‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 2)Chapitre 12 sur 15 · OB LA · texte numérisé non relu

OB LA

4l4 HISTOIRE DE l'oRDRE

par une fermete ec un courage a leprepve des plus grands perils.

Valittb. c etoit k ce repentir que k Grand-Maltre attendoit les m^contens; el, quoiquil Teut pr^Tu, et mdrae pr^par^ par r^^mulation de la jadoasie qu'il avoit excil^e daos les esprits , il ne laiasa pas d*abord de rejetter la priere du gouveraeur : i) )ui inarquoit, par saleitre,quil prefiireroit toujours une nouvelle milice bien disciplinee, a de vieux guerriers qui pr^lendoient se rendre arbitres de leur devoir. Les chevaliers, con* stemes^ de sa fermete , lui demand^rent grftce dans les termes les plus soumis. Comme il eut ^t^ daogereux de les r^duire au d^sespoir, il se laina fltehir, el il voulut bieii etre appaise : les uonvelles levies furent congedt^es; et on renToya chaque habitant au posle qui lui avoit ele as8i«* gne avant le projet et lentreprise du seigneur Castriot.

Pendant oes mouveniens , le commandeur Sal« vago ^toit repasse en Siciie , et avoit debarquea Sarragosse : au d^ut du secours dont le v|eeroi difieroit le depart sous diiV^ns pr6texte^, il ordonna, de la part du Grand-Mattre, an commandeur deComusson, neveu dece prince, et aa cofomandeurde Saint- Aubrn , tons deux capital* DCS des gal^es de la religion , qui ^toient dans le port de cette vilie,de s'embarquer incess^mmenf , etde conduire, k Malte , tous les chevaliers et les avenmriers qui s'^oient rendus dans ce port, avec une compagnie 4^iiiiantarie, ievee des de-

ttiers de la religion , et comipandee par le che- *

Talier Augustin Ricca. Les deux galores, char- del^l fies de ce petit secours, apr^s avoir fait diffe- VAtEim rentes manoeuvres, gagn^rent Tisle du Goze.

Leur dessein ^toit de d^barquer dans Fanse ou cale de Malte, qui leur parottroit la plus sure, Mais elles fureot pr^venues par Dragut, qui, ayant et^ averti de leur depart,, par des espiods qu il entretenoit enSicile, avoit mis difFerenteis escadres le long des cdtes , pour empScher les vaisseaux Chretiens d en approeher.

Les chevaliers, capitaines des deux galores, ne croyant pas devoir hazarder, contre celles de Dragut, et contre des forces si superieures, le ' secours qu'ils portoient a Malie, prirent le parti de retourner a Sarragosse. Le Grand-Maitre , qui, pour reparer les perte^ continudles quil foisoit h la defense du fort, comptoit sur ce se-* cours particulier, fut sensiblement touchy de leur depart. Il,«n fit, par ses letlres, de s^veres ffeprimaiides a son neveu. U lui marquoit, avec une espdce de m^pris, quil litoit rare quavec tantde circonspection , un capitain^ p^ltacqu^rir beaucoup de gloire; et il ajoutoii quim chevalier de Malte ^ sur4oat , devoit plus oser que tout autre guerrreir.

Far le mtw^e courrier, il iicrivit au commandeur de Salvago., -qui , pour hater le grand ^e^ taours et le depart de la flotte , nSsidoit aupi>^ |1h vice-roi, de representer, de sa part, a qe seign^Mr, Textr^mit^ on le fqrt de Saint-JSlme w trouvoil

'4lC RISTOIAE DE l'oRDHE

■ rcduit, et de le conjurer, s'il navoit pas eocore nRu rassemlile toutes ses forces, dc lui renvoyer, au Vktrnt, nioins, Ics deux {^al^rcs de la religion; d'y en vouloir bien joindre deux autres de Tescadre de Sicilc; et dembarquer, sur ces quatre galores, ce qu il y avoit, ik sa Cour et dans les ports de I'islei de chevaliers et daventuriers, et dy ajouter un regiment d'infanterie pour remplacer les eoldats de la religion , morts , ou hors de combat par leurs blessures.

Lc vicc-roi, toujours magnifiqueenpromesses, et qui, pour intimider les Turcs, ne parloit que de la grandeur des pr^parati& qu il £ftisoit pour le secours de Make, se seroit) en quelque mani^re, dementi, sll en eut refus^ un si petit: ainsi, pour soutenir toujours, aux yeux du public, les bruits avantageux qu il repandoit de ses forces, il ddsigna les deux galeres, qui, de concert avec les deux de la religion , devoient prec^ der le grand secours; et il ordonna, en memeterns, k Melchior Robles , mestre-de--canip du Terze de Sicile, de s'embarcfuer, sur ces galores, avec son regiment. Mais , sous ditTi^rens pr^textes, et par la lenteur affectce des officiers de terre et de mer, cet embarquement se differoit de jour en jour ; et le vice-roi . qui eut bien voulu ne point partager ses forces , ne laissoit pas de se faire un nitrite dd oe secours particulier, dont cependant, par des ordres secrets, il empechoit lex^cution.

« Quoique tout sembl&t s opposer au sebours du

DES CTTEVALIEnS DE MAi;.TE. 4»7

fort , le Grand-Maitre ne relacha rien de ses soins et de son activite ordinaire : par ses ordres , e. a »« la la faveur de la nuit, on faisoit continuellement VALKHi. passer au\ assicgds des recrues, des vivres, des munitions de guerre , et des feux d artifices. II en avoit meme invente, pour un assaut , d une nouvelle espece, C etoient des cercles d'un hois tr^sl6{jer, quon trempoit d'abord dans Teau-de-vie, ou qu on frottoit avec de Thuiie bouillante. On les couvroit ensuite de laine ou de coton , qu on inoibiboit dans diautrcs liqueurs combustibles , melees avec du salpetre et de la poudre a canon : apr^s que cette preparation ^toit rdfroidie, on recommenc^oit, jusqua trois fois, la m^me operation; et, dans un assaut, quand ces cercles dtoient enflamm^s, on les prenoit avec des pincettes, et on les jettoit au milieu des plus ^pais bataillons. Souvent deux ou trois soldats ennemis ' 86 trouvoient embarrasses dans ces cercles brulans; et ils Etoient exposes, eux-m6mes^ a bruler tout vifs, a moins quils ne se pr^cipit&ssent promptement dans lean, et quils n y resl^sent jusqua Tcxtinction du feu. Les chevaliers, qui defendoient le fort , avoient bien besoin de ces diffi^rens secours contre leurs redoutables ennemis.

Depuisle 17 de juin , jusquau i4 dejuillet, on en vint, tous lesjours, aux mains. Commece fort n etoit gueres bien flanqu^ , il n'y eut point de jour que les assicgeans ne tentasscnt de lemporter par escalade : mais, ayant toujours 6t6 re- 4' a;

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■~-~~ pouss^s avec une grande perte dc leurs plus bra- M LA ves soidats , le bacha , honleux d etre arrete si

VuATTt. long -terns devant une &i mauvaise place, resolut d*y venir, le 16, avectoutes ses troupes, et dy donner un assaut general. Ponrfaciliter cette attaque, le i5 fut employe a battre en brecbe; et son artillerie , n ayan t point cesse de tirer, rasa la muraille jusqu'au roc, sur lequel elle avoit ete construite.

De 16 de juin , jour destine pour Tassaut , les galores des Turcs, des la pointe dn jonr, setendirent vis-a-vis de ce chateau , du c6te de la mer, et le battirent avec toute Tartillerie des vaisseaux, pendant que celle de terre, composee de trente-six gros canons, foudroyoit et reduisoit en poudre ce qui restoit sur pied des fortifications. Lies Turcs, au son des tambours, de leurs nacaires et d autres instrumens barbares, entrerent dans le fosse quails avoient presque comble; et le signal de Fassaut ayant ete donne par un coup de canon, ils y coururent avec un courage determine. Ils etoient favorises par quatremille archers ou arquebusiers, qui , de la tranche, ti^ roient continuellement contre ceux qui paroissoient sur la breche. Elle etoit bordee par plusieurs rangs de soidats Chretiens; et, pour les soutenir et les encourager, on avoit place dans ce rang, et entre trois soidats, un chevalier. Cetoit 1 unique force et toute la ressource du chateau : ces g^n^reux guerriers, arm^ de piques et despontons^ composoient comme une nouvdk

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