LIVRE DOUZlfiME
jj^„ LiE pcieur de Capoue , ayant rassemble ses \aisdOmedu. seaux, mit a la voile, et, avec les debris de ses troupes, rentra dans le port de Make. Ses blessures oblig^rent de le porter, sur une planche, jusquen son botel (i). II ^toit suivi de la plupart de ses officiers , qui n etoient gueres en meilleur etat que leur genera). Mais quoique, dans cette malheureuse expedition , et par les hazards inevitables a la guerre, il eut perdu un grand nombre de chevaliers , il ne perdit ni la gloire qu il avoit acquise en d'autres occasions, ni la repui55a. tation dun sage et vaillant Capitaine; et lesoldat comme Tofficier lui reo^irent cette justice, que, dansle desespoir de pouvoir vaincre cette foule d ennemis dont il avoit et^ surpris et environne , on ne Tavoit jamais vu donner ses orclres • avec plus de sang-froid, etcombattre, en m^mctems , avec un courage plus d^termia^. Des temoignages si honorables, et scell^s, pour ainsi dire , de son sang, lui firept defcrer, pour la seconde fois , le generalat des galeres. Comme la mer^toitson dement, il neut pas la patience d attendre que ses playes fussent'entieremcnt fermees, il se rembarqua, et, pendant tout lete^ courut la Mediterranee, et jusquaux bouchcs
(i) Pezani Vicent. vie de L. Strozzi.
HISTOIRE DE l'oRDRE, etc. 2']i '
du Nil. II etoit la terreur de toutes ces mers ; au- "
cun vaisseau D*osoit tenir devant son pavilloo ; u'Omedes. les corsaires les plus braves levitoient avec soin. U ne laissa pas den prendre plusieurs qu il mit a la ehaine; et des flottes enti^res de marchands, malgre leur escorte , toroberent en sa puissance : il les conduisit dans les ports de la relig[ion; et, avec ces prises, il y ramena Tabondance, le luxe et les plaisirs.
Pendant qu on c^Iebrbit a Malte son retour, avec cette joye inseparable des heureux succes , il y arriva une nouvelle toute autrement importante pour TOrdre, et sur-tout pour les chevaliers Anglois. Un Vaisseau de cette nation, com* mande par le capitaine Hosmadan, entra dans le port : cet officier avoit le caract^re d envoy^ de la reine JAngleterre ; il eut, en cette qualite, audience du Grand-Maitre , auquel il pr^senta une lettre de la part de cette princesse, qui lui . marquoit que Dieu I'ayant placee sur le trone de ses ancetres, elle avoit resolu, pour la d^harge de sa conscience, de rendre, a son Ordre, toutes les commanderie^ et tons les biens dont les rois Henry VIII, son p^re, et fidouard VI, son frere, setoient injustement empares. Elle finissoit sa lettre par Vexhorter, et le Conseil de la religion , a envoyer incessamment , a Londres , quelques chevaliers munis de pouvoirs suffisans pour les retablir dans la possession des commanderies , et dans tons les endroits de leur Ordre.
Une nouvelle aussi surprenante causa bien de 4. ^^
• 3^i HISTOIRE DE L*ORDRE
' la joye k Malte, et sur-tout parmi les chevaliers i»X>vKos. Anglois, qui re{];ardoienl cette heureuse revolation comme des premices du retablissement de la veritable religion dans leur patrie. Mais, parmi une nation aussi jalouse de sa liberte, cetCe restitution des biens de IVfrlise ne se termina pas sans de (p^andes diflicultes. Pour IW telli{];ence d une aflaire de cette importance, il faut se souvenir de ce que nous avons dejadit, dans le livre dixieme, des motifs injustes qui avoient engage Henry VIII a usurper, dans ses Etats, les biens des commanderies et des monas* t^res. Et peut-etre que, pour roettre ce point d'histoire dans tout son jour, il ne sera pas inutile de rapporter ici , sommairement , les derni^res actions de ce prince , et ce qui se passa en Angleterre k sa mort, pendant le court regnedujeune £douard, son fils , et le commencement de celui dela reine Marie, sa fille atnee. Henry, sentant approcher sa fin , r^la decisivement Tordre de sa succession , qui , par Tinconstance de ses manages, avoit souvent varie. Depuis sa separation d avec Catherine d'Arragon , sa premiere femme, il en avoit epouse cinq autres , dont la plnpart n etoient sorties de son lit et du trone que par une mort violente ou un divorce force.
Cette polygamic successive pouvoit trouhler r^tat apr^s sa mort, et faire naitre des guerres civiles entre ses en fans. Le parlement , la loi vivante et supreme de cette nation , lui laissa la liberte de r^gler le rang de ses heritiers. En vertu
DES CHEVALIERS DE MALTE. H'jS
de cet acte , et quelque tems avant sa mort , il — -— — avoit reconnu pour son successeur le prince t>'0M£D£8i £douard , a peine ag^ de neuf ans et demi , issu de Jelanne de Se'imours, sa troisi^me femme; et^ pour soutenir toujours, aux yeux du public, la repudiation de Catherinl^ d*Arragon/il avoit declare batarde la princesse Marie, sa fiUe ain^e, quoique avant son divorce il leut reconnue pbur princesse de Galles : titre affecte aux heritiers presomptifs de la couronne. La princesse Elisabeth , fille d'Anne de Boulen , la seconde de ses fenimes, succeda a sa soeur dans ce. grand titre, quelle perdit, a son tour, apr^s le suppliee de sa mere. Le roi, leur p6re, pour gratifier sa troisi^me femme , avoit fait passer ; dans le parlenient, un acte solemn el qui les privoit. Tune et Fautre, de la succession a la couronne: peu de jours avant sa mort , il les retablit danS leurs droits ; et il les reconnut pbiir ses b^riti^res , si le prince Oi^douard mouroit sans posterity.
Ges deux princesses dtoient aussi oppos^es par leur caractere, que par les inter^ts dilKrens de leur naissance. L'ainee, ilevee par une m^re Es* pagnole , et sortie, de son c6t6, des rois d'Arraffon et de Castille, ^toit, naturellement fi^re et hautaine, zelee Catholique par son education, devote par temperament, et, dailleurs, attacbee par son interet , au Saint -Si^ge , dont I autorite avoit legitime le mariage de la reine , sa mfere.
Gomme les pretentions d'j^lisabeth tomboient
''"'^ par la validity de cette dispense , des Protestans *Omu»o. cach^ , creatures de sa m^re , lavoient elevee dans un grand eloignement et une esp^ce de mepris pour la puissance des clefs. C'^Coit la partie la plus essentielle de sa religiod ; d ailleurs assez indiff(^rente sur les dognes, d un genie souple et ais^ , qui prenoit facilement toutes sortes de formes, fic^re ou caressante, selon quil convenoita ses int^rets : a peine agee de treize ans , on voyoit dcja comme une ombre de cette habilete, qui fut, depuis, Tadmiration de toute TEurope. lie roi, son p^re , finit malheureusement ses jours dans le schisme, dont il etoit auteur, ^galementennemi du Saint -Si^e et des Protestans; et ce prince, qui, par une entreprise t^m^raire, avoit voulu se m^ler de reformer la religion , mourut dans une cruelle incertitude de la veritable.
Sa mort excita de nouveaux troubles dans TAngleterre: les v^ritables Catholiques soupiroient apr^ lextinction du schisme ; mab ce n etoit pas le parti Iq plus puissant. Une foule de Protestans , qui , jusqu alors , avoient ^te retenus par la crainte des supplices , levirent le masque, et inond^rent la Coor, la capitale et les provinces. Plusieurs ^v^ques m^me se declar^rent ouvertement en faveur de Th^resie; et, afin que son ^tablissement fut durable, on elevoit le jeuue roi dans les principes des sacramentaires. Le regent , ses pr^epteurs , et les officiers de sa Maison ne lui parloient des plus saints de nos mysteres que comme d^une idolatrie.
Ce prince^ne respiroit, pour ainsi dire, qd'un
airempoisonde : on ]pr^vint et on s^duUit sa rai- n'OiiEDCf, son dans un age auquel il ne pouvoit encore faire nn juste disc^nement. 11 embrassa la doctrine des Protestans, qu on lui cepr^sentoit continuellement conime plus conforme a F^vangile; et il eut le. malheur d errcr avec cette confiance que la verite seule devroit inspirer.
Le parleipent, par de nouvelles lois, autorisa ce changement : la messe fut abolie, les images enlev^es des temples, les livres saints traduits dune maniere infidele, et qui favorisoit les opinions dominanties. Le service divin fut c^lebre en langue vulgaire , le mariage permis au clerge; et, ce qui etoit de plus important pour lavide courlisan, ce qui restoit de biens dans I'^glise devint la proye de gens qui faisoient consister toute leur religion a miner la religion meme.
G'est ainsi que TAngleterre se precipita du ' schisme dans Fheresie.
Ce qui restoit d'^veques orthodoxcs, dans le royaume , firent des efforts in>puissans pour inspirer, au peuple de leurs dioceses , une juste horreur de ccs nouvcautes. Le clerge etoit mepris^; le schisme avoit rompu cette union si necessaire avec le Saint -Sifege, le centre de la . religion. Ce n est pas qu en ce tems-la TAngleterre ne comptat , parmi ses evfeques , des hommes s^avans, et de moeurs irreprochables ; mais, quoique opposes a Ther^sie, soit pour parvenir a lepiscopat , soit pour obtenir d'autres bendfices^
278 HISTOIRE DE L*OBDRB
iU avoient cu la foiblesse de souscrire a la pr^ 9*Omiuu. teodue primaul^ de Henry VIIL Quelques-uns rndme, cootre leurs propres lumiires^ avoient el^ aMez 14ches pour 6crire en faveur du schisme de ce prince. Ce fiit en vain quapr^s sa mort, ils tent&rent de 8 opposer au progrte que faisoit rher^ie : on leur fit un crime de leur zile; ils se virent exposes a la rifjueur des ordonnances da parlement. Ce fut meme un pretexte pour les depouiller de leurs riches benefices : les uns furent d(^pose'*s ; on en emprisonna d'autres; et tous expierent, par une longue persecution , la faute de s ctre separes , par complaisance pour la Gour, de Tunite de leglise.
La mort du jeune roi , arriv^e le 6 de juillet, produisit en Angleterre de nouvelles revolutions. Ce royaume ^toit alors gouverne par le due de Northumberland, regent ou premier ministre^ seigneur plein d ambition , et qui , pour faire rhgner son fils, en la place de son maitre , lui avoit fait epouser Jeanne Gray, fiUe du due de Suffolk, et issue de Marie d'Angleterre^ sceur de Hetiry VIII Pour approcher cette jeune dame du trone, peu de jours avant la mort du roi Mldouard, sous pretexte que les deux princesses ^toient n^es de mariages Equivoques, il lui avoit suggerE un testament qui faisoit revivre leur exh^r^dation. Ge testament, a leur prejudice, appelloit Jeanne Gray k la couronne. En vertu de cet acte, auquel on avoit mis le grand sceau , cette jeune dame avoit iti proclam^e reine d'Angleterre. Mais,
DES CHfeVALIERS DE MALTE. 279
quoique Marie fut reconnue pour Catholique
tres-z^lee, les provinces, et la capitale ensuite , d^omedu. detestant cette usurpation , se d^clarerent en faveur de cette princesse avec tant d ardeur et de z^le^ que, sans combattre, et sans repandre de sang, elle se vit, en pen de jours, mattresse du royaume, et mdme de la personne de ses ennemis.
La Providence divine Fayiaint conduile, comme par la main , sur le trdne , sed premiers soins furent de lui en marquer sa reconnaissance, par le n^tablissement de la veritable religion ,.et par la reunion de ses £tats dans le sein de ) eglise. Pour lexdcution d'un aussi grand dessein, il failoit faire casser tons les actes des parlemens prec^denS| qui avoient autorisd le divorce de Henry VIU , son schisme, et, depuis sa mort, letablissement de rher^sie. L entreprise n ^toit pas sans de grandes difHcultes; les ev^ques nouveaux , si on pent donner ce nom a des intrus, les mylords-et les grands de Fl^tat, faisoient, la plupart, une profession ouverte des opinions nouvelles; et ceux qui n etoient pas infect^s de Ther^sie adh^roient au schisme, et ne vouloient pas entendre ][)arler de se remettre sous Tautorit^ du Saint-Si^ge. Les ministres de la reine lui firent ^nvisager que, pour faire r^ussir d^aussi grands projets , elle avoit besoin d'etre soutenue par un mari puissant et autoris^, et, sur- tout, qui fiit zh\6 Catholique.
On comptoit , parmi les pr^tendans^ plusieurs
28o HISTOIRE DE l'oRDRE
princes ou seigneurs Anglois et Strangers: Phi- D^OMEDit. lippe d'Autriche, jeune prince, fils unique de lempereur Charles-Quint, ^toit sur les rangs; et Targent de lempereur, son pere, avoit mis dans ses inter^ts les principaux ministres de la reine. La plupart des Catboliques Anglois souhaitoient que le choix de la reine tombat sur le cardinal Polus ou de la Poole, qui netoit que diacre, ou sur le jeune Courtenay , son cousin. Polus descendoit , par sa mire , dn due de Clarence, frere d'^douard IV; et Tayeule de Courtenay etoit fille du mime l^kiouard , et sceur de la mere de Henry VIIL
On riviroit la sagesse du cardinal Anglois, une vie sans reproche , sa science , sa capacite et sa prudence. Courtenay se distinguoit par les agremens de sa personne ; la reine se sentoit entrainer par un penchant secret que ce jeune seigneur inspiroit , sans art et sans dessein , aux personnes les plus indifFerentes. II avoit un air si noble, et tant de graces dans ses maniires, que cette princesse , toute austere qu elle etoit , ne pouvoit s empecher de le regarder avec un plaisir secret. Sa presence seule effa^oit , en un instant , tous les raisonnemens politiques de ses ministres qui setoient declares en faveur du fils de lempereur ; et il est certain que , dans les premiers mouvemens dune inclination naissante , cette princesse auroit prefer^ Courtenay au sage Polus, et meme a Philippe d*Autriche, si ce jeune seigneur , par sa dissipation et Firre-
gularit^ de sa conduite, n eut pas lui-m^me ruine "T"""^ de si favorables dispositions. II s apperqut du d*oneoes. foible que la reine avoit poor lui ; et il fut assez hardi pour laisser voir qu il I'appercevoit sans y repondre; et, au lieu de faire sa cour assiduemeot a cette princesse , il passoit des* jours entiers avec des femmes per dues, et dans des plaisirs facileset honteux.
A une vie si dissipe^e, succeda son attachement pour la princesse Iillisabeth ; il en devint eperduement amoureux; et il laimoit avec toute 1 ardeur et la bonne foi d^un jeune homme qui aime pour la premiere fois. Plusieurs ont cru quil en etoit aime , quoique la suite ait fait voir que les sentimens de cette habile princesse n'^toient pas tant Famour qu un interet daihbition quelle conduisoit avec art, et pour sefaire (les partisans et des creatures. Peutr^tre m^me quun motif de vanity, si ordinaire dans les per^ sonnes de son age , et le plaisir secret denlever, jusques sur le trone, un amant a sa soeur, lui fit recevoir, avec plus de complaisance , les voeux dun jeune seigneur, auquel il sembloit que, par emulation , toutes les femmes de la Cour cherchassent a plaire. Quoi qu il en soit , la liaison de Courtenay avec la princesse devint bient6t publique : il sacrifia la reine avec autant d'imprudence que d amour. Cette princesse fut assez foible pour sentir cette preference avec une jalousie, iadigite de son 6ge et de son rang; et, quoique sans agr6ment , et mSme plu3 ag6e de
a83 HISTOIRE DE L*ORDRE
djx-neuf ans qu £lisabech , elle regarda comme D*OMtMt une injustice la preference que lui donnoit Courtenay.
Antoine , seigneur de Noailles , residoit alors auprcs de la reine en qualite d ambassadeur de Henry II , et il avoit succcde , dans cet emploi, a Claude Laval de Bois-Daufin , de la Maison de Montmorency, son cousin. Ce ministre penetra la disgrace de Courtenay, avant meme qu 11 sen apper^ut. II n oublia rien pour Teclairer sur ses vcritables interets ; mais il avoit afiBeure a uq jeune homme qui nen connoissoit point dautrcs que ceux de son amour. Le feu et remportement de sa passion lui cachoient Teclat dune couronne; et, tant quil fut agite de cette frenesie , il auroit pr^fei*e la possession d'Elisabeth a tous les trones de la Cbretiente.
II etoit assez indifferent, pour la France, que la reine lepousat, ou Polus : Imteret de Henry U consistoit uniquement a traverser le manage de cette princesse avec le fits de lempereur. Son ambassadeur repr^entoit continuellement aux principaux seigneurs Anglois, que, par cette alliance, ils sexposoient a voir leur royaume devenir province d'Espagne, Tinquisition sy etablir ensuite, et les assemblees du parlement abolies , ou du moins suspendues , et degenerer, a la fin , en pure c^r6monie. Les Anglois , et sur-tout les Protestans , sentoient bien tout ce qu'ils avoient a craindre de cette alliance. La reine. re^ut , a ce sujet I plusieurs adresses et difS^rentes requetes :
DES CHEVALIERS DE MAtTE. 283
i) y eut meme quelque soul^vevnent daos les proviaces ; mais Fargent de Fempereur, et Vhabilete d'Omedes des ministres de la reiae, surmonterenttous ces obstacles. Cette princesse epousa Philippe d'Au-triche : un point important manquoit a la satisfaction de Tempereur. Ce n etoit pas assez que le prince, son fils, eut Spouse la reine, il falloit encore en faire un roi d*Angleterre , et qu'il fut couronne en cette qualite. Cette cer^monie, si essentielle pour lautorite souveraine, dependoit du parlement ; mais il n etoit pas ais^ de disposer de ces grandes assemblees , oil la liberte et Fint^ret de la nation triomphent souvent de la majest^ du souverain. Ceux qui avoientfait paroi-^ tre le plus d'doignement pour le mariage de la reine, et ceux m6mes qui, par complaisance, I'avoient favorise, jalbux de la liberty de la nation , se reunirent en cette occasion. L'ambassadeur de France , du fond de son Palais , conduisoit tous les mouvemens de ce parti. Pendant que toute la Cour etoit Espagnole, il avoit sqn rendre le parlement Franqais ; et , par ses soins etson habilet6, Philippe, sans pouvoir parvenir au titi^ de roi d'Angleterre , fut r^duit a la seule qualite de mari d'une reine bien plus agee que lui, et sans aucun agr^ment. Cette princesse ne - ,554. laissa pas de tirer des avantages considerables ^^ j^'^c^de cette alliance. La part qu un prince aussi puissant et aussi redoutable que Fempereur prit dans les affaires du gouvernement , facilita Fexe* cut ion de tous les desseins de la reine ^ du con-
28j UISTOIRE DE l'oADRE
sentement tlu parlenieDt,rheresie fiit proscritp, dOmcdcs. ct le culte de la veritable religion retabli. Polus, i*evetu de la dignite et des pouvoirs de legat da Pape Jules III y eteignit, depuis, le schisme, mais sans oser exiger ni penitence , ni restitution des biens ecclcsiastiques : il fallut d'abord pardonner, sans condition , des fautes qu il eut ete dangereux de vouloir punir. On se contenta des fieres satisfactions des Anglois , qui regurent ies graces du Saint -Siege avec une indifference qui faisoit bien voir que le corps de la nation ne Ies avoit pas recherchies.
On remit a des conjectures plus favorables le projet d arracher, des mains des Pro testa ns^tous ces grands biens de leglise dont ils s*etoient empares. La reine, par le conseil de Polus , etpour donner Texemple a ses sujets d'une pareille restitution , declara que sa conscience ne lui permettoit pas de tenir plus long-terns Ies biens de feglise que le feu roi , son pcre , avoit reunis a son domaine ; die s en depouilla sur-le-champ , et Ies remit a leurs titulaires.
Ce fut le sujet du voyage que fit , a Malte, le capitaine Hosmadan. On jugera aisement combien tout FOrdre, et sur-tout Ies chevaliers Anglois , furent sensibles a une nou velle aussi agreable. Le Grand-Maitre et le Conseil ecrivirent a la reine, pour la remercier de la justice quellerendoit a leur religion ; et le commandeur de Montferrat fut envoye en Angleterre pour travailler a cette grande affaire , de concert avec Ies nu-
nistres. L'Ordre , a Tarrivee du commandeur , — — renira sans peine dans ses biens ; et ce chevalier, d*Ohf.des aiitoris^ par le Grand-Maitre et le Conseil , pour marquer leur reconnoissance a la reine , conf^ra le prieure de Saint-Jean , avec le tttre de {];randcroix , au chevalier Richard Sceley , un des sei- , gneurs Anglois qui etoitle mieux dans lesprit de cette princesse , et qui avoit eur beaucoup de part dans cette negociation. Jacques Sceley, son frere, a sa consideration , obtint une autre commanderie. On donna celle de Munigton au chevalier Olivier StarqueK , pour honorer, en sa personne, les sciences et les belles-lettres oil il avoit fait de grands progres; et, a la recommandation de lempereur, dont lautorite, depuis le mariage de son fils, influoit beaucoup dans les conseils, on confera le titre de bailli de TAigle , au commandeur Fulster : ce Majorquin de la langue d'Arr^gon, dont nous avons parle, dans le Livre precedent , au sujet de la perte de Tripoli, et du proces qui fut intente au commandeur Vallier , grand marechal de TOrdre.
Le Grand- Maltre d'Omedes ne vit point Fen- ^ tiere consommation de cette grande affaire. II 1553. ^toit mort des le commencement de septembre de Tannic prec^dente : seigneur qui , au si^ge de Rhodes , avoit fait preuve de sa valeur ; d ailleurs pieux , et qui affectoit un grand air de r^forme et de devotion; mais imp^rieux, vindicatif, avare , et qui , pour enrichir sa famille , ruina la religion par la disposition qu'il avoit faite ,
a86 BiSTOiRE DE l'ordbe
. de son vivant, en fraude de la loi, et contre les rOMsuea. statuU de TOrdre. Sa depouille fut r^duite a si peu de chose, que plusieurs chevaliers , indigoes de voir qu il eut detourn^ les principaux etitts de sa succession en faveur de ses neveux , proposerent de leur laisser le soin de ses ftinerailles ; mais les seigneurs du Conseil rejett^rent cette proposition comme indigne de la gcnerosite et de la grandeur de TOrdre. Les obsec]ues se firent, a Tordinaire, aux d^pens de la religion, et avec une magnificence plus convenable a sa dignite qu au merite de sa personne.
Peu de jours apr^s son dec^s, on assembla le Chapitre pour lui donner un successeur. Le prieur de Capoue paroissoit avoir des pretentions bien fondles pour cette election. Cetoit, depuis longtemps, Tobjet de ses desirs; et, pour y parvenir, il avoit gagne plusieurs des electeurs. Ses partisans, ^tant renfermes dans le conclave, firent valoir son courage , sa valeur et son expericDce dans le commandement des armces. Mais Gagion ou Gagnon, grand-conservateur, et un des principaux electeurs, prenant la parole : ^Si, u dans le choix que nous sommes obliges de « faire, dit-il aux Commissaires, il netoit questf tion que d'dlire un grand Capitaine, je ne crois upas que nous puissions, avec justice > refu.^er « nos suffrages au prieur de Capoue ; inais il sV « git , aujourdhui , de donner a tout TOrdre, « non-seulement un chef plein de valeur, mais « encore un p^re commun, sans esprit de parti,
« ^galement attentif k conserver a la religion la
u bienveillance de tous les princes Chretiens, et u'Ombdes.
«qui iviie sur-tout, avec {^rand soin, dembar-
M rasser TOrdre dans leiirs diffi^rends; et cest ce
« que je n ose esp^rer du prieur de Gapouc. Vous
«s<;avcz, ajouta^t-il, sa passion pour la liberty
» desa pa trie , et dont Philippe Strozzi, son p^re,
« a eti la premidre victime : si nous le mettons a
« notre t£te, et qu il se voye maltre de nos vais*
"seauk et de nos fralhre^^ qui doute, quoique
(<8ous dautres prdtextes^ qui! ne tourne toutes
«les forces de la religion contre les M^dicis, et'
«que, pour venger la mort de son p^re, il nat-
«taque leurs flottes, et quil ne'porte mc^mc le
ttfer et le feu le long des c6te8 de la Toscane?
«Et, pour lors, lempereur, qui regardela for-
« tune et I'^l^vatiou des MediciS comme son ou-
«vrage, ne manquera pas de nous rcndre res-
''ponsables des entreprises du Grand-Mattre.
^Cosme, lui-m^me , le chef de cette Maison,
"prince si habile, pour se venger, et pour faire
» diversion, sqaura bien nous susciter des cnne*
« mis parmi les polenta ts dltalie,ses allids; et qui
«s^ait si ce nouveau souverain, qui passe pour
*^ ieplus grand politique de son si^cle, et qui a
« des relations et des intelligences jusqu a Con«»
»stantinople, natiirera pas les armesdu Grand-
« Seigneur contre Malte? Et , si , une fdis, nous
ttnous rendons suspects et odieux k Tempe-
*<re«r, mattre des royaumes de Naples et de"^
«fSicile, d'ou pourrons - nous , si nous soniines
- de
«.sta pc de dc .-. .-•- " "
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