvres et les malades. Les Hospitaliers traitoiênt les uns et les autrei avec nae égale charité : ils lavoient avec joye les pieds des pèlerins, pansoient les playes des bles-^ <^, •trvoieot les malades, pendant que de saints prêtres 9 attachés à cette maison, leur adminis-» troient les sacremens de Téglise*

Ije zèle des Hospitaliers n étoit pas renfermé -^ADs la ville et dans le territoire de Jérusalem ; !«* chef et le supérieur de cette maison naissante r'tPiHloit ses soins JBsques dans VOccident. De ces tneos qu*il tenoit de la libéralité des princes f hrétiens, il fonda des hôpitaux dans les princî^ pales provinces maritimes de l*Europe; et ces maisons , qui étoient comme des filles de celles <ic Jérusalem , et qu on doit regarder comme les premières commatuUries de cet Ordre , servoîent I recœilHr les pèlerins, qui se dévoaoient pour 1^ voyage de la Terre^inte. On y ménageoit leur embarquement; ils trou voient des vaisseaux, des 'Tuîdes et des escortes, en méme-teraps qnon l»reffioit d autres soins pour ceux qui tomhoicnt malades, et qui ne se trouvoient pas en état dt

GÉftâUi.

56 HISTOIRE DE l'oBDRE

— — continuer un si long voyage. Telles étoient les "**** maisons de Saint-GUles en Provence, de Sévillô dans TAndalousie , de Tarente dans la Fouille » de Messine en Sicile, et un grand nombre d autres, que le Pape Pascal II prit, depuis, comme celle de Jérusalem , sous la protection particu* Hère du Saint-Siège, et que ses successeurs honorèrent de difiPérens privilèges.

Pendant que ce nouvel Ordre ne se rendoit pas moins recommàndable , dans TEurope, que dans TAsie, Godefroy de Bouillon, pour donner quelque forme à un gouvernement encore tumultueux , et purement militaire , convoqua une espèce d assemblée des États de ce royaume , où il établit de nouvelles lois, dont le recueil, appelle communément les assises de Jérusalem, fut signé par ce prince , et scellé du sceau de ses armes : et parce que ce recueil avoit été déposé dans Téglise du Saint^Sépulcre , on lappelloit communément les lettres du Saint-Sépulcre. Le prince , après des soins si dignes d'un souverain , reprit les armes , et se rendit maître de Tibériade ^ et des autres villes situées sur le lac de Genèsa— reth , et de la plus grande partie de la Galilée , dont il donna le gouvernement à Tancrède. Godefroy auroit conquis toute la Palestine, si une maladie contagieuse n avoit arrêté les pro- 1IOO. grès de ses armes. Il mourut avec les mêmes

i8 juillet, gentimens de piété, qui lavoient conduit dans la Terre-Sainte ; et , par sa mort , les Sarrasins furent défaits d un ennemi redoutable , et les Chrc-

GûAia^

BCS COETÀLIEBS DE MALTE. Sj

imi perdireDt un généreux défenseur, et un tjmd Capitaine. Il laissoit deux frères : Eustache cf Ibiidottin ; mais comme Fainé étoit repassé en Enrope, on appella le cadet, qui étoit comte «iEdeae, pour lui succéder; et ce prince, ayant que lie «e rendre à Jérusalem, remit cette grande «ngttetuie au comte du Bourg, son cousin v

Bandonin prit le titre de roi , que Godefh>y de Bouillon , par un esprit de piété, navoit pas inoki accepter. Baudouin navoit peut-être pas moiasde valeur que son frère; mais son courage h ctott passoutenu par une aussi'grande capacité •iaas la «induite d une armée ; plus soldat que «-apctaine, d'ailleurs peu scrupuleux sur le corn- Bcroe des femmes; et le nouveau successeur de I^avîd, en eut le principal défaut.

Ce prince, quon compte pour le premier des f*M de Jérusalem , fit la guerre pendant tout son r^-f^iie, et il la fit Bvec difiërens succès; souvent vainqueur, quelquefois vaincu, mais jamais re^ }'Uté de combattre. Après une défaite, il revenait, le lendemain , chercher les infidèles, et ne . I^t^iaoît en repos ni ses soldats, ni ses ennemis; :! iirifgca et prit Ptolémaïde ou Acre, ville et -f- H-t Cmocux.

La ville de Tripoli de. Syrie, pendant son rè- ma. ,711e, après un siège de quatre ans, ouvrit ses c - *r«es à Jourdain , neveu de Raimond, comte de T'Hiloote, qui la remit depuis à Bertrand, fils nat^irrl da comte. Le roi, de son côté , emporta Si-

•o , Bcrrite ; et toutes les places , le long de la

58 HISTOIRE DE L'ORDBE

^. côte , tombèrent sous IcfFort de sds armes . à TexoepCion de la seule ville de Tyr qa il faisoit dessein d'assiéger, lorsqu après un règne de dix4)uit ans, une dysseoterie, causée par les fatigues de la guerre , Îb mit an tombean.

' Baudouin du Boufg , ou Balidoirin II , son cousin^ comte d'Édesse, fut son successeur à la couronne de Jcorusalem , comme il lavoit été à ce comté, dont il se démit, à son tour, eh fa-* Teur de Josselin de CourteMy , son parent. Baudouin, à lexemple des deufx princes, ses prédécesseurs, ne songea à conserver la couronne qu'ils loi avoîent acquise, que par de nonvellei con-' quêtes. Mats , pendant que ce prince , par sa va-> leur, tenoit les infidèles éloignés de cette capitale de la Judée , les Hospitaliers perdirent le bien* . heureux Gérard , le père des pauvres et des pèlerins. Cet bomme vertueux , après être parvenu josquà une ettrème vieillesse, expira, dans les bras de ses frères, presque sans maladie, cft tomba, pour ainsi dire , comme un fruit m4r pour le* fernité.

liCsHospitaUers, après sa mort, s*assemblè* rent pour lui donner un successeur, conformément à la bulle du Pape Pascal IL Les suffrages ne furent point partagés: tous les vœux se réuni 8. Birent en faveur de frère Raimond Dupuy , gen- DopDT. tilhomme de la province de Dauphiné, que messieurs Dapuy Mdnbfun , par une tradition ancienne dans leur Maison, convptent au nombre de leurs ancêtres.

ht bienheureux Gérard, eu eugageaut les^osp::alicr» au service des pauvres et des pèlerins , Dvrui. irtûitcoDfeDlë, pour toute règle, de leur inspirer Ci^ éeQtimeiis de charité et d'humilité. Son suc* coieur crut devoir y ajouter des statuts particuùrr>i et, de lavis cle tout le chapitre, il les dressa "i uoe manière qu ils ne paroissent établis que puur procurer, dans cette sainte maison, une, piu« lùre et plus étroite observance des vœux so-* itouieb de la religion (1).

Le nouveau maître des Hospitaliers, fit dessein <i ijouler, à ces statuts et aux devoirs de Thospit^itê, loUig^tion de prendre les armes pour la •Menée des saints lieux, ^ il résolut de tirer de s) maison un corps militaire et comme une eroi* ^t«ie perpétuelle, soumise aux ordres des rois de ^ ru»alem , et qui fît une profession particulière .w> combattre les infidèles.

Pour Tintelligence d un fait si important c^ ! ( ^nlfe dont nous écrivons Thistoire , il faut sça- ^"ir(|ae ce quon appelloit, en ce temps-là, Iq fi^aume de Jérusalem ^ ne consistoit que dans «r tu capitale, et dans quelques autres villes^ tti^iii la plupart séparées par des places encore ^ sapées par les infidèles ; en sorte que les l^a-^ Lu^ae poo voient passer de lune à lautre sans |Hni ou sans de grosses escortes. Le territoire ujime des villes chrétiennes , était encore halûté (.4r des paysans Mahométans, qui, regardant

I Boa. U». lU p«ç. 6B.

6o HISTOIAE DE L'ÔRBRE

"■ les Chrétiens comme les ennemis de leur reli-

niror."** gion , ics assassinoient et les Voloient , quand ils les pouvoient surprendre avec avantage et sans être découverts. Les Latins n etoient guères plus en sûreté dans les bourgs et dans les places qui n'étoient pas fermées; des brigands y entroient de nuit, et en égorgeoient les habitans; et, ce qui étoit de plus fâcheux , «'est que ce petit État se voyoit encore assiégé de tous côtés , soit par les Turcomans,soit par les Sarrasins d'Egypte,- deux Puissances redoutables, qui, sans agir de concert, navoient cependant pour objet que de chasser les Chrétiens de la Syrie et de la Palestine. Ainsi les Latins étoient obligés de soutenir une guerre presque continuelle ; et quand Thy ver nepermettoit pas aux armées de tenir la campagne, différens partis des infidèles ne laissoient pas de pénétrer dans le pays ; ils portoient le fer et le feu de tous côtés , massacroient les hommes , et enlevoient les femmes et les enfans dont ils fàisoient des esclaves.

Le maître de Thôpital, touché de ces malheurs , et se voyant à la tète d'un grand corps d'Hospitaliers , forma le plus noble dessein, et en même temps le plus extraordinaire, qui pût entrer dans Tesprit d'un religieux attaché, par sa profession , au service des pauvres et des malades. Dieu qui avoit inspiré à Baimond un si noble projet, lui avoit donné toutes les qualités convenables pour le faire réussir , une naissance distinguée, des sentimens élevés , des vues étpn-

DES CHEVALIERS DE MALTE. 6i

JiMS, et un zèle ardent, qui lui faisoit souhaiter "" (k pouvoir sacrifier sa vie pour sauver celle «f un ddwt.* CbrétieD. Il se représentoit, à tous momens, ce rrand nombre d'faabitans dé la Palestine , surpris n eçorgés par les infidèles ; d autres qui gémis- ^••ieot dans les fers; les femmes et les filles expo* H^ a la bratalité des brigands , et les débauches (It* ces barbares, encore plus insupportables que leurs cruautés; enfin les Chrétiens, soit pour éviter les tourmens, soit pour sauver leur vie ou leur honneur, exposés à la tentation de renon- (rr Jénii-Christ. De si tristes réflexions , et le dé- «ir de conserver au Sauveur du monde des âmes nrhetées de son sang, agitoient continuellement <r maître de Thôpital : cetoit le sujet le plus ortinaire de ses méditations ; il consultoit, tous les l^'urs, aux pieds des autels , celui même qui étoit iiuieur de ce pieux dessein. Enfin, pressé par une vocation particulière, il convoqua le cha« i'itre, et proposa à ses confrères de reprendre , rn qualité de soldats de Jésus-Christ, les armes )!ic la plupart avoient, quittées pour le servir i'im la personne des pauvres, et dans Thôpital

Raimond ne devoit sa place qu*à Téclat de ses ^mus : ses religieux regardèrent cette proposi* lion comme une nouvelle preuve de son zèle; et •}uoiqu elle parût peu compatible avec leur premier engagement, et les fonctions de Thospita- !itê, le désir si louable de défendre les saints ••'^ux, les fit passer par dessus les difficultés qui

fIXJ \^

62 Al8T0IRfi DE L*Oftl)RE

"^ se poarroîent trouver dans Icxcrcicc dé àeux

DvruT. professions si différentes. Les Hospitaliers, la plupart compagnons on soldats de Oodefroy de Bouillon, reprirent généreusement les armes avec la permission du patriarche; mais on convint de ne les employer jamais que contre les infidèles; et il fut résolu que, sans abandonner leurs premiers engagemens, et le soin dé!s pauvres et des malades, une partie de ces religieux monteroit à cheval , quand il sagiroit de s'opposer aux incursions des infidèles. L'Ordre même se trouva dès-tors assez riche et assez puissant , pour pouvoir, dans les occasions pressantes , prendre des troupes à sa solde : et ce fut depuis par ce secours , que les Hospitaliers soutinrent , avec tamt de courage, le trône chancelant des rois de Jérusalem. '

On prétend que Raimond, ayant amené se» confrères dans ses vues, fit dès-lors trois classes de tout le corps des Hospitaliers. On mit dans la première, ceux qui, par leur naissance, et le rang quils avoient tenu autrefois dans les armées, et oient destinés à porter les armes; on fit une seconde classe des prêtres et des chapelains , qui, outre les fonctions ordinaires attachées à leur caractère , soit dans Téglise ôU auprès deé malades, seroient encore obligés, chacun à lenr tour, de servir d'aumôniers à la guerre: ef , à Icgard de ceux qui n'étoient ta de Maison noble , ni ecclésiastiques, on les appelloit /r^r« seruans. Ils eurent, en cette qualité^ des emplois où ils

DtS CBBTALIERS DE MAITE.* 63

rtoîoit CNxapés.par les chevaliers, soit auprès dn malades , soit daîis les armées; et ils furent Dorvi. dirtingués, dans la suite, par uae cotte- d armes de différente coaleor de celle des chevaliers. Ge^ pendant tons ces religieux ne fermoient que le mèflae corps, et particîpoient également à ki plupart des droits et des privilèges de la religion, de b manièfe que nous Texpliquerons dans an Traité particulier qu on troovera à la fin de eet

ce nouvel Ordre s*étoit extrêmement makiplié en peu de temps , et que la plupart de la jenae noblesse acconroit des difHrrentes con-» trees 4e l'Europe, pour s'enrôler sons ses Ensei-* .-:Qes ; par nne nouvelle diviston , et suivant le {m\% ci la nation de chaque chevalier, on les sept langues, sçavoir: Provence, Àu^ '^ Fmmce, iudie, Arragony Allemagne et ^« f ifiBvre: Cette division su bsisteenoore aujourdli ui «ir la même manière, à Texception que, dans les {«emicra sièdes de FOrdre, les prieurés, les hail* lys» et les commanderies étoient commune iadiffpfi mmrnt à tous les chevaliers; au lien «(ne cm dignités ont été, depuis, aiFectées à cfaa* •l%ie laag;ne et à chaque nation particulière : on ijtf campte plus la langue d* Angleterre , depuis %pMe lliéffésie a infecté ce royaume. On a ajouté â la langue d'Arragon, celle de Castille et de Portugal.

t ' Voyex le Traité sur le gouvernement de l'Ordre , h U Ml de cens Histoire.

RâlMORD

L'habit régulier consistoit dans une robe de DupuT. couleur noire, avec jin manleau a pointe de la même couleur , auquel étoit cousu un capuce pointu. Cette sorte de vêtement se nonmioit manteau à bec y et avoit, sur le côté gauche, nae croix de toile blanche à huit pointes : habille^ ment qui, dans ces premiers temps, aussi- bien que le nom d'Hospitaliers , étoit commun à tous les religieux de l'Ordre.

Mais depuis qiie ces Hospitaliers eurent pris les armes, comme les personnes d*une haute naissance , par une fausse délicatesse , avoicnt de la répugnance à entrer dans un Ordre où ils étoient confondus . avec les frères servons (i) ; Alexandre IV, pour lever cet obstacle^ jug^^ à propos d'établir une juste distinction entre ces frères servans , et les chevaliers. Il ordonna qu'à l'avenir, il n'y auroit que ceux*ci qui pourroient porter, dans la maison^ le manteau de couleur noire , et en campagne et à la guerre une sopra^ veste, ou cotte-d'armes rouge avec la croix blanche , semblable à l'étendard de la religion , et à ses armes , qui sont de gueules à la croix pleine d'argent; et, par un statut particulier, il fat or^ donné de priver de l'habit et de la croix de la religion les chevaliers qui , dans une bataille , abandonneroient leur rang et prendroient la fuite.

II paroît que la forme du gouvernement dans

(t) Bosio, lil). XX, paç. 671.

cet Ordre étoit, dès-lors, comme elle est aujour- — • dboî, poremeDt aristocratique: lautorité su- Dura". ptrmkt étoit renfermée dans le Cionseil y dont le nuitie des Hospitaliers étoit le chef: en cette •{ualilé 9 et en cas de partage y il avoit deux voix. Le Conseil avoit la direction des grands biens q«ie rOrdre possédoit, tant en Asie qu'en Europe, Four les régir, il y envoyoit d anciens Hospitalier, sons le titre de précepteurs, et cette cornmitiion ne doroit qu^autant que le mattre et le Conseil 1^ jugeoient à propos ; en sorte que ces préoepiears n étoient considérés, en ce temps-là, «{OC comme des économes, et de simples admi- Di^tmtears d'une portion des biens de TOrdre , f € dont ils étoient comptables à la chambre du trésor. Cétoit de ces fonds , qu une sage économie augmentoit tous les jours , qu'on fournissoit .«r« secours nécessaires pour lentretien de la maison de Jérusalem , et sur- tout pour les frais «ir la goerre , et la paye des soldats séculiers que 1 Ordre prit depuis à sa solde.

Presque tous ses revenus passoient de rOcci-* dent dans la Palestine ; les frères précepteurs n en réservoient que la moindre partie pour leur flobsislanoe. Ces véritables religieux observoient, dans ces obédiences , la même austérité que ' dans le couvent ; ils y vivoient même plusieurs ensemble , et en forme de communauté. La cha« nié envers les pauvres et les pèlerins, éclatoit •i.tas ces maisons particulières, comice dans le < bef d'ordre, et dans Thôpital de Saint-Jean. La

Aaihorii

66 HISTOIRE PB l'ordre

pureté des mœurs n*y étoil pas en moindre re-* Dv^fT commaodation que Tesprit de désappropriçition ; el, depuis que TOrdre eût pris^ en Orient, les armes contre les Sarrasins et contre les Turoomans , les Hospitaliers qui se trouvoient en Occident et dans les maisons de TOrdre, pour suivre leur vocation , et pour 'remplir leurs obligations , se rendoient toUr-à-tour y et selon les ordres qu ils recevoient du maître, soit dans larmes de la Palestine, soit dans celles qui étoient destinées contre les Maures dISspagne, et depuis. contre )es Albigeois de France. Mais on n en voyoit aucun qui prit parti dans les guerres qui s élevoient entre les princes Chrétiens. Un chevalier Hospitalier nétoit soldat que de Jésus-Ghrst, et quand les intérêts de la religion ne lui faisoient pas prendre les armes ^ on ne le voyoit occupé que du soin des pauvres et des malades r.cétoit là Vesprit de cet\Ordre, et la pratique uniforme de tous les Hospitaliers.

Raymond Dupuy, ayant fait approuver soa dessein par le patriarche de Jéruscilem , son supérieur naturel , et reçu sa bénédiction à la tête de ses confrères, tous armés, il alla offrir ses services à Baudouin du Bourg, second roi de Jenjisalein. Ce prince en fut agréablement surpris , et il regardiEi ce corps de noblesse , comme un secours que le ciel lui envoyoit.

Il est bien surprenant qu aucun des historiens du temps n ait fait mention de Tannée dans laquelle ces Hospitaliers prirent les armes, et que

presque tous ces écrivains ayent gardé le même sJnioe mu sujet de leurs exploits , ou du moins Dotot. ^u ik o en ayent parlé qu en passant , et très-su^ pttficîellement. Cependant nous apprenonsd une iioJle da Pape Innocent II, en date de Tan i iSo^ 4a on ne parloit, dans toute l'Europe , que des icnriocs importans que les Hospitaliers rendoient aux nM de Jérusalem , contre les infidèles (1): ce qui suppose qu'il y avoit déjà du temps qu'ils eioieni armés. On ne peut néanmoins faire re-»- Monter Fépoque que nous cherchons , plus haut qne fan 1118, qui fut celui de rétablissement da Baimond Dupuy, dans la dignité de chef de cette nouvelle milice.

Le roi de Jérusalem avoit bien besoin de se^ coan: il étoit obligé de défendre, contre des ennenûs redontabies, son propre État, et les comtés dlÉdesse et de Tripoli , qui en relevoient, «ans compter la principauté d'Antioche , que dea iOtérèts communs unissoient avec la couronne ée Jêrasalem, quoique les princes d'Antiocha prétendissent en être indépendans.

Le comté d*Édesse comprenoit presque toute la Mésopotamie , et s étendoit entre FEuphrate et le Tigre. Baudouin I^ en avoit fait la conquête ; et , après son élévation sur le trône de Jérusa-* lem, il lavoit remis à Baudouin du Bourg, son cousin, qui, à son tour, en prenant la couronne de Jëmsalem, investit de son comté Josselin de

t) EcmOyt. lylib. m, p. 108.

'^ Courtençy, son parent. Le comté de Tripoli

DcvuT. comprenoit plusieurs |daces situées le long de lat merde Phénicie, depuis Maraclée josqu au fleuve Adoni8(i), oit commeirçoit ce qu'on appelloit alors le royaume de Jérusalem ^ qui étendit bientôt sed frontières jusqu'au désert qui sépare la Palestine de TÉgypte. Bertrand , 61s de Raimond^ èomte de Toulouse , étoit comte de Tripoli , et JBoëmond II, prince d'Antiocbe, avoit succédé au fameux Boëmond, son père, qui étoit mort dans la Pouille , à son retour de France , où il avoit épousé la princesse Constance, fiUe de Philippe I , roi de France.

Boëmond II, sorti de ce mariage, avoit été mis d'abord sous la tutelle du brave Tancrède ^ son parent ; mais ce prince étant mort peu de temps après , on déféra la régence à Roger , fils de Richard , de la même Maison , prince plein de valeur ^ mais ambitieux , et qui , n'ayant lautorité souveraine qu en dépôt , laissoit soupçonner , par sa conduite , qu'il aspiroit au titre même de la principauté.

1 1 19. Tandis que Roger , tuteur du jeune Boëmond, gouvierooit cette grande principauté, Gasi, un des princes Turcomans ; Doldekuvin, de la même nation, et roi de Damas; et Debeis, chef dune puissante tribu parmi les Arabes mahométans , joignirent leurs forces pour chasser de la Syrie tous les chrétiens Latins. Ces infidèles entrèrent

(i)Thaniirat.

dans fc» États de la principauté, à la tête d*une

année redoutable , emportèrent plusieurs petites Durer. j 'ices, et mettoient tout à feu et à sang dans la cjmpaf^e. Le régent surpris, envoya aussitôt fi donner avis au roi de Jérusalem , à Josselia ôr Courtcnay, seigneur d'Édesse, et à Ponce, cnite de Tripoli, et successeur du comte Bertr,ftad. Tous ces princes lui firent sçavoir qu ils atloient marcher incessamment à son secours. R<t;>er, en les attendant, se jetta dans la ville d .intioche avec ce quil avoit de troupes, et fit r^ttidre, en même- temps, les armes aux habi* t in«. Les infidèles, qui ne vouloient pas s'engaf•^'r dans un siège , qu ils prévoyoient devoir être ; 'Og et meurtrier, tâchèrent de tirer le régent Il »rs de sa place, par les ravages qu'ils iaisoient «nos la campagne. Et, en effet, Roger, qui, de •"-^n Palais, voyoit, avec douleur, les villages rmbràsés, ne put résister à son ressentiment ; et, rmportë par son courage, il sortit delà ville; et, r>>QCre Tavis de ses principaux capitaines, il mar- <-fia aux ennemis. Il n avoit qu'environ sept cents rhrraux;et trois raille hommes de pied : cepen- «iint,*avec un si petit nombre de troupes, et Vf I» daigner faire attention aux forces de ses en- Bieoits, il osa les attaquer. Les Turcomans, pour entretenir sa confiance, plièrent d abord, se battirent en retraite, et l'attirèrent insensiblement daos une embuscade. Il se vit bientôt enveloppé ; une foule de barbares tombèrent sur lui de tous oftés. Quelque effort que fit le prince Chrétien

70 HISTOIRE DE L ORDBE

T pour s'ouvrir ua passage au travers des csca-

DupuT. droDs des infidèles, ses troupes, accablées par le

nombre , furent taillées en pièces ; en sorte que

la précipitation du régent lui coûta la vie, et à

la plus^rande partie de sa petite armée.

Les infidèles victorieux , se flattant de triom* pher aussi facilement des troupes que le roi conduisoit, se mirent en marche pour le surprendre. .Ils n eurent pas de peine à rencontrer un ennemi qui les chercboit; lune et lautre armée se trbuva en présence, même plutôt que leurs chefe ne lavoient cru ; il fallut en venir aux mains. Ce fut la première occasion où les chevaliers de Saint-Jean signalèrent leur zèle contre les infidèles. Le combat fut long; et sanglant; on sfe battit, de part et d'autre, avec cette animosite qui se rencontre entre des nations ennemies, et de difliérente religion. Baudouin , prince plein de courage , à la tète de sa noblesse , et suivi par Raimond et les Hospitaliers, se jette au milieu des plus épais bataillons des ennemis; il pousse, presse, et enfonce tout ce qui lui est opposé. Les soldats, animés par son exemple, suivent le chemin quil leuravoit ouvert; ils entrent, Tépée à la main, dans ces bataillons ébranlés , et, malgré toute leur résistance, les forcent de chercher leur salut dans la fuite. Quelques menaces que fissent les émirs pour les rallier, tout se débanda, et )e soldat effîrayé, fit bien voir que, dans une déroute , il ne craint que lennemi et la mort. Le roi de Jérusalem victorieux , entra ensuile

*hm Antiocbc ; il y régla tout ce qtoî poûvoit re- — — — Tinkr la défense de la place et le gouvernement ihlrut- « .1 il : et , après y avoir laissé une forte garnison, «. reprit le chemin de Jérusalem , où il fut reçu y '• ces sujets , avec cet applaudissement qui suit t>ujoors une fortune favorable.

Ce prince ne songeoit qu a jouir d un peu dé rrpos, comme du plus doux fruit de sa victoire, kifsqa'il apprit que Jossclin de Ck>urtenay, comté i' Edesse , a voit été surpris, dans une embuscade^ ivir Balac, un des plus puissans émirs des Tnr- , et qu'il étoit demeuré prisonnier de ce infidèle. Baudouin, dans la crainte que ne se prévalût de la disgrâce de Gourtenay, [ «>or assiéger Édesse, partit, sur-le-champ, avec nai. < <* i|a'il avoit de troupes , marcha à grandes oumées, passa le Jourdain , et s avança dans le \[^7 fiays. Mais, ayant voulu aller loi-même reconnoicre le camp des infidèles, soit qu^il eût été traki, ou qu'il se fut découvert, il se vit tout •î un coup enveloppé par un parti supérieur à «««n eacorte; et, après lavoir vue tailler en pièrf%^iï fut contraint, avec Galeran , son cousin , «ie se rendre aux ennemis , et il éprouva le même snrt €|«ie le prince dÉdesse.

On ne peut exprimer la consternation des troapes de Baudouin , en apprenant sa captivité. Tn grand nombre de soldats , comme si la guerre rtii été finie, ou dans le désespoir de pouvoir r«-^âster aux infidèles, se débandèrent. Les Hospit.)liers, joints à ce qui restoit de troupes, ne

73 RISTOIBE DE l'oRDRE

■ ' pouvant tenir la campagne, pour arrêter les pro- Ddptjt. gi^ des ennemis , se jettèrent dans Edessè et dans les autres places de ce comté , qu ils conservèrent à Courtenay, 11)3. Le calife d*Égypte, pour profiter de la dis^ grâce du roi de Jérusalem , fit entrer un de ses généraux dans la Judée, du côté d*Ascalon. Ce général marcha à JafSa , et il en forma le siège , en même-temps qu une flotte de cette nation bloquoit le port de la place.

Dans une si fâcheuse conjoncture, il ne paroissoit pas que les Latins pussent en mêmetemps résister aux Turcomans et aux Sarrasins » qui les attaquoient de difFérens côtés. Les Sarrasins avoient formé le siège de JafFa par terre et par mer. Eustacbe Garnier, seigneur de Sydon ou Scyde ^ et de Césarée , connétable de la Palestine, quoique dans un âge très-avancé, rassembla environ sept mille hommes, qui iaisoient les principales forces de ce petit État; et, avec ce qu'il trouva de chevaliers dans la maison de Jérusalem , il marcha droit aux ennemis. Il fit une si grande diligence , qu'il les surprit , força leurs lignes, et tailla en pièces ceux qui, dans cette déroute, ne purent regagner leurs vaisseaux , leur flotte ayant pris aussitôt le large et la route d'Alexandrie, Le général Chrétien , sur des avis quil reçut, que la garnison d'Ascalon ravageoit la campagne , et sans donner de repos à ses so]-^ dats, les mena sur-le-champ de ce côté-^là. Il trouva une partie des soldats de la garnison dis^

t«nés et attachés au pillam. Le connétable , à la ^^"""^

trie de tes troupes , tomba sur ces pillards , qui iid»iit. B etotent point sur leurs gardes , tua tous ceux ;ui Toiilurent se rallier , fit un grand nombre de {•(isamiiers ; et il n échappa que ceux qui furent a^ex heureux pour rentrer dans Ascalon.

Cet deux victoires furent suivies depuis d'une et d*une nouvelle disgrâce pour les \. Nous avons dit que leurs vaisseaux , après la défaite de leur armée de terre, avoient mîi à la voile ; ces vaisseaux ^ en se retirant, tom* lèvent le long de la côte d'Ascalon, dans une âotie des Vénitiens, commandée par le noble licnry Micfaieli, duc ou doge de Venise, qui, apfèt on combat opiniâtre, en coula à fond une ^vartie,' et se rendit maître des autres.

Guillaume des Barres , seigneur de Tibériade , leooit de succéder dans le commandement de i'armée de terre au comte Garnier, mort pen* daat cette expédition. Le nouveau général enleva féliciter le duc de Venise sur Theureux sucers de tes armes, et lui proposa une entrevue, la flotte Vénitienne entra dans le port de JafiEsi , dattiret disent dans celui d'Acre ou de Ptolémalde. Le duc y lut reçu avec tous les honneurs et tomet les marques de reconnoissance qui etoirnC dût à une victoire si importante; on ronbla tet principaux officiers de présens; la floile reçut, en abondance, des rafratchissemens et det vivres : et le doge, pour satisfaire à sa dé- «otioo, se rendit dans Jérusalem , où il passa les

74 JllSTOIRE DE l'ordre

T fêtes de Noël. Le patriarche de cette vifle, des

DopuT. Barres^ et les principaux seigneurs du patys, se prévalant de cette pieuse disposition, proposèrent à Mtchieli de vouloir , avec sa flotte , bloquer le port de Tyr, pendant que larmée de terre assiégeroit cette place. L entreprise étoit grande, et de difficile exécution : cependant des Barres lui fit goûter Timportance et lutilité de son projet. Mais , comme le Vénitien ne se contentoit pas d une gloire stérile , et qu'il fsdsoit monter fort haut les frais de cette entreprise ^ il déclara que^ si le succès des armes leur étoit Favorable, il préténdoit partager cette conquête avec le roi de Jérusalem , et en avoir la moitié en toute souveraineté. Il n'en demeura pas là ; et , comme il n ignoroit pas qu'on ne pouvoit se passer de sa flotte , il demanda pour les Vénitiens une église, une rue, un four banal, des bain*s, et lexercice particulier de la justice dans Jérusalem et dans toutes les villes de la dépendance de ce royaume: c étoit en partager , en quelque manière , la sou* veraineté. Mais, comme après tout, il étoit de la dernière conséquence pour les Chrétiens de la Palestine, de chasser de Tyr les infidèles, et que, pour un siège si important , on ne pouvoit se passer d'une flotte, après plusieurs conférences (i) on convint que les Vénitiens auroient un tiers de la ville; on leur passa même la plupart des autres conditions , toutes dures et toutes ex*

(0 Will. Tyr. lib. XII, pag. S8o.

DES CnEVÂLIERS DE MÀtTE. 75

tnordinaires quelles étoient, et on siffna un TTjj^ traité qni eût été honteux , s'il n eût été, en quel- DvMf. que manière, nécessaire. Parmi les noms des prdats et des principaux seif^neurs du royaume, qii*on trouve au bas de ce traité , on n y voit point celui de Raimond Dupuy , soit qu'il fixi resté à la défimae du comté d'Édesse, soit qu'il eût eu de la n pM^oance à souscrire à un traité qui donnoit anrinte à la souveraineté du roi.

Ce traité ne fut pas plutôt signé, que tout se mit en mouvement ; la flotte d'un côté , et l'ar* mce de terre , de l'autre , 9e rendirent devant Tyr, et serrèrent la place de près. On ouvrit la tran- "^ juchée : le siège fbt long et meurtrier, et les Hospi* \ * ' t ilîers acquirent beaucoup de gloire dans les dif* 7 juillet. k-reoCes attaques: enfin les assiégés, pressés en mèiiic4cmp8 par terre et du côté du port, et se voyant sans errance de secours, demandèrent a capituler. On convint des conditions; le traité fut cxécnté de bonne foi de part et d'autre, aussilÂcn qoe celui qui avoit été fait avec les Vénitiens ; H, de concert avec leur duc, on établit, depuis, rlans cette ville, un archevêque , appelle Guil* iaaoïe, Aoglois de nation , et prieur du Saint-Sépolcre , qui fut sacré par Guarimond , patriarche de Jérasâlem.

Plmdant lé siège de Tyr , Josselin de Courte^ Day« s'étant sativé des prisons de Balac, rentra d.ins SCS États , rassembla ce qu'il put de troupes, nul sur pied un petit corps d armée, vint chercLer son ennemi ^ lui donna bataille, et le tua

de sa main. Cette victoire et la mort de 1 émir , ihjPDT. procura la liberté au roi de Jérusalem, (i) La veuve de Balac, soit touchée du mérite de son prisonnier, soit dans la crainte qu'il ne lui échappât, et qu elle ne perdit sa rançon , fit une trêve avec lui, mit à prix sa liberté. Baudouin convint de lui payer cent mille pièces d argent, de celles quon appelloit des Micbelins; il en paya comptant une partie, et, pour le surplus , il donna en étage à cette veuve , une des princesses » ses filles, âgée de cinq ans.

Le retour de ce prince dans ses Etats y ramena la joye et ensuite labondance. Baudouin, persuadé que le véritable trésor d un souverain consiste dans les richesses de ses sujets, fit publier un 9auf-conduit général pour tous ceux de quelque religion et de quelque parti qu'ils fussent, qui apporteroient des grains et des marchandises dans ses ports , avec ^n affranchissement de tous tributs* Cette liberié y attira des marchands de toute nation, rétablit le commerce , et rendit ce prince en mème«temps plus puissant et plus redoutable à ses voisins.

Borsequin et Doldekuvin , deux princes Tur* comans, toujours animés contre les Chrétiens,' recommencèrent leurs incursions dans la principauté d^Antioche. Cet État, quoique souverain, pendant la minorité du jeune Boëmond, étoii sous la protection du roi de Jérusalem. Bau-

(0 WilU Tyr. lib. SIU, chapo 36.

DES CHBVALIEB8 D6 MALTE. 77

doun , aux premières nouyelles qu'il eut de T[]]J^ 1 aitrqMiae dâ infidèles y se mit en campafi^ne : Dovoy. ii mancha avec tant de secret et de diligence , fï il iorprit les ennemis , força leur camp , et fit sa si grand nombre de prisonniers, que leur rançon suffit pour retirer la princesse, sa fille, ^u*il aroil donnée en étage à la Teuve de Ba« ur. De la Syrie , il repassa dans la Palestine , oa il réprima les courses de la garnison d'Asca- .^0, qui ëtendoit ses contributions jusquaux portes de Jafia.

Ce prince ouvrit la campagne suivante par troe nouvelle victoire qu ii remporta sur Dolde* koTÎn. Elle fut suivie de la prise de Rapha, place .'•>rie, dans le comté de Tripoli. Les Hospitaliers > nvirent le.roi dans toutes ces expéditions ; mais f<fMnne n'y acquit plus de gloire que Foulques, • omie cTAnjou , un des plus grands Capitaines ^ um siède. Le pèlerinage de Jérusalem , si ordinaire , en ce temps-là , lavoit amené à la Terff-Sainte : il étoit fils de Foulques, dit le Rechin, '>a de mauvaise humeur, et de Bertrade de Mont* f »n, depuis femme ou concubine de Philippe I, nii de France.

Foulques, dont nous parlons, avoit épousé f^rembai^e, fille unique d'Hélie, comte du Maine, dont il avoit eu deux fils et deux filles. Le comte Cl la comtesse vivoient dans une grande union ; nais la comtesse mourut, et le comte, pénétré <^t douleur de sa perte , étoit passé à la Terre- ^«ûnte, otty pendant un an, il entretint, à ses

RAmcmo

dépens , cent cheyaliers. Ce prince , à leur tête , DvvDTr ae signala en dififérentes occasions contre les infidèles. Le temps ayant produit son efBçt ordinaire jBur sa douleur^ et le terme quil setoit prescrit pour son pèlerinage étant expiré, Timpatience le prit de retourner dans ses États. Le roi Baudouin , qui avoit été témoin de sa yaleur, ne le vit dans cette disposition qu'avec chagrin ; et , pour le retenir et Tattacher plus étroitement à la défense de la Terre-Sainte , il lui ofifirit en mariage la princesse Mélisende , sa fille ainée, avec promesse de le désigna* et de le faire reconnoitre pour soa successeur; et, pour ne lui laisser aucune inquiétude au sujet de la prin- ' cesse Alix, sa seconde fille, il.la maria au jeune Boëmond, prince d'Antioche. Foulques accepta avec joye la proposition du roi ; mais les soins quil de voit à ses enfans, lobligèrent, avant que de se marier, de faire un voyage en France. Il partit quelque temps après , et laissa le roi et toute sa Cour dans le regret de {son absence, et Timpatience de son retour. Heureusement Féloignement de ce prince fut, en quelque manière , compensé par un secours nouveau et inespéré , qu un zèle, pareil à celui des Hospitaliers, produisit en faveur des pèlerins et des Chrétiens de la Palestine.

1 1 38. Hugues de Payens, Geoffroy de Saint-Aldemar, et sept autres gentilshommes, tous Français, dont f histoire n a point conservé les noms , touchés des périls auxquels les pèlerins ^ dans leurs

> ofwei de Jérusalem , et au retour , étoient ex- — *"^ fxjQcs, formèrent entre eux une petite société dcvot. f-oorlcsr servir d'escorte (i); et ils alloient les frtadre etles reconduire ensuite jusqu'au -delà jts défiléB des montagnes et des passages les , iitf dangereux. Ce n etoit d'abord qu une simple AsMidation de quelques particuliers, et qui, Niu sassajettir à aucune règle-, et sans avoir pri» rhabit de religieux , alloient au-devant des r<icrin8, quand ils en étoient requis. Brompton, f(i<torien presque contemporain (2) , rapporte :;'je, tie son temps, on prétendoit que ces gen- Li Jio^aiies étoient des élèves des Hospitaliers , s'jjae sofaBistèffent, pendant plusieurs années, lue par leurs secours. Ils s étoient retirés dans une maison proche le tem|de : ce qui leur fit donner, depuis, le nom de Templiers, ou de che-

* ibers du Temple (3). Le roi de Jérusalem ayant lit choix de Hugues de Payens pour 1 envoyer i Bo^e solliciter du secours (4), et, s il se pou* »<^at, oDe nouvelle croisade, ce pieux gentîlk.iiBiBe, après setre acquitté dignement de sa

• -^maiission auprès du Pape Honoré II, qui étoit uiors sar la chaire de Saint-Pierre , lui présenta .-<» compagnons, lentretint de leur zèle pour la

des pèlerins, et lui demanda la permission

WiD. Tyr. lib. XII, p. 8i4- — (a) Chron. Joan.

r «f&ptoo, Hisi. Aiigl. Krrip. p. 1008. I^nd. i653. —

VoTccGailLdcTyr. lib. XlIjCap. it, p. 891. — (4)Jac.

RàlMOND

d ea faire , à Texemple des Hospitaliers^ un Ordre Duroîrr religieux et militaire.

Le souverain pontife les renvoya aux pères du €oncile,qui étoit alors assembléàTroyes en Champagne. Hugues et ses compagnons s y rendirent; et celui qui portoit la parole ^ exposa dans cette sainte assemblée leur vocation , et le projet qu'ils avoient formé* de prendre Fhabit religieux , et de fonder un Ordre militaire qui se dévouât à la défense de la Terre-Sainte , et des pèlerins qui en entreprenoient le voyage. Les pères approuvèrent une si sainte entreprise, et remirent à Saint-Bernard , qui se tjrouva à ce concile , le soin de* prescrire une règle et une forme dliabit régulier à cet Ordre naissant. Nous avons encore cette, règle , ou du moins un extrait , dans lequel, entre autres articles, Saint-Bemard leur prescrit , pour prières et pour offices , de réciter, chaque jour, certain nombre de Pater: ce qui pouvoit faire présumer que ces guerriers ^e sçavoient pas lire. Un autre statut porte que , chaque semaine, ils ne mangeroient de la viande que trois j.ours , mais que , dans les jours d abstinence, on pourroit leur servir jusqu a trois plats. Le saint abbé, par rapport au service militaire, déclara que chaque Templier pourroit avoir uq écuyer (i) on frère servant d*armes, et trois chevaux de monture. Mais il interdit, dans leurs

(i) Solùm autem Armigemm singulis militibus eâdem causa coQcedimus.

DES CHEVALIERS DE MALTE. 8l

j toute dorure, et les ornemens super-

fiu!^; il ordonna que leur habit seroitde couleur Durer. Uaodie ; et , pour marque de leur profession , le Pape Euf^oe m y ajouta , depuis , une croix '•M^l^ à Teadroit du cœur.

Hqgoes et ses compagnons , ayant obtenu du Ciiocile Tapprobation de leur institut et de cette rrfvie, retournèrent à Rome, pour faire confirmer fon et Tautre par le Pape ; et , dès que le ^èîQt-Père leur eut accordé ce qu'ils deman-* iloicot , ils se disposèrent à retourner en Orient. Mak, avant leur départ, une foule de gentilskoiaiiftes des meilleures Maisons de France, d'Al- Inaagne et dltalie, se présentèrent pour entrer iUns leur Ordre. Hugues , qui en étoit le chef, ieor donna Thabit religieux , qu il avoit pris lui-mirmt; et, avec cette florissante jeunesse, il ar- « n%a dans la Palestine. Cette nouvelle milice « accrut considérablement en peu de temps ; des prioœs de Maison souveraine, des seigneurs des ^tts illustres familles de la chrétienté, voulurent 4 umbattre sous Thabit et TEnseigne des Tem- (4icrs. Par une- mauvaise délicatesse, et qui nabaoionne guères les grands jusques dans leur dévotion, on préféroit souvent celte profession, umquement militaire, aux services pénibles et bmâilians que les Hospitaliers , quoique soldats, rrodoient aux pauvres et aux malades. Ces pria- « *-^ et ces seigneurs , en entrant dans TOrdre des Templiers, y apportèrent des richesses immcn- ; au bruit même de leurs exploits , on leur fil

Sz HISTOIRE DE l'oRDRE

~ de magnifiques donations; et Brompton^'dont

DupvT. nous venons de parier , ajoute que cette société naissante , et cette fille de la maison de Saint- Jean, devint, en peu de temps, si riche et si puissante , que la fille , dit-il , faisoit ombre a sa mère , et sembloit la vouloir obscurcir ( i ).

Quoiqu'il en soit de ce qu'avance cet ancien his— torien , il faut convenir que lun et l'autre Ordre furent les plus fermes appuis de Jérusalem^ que Baudouin et les rois, ses prédécesseurs, comme nous le verrons dans la suite, n entreprirent rien de considérable sans le secours de leurs armes ; que les chefs même de cet Ordre eurent souvent beaucoup de ps^t dans le gouvernement; en sorte que c'est » en quelque manière, écrire Thistoire de ces deux Ordres , que de rapporter les différens évènemens de cette monarchie.

Le roi, au défaut d'une croisade, qu'il avoit demandée, voyoit avec plaisir arriver, tous les jours, de l'Europe, comme des recrues de noblesse , qui venoient prendre parti dans Tune ou l'autre compagnie ; mais rien ne lui causa plus de joye que le retour du comte d'Anjou, qui, après avoir donné ordre à l'établissement de se»

(i) Hî natnque, secundùoi qttoadam , ex iofimit hospi* ulariorum congregati, et ex reliquîU eorum, ex cibîs et armis sustentati,- ad tantam rerum opulentiam deveneruDt, ut filia ditata matrem sufTocare et supergredi videretor.

Cbronicon Joan. Brompton. Hist. Aoglic. script, p. 1008, édit. Lond. i6Sa.

entaaêj et réglé leurs partages, revint en Orient, — ^— ■ a b tète d*uo grand nombre de gentilshommes, dqpov.

m , épousa la princesse Mélisende , fiUe lioée da roi, et fut reconnu, conjointement i\ec elle , pour héritier présomptif de la cou- "nnoe.

Pendant que la Cour n étoit occupée que de i^tes et de plaisirs , le roi apprit , avec beaucoup it surprise et de douleur, que le jeune Boemond^ f-m ancre gendre, a voit été tué dans un combat rootre les infidèles, et qu'il étoit à craindre que :4 capitale de la principauté, destituée de soa ^Mwegma ^ se iut affligée par ces barbares, Boémood o a voit laissé , de son mariage avec Alix , '{u ooe princesse appellée Constance, encore à la

Le roi ^ son ayeul , partit en diligence pour l'teadre la régence de ses Ëtats; mais, en arri- \aat à Antioche, il fut bien surpris den trouver Ifi portes fermées, et sur-tout d'appremire que i rtoiC par ordre de la princesse douairière ^ sa lille. Cette princesse fière et ambitieuse, d ailleurs chagrine et jalouse que le roi, son père, eût dis» (Mf«é , en faveur de sa sœur seule , de la couronne (le Jérusalem , sans lui en faire part , vouloit éta- Mir MO autorité dans la ville d*Antioche , en qualité de mère et de tutrice de la jeune Constaoce, et peut-être s emparer de cet État, pour M- flaarier, dans la suite, plus avantageusement P'>ar elle, et au préjudice dé sa fille. Mais les Lifattans les plus sensés, connoissant le besoin

84 HISTOIRE DE l'oRDUE

' quils avoient du secours du roi , contre les ei

DcruT. treprises eontinuelles des Turcomans , à Yinsc de la princesse douairière, introduisirent, ( ii3t. nuit, le roi, son père, dans la place. Baudoui y fit reconnoitre son autorité, mit dans la plac un gouvemeiu* de la fidélité duquel il étoit bie assuré (i), obligea la princesse douairière, quoi que sa fille, de sortir de la ville, et de se retire àLaodicée, qui lui avoit été assig^née pour soi douaire ; et , après avoir établi un bon ordr dans toute la principauté, ^ s en retourna dan ses États.

U ne fut pas plutôt arrivé à Jérusalem , qu'il fut surpris dune maladie violente , causée apparemment parle chagrin que lui avoient donnii les desseins ambitieux de sa fille ; et , comme il ne put ignorer que sa fin étoit proche, il reconnut, de nouveau, le comte d'Anjou, et la princesse Mélisende , sa fille atnée , pour ses successeurs à la couronne de Jérusalem. Il leur recommanda les intérêts de la jeune CSonstance, et la conservation de sa principauté, qui, du coté de la Syrie , servoit de boulevard au royaume de Jérusalem. Ce prince expira peu de ten)]ii après: la douleur sincère et les larmes de sel sujets, firent connoitre combien il en étoit aimé, et la grandeur de la perte qu'ils ven oient de faire.

Le comte et la comtesse d'Anjou furent coih ronnés solenmellement , et ils reçurent ensuito

(i) WUId. Tyriensis. lib XIIL

A» lettres du Pape Innocent II , qui , après les ^ ««on* fiéliaté sur leur avènement a la couronne, Dvpcf^ k*^ ediortoit dans les ternies les plus touchans , a %eiUer à la défense de la Terre-Sainte, et à la (uDservation d'un État qui intéressoit toute la liréiîeiitë. Ce saint pontife, qui nignoroit pas ■^ae les Hospitaliers étoient les plus fermes appuis du trône de Jérusalem , avoit publié , peu de temps auparavant, une bulle en forme de constitution, adressée aux archevêques, évèques, et à tous les prélats de leglise universelle» -ijQS laquelle, entre autres articles, après avoir 'lalté la charité que les Hospitaliers exerçoient ^ Irturs dépens , en faveur des pèlerins et des ma- Iides, il passe aux services importans quils ren- (ietit à la chrétienté , les armes à la main : « Ce

• ftoaC les Hospitaliers , dit ce Pape , qui ne font

• point de difficulté d exposer, tous les jours ^ *

• leurs vies pour défendre celles de leurs frères , - fiui sont les plus fermes soutiens de Téglise

• chrétienne en Orient, et qui combattent, tous « les jours, avec tant de courage contre les in-

• fidèles. Mais , comme leurs facultés ne suffisent « pas pour soutenir une guerre presque conti-

• nnelle, nous vous exhortons de les secourir de •^otre superflu, et de les recommander à la

• charité des peuples qui sont commis à votre

• vigilance pastorale. Du surplus , nous vous dé-

• darons que nous avons pris la maison Hospi-

• talière de Saint-Jean, et tout TOrdre, sous la

• j>rotection de Saint-Pierre, et la nôtre, n

Raimoito

Mais cette protection et les privilégies particu^ iivfvi" Hers que ce Pape et ses prédécesseurs avoient accordés aux Hospitaliers, excitèrent depuis la jalousie et les plaintes de la plupart des évéques de la Palestine, qui ne pouvoient souffrir que le Saint-Siège eût exempté ces religieux de leur jnrisdiction , et que les Papes se fussent déclarés les seuls évéques immédiats de tout FOrdre. Nous aurons lieu , dans la suite , de parler de ces différends 9 qui firent tant d'éclat à la Cour de Rome et dans tonte leglise.

A peine le roi Baudouin avoit les yeux fermés , qu'il se forma dans Antioche , contre les droits de la princesse mineure , deux différentes conspirations , et qui pensèrent allumer une guerre civile entre les princes Latins de TOrient (i). La douairière d'Antioche, semblable à la plupart des souverains, qui ne croyent point apparemment avoir de parens ^ et aussi mauvaise mère quelle avoit été fille ingrate, ne vit pas plutôt le roi, son père, dans le tombeau, quelle ne songea plus, au préjudice de sa propre fille, qu a se rendre maltresse de la principauté. Ponce, t!omte de Tripoli , et le jeune de Courtenay, qui venoit de succéder au comte Josselin, son père, entrèrent secrettement dans ses intérêts; et plusieurs habitans d'Antioche, s engagèrent d'introduire dans la ville les troupes de ces deux princes.

(i)WiH. Tyr.lib.XIV,cap. 4.

 rinsctt de ce premier parti , il 8*étoit formé

e aatre cabale , et qut n etoit pas moins dan- DuroT. '. Roger, duc , et depuis roi de Sicile, cou- Ns de la petite princesse, et de la même Maison , ioit <piH prétendit que la principauté dAntioche rtoit an fief masculin, ou qua lexemple des prûftces ambitieux, il crût justes et permis tous loi OMyyeos qui conduisent au trône , entreprit de dépouiller la princesse mineure. 11 avoit ses partisans dans la ville ; et ces différens desseins te CDodulsoient avec beaucoup dartifice et de M-csec. Alais il y eut des habitans qui, n entrant ni dans fun ni dans laulre parti, découinrenl cette double conjuration; ils en don- DcrenI aussitôt avis au gouverneur, que le roi Baodooin y avoit mis avant sa mort. Ce comnttndanl, quoique soutenu de la garnison, ne •e irotnroit pas assez fort contre le nombre pr odifrienx «fhabitans d*une aussi grande ville; ainsi il dépêcha courriers sur courriers au roi de Jérusalem, pour le conjurer de se rendre incessamment â Antiocne, s*il vouloit en conserver la principauté à Théritier.

Foulques, ayant reçu de si fâcheuses nouvelles, pasth sur le champ avec ce qu il put trouver de cavaliers en état de le suivre ; et il étoit accompapaé d*Anselin de Brie, et de frère Joubert, Hospitalier, qui partageoient sa faveur, et qu'il avoit admis dans sa confiance la plus intime. Ponr se rendre, par terre, à Antioche, il falloit qne le roi de Jérusalem passât sur les terres du

88 HISTOIRE DE L'oRDRE

■j^ ■ comte de Tripoli , son vassal ; mais ce comte et

Ddput. celui d'Édesse, à la tète de leurs troupes, s'opposèrent à son passage. Le roi , voyant une félonie aussi déclarée, jugea bien quil y avoit un grand parti formé contre sa nièce, et que le salut de cette jeune princesse consistoit à prévenir ces princes, et à entrer, le premier, dans Antioche. Mais, comme il n avoit pas, avec lui, assez de troupes pour s ouvrir le passage Tépée à la main ^ il feignit de céder à la forcQ; il retourna tout court sur ses pas ; et , pour éblouir les espions , il fit même reprendre , à son escorte , la route de Xérusalem, et marcha, quelque temps, lui-même au milieu de ce corps de cavalerie.

Il s en détacha ensuite; et, la nuit, accompagné seulement de ses deux favoris , il gagna le bord de la mer, se jetta dans une barque , et arriva à lembouchure du fleuve Oronte*, et au port de Saint-Siméon , qui n est qu a cinq lieues d'Antioche , d où il se rendit seci^ttement aux portes de cette ville; il y fut introduit par le gou« verneqr et par ses partisans. ^

Ce prince , plein de hauteur et de courage , y eut bientôt fait reconnoitre son autorité ; sa présence et sa fermeté effrayèrent les conjurés; il fit arrêter les plus mutins ; et , pour prévenir de pareilles entreprises , il résolut, de concert avec le patriarche et les plus considérables seigneurs de la principauté, de marier incessamment la jeune princesse, quoiqu'elle ne fut pas encore nubile , et de lui choisir, pour mari , un prince

DES CHETALIERS DE MALTE. 8g

*\m kd servit de tuteur et de père , et qui fût ca- — — |iaUe de défendre ses États. Dofot.

l^ dot de la princesse d'Antioche étoit trop •ollmte pour craindre qu elle manquât de parti; ^jû la situation de ses États, environnés de : -as oètés par les infidèles, demandoit un prince Mkile cC plein de valeur, qui sçut retenir les niutîns dans leur devoir, et en même- temps aux incursions continuelles des in-

Ijt roi de Jérusalem jet ta les yeux sur Bair^ond, firère de Guillaume, dernier comte de .' .'iticrs et d'Auvergne , et duc d'Aquitaine , ; 'uioe rempli de courage, et qui en avoit donné "i preuves éclatantes dans toutes les guerres j il • étoit trouvé. U y avoit eu entre eux, pen- AOt que Foulques étoit en Europe, différens • «jets d*aoimosité ; mais le roi sacrifia généreusement son ressentiment aux intérêts de sa nièce ; ' t la valeur et ie mérite du comte lui firent aiséni«-nft oublier d anciens démêlés.

Le patriarche et les seigneurs les plus considé-

r d4cs de la principauté , ayant approuvé les vues

u roi , ce prince fit choix pour cette négociation

Ir THoqMtalier Joubert. Il en étoit très-capable

par la sagesse de sa conduite , qui , depuis , leleva

a la première dignité de son Ordre. Cet Hospi-

t.flier tembarqua aussitôt, passa en France, et

r,Aa à la Ck>ur de Henri I , roi d'Angleterre, oii

jpprit que le comte de Poitiers , qui étoit son

. irent, s*étoit retiré. L ambassadeur vit le comte ;

^^ et, tant par des motifs de relif^^ion , que par l'iinH Dpput. portance de rétablissement qu'il lui proposoit ^ il le détermina à passer en Syrie. Le prince r^ l'ambassadeur sortirent de cette isle , arrivèrcn i en France , et se rendirent ensuite en Provence pour s y embarquer. Le succès de cette grande affaire dépendoit du secret , et de prévenir u» puissant armement que Roger, duc de Galabre ^ et depuis roi de Sicile , vouloit envoyer en Syrie • pour soutenir ses partisans. Malheureusement pour le comte et pour Tambassadeur, il ne sel trouva point, dans les ports de Provence^ de vaisseaux qui fissent voile en Orient ; et ils apprirent, avec chagrin, quils ne pourroient s embarquer que sur la flotte même de Roger. Quelque précaution que l'ambassadeur eût prise pour cacher sa commission et ses desseins, ce duc, averti que le comte et lambassadeur cherchoien t a passer en Orient, a voit donné ordre, s'ils se trouvoient dans ses ports, de les arrêter. Ses espions, répandus de tous côtés, examinoient avec soin tous ceux qui se présentoient en qualité de passagers; cependant THospitalier trompa leur vigilance, et s'étant déguisé lui-même, et ayant fait déguiser le comte, ils se séparèrent , passèrent en Calabre, et furent reçus^ en qualité de marchands), dans deux diflerens navires qui alloient mettre à la voile ; et ce furent les vaisseaux même de Roger, qui conduisirent le comte et lambassadeur dans le port le plus voisin de la ville d'Antioche. Le patriarche , en présence

do roi, aiaria, peu de jours après, ce comte afcc la jeune princesse ; et , dans une assemblée ooror. des États , le comte fut reconnu solem* pour prince d'Antioche, et les grands de rÉiat lui prêtèrent le serment ordinaire de fideliié.

Mais , pendant que Foulques ne paroissoit ocrâpé que du soin d*afiermir lautorité du comte^ U% firtmtières de son royaume furent ravagées par diffinrentes courses des Arabes et des Sarra- . Mat d'Aacalon. Cette ville, à Tégard des Sarrasins dEgypte, étoit comme la clef de la Palestine: les eidifês n y avoient oublié aucune des fortificacioos dont Tusage étoit connu en ce tempstu Outre une garnison nombreuse qu^ils y en- ii3s« tfeieaoient, et cpion changeoit tous les trois oiois, ces princes , pour intéresser les babitans à la <iéfeme de cette place , leur donnoient à tous une solde particulière, quon payoit même à taos les enfans mâles, sitôt qu*ils étoient nés; en •orfe que tout étoit soldat dans Asealon , et on n y cottooissoit guères d autre profession. C etoit aésie, à Tégard des Sarrasins d'Egypte, Técole ou les jeunes gens venoient apprendre le métier de la guerre; on les voyoit tous les jours en parti , et se mettre en embuscade pour surprendre les habitans de la campagne, et même les pèlerins d'Occident , qui , du port de JafFa , où ïU avoient débarqué, prenoient le chemin de Jrnisalem.

1^ reine Mélisende , à qui le roi , en son ab-

g% HISTOIRE DE l'ORDRE

sence , avoit laissé la régence de FÉtat , tint y

Dupof . ce sujet , plusieurs Conseils ; et , après dififéren £ moyens qu on proposa pour réprimer les courses des infidèles , on n'en trouva point de plus con— venable que de relever les murs de lancienno ville de Bersabée.

Cette place qui étoit anciennement de la tribu de Siméon , n est éloignée que de deux lieues des montagnes de Seïr, qui séparent la terre de promission , de TArabie Pétrée , et elle se trouve à six lieues d'Ascalon. On résolut, après lavoir fortifiée, dy entretenir, en tout temps, un corps de troupes capables de s'opposer aux courses des Arabes , et aux partis qui sortoient souven t 4'Ascalon. La reine fit travailler à cet ouvra{*e avec beaucoup de diligence; et quand il fut hors d'insulte, cette princesse en confia la défense aux Hospitaliers, qui y mirent une forte garnison tirée de leur Ordre (i) : et ces soldats religieux , pleins de ce premier esprit de leur institut, en firent une place d armes, et en mêmetemps un asyle pour tous les Chrétiens de ce canton»

Ces chevaliers et les Templiers , séparés par hrigadcs , ne partoient point des frontières , et faisoient face, de tous c6tés, contre les entreprises des infidèles* Ce petit royaume étoit, pour

(0 IV ctuamunî cousàIio^ tradîtur fraUîbcis docnùs hos- j plulb» qiM^ d^" llît^roïtolyittby qui usque in pnescns dd>rtà

ÙMÎ dire , bloqué et assiégé soît par différens — — pfÎBoes Turcomans , soil par les Arabes du dé- dupot. ,m. oa par les Sarrasins d'Egypte. Le zèle de ce» chevaliers , leur valeur, et le brait de leurs • tploîls, les rendoient aussi chers à tous les Ghréîieiis, quils étoient redoutables aux barbares, •iaiw un siède sur-tout où il sembloit que le salut lies hommes fut attaché à la conservation de U Tcrre^Sainte. Tout ce qui s'y passoit attiroit I iticotion des Papes , des princes et des peuples le» plus éloignés. Cétoit Tailaire des particuliers, comme celle des souverains; on ne connoissoit m de plus méritoire , pour obtenir le pardon de tes péchés , que de contribuer à la défense de* saints lieux. U ne se faisoit guères de testamens, où il ny eût un article en faveur des ^htlrca militaires; plusieurs princes vouloient méfBe être ensevelis avec Fhabit de lun ou de I jotre; et, dans le siècle dont nous parlons, cette w>rse de dévotion fut poussée si loin , qu on vit àr% souverains s enrôler dans cette sainte milice, «{uittcr le gouvernement de leurs États ; et d autres, par une disposition dont il ny avoit point d nemple , en destiner, après leur mort , la sou- ^eraineté même aux Hospitaliers et aux Templiers.

Ccsi ainsi que Raimond Bérenger, comte de Barcelone et de Provence , quoique déjà avancé eu âge, entra dans TOrdre des Templiers. Mais %<n infirmités ne lui ayant pas permis de se rendre dans le cbefd ordre, et dans la maison de

94 HISTOIKE DE LORDRE

^~— ^ Jérusalem , il y envoya des sommes considère^ Ddpot. blés pour soutenir la guerre contre les infidèle^ et on vit ce souverain en quitter les marqud et Tautorité, et. s ensevelir, à Barcelone, daD« I^ maison du Temple, où il mourut dans Texercic^ continuel de sa nouvelle profession.

, Alphonse^ premier roi de Navarre et d^Aira-

gon , et qui prenoit le tître d empereur des Espagnes , porta encore plus loin son zèle et sa dévotion. Ce prince, un des plus grands Capitaines de son siècle (i), et qui, dans les guerres qu'il avoit soutenues contre les Maures, étoit sorti victorieux de vingt-neuf batailles, se voyant vieux et sans enfans, déclara, par un testament solemnel fait en 1 1 3 1 , les Hospitaliers de Saint-» Jean , les Temptiers et les chanoines ou chevavaliers du Saint-Sépulcre (2), ses héritiers et ses successeurs aux couronnes de Navarre et d'Arragon ; et il en disposa , en faveur de ces guerriers, pour les engager à soutenir ses desseins contre les Sarrasins et les Maures d*£spagne. Il renouvella ce testament, peu de jours avant sa mort ; et la plupart des grands de ces deux royau* mes 7 par complaisance pour leur souverain, y souscrivirent. 1,33. Alphonse, qui n avoit jamais connu de péril , 19 juillet, ayant, depuis, attaqué les infidèles proche de j .JjQç^ Fraga, avec des forces beaucoup inférieures à 11 34*

(i) Zurîta, t. T , lib. I, chap. 5a, fol. 4q, col. 4. (a)Marîana, lib. X, cap. i5; p. 517.

DES CHEVALIERS DE. MALTE. gS

I cfe des eaaeinU , succomba sous le grand

; son armée fut taillée en pièces ; il périt dvpqt.

dans le combat ; et ou ne put , après j Lsiaille, trouver son corps, soit que les Mau- '^ Ir nisTDt enterré, ou quil fut tellement dé-

:uré par ses Uessares, qu on neùt pu le recon-

•itte, Le peuple qui ndolâtroit, et toujours < «iile de crertain merveilleux, soutint long- temps

«il ii*étoit pas péri dans cette bataille; mais .(le œ prince, accablé de bonté et de douleur

4f oir été la cause de la perte de tant de Chré* i:fitt qui y avoient été tués, étoit allé, déguisé, 'Q pèlerinage à Jérusalem, et quon le verroit *(«rair, et reprendre les rênes du gouvernelamt, <|uand, par cette pénitence, il auroit ex- . if la fiduSe qu un excès de courage lui avoit fait

•mmettre.

Maîi les grands des deux royaumes ne se lais- «reat pas éblouir par cette illusion; et, pour frrreair les prétentions des deux Ordres mili- : iirei , iU ne songèrent qu à se donner promp- >iMnt an nouveau souverain. Il se tint, pour ' 'la , différentes assemblées entre les Navarrois '^ les Arragonois , sans que les seigneurs et les «Upulet des deux nations pussent convenir du prince qui devoit remplir le trône du grand Alphonse : chacun vouloit faire tomber les suffra^ sur un prince de sa nation. Cette con- "^jrreoceet la jalousie, si naturelle entre des peu* pies voisins, rompit Tunion qui subsistoit, depuis ['!ui de soixante ans, entre ces deux royaumes.

On se sépara : les Navarrois élurent pour le DupDT. souverain dom Bamire, prince du sang de lev anciens rois , et les Arragonois , de leur côti déférèrent leur couronne à un autre princ aussi appelle Ramire, frère du grand Alphons( quoique ce prince fut prêtre, et que, depuis pl^ de quarante ans, il eût fait profession de la vi monastique, dans labbaye de Saint-Pons d Thomiers en Languedoc, qu'il eût été depui abbé de Sahagun , et même élu successivemen évêque de Burgos , de Pampelune et de Bal bastro.

Ce prince, ayant obtenu d'Anaclet, (d autre disent dlnnocent II) , dispense de ses vœux épousa Agnès, sœur de Guillaume, comte d'An tioche. Il en eut une fille appellée Pétronille; ei la reine, mère de cette jeune princesse, étani morte peu après , ce roi moine , prêtre et ma^ rié (1), qui ne se sentoit aucune de ces grande^i qualités si nécessaires sur le trône, et peut-être par un juste remords de conscience, résolut de retourner dans son couvent. Il convint avec Baimond Bérenger, comte de Barcelone, et fils du Templier dont nous venons de parler, qu'il épouseroit sa fille, quand elle seroit dans un âge plus avancé; et, en conséquence de ce traité,

(i) Romani pontificis venià (sic credimus) ut rex conjux et sacerdos idem esset impetratum: Agnes Guillelmi Pîctavorum et Aquitanicœ principîs connubio juncta. Mariana,lib. XVIIIyCap. iS, p. 5i2.

M$ CBETALIER8 DE MALTE. 97

i. .remit, dés ce temps-là, le muyernement — -

'• au^ dont Raimond Bérenger se chargea dupot. ,

' •' t titre de prince d'Anragon.

j ooovelle da choix de ces deux nations , 4U préjudice da testament d'Alphonse, étant

-rt data la Palestine, le patriarche (i) de ^aifin, supérieur des chanoines du Saint* <at, et les maîtres des deux Ordres mili- "*« ûnrent dilTérens Conseils avec les prin- •it de chaque Maison, au sujet de cette

• ' ^e afiEùre ; et on résolut d envoyer des dé- '^ en Espaçoe, pour demander Texécution

• ^^taoïent du roi défunt , ou du moins pour •-^ de sa succession , d*une manière conve-

- • ^ aox intérêts des légatsdres.

iUiBiood Dupuy fut chaîné de cette négocia-

^ Il faocepta volontiers , et il partit accom-

^ de quelques anciens Hospitaliers dont le

^^eil de FOrdre avoit fait choix. Guillaume ,

: trurdie de Jérusalem, et les Templiers, nom-

-'f^i^ de leur c6té, des députés: ils arrivèrent

' "^^ iMreusement en Espagne , mais ils trou-

^ '"^t des difficultés insurmontables dans la

i' uf^Hiîte d'une affaire si délicate.

^X*varroisetlesArragonois, au préjudice

^ ^ittiarchalis ti quidem eccletiie qum est dominici ''.• '^ bn iub iDODCe CalTaris, canonicos habet reçubres, *^ 0^ habiiam et regulam sancd Augustini vi ventes; •^^'^ iatetn priorem ad quem cùm praedictis canonicis »^''**iriiçrfre patriarcbam, qai est cis loco abbatist. Ja- *' • ^<^, Uùtor, BierosoL cap. 58, p. ioq8.

98 HISTOIRE DE l'ORDRE

^ du testament du roi Alphonse, setoient dr^

Dupi7T^ choisis de nouveaux souverains. Ces priocr étoient en possession du trône, quand les cir pûtes de la Terre^^ainle arrivèrent en Espaçr» € et il n y avoit pas beaucoup d apparence qu*i i en descendissent volontairement pour faire pla €r^ à des étrangers. On ne laissa pas d entrer dabor « dans quelques négociations: mais, comme du pareilles prétentions, destituées de force, satrà ordinairement peu considérées , on se conten t : de proposer aux députés quelque espèce de dé dommagement, s'il y en peut avoir pour de.^ couronnes; et même on embarrassoit , tous le:» jours, les députés dans un labyrinthe de vaines propositions, dont ils ne voyoient pas la fin. La négociation tomba insensiblement; les Navarrois enfin, levant le masque, prétendirent que le feu roi n avoit pu disposer de sa couronne au préjudice de ses légitimés héritiers, ou du droit naturel qu ont des peuples, au défaut d*héritier$, de se choisie eux-mêmes un souverain ; et , par cette déclaration , il 6ta toute espérance de traiter avec lui. Raimond, comte de Barcelone et prince d'Arragon, en usa plus généreusement, et il résolut de faire quelque justice aux légataires du roi Alphonse.

On convint que , si le comte et la jeune reine Pétronille , qu'il devoit épouser, mouroient sans enfans, la couronne d'Arragon retourneroit aux Ordres militaires et aux chanoines du Saint-Sépulcre ; que cependant les uns et los autres au<-

certain nombre de vassaux dans les places

^«8 reprcndroit , dans la suite , sur les Maures-, DurcT.

«f qait ces vassaux seroient obligés de prendre lo armes, et de suivre les religieux militaires « Espagne , quand ils marcheroient en campagne

#Mre ces infidèles (1). 1137.

Ontre ces coAîditions , on céda aux légataires i^ caeCte souveraineté des terres et des châteiaux njnwdérablcs par leqrs dépendances, capables «fcatretenir un grand nombre de chevaliers (2). < »n ageata, à ces terres et à ces seigneuries, le ànitmte des tributs qui se levoient dans tout te royaume, et le cinquième des contributions qu'on tirait des terres des Maures ; et il fut armé i|ae les rois d*Arragon ne pourroient jamais tAire la paix avec les infidèles, sans la participation du patriarche de Jérusalem, et des deux ^Irdrea militaires. Ce traité fut signé et ratifié liana le mois de septembre de Tannée 1 i4i ; et 1^ F^e Adrien IV, et Foulques, roi de Jérusa- Irm, j donnèrent depuis leur approbation.

■aisnond Dupuy, ayant terminé une affaire si importante, s embarqua avec les autres députés, reprit la route de la Palestine, et arriva heu* rraseoMnt à Jérusalem. Il y fut reçu avec cette joye sincère, et ce tendre respect qu inspirait sa rare tertu. Brompton et Roger de Howeden, liitftorkns Anglois , et qui vivoient dans le même

'O Zoria, t. îf lib. IT, cap. 4^ ft>l- 4o.— *(a) Mariana^ iftb. X,cap. i8. .

lOO HISTOIRE DE L ORDRE

■;:; siècle , le nomment, dès ce temps* là, Graine

Dcpcr. maître , et c est en cette qualité que nous pa k*1 c

1141. rons, dans la suite, de cet illustre chef des H 02 pitaliers , et de ses successeurs , dont la plu[>2i r sacrifièrent leur vie pour la défense de la Tearart^ Sainte.

Cet ancien royaume de David , ou pour mieu :^ dire, Théritage de Jésus*Ghrist , perdit, eo oe temps-là , son roi en la personne de Foulqiie^^ d'Anjou. Ce prince, étant à la chasse dans Ici plaine d'Acre , se tua en tombant de cheval , o t trouva , dans un exercice de paix , la mort qu *i 1 avoit affrontée, tant de fois, à la guerre. Il laissoi t deux enfans fort jeunes, Baudouin laine, âgé do treize ans, et Almaury qui nen avoit que sept.

Il 4a. La mort du roi fit naître des cabales aux— * quelles la plupart des minorités sont exposées ,

"^^" et ouvrit, depuis, la porte aux invasions des Turcomans et des Sarrasins. La reine Mélisendc , mère des jeunes princes, prétendoit non seulement à la régence quon ne lui disputoit point, mais elle vouloit être reconnue pour reine de son chef, et pour seule souveraine de TÉtat , en qualité de fille de Baudouin du Bourg. Les grands, au contraire, qui se voyoient environnés d ennemis redoutables, vouloient avoir à leur tète un Capitaine et un roi. Ces contestations, soutenues par difiRérens partis, pensèrent dégénérer en une guerre civile. On convint , à la fin , de remettre la décision de ce grand différend à la majorité de Baudouin. Mais, peu de temps après ,

DES CHETALIEaS DE MALTE. lOI

la «ienears le firent couronner à Finscu de la "; reiae, «a mère, à laquelle cependant, pour le Dupci. i*^ de la paix , il fut obligé, depuis , de céder la aoidé da royaume.

Daus Tiotervalle entre la mort de Foulques et ' coaronoement de Baudouin III, son fils, les iirécieos Latins perdirent le comté d'Édesse, ï.-pdlé, en ce temps-là, Rouha ou Rohais. Nous 1^ 004 dit que Baudouin du Bourg , étant parvenu ,

2 ia couronne, a voit remis cette principauté à i^r^édin de Courtenay, son parent, suivant ce n il avoit été pratiqué par Godefroy de Bouil- ' «Q Y son frère. Pour attacher des princes et des ^ .(jneurs croisés à la défense de la Terre-Sainte , .1 leor en a voit donné les principales seigneu- -.#-• à titre d'inféodalion. De-là, étoient venus i'^ comtes d*Édesse, de Tripoli, de Joppé ou ' «' Jafla, et depuis d^Ascalon et de Galilée; les 1^ ' teneurs dTblin , de Mont-Royal , de Thoron , •V Sydon, île Tyr, d'Acre et de Césarée, tous ^ i^pieurs de la première noblesse de ce nouvel Ltat.

Jo9selin de Courtenay, dont nous venons de 1 irler, setoit maintenu dans sa principauté par II iftile actions de valeur, contre toutes les entreprucsdes infidèles; mais ce seigneur étant mort, le fils quil laissa héritier de ses États, n hérita I is de ses vertus. liC jeune Courtenay, élevé il jn» les délices et le luxe des Orientaux, passoit ^ I vie dans la débauche ; et , pour avoir moins i\*: tciuoins de ses dérèglcniens , il avoit quitté

102 HISTOlftE DE l/ORDRE

' '' — Ëdesse , et s etoit retiré , avec les ministres d^ .^^

j)upcT. plaisirs, à Turbessel, ville située à viûgt-qiiei tr i milles de TEuphrate , en deçà de ce fleuve ^^ id rapport à la Palestine.

1142. Omadeddin Zenghi, ,Turcoman Selffeucîc:! ^ sultan de Mosul et d'Alep, et le plus puisse prince de TOrient, instruit de la mollesse dst laquelle le jeune Gourtcnay y passoit sa vie , e , Ira dans son pays et assiégea Édesse. Courtena ^^!

qui nétoit environné que par des favoris lâch^?^d et efféminés, n eut pas le courage de s'enferma t^. dans sa capitale, et de s y défendre ou de s"^.^ ensevelir; il en vit même le siège,* sans foire !<:* moindre mouvement pour y jetter du secours * et Zopghi lui auroit enlevé le reste de ses ÉtaC^ avec la même facilité, si ce prince, naturelle — ment dur et jcruel , dans le temps qu il se prépa— roit à continuer ^es conquêtes , n eût été assas^ sine, dans sa tente, par ses propres domestiques. Il laissa deux enfans, Coteledin et Noradin. L atné régna à Mosul ; et la principauté d'Alep fut le partage de Noradin, son cadet, prince 6age, habile, plein d*équité, soldat et Capitaine, grand général , ennemi des Chrétiens par principe de religion , et qui se trouva souvent aux mains avec les Hospitaliers et les Templiers.

Depuis la perte d'Édesse, les affaires des chrétiens Latins commencèrent à décliner en Orient. Oodefi'oy de Bouillon , les deux Baudouin , Foulques d*Anjou , le fameux Boëmond , le brave Tancrède, le vieux Courtcnay et le comte de

DES CHEVALIERS DE MALTE. lo3

a étoient plus ; et leurs descendans ,

par les déiioes de 1 Asie , occupoient , a dlput.

û tenté 9 leurs places, mais sans les remplir; et

• a y avoit que le jeune roi Baudouin , et les

Ordres militaires qui sopposàssent avec

auE entreprises des infid^es. Mais ,

leurs forces ne répondoient point à leur

on résolut davoir recours aux princes

FEarope , et de solliciter une nouvelle croi-

, qui chassât entièrement les infidèles de la

Trrre^^ainte. Dans cette vue, on dépêcha en

£«rope Févèque de Zabulon ; il débarqua à Mar-

•^ille: la première croisade étoit sortie de France,

^i il veooit en solliciter une seconde.

Loaia VII étoit alors sur le tr6ne : jeune prince, 1 1 43. .»teB fiût , plein de courage, mais incertain dans vi conduite, plus scrupuleux que dév6t, et qui "^ ' ^noroît le grand art de régner. Le député de Modoma ne pouvoit venir à la Cour dans une ** * »njoQCtare plus favorable. Le roi étant en guerre r-ntre Thibaud , comte de Champagne et de Mois, son vassal, la résistance quil trouva au «^.4^ de Vitry en Perthois , Tirrita contre les halittans; et, après avoir emporté la place, lep(« à la main , il fit mettre tout à feu et à sang. i >s prétend même que treize cents personnes de coot sexe , hommes , femmes et enfans , qui s'éfuient réfugiés dans la principale église, périrent dans cet incendie. De justes remords ayant suc- < t*dé à une exécution si terrible , ce prince résolut d'expier sa faute par le voyage de Jérusalem,

Io4 HISTOIRE DE l'oBDRK

T"] la ressource et lasyle , en ce temps —là , des p] DuPDT. grands pécheurs (i). Il communiqua sop desst au Pape Eugène III, qui étoit alors sur la cha fi de Saint-Pierre; et, afin quil put £aire ce péi\ rinage dune manière plus utile pour les Chn tiens de la Terre-Sainte , il le pria de . vou/o bien, à lexempte d'Urbain II, faire prêcher ui nouvelle croisade.

Ce pontife , qui , de moine de TOrdre de ClaL vaux, et de disciple de Saint-Bernard , étoit par venu sur la chaire de Saint-Pierre, donna dt grandes louanges au pieux dessein de Louis ; et afin de répondre à ses intentions , il envoya des brefs dans toute la chrétienté , pour exhorter ]e& princes et leurs sujets à prendre les armes. Il chargea même Saint-Bernard, qui étoit ïoracle de son siècle, de prêcher la croisade en France et en Allemagne; et, pour engager les tidèles à prendre la croix, il ouvrit les trésors de l'Église, et accorda une indulgence pléniére à tous les croisés (2).

Le saint abbé de Clairvaux , sur les ordres du Pape , quitte sa retraite , passe successivement à

(i) LudoTÎcus rex, Vitriacum castrum comilîs Thookaldi capit, ubi igné admoto, ecclesià incensà, et in eâ mille trecenue aniinœ diversi sexûs et œtatis sunt i£[ne coa- | ^ sumptœ, super quo rex Ludovicus misericordiâ moius, i plorâsse dicitur, et hàc de causa peregrinationem Hiero- •olymatanam ag^pressus à quibusdam œstiroatur. |

Roh, de monte , appendix ad Sigeb^ ad annum 1 14^ "^

.{p) Gaufrid. viià sancti Bernardi. '4

DES CHEVALIERS D£ MALTE. Io5

U Cour da roi de France et de lempereur Con- ■

. 1 . Al 1 . Raimobo

nrd 9 monte en chaire , prêche , tonne , et, piem dcpct. et Stu et d ^indignation , représente quelle honte c Hait , pour les Chrétiens , de souffrir que Thériuge de Jésus- Christ, et que la terre arrosée de «on précieux sang, fut à la veille de retomber «oos la tyrannie des infidèles. Il n oublie rien pour toucher ses auditeurs, et pour les engager a prendre les armes ; on prétend même qu emporté par son zèle^ il prédit hautement une victoire certaine , et la défaite entière des infidèles. I^s charmes de son éloquence, ses expressions tendres et pathétiques , la réputation de sa sainteté , les heureux succès qu on prétend , comme nous la^'ons dit , qu il annonçoit hautement , des miracles éclatans que les auteurs de sa vie loi attribuent à ce sujet , et qu on peut regarder comme les lettres de créance les plus sûres pour un prophète : tout cela fit prendre les armes à 1 empereur , au roi de France , et à la plupart des princes et des seigneurs , leurs vassaux.

Vu enfant boiteux ayant été présenté à Saint- Bernard, en présence de lempereur, le saint abbé fit le signe de la croix , releva lenfant , et lui ordonna, devant toute rassemblée, de mar«» cher, et se tournant ensuite vers Conrard : « Ceci « a été fait pour vous, lui dit- il , afin que vous • coonoissiez que Dieu est vraiment avec vous , > et que votre entreprise lui est agréable. »

Plusieurs seigneur Fran<;ais et Allemands , pemiadés que labbé de Clairvaux étoit déposi-

io6 HISTOIBE DE L*OADItE

": • taire de la puissance du ciel , et que , comme un

DoroT. autre Moyse, il feroit des miracles pour introduire le peuple de Dieu dans la terre de promission, firent de grandes instances, dans le concile tenu à Chartres, pour lobligfer à prendre le Commandement général de larmée (i); mais l'homme de Dieu, qiii netoit pas moins prudent que zélé, se contenta den être le hérault et la 1146. trompette. Après avoir accompli sa mission, il se retira dans son abbaye, et laissa aux princes guerriers rhonneur et les périls de lexécution.

1 147- L empereur et le roi de France mirent, chacun de leur côté, un nombre prodigieux de troupes sur pied : on comptoit, dans chaque armée, jus* qu a soixante et dix mille hommes d armes, sans la cavalerie légère et Tinfanterie. Il sembloit que tous les Français et les Allemands , de concert , eussent résolu d'abandonner leur pays; et, s'il s'en trouvoit quelques-uns capables de porter les armes, que différentes raisons retinssent dans leur patrie , les nouveaux croisés, par une espèce d'insulte, et comme pour leur reprocher leur lâcheté, leur envoyoient une quenouille et un fuseau. Les femmes même , renouvellant l'histoire ou la iable des Amazones , parurent dans

(i)De caetero verbum illud, quod jàm, ni fallor, audistis, quomodo videlicet in conventu Carnotensi, quofiiàm judicio satis miror, me cpasi ducem et principem mililiae elegorant. Divi Bemardi^ Ep. a56 adEug. pap.

ijof revue , années et à cheval , et formoient dif-

, RAfMoini

.frm escadrons. Dutvt.

Eléonore , reine de France , et femme de Louis ni , étoit à la tête de ces héroïnes : princesse 'âne rare beauté, qui, par son mariage , avoit apporté les provinces de Guyenne et de Poitou l'j mi , et qui auroit fait les délices de ce prince , M, dans la recherche des plaisirs, elle se fût moins laissée emporter à l'ardeur de son tempe* riment, ou quelle neût pas été soupçonnée -:r les partager avec d autres qu avec le roi , son mari.

Opendant il semUoit que TAllemagne et la France eussent entrepris de subjuguer TAsie entirre : du moins ces nombreuses armées , qui SToient à leur tète deux grands princes, et commandées par des officiers pleins de valeur , n*étoient que trop capables d en faire la conquête. Mais la perfidie des Grecs, toujours jaloux et iTM{Qiefs de ces grands armemens , l'ignorance des chemins , Tinfidélité des guides , le manque de vivres , et des troupes nombreuses et redoutables qui s'opposèrent à leur passage , ruinèrent lune et lautre armée Chrétienne, avant même qu^elles arrivassent dans la Palestine. On tenta inutilement le siège de Damas, que les Chrétiens même firent échouer.

Conrard partit le premier, et arriva , à Constantinople, sur la fin de mars de Tannée 1 147. Ce prince étoit beau -frère d'Emmanuel Comnène, qui gouvemoit alors 1 empire d'Orient. Ces deux

Io8 HISTOIRE DE L*OBDRE

■;; princes avoient épousé les deux filles de Béren

DcpuT. ger le Vieux, comte de Luxembourg. Cette alliance avoit fait présumer au prince Allemanc qu'il en seroit bien reçu : le perfide Grec le traita pour sa personne , comme son allié , et à Tégarcl de ses troupes, en ennemi mortel. Par son ordre, dans tous les lieux où passèrent les Allemands, on empoisonna les puits et les fontaines ; on vendoit très cher, à ces étrangers, de la farine où Ion avoit mêlé de la chaux et du plâtre. L empereur , qui voyoit dépérir son armée , passa le détroit. Son beau-frère lui avoit donné des guides , qui , après lavoir égaré , par de ]on{;s détours , dans les montagnes et les rochers de la Cappadoce , livrèrent sop armée, demi-morte de faim et languissante , entre les mains des infidèles , qui la taillèrent en pièces.

Le roi de France ne fut guères plus heureux ; et, quoiquau passage du fleuve Méandre, il eût remporté une victoire considérable sur les infidèles, en arrivant à Antioche , il tomba dans une disgrâce à laquelle il fut peut-être plus sensible qu a la perte même d'une bataille.

Baimond de Poitiers, oncle paternel de la reine de France, étoit alors, du chef de sa femme, souverain de cette grande principauté. Ce princCi né Français et sujet du roi, reçut Louis et la reine , sa nièce , avec toutes les marques de respect, et tout laccueil qui étoient dûs à son souverain. Ce ne furent, pendant les premiers jours, que fêtes , que bals et que tournois. Raimond ,

«^ prétendoit tirer des avantages solides de ■

: arrivée des Français dans ses États, ajouta, à Dqpcy. X «tes CCS démonstrations de la joye la plus sint'pr^ de magnifiques présens quil fit au roi ': aux principaux chefs de son armée. Il a voit ' a %iie d engager Louis, avant qu il passât dans A Pialestine, à tourner ses armes contre des ' : UHXS Biahométans , ses voisins , avec lesquels . *'ioii actuellement en guerre. La reine, sa nièce, f ^ prière, en parla au roi, et employa les ins- {.àDces les plus pressantes. L'intérêt du prince, ^ -Q oocie j n etoit pas le seul motif qui la faisoit ï *ir. On prétend que cette princesse , peu scru- -olease sur ses devoirs , et devenue éprise d un .•-tme Tore baptisé, appelle Saladin, ne pouvoit -•^ résoudre à s en séparer. Elle eut bien souhaité, ,«-ndaiit qu* le roi auroit marché contre les en- 'jt-mis de son oncle, quil leùt laissée dans Ant:<iche. Le roi, qui commen<;oit à soupçonner f uelqne chose d'un si indigne commerce , pour f-Q éviter les suites, ne trouva point d'autre remède que de la tirer, la nuit, d'Antioche, et de ! 11 &ire prendre la route de Jérusalem. Il n y t it pas plutôt arrivé, que lempereur dAllema- •.,ue le vint joindre avec les tristes débris de son tmee. Ces deux princes formèrent le siège de I^aous. Us en croyoient le succès si infaillible, •;ue, de concert, ils promirent la souveraineté •le cette place et du pays qui en dépendoit, à I hierry , comte de Flandres. Mais leur intention i uni devenue publique, quelques seigneurs La-

-""~" tins, dont les pères, depuis la première croisa J • DupuT. setoient établis dans la Syrie, jaloux qu*on Ici préférât le comte de Flandres, quiU traitoien à leur égard , d'étranger et de nouveau venu par une énorme trahison et une intelligence cri minelle avec les infidèles, firent échouer lentn prise; en sorte que Louis et Conrard, détesta n leur méchanceté , revinrent, en Europe, avec le malheureux restes de ces grandes armées, et, ïui et 1 autre , avec plus de chagrin que de gloire, f i4S. Si on en croit la plupart des historiens, il m pérît pas. moins de deux cent mille hommes " dans cette malheureuse expédition. Il y eut même plusieurs des plus grandes Maisons de France et d^AUemagne, qui furent éteintes. Ceux qui se trouvoient intéressés dans une perte si générale, osèrent Fattrihuer à SaÎBt- Bernard : le père lui redemandoit son fils , la femme son mari , et les plus emportés le traitoient de faux prophète. Le saint abbé , pour se défendre , fut obligé de faire une apologie qu'il adressa au Pape Eugène III. «On nous accuse, dit -il, date voir fait de magnifiques promesses sans effet, «comme si nous nous étion» conduits, dan» « cette afiPaire , avec témérité : nous n avons fait uqu exécuter vos ordres , ou plutôt ceux que 4< Dieu nous donnoit par vous. »

11 apporte ensuite lexemple de Moyse, qui, ayant tiré d*Égypte les Israélites, ne les fit point entrer dans la terre fertile qui leur avoit été promise , quoiqu'il n*agtt que suivant Tordre de

Un, confirmé par des miracles; et il soutient « ifÊt les croises nont pas ete moins incrédules , Dvrcv.,

Al moêMÈB rebelles que les Israélites. C'est une des rwoos sur laquelle Othon, évêque de Frisingues^ c kère atérin de 1 empereur Conrard, appuyé ^ pbis(i). Ce prélat, pour disculper Saint -Berujoû^ ton ami, prétend que les vices qui ré* 'voient dans les armées Chrétiennes, avoient érrtté Tefiet de ses prédictions. Mais ne pouvoit- . Q point dire à Tévèque Allemand , que ce rai* '^'onemcnt étoit peut-être plus spécieux que -'Àide^ puisque, si le saint abbé a voit été doué 'Isa don de prophétie en cette occasion , il auroit Ou cotinoltre , à la faveur de cette lumière sur- ^atorelle, que les croisés ofFenseroient Dieu, et fjaa lieu des victoires que son ministre leur : iisoit espérer , il les puniroit par tous les malii^urs dont ils furent accablés. Aussi cet historien 9 qui semble avoir senti la foiblesse de son [•roprc raisonnement, revient à avouer ingénument qoe Tesprit de prophétie (2) n anime pas les prophètes en toutes les occasions.

Qooi qu il en soit des causes de ce malheureux « ornement, quil ne nous est pas permis dapprofinidir, nous nous conlenterons de dire que lYt grandes armées , qui se flattoient de tant de ' 'enquêtes , ne purent éprendre une seule, des

f De rebos gesds Fredertci imperatoris, lib. I, c. 60.

3^ Quanqo^in et spiritus prophetarum non Mmper •1*»^ prophetit. — De rchus gesO's Frtderici imperatoris , '.: 1, cap, 60, p. ail.

Ii:2 HISTOIRE DE L ORDRE

"T places des infidèles, et que les chrétiens Latin

R.4IM0MD ,,^. ii»*i. n - .1

DvpuT. de la Syrie et de la Palestine , furent ensuite r^ duits à un état qui sembloit lès menacer d*uni ruine totale et prochaine.

On n a voit pas moins à craindre des Égyp! tiens, et du côté du midi. Le roi, pour leul opposer une barrière, fit relever les murailles d^ lancienne Gaza , une des cinq satrapies des Phi-j listins , située à sept lieues d*Ascalon. Ce prince en donna le gouvernement en propriété à 1 OrH dreJes Templiers (i); et ces religieux guerriers gens pleins de courage , dit Guillaume de Tyr en firent une place d armes, d où ils réprimèrent les courses de la garnison d'Âscalon, et forcè-j rent enfin les Sarrasins à se renfermer dans leurs murailles.

Il 48. Cependant Noradin, profitant de la consternation où la retraite des croisés avoit jette les

*'^^' peuples, entra, à la tète de son armée, dans la principauté d'Antioche, ravagea la campagne, et emporta plusieurs petites places. Le comte Raimond, consultant plutôt son courage que ses forces , voulut s'opposer à ce torrent ; mais il perdit la bataille ; la plupart de ses troupes fut taillée en pièces, et il périt lui-même dans ce combat.

(i) Milites templi Gazam antiquam Palestinœ ciWtatem reaedtficant et turribus eam muniunt : Ascalonîtas graviter infestant.

Koh. de monte , appendix ad chron, Sig. p. 63 1.

DES CHEVALIERS DE MALTE. Il3

Don autre côté , le sultan de Cogni ou dlco-

rirfiio, entra depuis dans le comté d*Édesse, Dopcy. m^çem le pays , prit le jeune Courtenay , qui Et-vnat ^ peu après , dans les fers de ce barbare. 7 .ut fuyoit devant lui ; les habitans des villes et

- b campagne , et presque tous les Chrétiens ^

- ii se voyoient sans aucun secours , abandon- ■ «ieet leurs patrie et maisons; et , pour se sousl'iire à la domination des infidèles , chacun \:rhoit de gagner des places CBrétiennes. Baui «uin, roi de Jérusalem, pour faciliter au moins .' ur retraite , s*avança à la ftte de sa noblesse

• t des deax Ordres militaires , afin de leur servir . :e«oorte. Il mit tout ce peuple, hommes, femaes, cnlans, bestiaux , irâgage , au milieu de ce .'.il avoit pu rassembler de troupes. Pendant

A â étoit à lavant-garde , le comte de Tripoli i%ec Oofiroy deThoron, connétable du royaume,

^miDandoit Tarrière-garde; et, dans cet ordre^ ~*^ prirent le chemin de la principauté d'Antio- . ije. Xoradin , qui ne pouvoit souffrir que cette ; roye lui échappât , étant accouru , à la tète de l'iute sa cavalerie, côtoyoit larmée Chrétienne, yar laquelle U faisoit pleuvoir , à tous momens , une grêle de flèches, afin de larrèter. U tenta, plu»«ears fois, d enfoncer les troupes Chrétiennes, ^t on ne faisoit point de lieue qu'il ne fallut li-> irer on combat; les infidèles, pour retarder la ::iarcfae d^une armée déjà embarrassée de baga-

•'^^ revenoient à tous momens à la charge. Mais,

-T i{uelquecôté quils tournassent, ils trouvoient I. s

Baimond

Il4 HISTOIRE DE L'ORDRE

toujours ou le jeune roi, ou le comte de Tripo Dcput7 à la tête des Hospitaliers et des Templiers, qi leur présentoient un front redoutable, et n poussoient tout ce qui osoit approcher du corf de Tarmée ; en sorte que Noradin , n'ayant p ) entamer,' et faute de vivres, abandonna, à 1 fin, cette poursuite: ainsi Tamiée Chrétieno arriva heureusement sur les terres de la princi pauté d'Antioche.

Mais , pendaftt que le roi étoit occupé à tire! ce peuple de la servitude , il fut à la veille d( perdre sa capitale et , par une autre entreprise des infidèles, deux de leurs princes, appelles les Jaroquins, Turcomans de nation, et dont le père ou layeul, avant que les Sarrasins eussent repri;! la ville de Jérusalem , règnoient dans la Palestine, pressés par les reproches de leur mère, ini^ rent sur pied une armée considérable, partirent de leur pays, passèrent par Damas, entrèrent sur les terres des Chrétiens, et pénétrèrent jusqu aux portes de la Sainte-Cité.

Les habitans consternés le virent , sur le soir, se camper sur le Mont-Olivet. Ces barbares se flattoient d'emporter, le lendemain, par escalade, une place où ils sçavoient bien que le roi navoit point laissé de garnison; mais, par un excès de confiance, si dangereux à la guerre, il^^ perdirent un de ces momens heureux d'où dépendent les plus grands succès. Lies habitans, revenus de leur consternation, et encouragée par ce qu'il y avoit d'Hospitaliers et de Templiers

DES CRCTALIERS DE MALTE. If5

Aëm la TÎlle, prirent les armes; et, comme ils

Raimomi»

BKoénit point en un assez grand nombre pour ihipot àeinàre les murailles , au lieu d attendre lenvfmi dans la place, à la faveur des ténèbres, ils ^ jettent dans le camp des ennemis qu^ils trou- '

*'0t ensevelis dans le sommeil; ils mettent le *^ ans tentes, et en coupent les cordages, et ;-^rtent , de tous côtés , la terreur et la mort.

Les infidèles , surpris et épouvantés d une at* ti'foe imprévue , cherchèrent leur salut dans la ^jite; tout se débanda sans tenir de route cer- Uine. Ces barbares , fuyant du côté de Jéricho ^ timbèrent dans un corps de cavalerie, comnaiidé par le roi même , qui , ayant appris qu'ils «tnimt entrés dans ses États, s^avançoit au secr^irs de Jérusalem. Plus de cinq mille furent ' «illés en pièces ; d autres furent assommés par W paysans Chrétiens, La garnison de Naplouse , mi les attendoit au retour, acheva de les disjiTser , et les poursuivit jusqu'au bord du Jourdiin, où ces infidèles, pour éviter Tépée des Chrétiens , et en le voulant passer à la nage , se prr-ctpitèrent et furent noyés.

Ijt roi, par représailles , résolut, à son retour, uSa. d aller ravager le territoire d'Ascalon : il se mit a la tète de son armée ; et , suivi des Grands- SiafCies des deux Ordres militaires, et des principans seigneurs du royaume, il entra dans le pays, {iorta le fer et le feu de tout côté, et ruina surt->ut quantité de maisons de plaisance et de jar* ilins qui apgartenoient aux principaux habitans

ii6 HISTOIRE DE l'ordué

'"""^"" d*A$caIon. Il s'avança ensuite jusqu'aux portes DuFUT. cette importante place; et, après 1 avoir reconn lui-même, il résolut den former le siège. Ma. comme il n avoit pas de troupes pour une si gran entreprise, il convoqua toute la noblesse de s< royaume. Des pèlerins , qui ne faîsoient que d*2 river , lui offrirent généreusement leurs service et des vieillards du pays, accablés d années, res glorieux de la pi-euiière croisade, accoururci dans le camp. On assigna à chacun son quartie pendant que Gérard , seigneur de Sidon , pou empêcher qu on ne fit entrer du secours dans 1 place , tenoit la mer avec quinze galères.

La ville d'Ascalon , une des cinq satrapies de. anciens Philistins , étoit située au pied d une colline, au bord de la mer Méditerranée , à sept lieues de Gaza, ville Chrétienne, frontière du royaume de Jérusalem du côté de l'Egypte , et qu on trouve en sortant du désert qui sépare ces deux royaumes : Gaza étoit alors occupée par les Templiers.

La figuré d*Ascalon étoit celle d un demi-cercle , formé par la ville et les ihaisons ; et le rivage de la mer en étoit comme le diamètre. Cette place étoit environnée de hautes murailles , soutenues , de distance en distance , de fortes tours, Remplies de machines de guerre, pour | lancer des pierres et des dards. Les fossés étoient à fond de cuve et pleins deau; des ouvrages avancés empêchoient qu on n approchât du corps de la place ; et on y avoit ajouté les fortifications

<|«e Fart de oc temps -là a voit pu inventer. Le ^ rcc. tMrt jetine qail étoit, conduisoit lui-même dcpvt. ca titgt si important ; depuis le grand Godefroy ^ Aoulloa , on n avoit point vu , à la Terre- >i^ate, de prince qui, dans un âge si peu avancé,

<ttit à une rare valeur tant de capacité et de i*«iu pour la guerre. Le siège fut long et très- -foiiitre ; les attaques vives et continuelles , la O'-fiease aussi courageuse, et des sorties, ou plu- ' t de» batailles fréquentes (i). Les Chrétiens ii53. '- rrmportoient point un pied de terrein qui ne .^JT OQÙtàt beaucoup de monde ; et souvent ils T^ïTtioieiit, le lendemain, ce quils avoient ga- ' jr, la veille, aux dépens de la vie de leurs plus :nTes soldats. Il y avoit déjà cinq mois que le **r^ doroit avec cette alternative de bons et de iBaoTais succès, lorsqu'une puissante flotte, ve- : ae d^Ë^^te , et chargée de vivres et de troupes ^ débarquement, parut à la hauteur d'Ascalon. ^ jette flotte étoit composée de soixante-dix gale- Tr% ^ sans les vaisseaux de charge , qui portoient nne quantité prodigieuse d armes et de vivres. L amiral Chrétien, qui n'avoitque quinze galères, ne »e trouvant pas des forces suffisantes pour

U4pater le passage aux Égyptiens , se retira eu dtU^cQce; et les infidèles débarquèrent leur seroufs sans aucune opposition. Il fîit reçu avec <ie0 grands cris de joye de la part de la garnison n des habiCans , qui , du haut des tours , insul-

0 Willd. Tfr. lib. XVII.

Il8 HISTOIRE DE L*ORDRE

•^ toientàrarméeChrétieDne^etdeinandoient at\.%

VvpvY. fioldçits quand ils retourjQeroient à Jérusalem . sembloit efFectivemenI; que ce fut le seul p3 wr qu'il y eût à prendre : c etoit au moins le sen C i jaient des grands et de la plupart des cheis cj ] armée. Mais le Grand-Maître des Hospitaliers soutenu du patriarche et de la plupart des é vc ques, se trouva dun avis contraire (i). Il reprc^ senta au roi quWe pareille démarche ne se* ri "viroit qua avilir le courage de ses soldats, et \ rehausser celui des enp^mis , et qu elle inspirei roit peut-être au Soudan le dessein de former, ^ son tour, le siège de Jérusalem. On tint là-des^ sus plusieurs Conseils : enfin le roi, après avoi^ mûrement examiné les raisons de part et d autre, se déelara pour le parti le plus honorable, et oc jpésolut de continuer le sié^.

Cependant les Égyptiens, quon avoit débar^ qués à Ascalon , après s être remis des fatigues de la mer, firent des sorties fréquentes. Us croyoienf triompher aisément des Chrétiens, quon leui^ avoit représentés abattus et rebutés d(e la longueur du si/ége ; mais ils ne furent pas long-temps sans éprouver que la valeur supplée au nombre des combattans ; et les Chrétiens les repoussèrent toujours avec avantage. Comme il ny avoit point de ces sortes de combats qui ne cpûlàt

(i) In oppositâ sententià dpmiDas patrîarcba, clominiis quoque Tyriensis erant cum clero, consortem habontes clominum Baymundum magîstrum hospitalts cum fra tribus suis. Wil. Tyr. lib. XFll, cap. a8 , p. ga^

bcaoDup de monde à ces infidèles, les sorties

«icfârent moins finéquentes ; leur ardeur se rai- dui-ct. ifatu; le courage du soldat Chrétien en aug- ■KBta y et les Templiers , après avoir comblé le j poussèrent leurs travaux le plus près qu'ils kC, de Tendroit de la muraille qui leur étoit «ipposé. Us y firent conduire une tour ou une eipeoe de château de bois fort élevé. Cette tour "toit une machine dont on se servoit, en ce itmpmAà j dans les sièges , qu on remuoit et qu on tjttoic avamxr avec des roues ; et quand elle se troaToit à portée des murailles , on abattoit un poDC <le bois avec ses gardes^fbus , d^où les assiérattft battaient les assiégés ; et quand ils trou- «oîent moins de résistance, ils se jettoient dans ia place , et tâdioient de s en rendre les maîtres. Avant que les Templiers eussent pou86é cette aacliine jusqu'au pied de la muraille , les SarrMot y jetièrent , un soir , quantité de bois sec , ikt bàtome, d*huile , et de matières combustibles, auqoels ils mirent ensuite le feu , dans lespérance que cet embrasement gagneroit jusqu a la tour. Biais Imcendie fut fatal à ses auteurs : il êVleva, pendant la nuit, un vent d*est, qui, au lieu de mettre le feu à la tour , poussa des tour- ImUods de flammes contre la muraille, calcina le OKièllon dont elle étoit construite , et la fit crouler. Quelques Templiers , qui ne doutoient {Mjîot que leur machine neût été embrasée , r Un t allés, le lendemain , par pure curiosité, |K>ar en voir les débris, furent bien surpris de la

"T '" trouver entière. Ayant apperçu, en méme-temf»^

DupcT. une ouverture que le feu avoit faite dans la nm o raille , et qui en pouvoit faciliter lescalade , i 1 1 en avertirent aussitôt leur Grand-Mai tre. Ge sai^ gneur, transporté de joye, se rendit secrettemen i sur les lieux, pour reconnoître lui-même cetc^ brèche; et layant trouvée raisonnable^ il y fil entrer une brigade de ses chevaliers, sans même en avertir le roi. Ils ne parurent pas plutôt ToH pée à la main, et ,avec cet air audacieux que donne un heureux succès , que lés habitans crurent la ville prise. La plupart cherchèrent dabord leur salut dans la fuite, et les principaux officiers de la garnison , pour éviter la première fureur du soldat Chrétien , se jettèrent dans des barques, et s'éloignèrent du rivage. Mais lavarice du Grand-Mat tre empêcha les Chrétiens de"^ profiter, de la terreur des infidèles; car le chef des Templiers, voulant profiter seul du pillage de la ville , au lieu de demander au roi des troupes, pour soutenir ceux des siens qui s'étoient jettes dans la place , se tint lui-même , avec le reste de sa troupe, sur la brèche^ pour en défendre le passage aux soldats de larmée Chrétienne (i), en

(i) Magister militiae templi Bemardus Detremdas cum fratribus suis , alios antè multo prœvenientes aditum occupaverant, nemiDem nisi de suis intrare permittentes; eos autem , hâc intentione dicebantur arcere quatenùs prii&î ingredientes spolia majora et manubias obtinereut uberiores...» Dùm ergè cupiditate rapti ad praedae participium

ipidqueS'-UDS sapperçùssent de louver-

1% Raimord

toK foM étoit à la muraïUe. Pendant ce temps-la, Dcnrr. rr ^il y avoit de Templiers qui s'étoient jettes AscaloQ, s*étant avancés fièrement jusqu au de la ville, pour en piller seuls les princi- ;alei maisons, les habitans, revenus de leut ^^cnr^, n eurent pas plutôt reconnu le petit Miabre de ces pUlards, quils se rallièrent et *rait ferme. Les Templiers se virent chargés jor les troupes de la garnison ; et , du haut des tfiu des oiaisons, on faisoit pleuvoir sur eux des *-«i dTaitifice , de Feau chaude , des pierres , des ' tuiles , et tout ce qui se présentoit sous la main de» assiégés. Les Templiers, après avoir perdu .3 |;rand nomhre de leurs camarades, furent rvtioics à chercher leur salut dans une retraite rrrcipitëe; et chacun, en fuyant, tâcha de re* "içner la brèche par où il a voit monté d'abord j^fc tant de confiance. Le Grand-Mattre fîit • hligé Ini-méme d'abandonner le poste qu il ocnipoit; les infidèles s en emparèrent, firent enfuie des coupures et des retranchemens devant

I (mdrait qui avoit donné lentrée aux Chrétiens , ' (. par de nouvelles barricades, ils le mirent hors 'i insulte.

^>o ne peut exprimer Tindignation du roi , et

I I colère de tous les soldats de son armée , lors- •[uoo apprit que Tavarice seule des Templiers

r-anmc habere consortes, in mortii periculo meri(6 r^ .'Tii MM toli. Ffitt. Tyr. Ub. XFIIj cap. 27.

"T avoit fait manquer une conquête si difficile et si

Raimoiid ; X 1 1 i> 1

DoFQT. glorieuse. Lies habitans d Ascalon , au contraire en augmentèrent leur confiance et leur courag^e et , le lendemain , après s être mêlés avec la garnison Égyptienne, ils firent une nouvelle sortie en bonne ordonnance , et attaquèrent fièremeo I les lignes des Chrétiens. Le combat fut sanglant, et le succès long -temps incertain: la victoire passa, plus d'une fois, dans l'un et l'autre parti ; les infidèles comblèrent d'abord plusieurs toises de tranchées, ruinèrent des redoutes, se jette— rent , l'épée à la main , dans le camp des Chrétiens, abattirent les tentes, et percèrent jusqu'au quartier du roi.

Ce prince, à la tète des seigneurs dont il étoir environné^, combattit avec un courage invincible , et donna le temps à ses troupes de revenir de leur surprise et d'une première frayeur. Les Templiers, voulant laver dans leur sang la faute qu'ils avoient faite, s'abandonnoient avec fureur au travers des bataillons ennemis , et les Hospitaliers, qudle zèle et l'émulation précipitoient dans le péril , indifférens sur la conservation de leur vie , ne se soucioient point de la perdre , pourvu qu'ils pussent tuer un Sarrasin. Les Égyptiens ne montroient pas moins de courage : tous vouloient vaincre ou mourir. Cette sortie, ou plutôt cette bataille, dura depuis le matin jusqu'au soir: enfin les infidèles, étonnés du courage invincible des Chrétiens, commencèrent à reculer peu à peu. Le roi , s'appercevant qu'ils

» JaMiMoient^ en reprit de nouvelles forces ; il "^

la lafeoça Tépëe à la main* Ce fut moins , dans puput . y un comlmt qu une boucherie : le soldat iy acharné contre les infidèles, ne donnoil poncdequartier ; des ruisseaux de sang couloient <ws les lignes, et la plupart de ces Égyptiens, qui cfoiesC ¥aias au secours d*Ascalon, périrent dans oette sortie.

Ceox qui purent échapper à la fureur du sol* ^c Chrétien r^agnèrent la ville , et y portèrent, ifec la honte de leur défaite, le désespoir de âsivcr la place. L'habitant, en perdant ce seooais, pcrdoit Fespérance de la levée du siège : c etoit une consternation générale. Les vieillards, la fcm«es et les enfans ne partoient point de leurs mosquées, et fatiguoient le ciel par des prières inutiles. Ceux qui avoient encore de la force et de la santé , ^employoient à faire des retraochemeDS derrière les murailles de la ville; nais one pierre d*une grosseur énorme , partie <Iaae des machines des assiégeans, étant tom- ^, par hasard, sur une poutre portée par qua* rante hommes , dont la plupart en furent écra- (M, la terreur du peuple, déjà prévenu quils ne pouvoient résister aux Chrétiens , en augmenta M point qu'ils se résolurent de prévenir les suite ftcbeoses d'un assaut par une prompte com* potttioa.

On convint d'abord d'une suspension d'armes^ sous prétexte de r^rer les morts de part et d'au-

('v^et,à la faveur de cette trêve, on entra en

~ négociation. Le traité fut bientôt conclu enti.

JlAlMORD - " 11 . . l^A

DvpcT. des gens dont les uns craignoient detre empoi tés d assaut, et les autres, qu un nouveau secoui ne les obligeât de lever le siège. Ainsi on demeur d accord que les Sarrasins remettroient inces samment la place aux Chrétiens, et que ceux-c leur fourniroient des cbarriots avec une escorte pour emporter leurs effets jusqu'à Laris, ville di * ^ désert : ce qui fut exécuté, de bonne foi , le i:

ig aoàc. * r / / \

ii53. août II 54(1).

Depuis la conquête de Jérusalem , on n en avoit point fait de plus glorieuse ni de plus utile que celle d*Âscalon. La garnison Chrétienne qu on y mit , jointe à celle de Gaza , étendoient leurs contributions bien avant dans l'Egypte. On apprit avec beaucoup de joye , en Europe, la prise de cette place. On n ignoroit pas toute la part que le Grand -Maître des Hospitaliers y avoit eue ; et ce fut apparemment par un motif de reconnoissance pour ses services, que le Pape Anastase IV accorda à l'Ordre de nouveaux privilèges, et qu'il confirma les anciens , comme on le peut voir dans la bulle de ce pontife, adressée au même Raymond (2). Le Pape y déclare qu a l'exemple de ses prédécesseurs Innocent II , Célestin II , Lucius II , et Eugène II , il prend l'hôpital et la maison de Saint-Jean , sous la protection de Saint-Pierre; qu'il permet aux Hospitaliers

« • (i),Le contÎDuateur de Sigebert place cet événement eo II 53. — (a) Ex magno buUario, tom. i.

iiiàr des éfrlises et des cimetières dans toutes ri ^«nes et sei^euries qui leur appartiennent, Durcï. ' /y enterrer , avec les cérémonies de l'Église , rj^ frères décédés, nonobstant tout interdit - auroit pa être fulminé par les ordinaires ; - . Bème de célébrer , et de faire célébrer , une * Faonée , la messe et Toffice divin dans les -îrcs églises interdites, si elles se trouvoient ^ab les lieux par où les frères Hospitaliers se- ' jrot obligés de passer, en exécution des ordres -' \cuê% supérieurs.

Le Sa|nt-Père, leur adressant la parole, ajoute :

C^mme vous faites, mes frères, un si digne

^i>^age de vos biens, et que vous les employez à

- i nourriture des pauvres, et à lentretien des

• utérins, nous défendons à tous les*fidèles, de {ueiqae dignité qu ils soyent revêtus , d exiger Va dixme de vos terres, ni de publier aucune

« *entence ecclésiastique d'interdit , de suspense

• on d'excommunication , dans les églises qui MOUS appartiennent; et, quand même on au-

roit jette un interdit général sur tous les pays ,

• voua pourrez toujours continuer à faire célè-

• l«rcr le service divin dans vos églises , pourvu " i)ue ce toit à portes fermées, et sans sonner les

• clodies. Nous vous permettons pareillement de

• recevoir des prêtres et des clercs, tant dans vo-

• tre maison principale de Jérusalem , que dans

• i» autres obédiences qui en dépendent. Et si ' lr$ ëvêc|ues et les ordinaires s'y opposent , vous

• pourrez toujours, par l'autorité du Saint-Siège,

126 HISTOIRE DB l'oRDRE

„ « admettre œux dont vous aurez reçu un bon té-

DoraT. « ikioig^nage ; et même ces prêtres et ces clercs se- « ront absolument exempts de leur jurisdiction , (c et ne seront soumis qu au SaintSiège et à votre u chapitre. Vous pourrez aussi recevoir des laïques tt de condition libre pour le service des pauvres. « Quant aux frères qui auront été une fois reçus . u en votre compagnie , nous leur défendons de M retourner au siècle, ni de passer dans un antre « Ordre , sous prétexte dune phis grande rég^ute larité. Â Tégard de la bénédiction de vos églises, V de la consécration de vos autels , et de l'ordi- « nation de vos clercs, vous aurez recours à 1 cu véque diocésain , s'il est dans la communion du « Saint-Siège, et s'il consent de conférer les saints M Ordres gratuitement; sinon il vous ^ra permis, «par lautorité du Saint-Siège, de choisir tel (cévèque que vous jugerez à propos. D'abondant , «nous confirmons derechef la donation qui « vous a été faite , de toutes les terres et seigneu* «ries que votre maison possède , ou quelle « pourra acquérir, à l'avenir, en-deçà ou au-delà « de la mer , tant en £urope que dans l'Asie. « Enfin , dit Ânastase , adressant encore la pa^ « rôle au Grand-Mattre , quand il plaira à Dieu «de vous appeller a lui, nous ordonnons que « vos frères élisent votre successeur avec pleine «et entière liberté, sans qu'ils y puissent être « troublés par violence ou pai: surprise , ou sous « quelque prétexte que ce puisse être. » Quoique cette bulle du Pape Anastase ne soi^

IMORD

m ffdXkde partie , qu une confirmation des pri- ~ «iliaque ses prédécesseurs avoient déjà accor- dÔpot. '-^ à rOrdre de Saint-Jean ; cependant Foucher, alors patriarche de Jérusalem , et les autres évéques Latins de la Palestine , s'élevèrent , avec vaiicoup de hauteur, contre des exemptions pi diminaoient en même-temps leur jurisdictjoo et leurs revenus.

De toutes les peines ecclésiastiques que les Pap^ et les évèques employoient contre les pè- 'beors, celle de Texcommunication générale ou 'V Imterdity quoique peu connue dans la pri* milite Église, étoit alors très fréquente. On s en "^nroit sur- tout contre les princes réfractaires à i K(;lise; on lançoit ces foudres contre leurs États; tout leurs sujets s y trouvoient enveloppés , et Qoe multitude dlnnocens souffroient pour un vul coupable. La forme et la pratique de cette «olenoe n avoit rien que de triste , et même de trrriUe. On dépouilloit entièrement les autels ; oa posoit les croix , les reliquaires , les images et lf« statues des saints à plate -terre ; et , en signe <le deuil , on les couvroit entièrement. L'usage ftesdoches cessoit, et on les descendoit même Ae% dochers. De tous les sacremens , on n adminiiUt>it que le baptême aux enfans nouveaux (là, et la confession et la comipunion en viatique aux mourans. La messe ne se célébroit dans ^'^ ëgiises qu a portes fermées ; lusage de la Mande, pendant Tinterdit, éCoit défendu comme ^n carême, et on poussoit la rigueur jusqua

128^ HISTOIRE DE l'oRDKE

défendre de se saluer , et même de se raser , et 4)DPcr. de faire la tonsure et les cheveux aux prêtres et aux clercs.

Mais ce qui étoit de plus déplorable , c est que des Papes et des évêques employoient quelquefois ces armes spirituelles contre des rois et des princes souverains, et souvent même pour des intérêts purement temporels. Cétoit un des plus sûrs instrumens de leur domination ; les peuples, effrayés de se voir privés de lexercice extérieur de la religion , forçoient leurs souverains, par la crainte dune révolte générale, à plier sous le joug. Ainsi il ne faut pas s étonner si le patriarche de Jérusalem, et les autres prélats Latins d'Orient, souffroient impatiemment que, pendant que les rois de Jérusalem, et les prinecs d*Antioche et de Tripoli nétoient pas exempts de leur jurisdiction , en matière dmterdit, les Papes en eussent soustrait les Hospitaliers. Ces prélats n'étoient pas moins blessés de lexemption des dixmes, dont^ au préjudice du clergé de Téglise Grecque, ils s etoient emparés, depuis la conquête de la Terre-Sainte.

Le désir , si naturel , de conserver de grands biens, et de défendre son autorité, motifs qui remuent le plus vivement les hommes, rompirent lunion qui étoit auparavant entre le clergé séculier et les Hospitaliers. Les évêques ne pouvoient souffrir que le Saint-Siège eût dispensé ces chevaliers de leur payer la dixme de tous leurs biens ; et ils étendoient même ce droit et

l'Qr« prétentions jusques sur le butin qu'ils pou- — — \^'it ni faire dans les combats et sur les terres Dupuy. ' « infidèles. D ailleurs la permission que les 'I «pitaliers avoient, pendant l'interdit , de ce*' nrr et de faire célébrer le service divin dans ir& églises, quoique portes fermées, attiroit

• i prêtres et aux chapelains de TOrdre, bien '«offrandes et des aumônes, que le clergé se*- 'lier regardoit comme autant de larcins qui lui

'* icnt faits. Outre ces griefs, le patriarche Fou-

• iw fe plaignoit , en particulier , que les Hospi- •tiMTs, dont legltseet la maison étoient voisines

*■ Teglise du Saint - Sépulcre , eussent élevé des -itimens plus magnifiques que son église et son

il IN. Ce n'étoient que plaintes amères de part

''•iaotre; les uns se fondoient sur le droit com- HQ, et les autres prétendoient pouvoir y dé- ^T^en vertu de leurs privilèges. Les invectives '^ le) injuR» succédèrent à ces plaintes récipro- '■^ift, ce quon ne peut écrire sans douleur, 'i rn vint à des voycs de fait. On rapporte que, -i côté des Hospitaliers , il y eut des flèches ti- ♦^contre les prêtres du patriarche. Ces ecclét*tiqiies, a la vérité, n opposèrent pas la force

• une pareille violence; mais, par un raffinei-otde vengeance, ils ramassèrent ces flèches, •' fareot un faisceau, et, pour conserver la mé- • 'ire d*uo attentat si odieux , ils attachèrent ce

^ ^Tao à rentrée de leglise du Calvaire. Guil- ' tnie, archevêque de Tyr (1), rapporte ce fait

Lib. XVII, cap. 3, p. 93i.

l3o HISTOIRE DE L*ORDRE

"j comme témoin oculaire ; mais cet écrivain J

DoFVT. quoique peu favorable aux Hospitaliers, ne laissa pas d avouer que le Grand-Maître étoit révéré comme un homme de bien et craig[nant Dieu : ce sont ses termes. Il ajoute qu il falloit rejetter la cause de ces dissentions sur les Papes , qui avoient, dit-il, soustrait ces religieux militaires de la jurisdiction épiscopale.

Le patriarche, pour faire révoquer ces privilèges qui lui étoient si odieux, entreprit, quoique âgé de près de cent ans, de faire le voyage d'Occident, et de se rendre auprès du Pape Adrien IV, qui étoit alors sur le Saint-Siège. Ce patriarche étoit accompagné de Pierre , archevèc|ue de Tyr, prédécesseur de Thistorien ; de Baudouin , archevêque de Gésarée ; de Frédéric , évèque d'Acre ; d'AmauIry de Sidon ; de Gonstantin de Lide ; de Renier de Sebaste , et d'Herbert de Tibériade. liC Grand-Maître et le Conseil de l'Ordre envoyèrent, de leur côté, des députés, pour répondre aux plaintes de ces prélats ; et , si on en croit Guillaume, archevêque de Tyr , ces députés avoient prévenu le patriarche , et , à force de présens , s'étoient remous favorables le Pape et toute la Cour de Rome. Foucher et les autres prélats de la Palestine eurent audience du Pape à Ferento, petite ville proche de Viterbe.

Cette grande affaire fut agitée , pendant plusieurs séances, devant le souverain pontife et tout le collège des cardinaux; et, pour soutenir le droit des parties, on fit même entrer, de part

DES CHETALIERS DE MALTE. l3l

ftif autre, des avocats et des jurisconsultes. Les "" ' (««nques se plaiguoient que les Hospitaliers , ouroT. jbuiantde leurs privilèges, recevoient dans leurs ' .i«es des excommuniés , et qu en cas de mort

« leur donnoient la sépulture ecclésiastique ; :-je. pendant Tinterdit jette sur une ville, ils < iToient pas laissé , contre ce qui leur étoit dé*

uda par leurs privilèges, de faire sonner leurs

>cbes; que leur église étant voisine de celle du Mint-Sépulcre, ils les faisoient même exprès son- Ler continuellement, pendant que le patriarche ïnooiK^oit à son peuple la parole de Dieu , afin ^tmptcber qu*il ne fut entendu; et quils refîi- ^^ient de payer la dixme de leurs revenus dans ^Hu les diocèses de la Palestine , où ils avoient i^ terres et des établissemens.

L'archevêque de Tyr, après avoir rapporté t 'UCet les plaintes du clergé, ne nous dit rien des i'-tnues que fournirent les Hospitaliers : il s*est ' ^'Qteoté de nous faire comprendre qu ils firent ^Mf cette affaire en longueur ; que , par leurs prvieos et par leur crédit à la Cour de Rome , ils ^ ureat empêcher le Pape de prononcer ; que le patriarche et les évêques de la Palestine , voyant ^^^ 1 par eux«mèmes et par les avis secrets qu'ils ^^cetoîent de leurs amis , qu'ils n obtiendroient i imais on jugement, prirent congé du souverain {notifie, et s en retournèrent, dit cet historien (i), ^barges de confusion. U ajoute que, de tous les

* Lib.I,cap.8.

l32 HISTOIRE DE L*ORDHE

' cardinaux , il n'y en eut que deux qui eussent été jj^i3x, Cessez équitables et assez fidèles à Jésus-Christ pour se déclarer en faveur du clergé; que le Pape et tous les autres , corrompus parles présens des Hospitaliers, sumrent, dit-il, les traces de Balaam, fils de Béor: comparaison d autant plus odieuse, que ces deux cardinaux, si fidèles à Jésus- Christ^ selon cet auteur, Fun, qui étoit Octavien, se porta depuis pour anti-pape, sous le nom de Victor m , et causa un schisme afFreux dans Téglise ; et lautre , qui étoit Jean de Morson , cardinal du titre de Saint*Martin, fut un des ministres de sou ambition , et le principal fauteur du schisme.

Pour justifier entièrement la mémoire d'Adrien, nous ne pouvons nous dispenser de rapporter que ce pontife, un des Papes le plus désintéressé qui eût été assis sur la chaire de 4 156. Saint-Pierre , bien loin d enrichir sa famille aux dépens des trésors du Saint-Siège, n en fit aucune part à ses parens; qu'il poussa même ce désintéressement jusqu a la dureté : et quoique sa mère, qui lui survécut, fiït réduite dans une extrême pauvreté, il se contenta, par son testament, de la recommander aux charités de Téglise de Cantorbery. Mais, si on en croit Bosio, il suffisoit qull se fÙLt déclaré en faveur des Hospitaliers , pour sattirer toute lamertume qui distille , dit-il , de la plume de cet historien (i) partial.

(i) Nella narratione délia quai istoria il sus dette archivescovo di Tyro , aggravata molto la. mano adJos$o a

DES CHEVALIERS DE MALTE. l33

Après tout^ le patriarche de Jérusalem et sou

fii^torien , ne poavoient ignorer que les prédé- dupvt.

< * «««eurs d^Anastase avoien t déjà accordé aux Hos- ;:uliers la plupart des privilèges en question, 't «ans qu*on se (ut jamais plaint qu ils les eussent «• betés à prix d argent. Mais il est assez vraisemi jaiile que les Papes , engagés dans de fâcheuses .:u^rres, soit contre les empereiirs d'Occident^ ^>it contre les Normands de la Fouille et de la Nrtle, et même contre les habitans de Rome, D*.)voient pas été fâchés de soustraire les Hospitiliers et les Templiers de la jurisdiction des or- (l.naires, et, par-là^ de s attacher, plus particulièrement, un corps militaire aussi considérable, «i'iuc la puissance et les richesses augmentoient « »Qtinnellement dans toutes les parties de la

< il m tien té.

-\* ne m engagerai point à rapporter les dif- !' rentes fondations faites, en ces temps-là, en tireur des Hospitaliers de Saint-Jean: cela me nirneroit trop loin. Mais je n^ai pas cru devoir nie dispenser dobserver que tous ces grands * >ieiis des Hospitaliers et des Templiers , venoient {•rincipalement des princes , des seigneurs et des l.rotilshommes , qui, en prenant Thabit et la rroix de ces deux Ordres, y faisoient entrer en méine temps la meilleure partie de leurs grandes

-•1 botpîialteri serivendla îo qnesto particolare pia tosto ' >rDe pit^laio et srchivescoTO Orientale , et conséquente- "•«'nie come intereuaio et appasîonato che corne Utorico. l^.uQ^ Ub, Fif p. 1 197.

l34 HISTOIRE DE L'oRDRE

' 8eig[ueuries. Ce fut ainsi que Guy, comte et so'u-

DupuT. verain de Forcaiquier, en prenant la crouc e i rhabit d'Hospitalier, donna à la religion de Saint-Jean son château de Manosque, qui consistoit dans des terres et seigneuries si considérables, qu^on en a fait, depuis^ un bailliage, avec le titre de bailli pour le commandeur.

Les grands d'Espagne ne le cédèrent poiot aux Français dans ces sentimens d estime pour les deux Ordres militaires ; et Thistorien d^Arragon nous apprend que, vers Tan ii53, doiii Pedro Dartal , premier baron de ce royaume , donna aux Hospitaliers et aux Templiers la cite de Borgia avec ses dépendances; qu'ils changèrent depuis -avec Raymond Bérenger, prince d'Arragon , contre Dumbel, le château dAlberic, et celui de Gabanos.

Ces donations fréquentes, en ces temps^là, surprendront moins, si on fait attention au digne usage qu'en faisoient ces religieux militaires. De tous ces grands biens , les Hospitaliers et les Templiers n en tiroient pour eux qu une substance frugale; tout le reste étoit consacré ou à la nourriture des pauvres , ou à soutenir la guerre contre les infidèles.

Cependant ces guerriers , si fiers et si terribles dans les combats, dcvenoient d^autres hommes quand ils rentroient dans leur couvent. A peine avoient-ils quitté les armes , qu^ils reprenoient , avec rhabit régulier, tous les exercices de leur première profession. Les uns sattachoient au

DES CHEVALIERS DE MALTE. l35

Mnioe des malades ; d'autres étoient occupés à ~-— — mrroir des pèlerins ; ceux-ci nettoyoient leurs Doi'vr. armef , od raccommodoient eux-mêmes les har- Bois de leurs chevaux ; et tous , dans ces difFéftoi emplois , conservoient un religieux silence, ft une espèce de recueillement, comme auroient pa 6dre des solitaires et des anachorètes : noutreao genre de vie bien rare et inconnu jusqil'akm ^ où , sans être ni entièrement attachés ao doiire, ni aussi engagés dans le siècle, ils pntiquoient successivement toutes les vertus de deux états si opposés. Cest ce que nous appreooos de Saint-Bernard , écrivain contemporain , «|ui, dans la description quil nous a laissée du Ceore de vie des Templiers, nous a tracé une npèoe de tableau vivant de la conduite des re* ligieux militaires de ces temps-là , et qu il seroit à souhaiter que leurs successeurs eussent , tous les jours 9 devant les yeux.

" Ils vivent , dit ce saint abbé , dans une so- *ciété agréable, mais frugale; sans femmes, ■ sans enfans , et sans avoir rien en propre , pas

• même leur volonté ; ils ne sont jamais oisifs , " ai répandus au-dehors ; et quand ils ne mar- 'dient point en campagne et contre les infi- ' àek$ , ou ils raccommodent leurs armes et les «karnois de leurs- chevaux, ou ils sont occupés ' dans de pieux exercices par les ordres de leur *chef. Une parole insolente, un ris immodéré,

* le moindre murmure ne demeurent point sans « une sévère correction. Ils détestent les jeux de

l36 HISTOIRE DE l'oRDRE

■""— * « hazard ; ils ne se permettent ni la chasse , x^ i

Raimond 1 ... .1 .1 • 1

DoFOT. « les visites mutiles; ils rejettent avec norre^jiir •< les spectacles , les boufFons', les discours ou l^s « chansons trop libres ; ils se baignent rarement , «sont pour Fordinaire négligés, le visage ft des ardeurs du soleil , et le regard fier et «vère. A Fapproche'du combat, ils sarment de « foi au-dedans et de fer au -dehors, sans orne— «mens ni sur leurs habits, ni sur les harnois tt de leurs chevaux ; leurs armes sont leur uniqoe «parure; ils s en servent, avec courage, dans « les plus grands périls , sans craindre ni le nomtt bre, ni la force des barbares; toute leur con- «fiance est dans le Dieu des armées; et, en «combattant pour sa cause, ils cherchent une «victoire certaine, ou une mort sainte et ho- «norable (i). »

Leclat de leurs vertus et la gloire qu^ils acquéroient tous les jours par leur valeur, fit naître , parmi la noblesse d'Espagne , une généreuse émulation. Nous avons dit, au commencement de cet ouvrage, que les Maures, dès le huitièjne siècle, s et oient emparés, sur lesGotbs, de la plus grande partie de ce royaume. On sçait que ce qui restoit de Chrétiens de cette nation, pour fuir la persécution de ces infidèles, setoient d abord réfugiés dans les montagnes des Asturies: ils en sortirent depuis, sous la conduite de

(i) S. Bern. ezhortatio ad milites TempU«

DES CHETALÎEBS DE MAlTE. iS;

'^ffi.pour défendre leur liberté et leur reli- 'v»o. Ce prince étendit, peu à peu, les limites Dvpvt. r son petit État. Ses successeurs eurent encore f^sQccèit plus favorables; ils reprirent sur les Miures plusieurs provinces; et ces princes Ghrévns, qui faisoient la guerre en difFérens en- '^'iu, pour conserver entre eux une indépen-

* ioce réciproque, érigèrent ces provinces dont * se firent souverains, en autant de royau-»

û^. Telle est Forigine des royaumes de Léon , '>Ca«tiUe, de Navarre, d^Arragon, de Portugal, Valence, etc. Les Maures, de leur côté, «soient partagé leurs conquêtes; et on trouvoit, ;^fmi CCS barbares, des rois de Tolède, de Cor- ''ue, de Murcie, de Grenade. I^es uns et les 'litres étoient , tous Jes jours, aux mains, et ce ''(. pendant plusieurs siècles, une guerre con-

* 'lurlle. Des gentilshommes Espagnols, à 1 exem- *- des Templiers et des Hospitaliers , et pour la î(*o«e des autels, formèrent différentes so-

^''t<*« et plusieurs Ordres militaires, mais qui

* ' (oient composés que de Fa noblesse de cette ^^lioo: rOrdre de Calatrava est considéré com-

^' If plus ancien.

IW>ni Sancbe, troisième roi de Castille, ayant fooqott sur les Maures la ville de Calatrava, r'^ce forte et limitrophe des royaumes de Cas- ^'"f et de Tolède , en confia le gouvernement M la défense aux Templiers; mais ces chevaliers ^^aut appris depuis que les.rois Maures avoient

l38 HISTOIRE DE L'OBDKE

joint leurs troupes pour en faire le siège , et s Porur. trouvant en trop petit nombre pour le souteni ils remirent cette place au roi.

Sanche avoit besoin de toutes ses troupe ' pour tenir la campagne, et pour les oppose aux Maures, qui menaçoient en méme-temp d entrer dans la Castille. Ce prince, dans ce embarras, déclara que, s'il se trouvoit quelqu^ui assez puissant et assez courageux pour entre prendre la défense de Calatrava, il la lui don neroit en propriété sous la souveraineté de si couronne. Mais la puissance formidable cle Maures ayant intimidé la plupart des grands d^ sa Cour, il ne sen présenta aucun qui of&it d( se jetter dans une place , qui alloit avoir, au pied de ses murailles , toutes les forces des in6dèles, Le roi désespéroit de la pouvoir conserver, lors- * qu un moine de TOrdre de Ctteaux , et religieux de Fabbaye de Fitero dans la Navarre, appelle frère Diego Velasquez , et qui , avant que d embrasser cette profession, avoit porté long-temps les armes , proposa à dom Raymond , son ahhé , avec lequel il étoit venu en Castille, d offrir au roi de soutenir le siège avec ses vassaux et à ses dépens •

Le roi, qui fut instruit de la ricbesse de cet abbé, et de la réputation que Velasquez avoit autrefois acquise dans les armées , accepta leur offre, dans une conjoncture sur-tout où il n avoit point de choix à faire. Labbé et son religieux retournèrent, avec une extrême diligence, en

DES CBEVALIERS DE MALTE. iBg

Xtotpc, et en ramenèrent près de vingt mille ■ bsnunes , la plupart leurs vassaux , ou Français , dvwvj. -'urs voisins 9 qui voulurent avoir part à une si '3creusc entreprise, et auxquels se joignirent, -puis, plusieurs gentilshommes Castillans. On 'tu en même-temps , dans la ville , des provi- N os de guerre et de bouche ; et cette colonie HLiitaire ajouta aux fortifications de la place :d nouveau fort qui la couvroit entièrement.

Ce Ait de ce corps de nohlesse Navarroise et ''i»tillane qui setoit enfermée dans Calatrava, j^ se forma, en ii58, TOrdre militaire qui >>ilesoD nom. Par le même motif de faire la ". ifrre aux Maures d*Espagne , et vers Tan 1175 '^ vit naître un second Ordre militaire sous Fin. * xation de Saint-Jacques de Tépée , et en 1213, ' ^rdre d*Alcantara fîit institué. Ces trois Ordres '«rticuliers et renfermés dans l'Espagne, étoient -^tingués entre eux par des croix de différente •ulftir; mais elles étoient toutes également ter- ^a.uées par des fleurs de lys: ce qui peut faiie p^^foiBcr que les Espagnols avoient emprunté '^> Seors des amMiries de France, pour oon- "^^^ la mémoire des secours que les Fran«;;ats ^^'»ifat amenés, en dilTérens temps, dans ces o'Jtrei contre les infidèles. ^

Tds étoient les religieux militaires dans le T^^^vûer siècle de leur insdtntioo , et qu'on peut -' Tarder, à lear égard , comme 1 âf:e d<fr de ces ^^rdm. Hospitaliers, Templii^s. chetai><n E^ iM)ls , tous n'etotent p» n»r#ÛM àuûu^JA p%#

l4o HISTOIRE DE l'ORDRE

^ une solide piété, que par leur valeur; mais cet

Dupur. heureux temps ne dura guères plus d un siècle : rhomme de guerre lemporta insensiblement sur le religieux: et la valeur, lamour de la gloire, souvent le désir damasser des richesses, affoi* hlirent peu à peu la dévotion et la piété. L am* bition et des vues de s agrandir par des conquêtes particulières , commencèrent à infecter ces Ordres , quoique tous fondés sur le vœu de priuvreté. Ce fiit par un motif si humain que les Hospitaliers de la Palestine refusèrent, peu auparavant, de se charger de la défense de Panéas, à moins quOnfroy de Thoron, auquel cette place appartenoit, ne consentit den partag^er avec eux la propriété et les revenus. Il fallut que ce seigneur achetât le secours de leurs armes à cette condition ; et ce ne fut qu après cette cession qu ils se mirent en état de marcher au secours de la place.

Panéas, ville de Phénicie, appellée auparavant Césarée de Philippes , et située au pied du Mpnt-Lihan , étoit frontière de la principauté de Damas , dont Noradin , cet ennemi redoutable des Chrétiens, étoit souverain. Les Hospitaliers, ayant fait leur traité avec Onfroy, chargèrent un grand nombre de chevaux et de chameaux de vivres^ d armes et de munitions de guerre : tout cela partit de Jérusalem sous une escorte nombreuse, et prit le chemin de la place, la dernière du royaume de ce côté -là. Noradin, averti, par ses espions], du départ du convoi, mit

DES CHEVALIERS DE MALTE. l4l

<)es embuscades sur le passage; et les Hospita-^"^

litr^y approchant de Panéas, se trouvèrent en- Ddpviy icloppés de tous côtés. Us ne laissèrent pas de < cit'fendre long-temps avec leur valeur ordi* '^iire; mais il fallut enfin céder à des forces supérieures : ils se virent accablés par le grand nombre des infidèles, qui étoient encore favo- ':^> par Favantage du poste quils occupoient: 't: quil y a voit d'Hospitaliers dans cette occa- *i<^n, y périrent la plupart. La disgrâce des Chrétiens ne se termina pas à cette défaite. Noradin, ^dns Fespërance de trouver les habitans consternés de cette perte, assiégea la place; et, après '{ueiques jours d une attaque vive et continuelle, J »en rendit le maître. Il se préparoit à attaquer (<- château où les habitans setoient réfugiés; niais, ayant été averti que le roi de Jérusalem 'd\ançoit a grandes journées pour lui en faire ii\er le siège, ce prince infidèle, qui redoutoit ^a valeur, après avoir mis le feu à la ville, se retira avec précipitation. Mais il ne fut pas loin; il >e retrancha dans des endroits escarpés, oit il ne pouvoit être forcé; de-Ià, il observoit la mari lie de Tannée Chrétienne. Le roi entra dans iVinéas sans obstacle, répara le désordre qua- Soient causé lennemi et le feu, et, après avoir jitté des troupes et des' vivres dans le château, il reprit le chemin de Jérusalem. Il marchoit ^^tc une confiance téméraire, et il avoit même iait partir, devant lui, son infanterie. Noradin *ot(it de sa retraite, savan(;a dans le pays, et le

l42 HISTOIRE DE L'oRARE

prévînt sans qu'il en fut averti; et, ayant trouve DvPDT. un endroit propre à placer une embuscade, il - lattendit au passage , le surprit ,' chargea ses troupes, qui se débandèrent sans rendre presque de combat. Tout ce qu on putiPaire fut de sauver le roi ; mais la plupart des seigneurs Chrétiens et des officiers furent faits prisonniers. Les Templiers ne furent pas plus heureux dans cette oc* casion, que les Hospitaliers Favoient été dans laction précédente ; et frère Bertrand de Blan» chefort, leur Grand-Maitre, homme pieux et craignant Dieu , dit Guillaume de Tyr, fut fait prisonnier avec frère Odon , un de ses religieux , et maréchal du royaume.

La prise de la ville de Panéas fut le premier fruit de la victoire des infidèles. Us y entrèrent, une seconde fois, sans beaucoup de difficultés; mais ils échouèrent contre le château , place fortifiée, et dans laquelle la garnison de la ville et les habitans s etoient retirés. Comme je ne rapporte ces différens évènemens qu autant que jy suis obligé par la part qu y prit TOrdre militaire dont j^écris Fhistoire, je ne m arrêterai point à ce qui se passa en Syrie pendant le reste de Tannée, et je remarquerai seulement que Noradin» toujours attentif à ce qui pou voit étendre ses conquêtes, s étant mis, de bonne heure, en campagne. Tannée suivante, assiégea un château appelle Suete ou Czuete, ville ancienne, à ce qu*on prétend, du pays de Hus. Les chrétiens Latios avoient fortifié, avec soin, cette place, située

DES CHEVALIERS DE MALTE. l43

dans le détroit des montag^nes , et qui ouvroit

uof entrée lacUe dans la plaine de Damas. Dorai.

Lé roi de Jérusalem^ qui connoissoit TimportiQce de ce fort, assembla, aussitôt toutes ses troapes; et, soutenu dun corps de cavalerie que ioi avoit amené Thierry, comte de Flandres , K*n beau-frère, il résolut de tenter de nouveau > sort des armes , plutôt que de laisser perdre oiw place de cette conséquence. L'armée Chré* tienaesavan^, ensuite, du côté des montagnes» n n'ent pas de peine à rencontrer les ennemis. Noradin , par le conseil de Siracon , son général, aima mieux tirer ses troupes de leurs lignes, que de se voir attaqué dans son camp. Il vint nss. io-derant des Chrétiens, et leur présenta la ba« taille dans la plaine de Pntaha. On en vint bientôt aox mains : les soldats des deux partis , comme it concert, sans tirer aucune flèche, et contre iu^e de ce temps- là, s'avancèrent fièrement "*pée à la main. Le roi, à la tète des principaux seigneurs de son État, et suivi des deux Ordres militaires, qui fatsoient la principale ^orte de son armée, chargea le premier les en- Demis, poussa tout ce qui se présenta devant lui; ^ il ait d autant mcMUS de peine à rompre ce pftQÎer corps > que les Turcomans mettoient urdioairement à leur avant-garde, et jettoient ^ant eux ce qu'ils avoient de troupes les plus bibles. Biais , après ce premier essai de la force ^ uns et des autres, Siracon parut à la tète i oae nouvelle ligne , composée de vieux soldats;

i44 HISTOIRE DE l'oRDRE

il rallia les fuyards, et rétablit le combat. Le DvpuY. Chrétiens et les infidèles firent alors des effort extraordinaires; et chaque nation, soutenue di la vue et de lexemple de ses souverains et de sc! généraux , se battit long-temps avec une égak fureur, et sans que^ dans Tune et lautre armée, on v!t aucun corps plier, ni la moindre appai rence de crainte et de frayeur. Un soldat tu^ étoit aussitôt remplacé par un autre; et, quel^ que péril qu'il y eût dans. les premiers rangs, chacun se pressoit d'y occuper une place: on n avoit point encore vu de combat si furieux et si sanglant. Les Chrétiens, irrités de trouver une si longue résistance, et animés. par les généreux reproches de leurs ofGciers, firent un nouvel effort; et, comme s il leur fut venu du secours , ils s abandonnèrent , d'une manière si déterminée, au travers des bataillons ennemis, que ces infidèles , ne pouvant plus soutenir cette dernière charge, furent contraints de reculer et de céder beaucoup de terrein , quoique toujours en. bon ordre et conservant leur rang.

Mais le roi de Jérusalem et le comte de Flandres, à la tète d'un gros corps de cavalerie, étant survenus pendant ce mouvement forcé que faisoient les ennemis, rompirent les rangs, et les obligèrent de prendre la fuite. Tout se débanda, et plus de six mille soldats du côté des infidèles, demeurèrent sur la place, sans compter les blcs* ses et les prisonniers. Tout Thonneur de cette journée fut justement attribué au roi,, jeune

DES CHEVALIEnS DE MALTE. l45

]wiùee plein de la plus haute valeur. Son couram — — —

*' QiHitiplioïC, pour ainsi dire, en ces sortes d oc- Dc»ijt.

WHOQS, eC sur^lout dans cette dernière bataille:

'*o If vît presqu en même temps en différens en-

^•iite, et dans tous les lieux oii le péril étoit le

•i> grand , et sa présence nécessaire.

Ou ignore si le Grand-Maitre des Hospitaliers 1160.

< trouva dans ce combat. Apparemment que

*<^o âge de plus de quatre-vingts ans len dis-

.^nsa. Ce vénérable vieillard, couvert de bles-

^ifts, accablé du poids des années, setoit retiré

ans la maison Hospitalière de Saint-Jean de Je-

'i>aleni. Ijà, dans une retraite profonde, parmi

'^ Marieuses réflexions , et dans des exercices con*

t:QQfl$ de piété y ce véritable soldat de Jésus-

''lirist se préparoit à ce grand jour, si redouta-

!** même aux plus saints religieux. Il vit en6n

'rriver ce moment terril^le, qui décide d'une

'NToiié. Mais M en vit les approches avec une

HDte salutaire, ce fut auss^i avec la confiance

iule Jun véritable Chrétien, qui avoit exposé

*> Me en mille occasions pour la défense des

-nit saints, où lauteur même de la vie avoit

i^ ?oula mourir pour le salut des hommes.

Ainsi finit ses jours dans les bras de ses frères,

R'imond Dupuy, le premier des Grands-Maîtres

^liiUires, bien plus grand par une solide piété,

'^ par sa rare valeur, que par sa dignité, et tel

y on peut le comparer en même-temps, et aux

.lu« saints fondateurs des Ordres réguliers, et

«Jx plus grands Capitaines de son siècle. Les I. 10

l46 HISTOIRE DE l'ordre, etc.

— -^ Hospitaliers, et nième tous les chrétiens Latins Dwuï.** de rOrient, témoins de ses vertus, par une canonisation anticipée, le révérèrent comme un bienheureux : titre que la postérité lui a con« firme.

Page 1