‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 3)Chapitre 18 sur 47 · S, II · texte numérisé non relu

S, II

i.4mD.

l6i UISTOinE DE LORDRE

■ Braadao , attaquent le vaisseau Amiral. Sainte- Laicaiiii ('l>aldedque et Saint-Antoine , cominaadës par CàTTiP fi^^ Barthélemi Galiley , et frère François Talbuet, s'attachent au Vice-Amiral. Le combat esl sanglant , et les ji^fidèles se défendent avec beaucoup de courage.

Il y a voit, dans cette petite flotte, quatre cent cinquante soIdatsTurcs, commandés par Ibrahim Rais, dit la Bécasse, renégat de Marseille, quiavoit servi long-tems de pilote sur les vaisseaux de la religion, et dont la femme et les enfansétoient encore à Malte. Mais, ayant été pris parles Tripolitains^ Use fit Mahométan, prit parti dans les armemens des infidèles , et , par sa valeur et sa capacité, parvint à la charge d amiral. Châteauneuf , qui commandoic le Saint-Pierre , s attacha à le combattre ; et Marcel de Chàteauneuf , frère du commandant, étant monté le premier à Tabordage, suivi d'un bon nombre de chevaliers , entre dans le vaisseau , le sabre à la main, fait main- basse sur les soldats Turcs , prend la Bécasse, le traîne et le conduit à Galéan de Chàteauneuf^ son frère , auquel il avoit autrefois servi de pilote. Les autres comniandans n eurent pas un succès moins favorable : toute cette. petite flotte fut prise, sans qu'il en échappât un seul ^bâtiment. On fit trois cent douze esclaves ; et le général des galères rentra victorieux dans le port de Malte, avec vingt vaisseaux ou bàtimens, chargés d'un riche butin. La religion perdit plusieurs chevaliers, des plus braves, dans ce combat.

LASD.

DES CHEVALIERS DE MALTE. l63

eiïtr autres frère Denis de Viontessancourt, frère ^

Beroard Perrot de Malmaison , frère David San* Lascaru boJin , novice , et frère Nicolas de Biencourt , ^tt^^ servant -d armes, tous de la langue de France; frère François Isnard , frère Ange Piccolomini , et frère Philibert Gattinare , de la langue dlta* lie ; frère Alphonse Garzez de Marcilli , novice Arragonois , et frère Gaspard de Sousa , Portu^ gais. Les blessés furent encore en plus grarid nombre parmi des chevaliers qui ne sçavoient ce que c'étoit que de ménager leur vi«.

Balagut y évèque de Malte , pour grossir son clergé, donne la tonsure et les quatre mineurs à tous les jeunes garçons de Fisle de Malte qui ^ présentent. Ces nouveaux ecclésiastiques , à la faveur d une couronne , se dispensent de parottre dans les compagnies où ils étoient enrôlés , et de faire la guerre à leur tour, et les autres fonctions militaires auxquelles le Grand -Maitre et le Conseil avoient assujetti les habitans. Le roi d'Espagne et le Papd Urbain VIII hlâment cette conduite de Jévèque ; et les prétendus clercs sont condamnés à porter Thabit, la couronne, et à faire, à Téglise, les fonctions de cet état, autant qu il en sera besoin; et ils ordonnent que ceux qui seront pris sans Thabit clérical , seront obligés de faire la garde comme les autres habitans séculiers.

Le Pape Urbain VIII , peu favorable à l'Ordre, et qui sembloit avoir entrepris den renverser le gouvernement, sans consulter le Grand-Mattré>

t64 HISTOIRE DK LORORB

■ ' accorde, aux anciens commandeurs, la permis-

LiscARu sion de tester : ce qui ruine entièrement le tré ^*«^*" sor commun de l'Ordre , qui se voit, parla, privé de leurs dépouilles.

Seize (j^alères d'Alger se joignent dans le dessein de faire une descente dans la Marche d'Ancône , et de piller le riche trésor de Notre-Dame de Lorette. I^ nohle Capello, général de larmée des Vénitiens , les rencontre et les poursuit : ils se réfugient dans le port de la Valone , qui ap Amurat partenoit au Grand-Seigneur. IjC général Vénitien les y brûle , sans respect pour leur asyle : ce qui attira la colère et les menaces du Grand-Seigneur, quon nappaisa quà force d argent.

1639. Quelques chevaliers , qui ne faisoien t que sortir de page , dans les jours de carnaval , se masquent sous rhahit de Jésuites : ces pères portent leurs plaintes à Lascaris , qui fait arrêter quelques-uns de ces jeunes -gens. Ijcurs camarades enfoncent la porte de la prison , et les délivrent. Ils vont tous au collège , jettent les meubles par les fenêtres , et forcent le Grand-Mattre à consentir qu ils soyent transportés hors de Tisle. Onze Jésuites furent embarqués ; quatre seulement , cachés dans la Cité de la Valette , y restèi*ent. Le Conseil et les grands-croix ne parurent pas trop fâchés de lexil de ces pères, qui, à leur préjudice, étoient en possession de gouverner les Grands- ^ Mat très.

Fondation de deux commanderies : celle de Nardo, par Louis-Antoine de Massa, pour la

Paui,

DES ClJiETALlERS DE MALTE. l65

langue dltalie ; celle de Mlce par le Grand-Mattre,

pour la langue de Provence. lÂscaris

Le prince de Hesse - d^Armstad , général des 'C^"«galères, prend six vaisseaux des corsaires dans le port de la Goulette.

Année fatale à la religion parla continuation 1640. de la guerre entre les princes Chrétiens. Il y avoit vingt ans que le trésor commun n avoit touché un écu de TAUemagne. La plupart des coraroan- 4eries de France et dltalie étoient ruinées ; le change, fort cher; ensorte que d'un écu, qui revenoit à treize ou quatorze tarins , à peine en pouvoit-on tirer onze: ce qui avoit obligé le Grand -Maître et le Conseil , pour continuer les fortifications de Tisle , de prendre , à la banque de Gènes , et à intérêts , cent mille ducats.

Nouveaux inciden's ayéc les Vénitiens, qui, à 164». leur ordinaire , font mettre en séquestre les biens de la religion.

Uladislas IV, roi de Pologne, écrit auGrand- Maitre , et prétend que les commanderies de Bohême doivent être communes aux chevaliers de Pologne , comme à ceux de Bohème , les deux prieurés étant de la m^me langue.

Guerre des Barberins contre le duc de Parme, 1649. auquel , sous prétexte de ses dettes , ils vouloient enlever le duché de Castro.

Urbain VIII, ayant découvert qull sétoit for- ,6^3. mé une ligue entre plusieurs souverains dltalie, pour 1 empêcher denvahir les États du duc de Parme , demande au Grand-Maitre qu on lui en-

PArt

166 H18T0IBE DE l'oRDRE

Toye les galères de la relif[ion : à quoi on obéit LÂtcARit aussitôt. Mais les princes alliés, pour s en venger, Ckvn- f^i^i saisir, dans leurs États, tous les biens de rOrdre; et on n'en put avoir la main-levée , qaVo leur faisant voir qu on avoit été contraint de déférer aux ordres du Pape, )e premier supérieur de la reli(|[ton ; mais que les chefs et les commandeurs des (j^alères avoient des ordres secrets de se tenir sur la défensive, selon lesprit de rOrdre, qui avoit toujours respecté le pavHloD de tous les princes Chrétiens.

1644. Action mémorable du général Boisbandran , qui sexpose à être enveloppé par huit galères de corsaires, plutôt que den abandonner une de la religion, qui, ayant une chionrme foible, n avoit pu le suivre.

La saison étant encore favorable ponr tenir la mer, le Grand-Maitre renvoya les galères en course. Ijc 28 de septembre, les chevaliers découvrirent, à soixante et dix milles de Rhodes, un vaisseau sous lèvent, qui n'étoit éloigné que de quatre milles. La capitane s en étant trouvée la plus proche, commen<^a par lui donner la chasse : le Saint-Jean et le Saint-Josepb le joignirent bientôt ; et , voyant qu'il se préparoit à une vigoureuse défense , et qu'il faisoit un grand feu avec son canon et sa mousquetcrie, les chevaliers Fabordent, larrètent avec leurs grapins, et, le sabre à la main, forcent les infidèles à mettre les armes bas et à se rendre.

Trois autres galères, à sçavoir le Saint- Lau*

LARO.

rent , commandé par Raphaël Cotoner ; la Sainte^

Marie, par le chevalier de Piancoqr; et la Vie- LAscàms ,toire, par le chevalier Noël de Villegagnon- Caste- Chamfopest, reiticontrent un grand galion, qui, pour attirer les chevaliers , dissimule ses forces y et ne laisse point paroitre son artillerie.

La Sainte -Marie, qui avoit sa chiourme en meilleur état , eut hientôt précédé les deux autres ; et , sans considérer la disproportion d'une seule gajère contre un si grand vaisseau , le chevalier de Piancour, qui la commandoit , fut droit à labordage. Les autres galères s avancent à son secours. Après un combat de sept heures , les infidèles, qui avoient vu tuer leur capitaine et leurs principaux officiers , se rendirent. La reli-^ gîon y perdit neuf chevaliers ; Boisbaudran , le f;énéral ; PiancoUr, capitaine de la Sainte-Marié ; le chevalier Camille Scotti ; frère Sébastien Bertonmonbai ; Charles Morans de Saint - Marc ; frères , Robert et Nicolas de Bouflers; et frère Etienne d'Alègre, tous chevaliers novices; et frère Scverin Ricard , Allemand , frère servantd'armes. Il y en eut un bien plus grand nombre de blessés. Les Turcs perdirent six cents bemmes; et on fit, sur eux, un grand nombre de prisonniers , en tr autres une dame du sérail , qui , par dévotion , s en alloit à la Mecque avec un jeune enfant , qu'on disoit fils du Grand-Seigneur Ibrahim, et qui entra, depuis, dans TOrdre de Saint -Dominique, où il porta le nom de Père Ottoman. Le butin fut d'un grand prix, et servit

l6H HISTOIRE DE LORDRE

à dédommager le commun trésor des dépenses

L^KAsit que la religion faisoit pour ces armemens.

^tARiD ' Ibrahim , ayant appris la perte de son grand

1645. 6^'^^° > enlevé avec toutes les richesses dont il

étoit chaîné, envoyé un hérault déclarer la guerre

au Graod-Mattre ei à TOrdre.

On travaille , avec soin , a mettre les forces de la religion en état de résister à la puissance formidable du Grand -Seigneur. On envoyé chercher, de tous côtés, du secours et des munitions de guerre et de bouche. Belle action , et à jamais mémorable, de Loub, Vicomte d Arpajon , seigneur de la première qualité, et de la haute noblesse du royaume de , France , qui fait prendre les armes à tous ses vassaux, lève deux mille hommes à ses dépens , charge plusieurs vaisseaux de munitions de guerre et de bouche, e^, accom* pagné de plusieurs gentilshommes de ses parens et de ses amis, met à ta voile, se rend à Malte, et présente au Grand-Maitre un ^cours si considérable , qu il n eut osé en espérer un semblable de plusieurs souverains. Le Grand - Maître ne crut pouvoir mieux reconnoitre un service si important , qu en lui déférant le généralat des armées, avec le pouvoir de se choisir, lui-même, trois lieutenaos - généraux pour commander, sous ses ordres , dans les endroits oii il ne pourroit se transporter.

Il se trouva que la guerre dont le Turc menaçoit Malte, netoit quune fausse alarme : il s attacha à Fisle de Candie, assiégea et prit la

Toutes ses forces , tant de terre que^de mer, de "r;

puissantes flottes et des armées considérables, Lascaru fondirent dans cette isle. Malte, délivrée de lef- ^^^JJ^' fort de leurs armes , envoyé son escadre au secours des assiégés. Le Vicomte d'Arpajon prend congé du Grand-Maitre. Ce prince , de Tavis du Conseil, pour reconnottre le secours important quil lui avoit conduit, par une bulle expresse, lui donne la permission , pour lui et pour son fils atné, de porter la croix d'or de TOrdre; qu un de ses cadets, ou de ses descendans, seroit reçu de minorité, quitte et franc des droits de passage; qu après sa profession il seroit honoré de la grande-croix ; que les chefs et les atnés de leur Maison pourrôient porter la croix dans leur écu et dans leurs armes. Le même privilège fut encore accordé aux deux frères Gisles et Jean- François de Fay, comtes de Maulevrier, de la province de Normandie, et au seigneur François BoUo , Napolitain , qui avoient amené , au secours de Malte, un bon nombre de soldats, qui}s avoient levés à leurs dépens.

Le Pape , éc la prière des ministres d'Espagne , iGi;. demande , au Grand-Maitre , la grande-croix en faveur de dom Philippe, fils du roi de Tunis, qui s'étoit fait Chrétien. Le Conseil s'y oppose hau-. tement, par la répugnance *de voir un Maure, dont la conversion étoit fort équivoque, remplir une des premières dignités de la religion.

Frère Jay, maréchal de TOrdre, est nommé général des galères; mais il refuse cet emploi,

170 U18T01RE DE LORDBE

^~*^~ fondé sur ce que la dignité de maréchal lui don* LâJCAftit Doit le droit de commander par mer comme par Caitis- lerre. Et^s'étant, depuis, embarqué pour aller joindre la flotte Vénitienne, il Kt rencontre, dans le canal de Mcdte, et proche le Cap Passaro, d^un corsaire d*Alger : il en fallut venir aux mains ; et, dans le combat, le maréchal reçut un coup de mousquet dont il mourut.

Mazaniel excite une furieuse sédition dans Naples.

Aventures de Jacaya , prince vrai ou faux du sang Ottoman ; ses lettres au Grand -Maître.

I^e cardinal Maurice de Savoye, veut engager rOrflre à se déclarer en faveur de ce prince équivoque. IjC Grand-Mattre s en dispense sur ce que pour faire, dit-il, réussir les desseins de ce Turc, et faire valoir ses prétendus droits au trône de Constantinople , il a besoin que les plus grands princes de TEurope entrent dans ce projet.

liC Pape Innocent X, au préjudice des privilèges de rOrdre, confère la commanderie de Parme au jeune Maldachino, neveu de dona Olimpia , belle-sœur du Saint Père* L'Ordre envoyé des ambassadeurs à tous les pfinces Chrétiens pour se plaindre de cette injustice , et pour leur représenter que la religion ne pourroit pas continuer ses arméniens contre les infidèles, si on la privoit de ses meilleures commanderies.

Mort du chevalier de Guise, tué en voulant essayer un canon.

Les traités de Munster et d'Osnabruk enlèvent

un fifrand nombre de commanderies en faveur ^

Paul

des princes protestans d'Allemagne. Lascabis

Famine dans l'isle de Malte. Cinq-Mars , corn- Castsmandant la g;alère de Saint-François, rencontre ^^/g un vaisseau Flamand , chargé de deux mille sommes de bled qu il venoit d acheter dans la Pouille; et, sur le refus que faisoit le marchand de revendre ee bled an Grand-Maître , il survint une tempête qui Tobligea de se réfugier dans le port de Malte /oii il déchargea son grain, au grand contentement du peuple.

Les galères de la religion , après avoir couru ,

les mers du Levant , reviennent dans le port de Messine. Les magistrats, craignanf que ces galères, en retournant à Malte, ne s'emparassent des vaisseaux marchands, qui se trouveroient sur leur route , chargés de grains , arrêtent , comme par forme d'otage, la galère Saint- Joseph, commandée par dom Jean de Bichi, capitaine de la langue d'Italie, et laissent sortir de leur port le» trois autres galères, commandées par trois capitaines de la langue de France. Ces officiers rendent au Grand-Maître une lettre des magistrats de Messine, par laquelle ils lui marquent qu'ils n'ont arrêté la galère Saint-Joseph, que p#ur s'en servir contre le soulèvement du peuple , qui souffroit beauco^ip de la disette des grains. Le Grand -Maître leur répond qu'il veut bien être persuadé que, par cet arrêt, si injurieux à l'Ordre, ils n'ont point eu intention de Foffcnser; mais qu'ils font un grand tort au

17a HISTOIRE DE LORDRB

ChristianUme , en empêchant que ces galères ne UscAftit retournent , en Candie, au secours des Vénitiens. ^^^^^' Cependant le Grand-Mattre envoyé , dans le port de Sarragosse , charger des grains , dont les magistrats de cette ville veulent bien accommoder la i*eligion.

La famine augmente à Malte: le pain de froment manque jusques dans Tinfirmerie. Les chevaliers sont réduits au pain d orge. On envoyé , de tous côtés , chercher des grains ; mais on défend aux commandans des vaisseaux de la religion de toucher aux ports de Messine et de Palerme.

1648. Le Grand -Seigneur Ibrahim est étranglé par une révolte de janissaires; et on met, en sa place, Mahomet IV, son fils aine.

Cassein, général des Turcs, malgré les révolutions arrivées dans cet empire, continue vivement la guerre en Candie.

Grande dispute, agitée à la Cour de Rome, entre le Grand-Mattre et Imbroll , prieur de Té* glise. Ce prieur, homme séditieux, prétendoit pouvoir, de son autorité, et sans la participation du Grand-Maitre, convoquer une assemblée des frères chapelains; comme si ces frères servans deglise, et lui-même n eussent poiat <l(v pendu du Grand-Maître. Le second chef de leur dispute venoit de ce que ce prieur ppétendoit qu il n appartenoit qu à lui de visiter les religieuses de rOrdre , et de leur assigner des confesseurs, indépendamment du Grand-Maitre. Il s agissoit

de faire confirmer, par le Pape, les deux volu- ""T

mes des statuts de la religion, compilés par ce Lascaris prieur ; et il éloit soupçonné de les avoir ajustés Gastbà ses vues secrettes, au pi'éjudice de lautorité suprême et légitime des supérieurs de la religion.

Bataille de Foggia, à Fembouchure des Dar- 1^49. danelles , dans laquelle les Vénitiens défirent les Turcs, leur prirent et leur brûlèrent plusieurs vaisseaux.

Continuation du siège de Candie, défendue par Mocegino, capitaine - général', Morosino , provéditeur, le commandant des armes, et le commandeur Balbiano , général des galères de Malte, qui, à cause de sa grande expérience, étoit appelle dans tous les Conseils. Il étoit question, alors, dune demi -lune au bastion de Bethléem, dont les Turcs s'étoient emparés, et cette prise pouvoit avoir de grandes conséquences pour le reste de la place. On agita cette affaire dans le Conseil. Le commandeur Balbiano s'offrit de reprendre cet ouvrage. Pour y réussir, il se mit à la tète de trente chevaliers et de cent des plus braves soldats de la capitane , commandés par le chevalier de Sales, neveu du saint évèque de Genève, connu sous le nom de S^int- François de Sales. L attaque commence la nuit: . les chevaliers, à la faveur des ténèbres, montent sur le haut de la demi -lune, tuent tout ce qui s'oppose à leur chemin. Les Turcs, surpris, se réveillent, font ferme, se défendent, d abord, avec assez de vigueur; mais, n'étant pas en assez

f74 niSTOlRB DE L*OaDBE

• graod nombre pour rcsUter aux chevaliers, la UiciMs plupart prennent la fuite, sautent par- dessus le

parapet, et abandonnent la demi-lune.

I^e général Turc leur fait de grands reproches de leur lâcheté ; et , pour en effacer la honte , iU reviennent , le lendemain matin , en plus grand nombre. Cassein , pour faciliter leur entreprise , fait mettre le feu à un fourneau qui £t saater plusieurs chevaliers, et entr autres celui de Saks: ce chevalier retombe dans la mine, jusquà la ceinture.Ayant été déterré , si Ion peut se servir de cette expression , il perfectionne le logement, et fait perdre aux Turcs lenvie de renouvel/er lattaque.

. Malgré la pauvreté du trésor commun , et une cruelle famine, qui avoit désolé Iule de Malte, le Grand-Mattre fait construire le fort de Sainte* Agathe, sur la côte de la Melecca, quil fournit d armes, de vivres, et d'une bonne troupe de chevaliers, pour s opposer aux descentes des cor* saires de ce côtc-là.

i65o: I^es gouverneurs de Sicile, non contens dV voir refusé , à TOrdre , la traite des grains , pour Tisle de Malte, refusent encore, à la religion, de pouvoir faire faire du biscuit, pour ses galères, sous prétexte quune pareille provision ne pouvoit manquer de porter préjudice aux sujets de sa Majesté Catholique. Le Grand* Maître envoyé un ambassadeur à Dom Juan d'Autriche, qui, par son autorité, lève tous ces obstacles.

Établissement d'une bibliothèque dans Malte,

avec un règlement qui porte , que tous les li* lasoarii vres , qui se ti'ouveroient dans la dépouille des ^**^«chevaliers ne seroient point vendus, comme leurs autres effets, mais quils seroient transportés à Malte,

Le mécontentement des ministres du roi d*Es^ pagpe, en Sicile, se renouvelle, contre la religion , à cause des prises continuelles que faiscûent les vaisseaux Français sur ceux de Sicile et d'Espagne; et que la plupart de ces vaisseaux Français étoient commandés par des chevaliers de la même nation: ce qui empêche les galères de la religion de tirer aucune provision de la Sicile.

* Différentes prises faites , proche le Cap - Bon , i65 1 . par les galères de la religion , et , entr autres , d'un vaisseau Anglois 1 chargé pour le compte des infidèles. On y fit jusqua trepte-déux prisonniers, du nombre desquels étoit Méhémet Binthesi , fils du roi de Maroc et de Fez , jeune homme âgé de vingt et un ans. Au retour de cette course , les galères de FOrdre et celles du Pape joignent la flotte des Vénitiens.

Les ministres et les commandans Espagnols dans la Sicile, irrités, de plus en plus, des prises continuelles que faisoientdes vaisseaux Français, commandés, la plupart, par des chevaliers de cette nation , ordonnent le séquestre de tous les biens que rOrdre possédoit dans ce royaume, avec défense de fournir , pour Malte , aucune pro vi-

176 eiStOtRE DE L^OllDftE

■ sion , ni d en souffrir les vaisseaux dans les port»

Lamubu ue lisie.

^***»" Le Grand-Mattre et le Conseil , surpris de ces ordres si rigoureux , tâchent d adoucir Fesprit du roi d^Espagne, et font défense à tous les chevaliers de se trouver dans les arméniens qoi se feroient contre des princes Chrétiens; et lesagens deTOrdre à la Cour de France renouvellent leurs instances à ce que les vaisseaux Français ne viennent point attaquer les vaisseaux Espagnols dans le canal de Malte , et proche les côtes de la Sicile. On ajouta , à Malte, des ordres très-précis a tous les commandans dans les ports, d en éloigner les armateurs , et de ne les pas soufirir dans les ports de la religion , comme il arriva, depuis, au chevalier de la Carte, qui, après un rude combat, dans le travers du Goze, s étant présenté à la cale de Marza - Siroco , fut obligé, par des batteries qu on y avoit dressées , de s en éloigner : ce qui étant parvenu à la connoissanoe de doro Juan d'Autriche, généralissime du roi d'Espagne, il leva le séquestre, et rétablit la liberté du commerce entre Malte et la Sicile

La chiourme des galères de Malte étant fort affoiblie^ depuis tant de voyages qu il avoit fallu faire en Candie, le Pape, instruit de la peine que rOrdre avoit de se remettre en mer, fit présent, au Grand-Maitre, de deux cent cinquante forçats.

i65a. On construit à Malte une septième galère.

La religion lait , dans l'Amérique , lacquisi-

tion de Tisle de Saint-Christophe ; ce fut au che- "

valier de Poinsy que FOrdre en fut redevable. Il Lascaru commandoit dans cette isle , dont une conipa- ^^11' gnie de marchands Français étoit propriétaire ^ sous ]a protection de la couronne de France. Ce commandant y avoit fait construire un château fortifié en forme de citadelle ; et il avoit plusieurs vaisseaux pour la défense de Tisle contre les entreprises des corsaires. Ses ennemis,. redoutant sa puissance, conspirent de le faire périr, ou, <îhi moins, de le chasser de son gouvernement. Notre chevalier^ instruit de leurs mauvais desseins, en écrit au Grand-Maitre, et lui mande que sa dépouille étoit très-considérable; mais que, s^il mouroit dans cette isle, cette compagnie de marchands, ou ses propres ennemis, s en empareroient ; qu ainsi il demaiïdoit qu on lui envoyât un ou. deux chevaliers, pour le remplacer s^il venoit à mourir, afin que sa succession ne fût point perdue pour TOrdre. Lasc^is renvoya la connoissance de cette affaire à frère Charles Huault de Montigni, receveur du prieuré de France , avec une commission expresse , en qualité de procureur-général de FOrdre, de se transporter dans les isles de TAmérique qui relevoient de la couronne de France, et avec le pouvoir de se choisir un autre chevalier pour raccompagner dans ce voyage , et pour le remplacer s'il venoit à mourir. y

Le Grand-Mattre ne s en tint pas là : mais, étant assuré de la bonne volonté du chevalier

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