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■ munitions de guerre et de houche , et les troupei
^^Ombdu. de debarquement. En les attendant, et pour emp^cher qu on ne ftt cntrer des troupes dans Africa , il fut se poster aux isles Cumilieres ou Conigli^res , plus proches encore de cette place que Monaster, quoique cette dernidre n en Fut qua trois milles. Le vice-roi de Naples lui fit s^avoir quit lui pr^paroit un puissant secours, quiseroit commands par dom Garcie, son filsicelui de Sicile Tassura de la meme chose ; et il ajouta que tous les peuples de son gouvernement, comme plus voisins d'Africa , ayant un si grand int^r£t de chasser les corsaires de cette place, il pr^tendoit conduire, lui-m^me, ses troupes. Mais, comme le secours qu*il pr^paroit , n etoit pas encore prdt, et que, dailleurs, Dragut, avec clifferentes escadres, couroit cesmers, poursurprendre les vaisseaux Chretiens, et traverser Tentreprise , ce vice-roi exigea, de Tamiral , qu il fixat le rendez-vous gdn^ral de toute la flotte Chretieune a Drepano, en Sicile, aHu de mettre en sure^c les c6tes de ce royaume. II lui mandoit qifil etoit r^solu de s y rendre, lui-m6me, avec ce qu'il avoit de vaisseaux et de galeres ; et qu aprcs avoir joint leurs escadres, et mis en un seul corps toutes les forces maritimes de I'empereur, ils pourroient tous aller, sans inquietude, et de concert, faire le si^ge d'Africa.
Lamiral, qui, des isles Cumilieres , tenoit le port de cette place comme bloqu^, prdvit que, sil quittoit son poste, Dragut nemanqueroit pas
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de s'en pr^valoir, et dy jetter du secours; mais^ — — — comme il lui ^toit venu des ordres secrets de n'a** d'Omeoes. gir, dans la conduite du siege, que par les avis de dom Juan de Vega , ancien officier et g^n^-* raliiabile^ Doria fut contraint de le venir trouvera Palerme. De-la, ils se/rendirent ensemble k Drepano , ou ils trouv^rent les galores etles trou* pes de Naples et de Malte*
Le secours de Naples consistoit en vingt-qtia-* tre galores, et plusieurs b&timens charging de troupes. Dom Garcie de Tol^de, comme nous le venons de dire , commandoit c^tte puissante es« cadre; et, coinme Doria ne quittoit gu^res la mer, ce jeune seigneur se flattoit de conduire le siege, et den avoir tout Thonneur; mais, ayant appris que le vice-roi de Sicile avoit declare qu il marcheroit en personne, le chagrin de se voir prive de la gloire qu'il esperoit acqu^rir, le fit rembarquer, comme s'il eut voulu partir, et se 8eparer du reste de Tarm^e. Pour couvrir son mecontentement d'un pretexte specieux , il dit 4 Doria que le vice-roi, son p6re, ayant requ des ordres de Fempereur de mettre toutes ses galeres ea mer, pour cbercber Dragut, et le combattre^ il ne pouvoit pas se dispenser de suivre son in^ struction.
Doria vit , avec dbuleur^ que cette division entre les chefs, causee par une jalousie pour le commandement, feroit echouer lentreprise; et que dom Garcie, quoique jeune officier, mais indepeudant du vic^-roi de Sicile, se pr^valoit
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, du besoin qu on avoit du corps qui ^toil k m m'Omcou. ordres. U fit ce qu'il put pour t&cber de le retenir, et pour Tempdcher de partir : Tafiaire (ut mise en n^gociation. Le bailli de la Sangle, qui commandoit les galores de Malte , en Ait charge par Doria. Ce sage chevalier portoit les paroles de chaque c6te; mais, quelques propositions quon fit a dom Garcie, il ne voulut jamais », rel&cher. II soutenoit que , commandant to chef une flotte et un corps d arm^ , rien ne lobligeoit, sans des ordres expr^ de Tempereur, de servir, en qualite de subalteme; qua la v^ite, tant quil seroit en mer, il S4;avoit le respect qui etoit du au pavilion de lempereur et a sod grand- aroiral ; mais que, sur terre, et sur-tout dans une terre ^trang^re , il ne prendroit jamais d'ordre dun general, qui, de droit, n avoit aucune autorit^ sur les troupes Napolitaines. Cette contestation fut vive, et dura plusieurs jours : enfin le bailli de la Sangle , qui ^toit d un g^nie conciliant, les fit convenir que, sur terre, ils auroient , tons deux , une ^gale autorit^ ; que chacun command^oit les troupes qu il auroit anient au si^ge ; que le Conseil de guerre , a la plurality des voix, d^cideroit des attaques; et que les ordres seroient donnes au nom de Fempereur, et comme s'il commandoit lui-meme, en personne , au siege. Ces contestations it&at keureusement terminees , toute la flotte mit a la voile , prit la route d'Africa ; et on d^barqua les i55q. troupes, au levant de cette place, le 26 de juin.
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Pendant que Doria etoit pass^ a Drepano , — T"""^ Dragut, compie l^voit bieq pr^vu cet habile d'Omedes. amiral , n avoit ps^s manque de jetter un puissant secours dans la place ; il y avoit fait entrer tous ses misilleurs of&ciers avec des vivres et de^ munitions de gueire; en i|ieip[ie-tems il tenoit Isi mer pour traverser les convois qu on pourroit envoyer a Farmee Chretienne. Le gouvernem* de la Gouletle , offic^er pleia de vsileur , et d^ujie grande reputation^ sur des ordres expres. de lempereur, se rendit au sieg^; et le Grai^d-* Maitre 4e Malte , qui n^ignprqit pas la perte que la religion avoit faite a Tassaut du chateau de Monaster, envoya uoe nouvelle recrue de chevaliers , pour remplacer les morts. .
Apres que les generaux eureut debarque leurs troupes, leurs munitions et leur artillerie, on ouvrit la tranchee ; ou dressa des batteries ; et Tartillerie commepga a tirer contre la place. Les m^gistrat^ et les priacipaux habitans , toys bons negocians, yoyant une armee si redou table au pied de leurs murailles , detestoieut les brigandages de Dragut, qui leur avoit attire cettQ gyerre: ils parloient soeme^ tout haut, de tr^iter avec les Chretiens ; mais le rais Ess^ , neveu de Dragut , et gouverneur de la place , soldat determine , les mena^a, s'il eutendoit parlerde capitulation, de les poigparder tous les uns apre^ le^ autres, et de mettre eusuite le feu dans |a Yille. Apr^ leur £ivoir reproche leur lachet^ 9 il' leur demanda , avec plus d,e dquceur , si ^ ^9 ^e llvrant aux Chre*
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«--^«— tievs, ils ^toient assez dupes pour croire que ,i''^" leurs ennemis niorteU, devenus leurs maitres,
vOmeoii. , ' ^
leur laisseroient Texercice de leur relif^ion, et la possession de Icurs hiens ; qu ils songelkssentque, dans cette {guerre, il sagissoit de ce que tousles homnies ont de plus cher; et qu'ils avoient k d^fendre leur vie^ leur lihertd, leur religion, leurs femmcs ct leurs enfans. En m^me-tems, pour les rassurer, il leur repr^senta la force de la place, son arlillerie nombreuse, ses armeset ses munitions. II ajoutaqu il avoit sous sesordres dix'sept cents homnies d'infanterie, et six cents cavtiliers que son oncle avoit choisis parmi ses meilleureH troupes, et tons resolus , comme lai, de 8 ensevelir sous les mines de la place, plat6t que de lu rendre aux Chretiens. I^es magistrats, plut6t iutimides par ses menaces, que rassures par ses promesses, se dispos^rent, malgr^eux, h soutenir un siege qu ils ne pouvoient emp^her. Mais le petit peuple, furieux de thle, et d'autant plus jaioux de sa religion , quil ne la connoissoit guercs, ne repondit, au discours du gouverneur, que par des imprecations contre les Chretiens. Tons , a lenvi , s exhortoient k mourtr pour leur religion ;. en sorte que le prdjug^ et lentdtemeDt leur tiurent lieu dc fermet^ et de courage.
Le gouverneur, pour les fortifier dans ce sentiment , et pour leur faire voir qu il ne craignoit pas les Ghr<^tiens , fit sortir de la place sa cavalerie, avec trois cents arquebusiers , qui occupoient une colline voisine) et dou, avec leurs
DBS CHEVALIERS DK MALTS. l5l
mousquets, et quelques pieces de campagne, ils — battoient le camp de Tenipereur. Dom Garcie, d'Om^di. dont le quartier etoit procbe, savani^a aussit6t a la t^te d una partie de ses troupes , pour les ddoger de ce poste. Lescarmouche fut vive et opini&tre , coinme il arrive ordinairementVlans les premieres actions, dont T^v^nement senible former un prejuge pour I^b succ^s de toute Tentreprise. Le gouverneur , pour soutenir ses gens , fit encore sortir, k leur secours , six cents Maures arm^s de mousquets, qui firent une furieuse d^charge, et qui maltraiterent extremement les Napolitains. Quoique le vice-roi de Sicile n eut pas ^t^ peut-fetre fach^ de voir dom Garcie battu et repouss^, cependant le service de Terajjereur, et Tint^r^t de la cause commune le porterent a exhorter les chevaliers a marcher au secours des Napolitains. Le bailli de la Sangle, qui commaadoit le bataillonde Malte, marcha aussit6t, joignit les Maures , les chargea T^p^e a la main ; et ces infideles , peu faits a combattre de pied ferme, se ddband^rent. L'infanterie regagna les portes de la ville , qui furent ensuite ferm^es ; pour la cavalerie, elle se dispersa dans la plaine, et, a course de cheval, se jetta dans une for6t d oliviers , ou elle se perdit.
Le canon avoit commence par battre la fausse braye, et le pan de muraille qui fermoit cette langue de terre , dont nous avons parle. La br6^ che paroissant raisoqnable , on envoya quelques ofHciers pour la reconnoitre. A leur retour, ils
l5a HISTOIRE DE LORDRE
' rapport^rent quils avoieni apperqu , derriere la
oOmcois. br^cbe , de profoads relrancbemens bieo flaaques, dont le fond etoil garni de poiates de fer, et qu on perdroit infaillililement toutes les irou* pes qu on y. en verroit. Maia le vice*-roi de Sicile ^ soup^onnantque la peurpouvoit avoir beaucoup de part a ce rapport , ou du moins qu il etoit fort exag^re , fit resoudre Tassaut pour le veadredi suivant ; et , dans Tintervalle , on redoubia la batterie, afind'elai^ir la br^che. Le vendredi, d^ux beures avant le jour y le vice-roi , qui vou* loit avoir tout Tboaneur de cette eatreprise, malgr^ la possession ou etoient les cbevaliers detre a la t^t^ de toutes les attaques, fit avaacer ses troupes au pied de la muraiUe.
Ces Siciliens trouv^rent la br^cbe de la iausse braye bordce dennemis^ qui firent une furieuse d^charge , et tu^rent un grand nombre de Chretiens. Les assaillans, sans sepouvanter , et peut- &tre s^ns connottre le peril , gagnerent le baut de la br^be ; et les plus braves se jett^rent , a corps perdu , dans le fosse qui etoit entre la fausse braye et le fort Mais ils y perirent tons, a lexceptlon dW seul que les infideles eparga^rent pour tirer quelque connoissance des desseins des Cbretiens. Dautres troupes, qui savanqoieot pour soutenir ce premier corps, neuirentpasun sort plus beureux : elles trouverent par-tout de profondes coupures et des retrancbemeas entasses les uns sur les autres , et d oil il partoit une grele continuelle de canon et de mousqueterie*
DES GHEVALIGRS DE MALTE. l53
Tout ce qui paroissoit etoit foudroy^ par le feu ""^J des assi^ges. Cetasaaut couta, auxg^n^ri^ux^leursi d'Onsdu. plus bravea soldats ; et , pour ae pas perdre plus de monde, on fit sonuer la retraite. Lofficier, comme le soldat , rebates d une attaque ^ p^riU leuse, se jett^reat avec precipitatioa dans leurs tranch^es. Ce mauvais succds rallentit extremement Fardeur des assi^geans. Si le soldat , mi^ content et rebuts, nosa pas encore parler de lever le siege , on jugea bien cependant qu il tral* oeroit en longueur. Pour surcrott de disgrace , les vivres commenc^rent a manquer ; el ensuite des maladies contagieuses , causees ipar la fatigue et la mauvaiae nourriture , attaqu^rent Tof- Hcier comme le simple soldat. Le bailli de la Sangle , qui comptoit pour le prenxier de ses de-* voirs celui de Fhospitalite , dressa sous ses tentea une esp^ce d'hopital et d mfirmerie , ou il fai* soit traiter, avec grand soin , les soldats malades. Les chevaliers, par son ordre , et a son exemple^« les aervoient ton r-a- tour; et toute larmee nad-< miroit pas moins leur charite que leur valeur.
Dragut, toujours attentif a la defense dune place qui lui etoit si importante , tacha d y faire entrer du secours ; il mit a terre huit cents hommes de ses troupes; et, ayant encore raniass^ trois niille Maures, bons arquebusiers, qu il avoit lev^ a prix d'argent , il s'enfon<;a dans la foret des oliviers , voisioe d' Africa , et oil les Chretiens avoient coutume daller chercher des fascines. Son dessein itoit dWaquer les lignes, le jour de
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Saint-Jacques , patron des Espaf^nols , dans Yesr *Omedu. perance d en trouver les soldats ou ivres , ou du moins deband^s et en desordre ; et il avoit fait avertir le {jouvcrneur, pour faciliter Fentr^ du secours, de faire, en m6me - terns, une sortie avec toute sa garnison. Mais le hazard fit decou* vrir son erabuche , et avanqa le combat. Le viceroi de Sicile, accompagnedu bailli dela Sangle, du {jouverneur de la Goulette , et avec une grosse escorte de chevaliers, etant b\\6 dans la foi'et pour faire couper des fascines, Dragut,qui y etoit cache , apr^s les avoir Iaiss6 approcher , se leva tout-d'un-coup avec ses gens , fit d abord une ftirieuse decharge, et vint fondre ensuite, le sabre a la main , sur les chevaliers. Lie bailli , quoique surpris par Fennemi , eut bient6t remis en ordre de vieux guerriers, et capables de.le prendre deux-m^mes. Ce bataillon se forma sans peine. Ce fut moins une escarmouche, quun Combat de pied ferme et opiniatre : on se battit long-tems avec difFerens succ^s. Les Turcs et les Maures, par des dechargcs frequentes , tuoient beaucoup de Chretiens ; et on regretta sur-tout Louis Peres de Vargas , gouverneur de la Goulette , et plusieurs chevaliers des plus braves. Ce ne fut pas sans peine que le vice-roi debarrassa sa troupe de la foret , et gagna la plaine. Dragut le poursuivit quclque tems, et revint, plusieurs fois, a la charge; mais, trouvant toujours les memes hommes, et des guerriers, qui , qiioiqu'en petit nombre^faisoient une bonne conteaance,il
DES CHEVALIERS DE MALTE. l55
fit sonner la retraite. Les Maures, qui connois- soient le pays, se jett^rent dans la for6t,sedisper- d'Omedss. serent a leur ordinaire , et ne se rallierent qu'auprfes de Faques, qui ^toii leur rendez-vous.
Au retour du vice-roi, les gen^raux tinrent Conseil; et, par leur ordre et leurs soins, on continua avec la m6me furie , les decharges de toutes les batteries, et on en dressa meme de nouvelles. Mais les murailles etoient si ^paisses et si bien terrassees , que le canon ne faisoit , pour ainsi dire, que les effleurer ; et les br^ches parurent si petites , et couvertes par de« retranchemens si fortifies, qu'on n'osa hazarder un nouTel assaut. On commenqoit meme a croire qu on seroit oblige de lever le siege ; mais dom Garcia , plein de feu , toujours en action , et occupe uniquement du succ^s de Tentreprise, forma an dessein qui lui en procura le principal honneur. II avoit appris, par quelques transfuges, qu'un endroit des murailles, battu des eaux de la mer , ^toit plus foible, et m6me n^glig^ par les assieges , qui ne croyoient pas que les gros vaisseaux en pussent approcher, a cause des bancs de sable que les flots avoient pousses de ce c6te-la. I)om Garcie, apr^s avoir communique son projet a Famiral et au Conseil , prit le corps de deux vieilles galeres, qui ne tiroient pas beaucoup d eau , qu il attacha ^troitement Tune et I'autre, et sur lesquelles il fit dresser une batterie avec ses parapets et ses embrasures. Cette machine, a la fayeur de la nuit, fut remorquee
l56 HISTOIRE DE l'oRDRE
•"7 — " par des esquifo et des chaloupes , ct conduite
b*Omsou. vis-a^vis de lendroit oii il youloit faire ouver-
ture ; et il aasura ces deux galores avec quatre
ancres, deux du c6te de terre et du mur, et le«
deux autres vers la pleine mer.
Oq commen<;a , au point du jour, a battre le pan de muraille oppose k cette plate-forme ; et le canon tira avec tant de furie, quWe grande partie de cette muraille tomba en peu de terns. Au jugement des ing^nieurs, il y eut bient6t una . ouverture raisonnable , et qui d^termina les gencraux a tenter un assaut. Les chevaliers de Malte , suivant Tusage et le privU^e attache a un Corps si illustre, eurent la pointe. Le bailli de la Sangle regla leur marche et Vordre de lattaque ; il ordonna que le commandeur de Giou , escorte par deux files des plus anciens chevaliers, porteroit, a leur tete , F^tendard de la religion. Le chevalier de Guimeran, et, en cas qu il fut tue , le chevalier Copier devoit soutenir ce premier Corps, avec toute la jeunesse de VOrdre, et plusieurs volontaires, de difFerentes nations, qui avoient demande a combattre sous TEnseigne de Saint-Jean. On avoit mis, a la queue, quatre compagnies des soldats de Malte, chacune commandee par des officiers de TOrdre ; et le bailli, avec quelques anciens chevaliers qu'il avoit retenus aupr^ de lui, devoit fernier la marche , pour se porter ensuite dans les endroits qui auroient le plus besoin de sa presence et de son secours.
Lc vice-roi de Sidle , avec ses troupes , ct dom *— - Garcie, avec celles de Naples, pour faire diver- d'Omsbu^ sion , se charg[^rent , chacun de leur c6t^ , des autres attaques ; et ces deux g^n^raux , qui aspiroient, Tun et Tautre, a la gloire darborer, !e premier, son Enseigne sur le haut de la br^che , promireut , a leurs soldats , des recompenses ma* gnifiques. Les chevaliers , n ayant pas besoin d^ ces motifs int^ress^s, entr^rent dans des esquifs et de l^gi^res chaloupes, sit6t qu un coup de canon edit donn^ le signal de lattaque : et, quoiquelles ne tirassent presque point deau, la plupart de ces braves chevaliers , se voyant arr6tes, a tons momens, par des bancs de sable, se jett^rent, lep^e a la main, dans la mer; et, leau jusqua la ceinture, et, souvent , jusqu aux ^paules, ils gagn^rent le pied de la muraille. Les infiddles parurent sur le haut de la br^che; pour emp^cher les Chretiens den approcher, ils employoient,en m&me-tems, le feu du canon, celui de la mousqueterie , les coups de filches , de pierres, les feux d artifice et Thuile bouillante: lis se (iaisoient des armes de tout ce qui se pr^sentoit sous leurs mains.
Les chevaliers, sans s'etonner du nx)mbre de leurs morts, surmont^rent tons ces obstacles, gagn^rent le haut de la br^che, du c6te dune tour attach6e au coin de cette muraille. Le commandeur de Giou arbora, aussit6t^ TEnseigne de la religion; mais il fut, au m^me instant, ren verse ^ dun coup de mousquet. L^nseigne fut relevee
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par le commaDdeur Copier, qui, pendant toute B*OM^fiDu. Taction , et au milieu du (eu et d^une nuee de traits d^arbal^tes, la tint toujours elevee. Cependant les coups de canon, qui partoient de la tour voisine, et le feu de la mousqueterie, qui venoit des rctranchemens, foudroyoient les chevaliers, sans quils pussent avancer, ni faire reculer les infiddes. Un grand nombre de chevaliers, d'iilustres volontaires , qui combattoient sous leur Ensci* gne, et la plupart des soldats de Malte, perirent dans cette occasion. Le commaudeur de Guijneran , qui ^toit rest^ a la t^te de Tattaque, etoit au d^sespoir de voir tuer ses frcres^ a ses coles ; cependant il ne pouvoit se resoudre a abandonner son poste. Heureusement , en jettant les yeux de tousc6t^s, il dc^couvrit, sur la gauche, etau travers des mines, un petit seutier qui conduisoit dans le corps de la place; dautres preten* dent que c'^toit le debris d une galerie de com* munication. Quoiquil en soit, le commandeur, a la t&te de ses caniarades, fait un effort, pousse tout ce qui se presente devant lui , s ouvre un passage, se jette dans cette galerie, oil il nerestoit plus que des poutres et quefques solives; et, marchant dessus avcc autant de fermet^ quil auroit fait sur un pont de pierre, il pen^lre jusques dans la ville.
Au bruit de ce qui se passoit , les habitans accoururent : excites par les cris de leurs femnies etde leurs enfans, ils se barricaderent dans les rues, et perc^rent les maisons, d'oii ils faisoient
DES CHEVALIERS DE MALTE. iSg
unieu terrible. Les chevaliers se virent, de nouveau^ arrSt^s; il auroit faliu, pour ainsi dire, d*Om»ii. faire autant de sieges (|ull y avoit de retranche* mens dans chaque (juarticr. Mais, pendant qu on sy battoit, les Turcs et les Maures, qui dtoient opposes aux Napolitains et aux Siciliens, ayant appris que les Maltois ^toicnt dans la place, en abandonn^rent la dcifense , pour accout ir au secours cle lours maiiions ct de leurs families. Les Chretiens sc rc^pandircnt, aussit6t, dans la ville, et leur firent bien voir que ce n ^toit qu en se maintenant, chacun dans leurs postcs, qulls au* roient pu conscrver leurs fortunes particuli^res.
Ges malheureux habitans, apr^s une assez foible resistance, quils firent, dans quelques quartiers, voyant Tennenii mattrc de la place, chercbent leur salut dans la fuite. Les uns ik-chent de gagner la plaine et la for6t; d autres se jettent dans des nacelles ; il y en eut qui, par desespoir, se pr^cipit^rent au fond de la mer; et les soldats de Dragut, qui craignoient plus scs reproches que la mort m£me, la furent cbercher daas la pointc des arnies des Chriiticns ; tous sc firent tuer : aucun ne voulut demander quartier. Lebutin fut tr6s- considerable: outre sept inille esclaves de tout &ge et de tout sexe, le soldat •
trouva la ville remplie de magazins de marchandises tr^s-ricbes, avec de Tor, de Targent et des pierreries , dans les maisons des principaux babitans,
Mais le plus riche butin fut la place m^me, la
l6o HISTOIRE DE L'oRDRE
J plus forte qu'il y eut, alors, sur lc9 cotes d'Afri- ^'Omimi. que. Le vice-roi de Sicile , qui n avoit pla$ besoia du secours des Napolitains , s'attribua , bautement , tout llionneur de cette conqu6te ; y mit son fils pour gouverneur, et y laissa, pour garnison , six compagnies dlnfantefie. Les breches furent r^par^es arec soin, les fosses nettoyes; et, apr^ qu on eCit purifie et b^ni la principale mosqu^ , on y enterra les chevaliers et les princi* paux officiers qui avoient et^ tues au siege. L empereur, ayant et^, depuis, oblige dabandonner cette place , leurs cendres furent transportees en Sicile , dans deux catsses separ^es, et depo^ees dans leglise cath^rale de Montreal ; et, par ordre du vice-roi, on leur dressa un mausolee, ou il fit graver <;ette epitaphe :
« hsL mort a pu mettre fin k la vie de ceux doQt « les cendres reposent sous ce marbre ; mais le « souvenir de leur rare valeur ne finira jamais. « La foi de ces heros leur a donne place dans le « ciel , et leur courage a rempli la terre de leur tf gloire ; de manidre que le sang qui est sorti de tf leurs blessures , pour une vie passagere , leur a « procure deux vies immortelles ».
Dragut , outre de la perte de la ville d^Afirica , de ses tr^sors et dc ses esclaves, qui y 6toient enferm^s, Tattribuoit principalement aux chevaliers de Malte; il en porta ses plaintes au Grand- Seigneur. Son agent, a la Porte, repr^senta, a ce prince et a tout le divan , que Fempereiir, par cette conquete, tenoit, en son pouvoir, ime des
DES CHEVALIERS DE MALTE. l6l
priDcipales clefs de I'Afrique ; qu il ^toit mattre — j
de la forteresse dela Goulette, et de la plupart do^medes des places qui dependoient du royaume de Tunis; que les chevaliers de Malte, devoues aux int^r^ts de ce prince, s'etoient fortifies dans Tripoli; qu'il ^toit a craindreque les Arabes, grands ennemis des Turcs, ne leur facilitassent ^ au travers des deserts , le passage dans Tfigypte ; et que ces chevaliers , sous pr^texte de d^livrer Jerusalem et la Palestine de la domination des Ottomans, ne penetrassent dans ces contr^es; quils ne Assent revivre Fancien esprit des croisades, et qu'ils n attirltssent , dans leur parti, les forces des princes Chretiens, toujours redoutables, quand ils sont unis.
Des presens magnifiques, Finterpr^te le plus sur pour etre ^coute a la Porte, et que Dragut fit repandreparmi les principaux bachas , les engag^rent a repr^senter, au Grand-Seign^ur, que cetoit moins Dragut, quesa Hautesse m^me qui etoit int^ress^e dans la perte d'Africa ; que cette entreprise ^toit un attentat contre la foi de la treve qui subsistoit encore avec les Chretiens; quil ne pouvoit pas se dispenser d en marquer son ressentiment , et qu'il falloit , sur-tout , chasser de toute FAfrique, comme il avoit deja fak de VAsie , les chevaliers , ennemis d<^clar^s et perp^tuels de Falcoran;
Dans ce haut degr^ de puissance ou la nais^ sance et les conquStes de Soliman Favoient dev^, on u eut pas grande peine a exciter son indigna- 4. >'
]6i mSTOlRB 0£ LORDl^E
lloa H SOD ressentiment : mais, comvie ce prioce, rOMCDEs. contre la coutuine de la plupart de ses predicesseurs, se piquoit d observer religieusement le^ traites, avant que de prendre les armes, il envoya , a Tempereur, un chiaou pour lui demander la restitution de Soufa, de Atonaster et d'Africa.
Charles-Quint rcpondit, a cet envoye, que cos places etoient des depeadances du royaume de Tunis, qui relevoit de la couronne de Castille; et qu independamment de ses droils dc liaute souverainete, ses generaux navoient fait, en cela, que ce que tons les souverains , de quelquc religion quils fussent, devoient pratiquer a regard dun corsaire, odieux a Dieu et aux homines; que, pour lui, sans preteodre rompre la trdve qu il avoit avec sa Hautesse, il poursuivroit ce pirate dans tons les lieux oil il se retireroit.
Soliman , trop puissant pour etre equitahle, et qui mesuroit ses raisons au poids seul de ses forces , fut irrit^ d une reponse aussi fiare : il resolut d en tirer raison par quelque eatreprise dVclat. Dragut requt ordre de ramasser et de mettre en corps tons les corsaires qui naviguuient sous I'Enseigne du croissant; de les tenir prets ^our se joindre a la flotte Oitomaoe, que le sultan vouloit employer dans cette guerre; et, afiu doter, a Charles -Quint, le pr^texfe de trailer Dragut de corsaire, il lui envoya , commc a uu de ses officiers , un brevet de sangiac de Tisle de , Sainte-Maure. I^ dessein du Grand-Seigucur
DES CHEVALIERS D£ MAETE. l63
etoit de commencer la campagne par le sie{]ie ' ■■ ■' des places que Doria et les autres g^aeraux de d*oiI^u£«: iempereur veooient de cojiquerir : mais Dragut lui tit representer que les chevaliers de Make 1q traverseroient infailliblement dans toutes ses en-^ treprjses; qqe leurs vaisseaux enleveroieDt sou-* vent les couvois qui passeroient le loog des c6te8 de Tripoli^ ou proche de Make; quilfalloit porter le fer et le feu dans cette isle et a Tripoli, et employer toutes ses forces pour exterminei^ ces chevaliers , qui , quoiqu en petit nombre , se mul«* tiplioieDt, pour ^insi dire, quand il etoit ques«^ tioo de iaire la guerre aux musulraaus.
Le Grand-Seigneur, qui nentendoit parler que des prises faites sur ses sujets , par les chevaliers de Malte, et qui les regardoit conime des corsaires, uniquement occupes a ruiner le com-^ merce de ses Etats , entra dans les vues de Dragut. 11 falloit, pour cela, uDe puiasaate flotte: parson ordre, on travailla, sans relache, dans tous les ports de son enjpire, a construire et a armer des galeres et des vaisseaux de toute grandeur. Le bruit d'un si grand armemeiit parvint bientot a Charles-Quiot : il ne douta pas que cette guerre ne fut Touvrage de Dragut, et qu^ ce corsaire , pour ses inter^ls particuliers, ne fut hiea aise dattirer les armes de son niattre, et d otenilre sa puissance dans TAfrique. Pour coin-* jurer Forage, il u eut fallu que faire perir ce pirate, ou se rendre maUre, encore unefois; de sa
persoane. Charles-Quint, persufide que , si le suK
l64 HISTOIRE 0E L*OnDR£ ;
tan se voyoit privi dun g^n^ral si habile, et »*Oji£uu. qui, depuis tant clann^s, naviguoit dans ces mers, il tourneroit, dun autre c6t^, FefFort de 868 armes, ordonna a Doria de Ic chercher, de le combattre, fort ou foible, et de ne rien negligerpour se d^faire dun ennemi si redoutable.
Doria, en execution des ordres de lempereur, au rctour du printems , se niit en mer, avec vingtdeux galores, sans les galiotes et les briffantiDS, et arriva , dans le mois de mars, sur l^s c6te8 d'Afrique. L'amiral Chretien, ayant appris que Dragut, qu*il cherchoit , avoit relach^ dans le havra ou canal de Tisle de Gelves, y aborda; et, pour en fermer la sortie, il jetta Tancre a son embouchure, dans un endroit appelle la Bouche de Cantara. Le corsaire , surpris par Tarriv^e des vaisseaux Chretiens, pendant toute la nuit,fit construire un rempart de terre a lembouchure de ce canal, d*ou il battit, ensuite^ les {][al^res de Doria, qui fut oblig^ de s'^ioigner de la portee du canon. Mais Tamiral Chretien, persuade que sa ])roye ne lui pouvoit cchapper, depecha, en diligence, des brigantins en Siciie, a Naples, et a Genes, pour en faire venir un renfort de troupes.
Son dessein c§toit que , pendant qu^avec sa flotte, il garderoit, pour ainsi dire, le corsaire a vue, ct quil tiendroit Tissue du canal bloqu^e, ces troupes , qu'il avoit envoye chencher, debarqueroient dans Tisle, bruleroient les galeres de Dragut , ct le feroient prisonnier. Dragut^ qui
BES CHEVALIERS DE MALTE. l65
previt son dessein , et qu'il alloit etre iavesti par
terre et par nier, pour se tirer d'un si grand pe- n'OMiuu. ril, forma un projct aussi hardi qu extraordinaire, et dont Phistoire fournit pen d examples. Pour entretenir la confiance de 1 amiral Clirctien, et lui faire croire quil etoit resolu de dcfendre, jusqua Textremite, Tentree du canal, il fit coQstruire , le long de ses bords, et des deux cotes, difF^rens retranchemens , garnis dartille-r rie et de mousquetaires , qui , des que le moindre vaisseau Chretien approchoit, faisoient un feu coDtiauel : mais , en meme-tems , Thabile corsaire, par le moyen de ses soldat3, des esclaves de sa chiourme, et avec le secours des Maures qui habitoient cette isle, fit aplanir un cbemin qui commenqoit a Tendi oit oil ses^galeres etoient mouilldes, et syr Icquel on ^leva un exhaussement, compose de plusieurs pieces de bois, quil fit recouvrir de planches frottees de graisse, poDir faciliter le passage a tout ce qu il voudroit faire glisscr dessus. On guinda , ensuite , par la force des cabes tans , ses gai^res sur ce plancher; ct, avec des rouleaux de bois, on les fit avancer jusqua un endroit de lisle dont le terrain etoit beaucoup plus has, et oil il avoit fait creuser un nouveau canal du c6t^ de Fisle, oppose au canal de Gantara, et par lequel ses galeres passerent d'une mer a Tautre. Doria nen apprit lu uouvelle que par la perte de la capitane de Sicily, que Dragut, comme pour le braver, enleva , presqu a sa vue. Ce corsaire prit ensiiitc la route
l66 HISTOIRE DE L^ORDnE
J* de ConstHQtiDopIe, pour h^ter, par sa presence,
»^Miou. Ic depart de la flotte destin^e contre Tripoli, et les autres places qui appartenoient aux chevaliers deSaint*.Iean. L'amiral Chretien, etonn^,et pips confiis que s'il cut perdu une grande hataille, revint dans le port de G^nes; et, pour sc dispenser de la poursuite du corsaire, il se servit da pretexte honorable de commander, Ini-raeme, les paliTes qui devoient passer, dltalie en Espagne , dom Philippe d'Autriche , fils unique de Tempereur. II conduisit ce jeunc prince k Barcelone, dou il ramena, depuis, Maximilien) roi de Boheme, cou.«in-germain de Philippe, et fils de Ferdinand , roi des Romains , que son p^re avoit rappellc, en Allemagne, aupr^s de lui.
Doria employa tout let^ a faire ces voyages.
Les vice-rois de Naples et de Sicile , destitues de son sccours, avoient joint leurs forces maritimes. Malpre ce tte jo notion, ne se trouvant pas ^ encore assez forts pour tenir la mer, ils avoient cnvoy^, k Malte, demander le secours des galores de la religion. Par la metne raison , et par la crainte dun siege, le Grand-Mattre ne devoit pas les laisser sortir de ses ports : mais , en cc tems-la, et sous un Grand-Mattre Espagnol, la religion ^toit toute Autrichienne ; les priferes,et m^me de simples demandes, que faisoient lem^ pereur, ou sesgeneraux , ^toient des ordres absolus pour le Grand-Mattre. Cependant, il setrouva, dans le Conseil, quelques commandeurs , qui se plaignirent assez hautement de ce qu a la
DKS CtlKVALIERS I>E MALTE. 167
vcille d'etre attaqu^s par les infid^Ies , on se pri- "•
voit des forces de la religion , et d un secours si n'OMiiuEg. n^cessaire (r). D'Om^des, pour emp^cher que le teste du Con^eil ne fit attention k de si jastes raidODS, d^clara qu'il avoit des avis certains que la flotte defs infiddes ne devoit ^tre employee, cette ann^e, que pour servir le roi de France centre Fempereur. Sur sa parole, et encore plus par son credit et $otk autorit^^ les (^j^al^res cnrent ordre de joindre, incessamment, belles de Fempereur. Pour adoucir ceux qui murmuroient de cette disposition, le Grand-Maitre ordonna au chevalier Pied^de^fer^ g^n^ral des galores, lors* quit fut prendre congd de lui, quen cas qnil 8 apperi^ut que la flotte des infideles tint la route de Matte ou de Tripoli, il.etit a revenir, ^n toute diligence, dans )es ports de la religion. Mais, pour ex^cuter de pareils ordres , it faltoit que ce g^n^ral des Aal^es eut, sur sa route, nn satifconduit de la mer, des vents, et m^me de )a flotte ennemie.
Le rendez-vous g^n^ral ^toit dans le port dd Messine, A peine les difVi^rentes escadres qui eomposotent la flotte Chr^tienne , y ^toient entries, quon re^tft plusieurs avis du Levant, que celle du Grand-Seigneur ^toit en mer, et quun armement si redoutable tenoit la proue vers les c6te8 de Naples et de Sicile, mais sans qu on put juger
(i) De Bello Melitensi ad Garolum Gaesarcm ; Nicolai VilbS^Donts Gommentarius, i653.
* l68 HISTOIRE DE L'oRDRE
•"■^"•~" cle quel c6te tomberoit Forage. Cette flottc etoit aOmlou. composee decent douse galeres, quon appelloit royales, de deux grandes galeasses, de trente flutes, et de plusieurs brigantins, et de vaisseauK de transport. Le bacha Sinam en ^toil general : il avoit, pour lieutenans, Dragut, et un autre fameu]( corsaire, appelle Salarais; et on avoit embarqu^, sur cette flotte, douze mille hommes, la plupart janissaires, et un grand nombre de pionniers, doutils, et de macbines pour uq si<^e. Le cbevalier Ocoi^ges de Saint^ean , qui avoit couru toutes les cotes de la Moree, revint, en ce terns-la , dans le port de Malte , et rapporta que, dans tout le Levant, on parloit, assezpubliquement, du siege de Tripoli > ou de celui de Maite meme: et, ce qui augmenta Tinquictude du Conseil, c'est que le commandeur de Villegagnon, qui arriva, alors, de France en Sicile, ecri vit, de Messinc, au Grand-Maitre, et a ses amis particuliers, que J arraement du Grand-Seigneur ne regardoit que les £tats de la religion; et quil eioit parti, expres^ de son pays pour en apporter des nouvelles certaines, et rendre, a TOrdre, les services qu il lui devoit par sa profession. Gomnie ce chevalier etoit alors egalement considere en France et dans son Ordre, peut-etre qu il ne sera pas inutile de le faire connottre un peu particu* lierem^nt,
Frere Nicolas Durand de Villegagnon etoit ne Fran^ais, de la province de Brie, d'une ancienne Maison. G etoit un dcs bonimes de son siecle le
mieux fait, Fesprit prne de rares connoissances, et d une valeur reveree , meme par les plus bra- ^'Omedu. yes Capitaines de son terns. Nous avons deja parle de la ma^idre avantageuse dont il s etoit distiogu^ au siege d'AIger, et de la gloire qu il y acquit , a la vue de tant de nations differentes , qui coniposoient Farmee de Charles-Quint. II ne s^toit pas moins signale, sur mer , pour le service de son prince , et ^n qualite de vice*amiral des cotes deBretagne. Cegenereux chevalier^ au premier bruit de Farmement du Turc, et du siege dont Make etoit menacee, sans attendreune citation g^nerale, demanda son cong^, au roi Henri II, quitta la Cour et ses esperances, arriva en Sicile, et communiqua, au vice-roi, les nouvelles quil portoit au Grand-Maitre. II lui representa, ensuite , avec beaucoup de z^le , le peu de troupes et de munitions qu il y avoit a Malte, au Goze, et a Tripoli; il Fexhorta a ne pas laisser sans secours des isles feudataires de la couronne de Sicile, et qui lui servoient mSme de boulevard.
Le vice-roi , prevenu que les cotes de Naples et de Sicile avoient plus a craindre des infid^les, que les places de la religion , se contenta de lui . dire, qu autant que Finter^t de Fisle, dont il avoit le gouvernement , pourroit le lui permettre, il n'oublieroit rien pour contribuer a la defense de Make. Cette reponse , en des termes si vagues et si generaux, ne con ten tant pas Yillegagnon , il sembarqua dans un brigantin, et arriva , peu de
JCAII
170 niSTOIRB DE LORDRE
^jours apr^s, k Malte. A son debarquement, un^ . troupe de chevaliers I'entoare, et le conduit au Grand-Maitre. Apr^ qo'il Ini eut rendu ses premiers devoirs, ce prince fit assembler le Conseiiy Fy fit appeller, et lui demanda ce qu*on pensoit, en France, de Farniement du Grand-Seigneur.
IjC commandant Fran^ais lui repondit , qu on y ^oit persuade que tontes les forces de lempire Ottoman alloient tomber sur }e$ £tats de la religion, qn^ son depart, et en prenant conge da connetable de Montmorency, premier ministre du royaume , ce seigneur Favoit cbarg^ de Favertir, de sa part , qu il alloit etre incessamment attaqn^ ; que le Grand-Seigneur, chagrin de trouver, dans toutes les arrmees soit de remperenr ou des Yenittens , un grand nombre de chevaliers, mais, sur'-tout, irrit^ de la part qails avoient ene a la prise d'Africa, avoit dessein de les diasser de Tripoli , et des isles qu*ils occupoient ; qu'il Fexhortoit a ne pas se laisser surprendre; qu il devoit ces avis aux sentimens d'estime et d'affeqtion qu*il conservoit pour un Ordre illustre, et que le Grand^Mattre de lisle- Adam, son oncle, avoit gouvem6, dans des terns si difficiles , avec Fapprobation g^nerale de tons les souverains de la Chretien te (^i).
Ces nouvelles allarm^rent le Conseil; on fit de vives instances au Grand-MaHre pour mettre les places de la religion en ^tat de defense; et
(i) Idem. ViUegagnon. ibid.
tout le monde opina qu'il falloit envoyer incesy
damment du secours a Tripoli, pla<^ peu forti- D'OMiws. fiee , et qui n avoit , pour garuison ; que de vieux ^^ chevaliers ^ et des infirmes, qui, a cause de la bonte de I'air^ s'y etoient retires; que la petite isle du Goze n etaot pas tenable^ il ^n falloit ra^ ser le chateau, de peur que les Turcs ne se lo- ^eassebt dans une place si voisiiie de Malte, transporter les habitans de cette isle en Sicile , prier le vice-roi de leur y donner rctraite, et demander, en echange, quelques compagnies dlnfanterie, pour les envoyer k Tripoli.
Le Grand-Maltre ecouta ces differcns avis avee beaucoup de froideur; et, apres avoir temoign^ . a Villegagnon qu'il eioit bien oblige, att conn^table, de Tidt^rfit qu'il prenoit k son Ordre, il le congedia ; et , retenant les grands-croix et les pi* liers du convent : « Ou ce Fraii^ais , leur dit-il , ," avec un souris moqueur, est la dupe du conn^- * table , ou il nous veut prendre pour la sienne. » Affectant, ensuite, un air plus serieux et con venable dans une affair'e de cette importance , il leur dit qu'on ne lui persuaderoit jamais que Solimati ebt fait les frais d'un si grand drmement , seulement pour semparer de Matte; qu'un si petit objet , et la eonquete d'un roeher, ne le dedomma* gerolt pas de la prodigieuse d^pense qu*il venoit de faire pour mettre une si p^uissante flotte en iner; mais que ce prince, un des plus grands politiques de son siecle , avoit de bien plus hauts ' ; que , de concfert avec le roi de France ,
^iJ alloit attaquer Je royauiue de Naples; quesa »*OMEni. flotte, qui 4e8 allarmoit si fort, etoit attendue dans le port de TouIod; quelle devoit se joindre incessamment & celle de France; et meme quil avoit des avis bien certains que le roi y avoit envoye cinq mulcts, chai^^ dor et d argent, pour la solde des infideles ; qu apr^ tout, avaot que de sengager dans des d^penses peut-^tre inu tiles « il etoit a propos d attendre des nouvclles plus positives.
Une reponse si indiffereute remplit d 'indignation quelques seigneurs du Conseii. Ce que Villegagnon avoit avancd, au sujet de la n^cessite de fortifier Tripoli, ne pouvoit jamais kite regarde com me une depense inutile; mais on ne s<;avoit que trop, a Malte, que d*Om^des, uniquement attache a Tagrandissement de sa famille, comptoit pour perdu tout Fargent qui ne tournoit pas au profit de ses neveux ; et que le plus foible pretexte, pourvu quil put servir a eloigner quelque depense , si n^cessaire qu elle fut,lui paroissoit toujours une raison solide, et nn profit certain. Ainsi quelques commandeurs lui repartirent, avec vivacite , qu a Tapproche de la flotte Ottomane, et k la vue dun si grand peril , il n etoit pas de la prudence du Conseii, sur la foi incertaine de quelques espions, de demeurer dans Finaction; quil falloit incessamment, par une citation generale, convoquer tons les chevaliers qui etoient en dififierentes contrees de la Chr^tiente, fortifier les endroits foibles de
Tistede Malte, et qui pouvoient faciliter la des- — — cente des infideles, raser le chateau du Goze, en u'DtLtuu, transporter les habitans en Sicile , t&cher d*obtenir du secours du vice-roi, et, sur-tout;, tirer les aneiens chevaliers de Tripoli, et les remplacer par un corps d'autres, plus jeunes et plus capables de soutenir les fatigues d un siege.
Le Grand-Mattre, toujours avide d'nrgent , leur dit qu il ne s'^loigneroit pas de publier la citation , pourvu que , dans un Conseil complet, et en attendant un Chap!tre g^n^ral, on augmentat les resjionsions et les taxes auxquelles chaque commanderie ^toit assujettie, afin de subvenir a la d^pense que Farriv^e d'un si grand nombre de chevaliers alloit couter. II ajouta quil ne pouvoit consentir qu'on abandonnat le chateau du Ooze , situ^ suria poin^e d un rocher ; quil pourroit servir de retraite aux femmes et aux enfans des habitans de Fisle ; et meroe que les Gozitains, a la vue de gages si chers , en combattroient avec plus de courage ; d*ailleurs qu'il faisoit un grand fond sur la valeur et Texperience du chevalier d^Ess^ , qui en etoit gouverneur. A legard du changement qu on proposoit de faire dafts la garnison de Tripoli , il s y opposa , sur le pretexte qu'il n etoit pas de la prudence d affoiblir Make pour fortifier une place ^loign^e ; que, pour la secourir. il suffisoit de tirer de Sicile quelques compagnies dmfanterie, et quil en alloit ecrire, incessamment , au vice*roi.
Quelque foibles que fussent ses raisons , riea
1^4 UISTOIRE DE L'oUDRE
' DC put vaincre son entetement , et le fiiire reve-
b OMiou. nir ^^ M preveuUon ; et ce qu il y eut dc plus fa* cheux y c est que son sentiment , par la complaisance des commandeurs Espagnols et Italiens, pr^valut dans le ConseiJ. On abandonna nieme le dessein d'une citation f^en^rale sur ce que , si lesTurcs avoient ordre dattaquer les £tats de la religion, ils seroient devant Malte avant que la citation eut passe la mer : ainsi , apr^ qu on eut fait de l^g^res fortifications dans les endroits oil on pouvoit faire des descentes , le Grand-Maitre demeura dans une inaction ayssi etonnante, que sil eut eu cojnmunication des ordres du general des Turcs, ou quil se fut entendu avec lui. Cependant, a sa priere, le vice-roi de Sicile , qui n'ignoroit pas de quelle importance ^toit, pour la Sicile , la conservation de Malte, lui envoya une recrue de deux cents Calabrois , qui lui etoieot venus du royaume de Naples, tons patres ou artisans, et qui n avoient point porte les armes ; mais on se flatta , quaud ils seroient arrives a Tripoli , que , sous le^ ordres el a lexemple des chevaliers , ils se tormeroient, insensiblement, dans la discipline miiitaire.
On se disposa a les faire pariir; mais, quand il fut question de les embarquer, la craiute de se trouver dans une place eloignee, et menacee dun siege, leur fit perdre comr. (i). La plupari se oacherent : ils se plaignirent que le Grand-
(i) Idem, ViUe^nfw,
MeMtre , pour ^pargner les chevaliers et ses propres soldats, les envoyoit k la boucherie; et on j^qw^v^ ne put venir a bout de les faire passer ea Afrique^ qu en mettaat, ix leur t^te, vingt-^^inq chevaliers, tous jeuaes gens, qui, pour quelque muti* nerie qu'ils avoient faite , avoient ^t^ mis aux arrets , et dont le G rand-Mai tre n^toit pas f&ch^ de se debarrasser. .
Ce fut tout le secours quon put tirer de ce prince, en favcur de laD vilie dc Tripoli. Les Gozi* tains en furent eucpre plus abandonn^s ; et 1 comme s'il eut cite persuade que , pour leur defense, il sortiroit de la terre des bataillons ar-r mes, on n en put arracher ni troupes , ni mdme ^ des canonniers ; et les malheureux habitans de cette petite isle, qui vouloient, au moins, mettre en sureie leurs temnies et leurs enfans, les ayant envoy^s a Malte, sur deux barques, le Grand* Maitre, pour se dispenser de fournir a leur subdistance, ne souKrit point quon les debarquat. II mena^a m^me de les couler a fond, si eiles approchoient du port. Toutes ces femmes , avec leurs petits en Fans , furent contraintes de retourner au Goze; etd'Om^descouvritun si grand fond de duret^ d'un rafinement de politique, et du prdtexte, dont nous avons deja parl^, que ces liabitans ayant sous les ycux des gages si chers , cu combattroient avec plus de courage et de fer** naet^. On apprit, peu de jours apr^s , que la flotte du Grand-Seigneur avoit paru le long des c6tes de Sicile; que lesTurcs avoient fait des descentes
176 HISTOIRE DE L'OtlDAE
ct de grands ravages en diflerens endroits; qua-
•x>MiDKt. prfes avoir tent^ le siege de Catane , ils s etoient
1 55 1, arr^t^s k Augusta ; que cette place et le chateau
i3 joiiiet. n'avoient tenu que peu de jours; que les infideles
y avoient commis toutes sortes d exc^s ; et que le
bruit comroun etoit quils se disposoient a faire
voile, droit a Malte.
De si tristes nouvelles donn^rent beaucoup dlnquietude au Conseil , et allarm^rent tous les habitans. Le Grand-Mattre , pour les rassurer : « Ce n est point a nous , leur dit-il , que les Turcs tf en veulent; et ils nont pris la route du midi, a qui semble les apfirocher de Malte, que parceque « ce chemin est le plus court pour aller en Protf vence>»..Pour fortifier son sentiment par Favis des plus habiles pilotes, il en fit venir, dans le Conseil , des plus anciens , qui , soit par complaisance , ou que ce fut la verite , convinrent qu efFectivement , suppose que les Turcs eussent ordre d aborder aux c6tes de Provence , la route par le midi ^toit la plus courte de deux cents milles.
16 jttillet. Mais , enfin , un si fune$te aveuglement se dissipa; le Grand- Mai tre, trois jours apr^s, des fen£tres de son Palais , vit arriver la flotte Ottomane, qui , poussee par un vent favorable, parut , en bonne ordonnance, devant Fisle de Malte. Les ordres que Soliman avoit donnes a son general, portoient, quil tenteroit, en passant, et selon la disposition qu il y trouveroit, de se rendre maitre des isles de Malte et du Goze; et que.
si cette entreprise lui paroissoit de trop difficile ^
execution, 11 sattachat uniquement a celle de oOMiDEs. Tripoli, dont la conquete, dans la VCie de reprendre Africa , lui paroissoit plus necessaire. Le Grand-Seigneur ajouta que , connoissant Texperience de Di:agut, 11 souhaltolt que Sinam nen* treprit rlen d'lmportant sans la participation de ce corsaire. Le general Turc, en ex^cdtlon de ces ordres , se presenta , d abord , devant un des ports de risle, appelle Marsa Musciete^ qm nest separ^ du grand port que par une langue de terre, ou, pour mieux dire, par'un rocher fort deve.
A Tapproche d'une armi^e si formidable ^ une terreur gen^rale se r^pandit parml les habitans de risle ; chacun , pour se soustraire a la fureur des Turcs , cherchoit un azyle et une retraite , les unsdans les antres que formolent des rochers, et d'autres, dans les places fortifii^es. Un y eii avolt que deux dans toute cette isle; Tune sltu^e au pied du chateau Saint- Ange, appelle commun^ment le Bourg, et la residence ordinaire, en ce temsla , de tout le convent; et Fautre dans le fond des terres , et au milieu de Tisle, ^loign^e du Bourg et du grand port d environ six mllles : on la nommoit la Cit^ notable^ ou la ville de Make, du nom commun a toute Tlsle ; cetolt la capitale, et meme, a proprement parler , la seulc ville qu 11 y eut alors.
La plupartdes habitans de la campagne , hommes, femmes et enfans, charges de leurs petits tneubles , et trainant , a leur suite , des vaches et