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fjH HlSTOIItE DE l/ORDBE
de Poincy, qui n*af;i:>soit, dans toute cette afiaire, f.44C4Mit que pour le bien de FOrdre, il s adressa au bailli
CàSTK. ^^ Souvré, son ambassadeur auprès du roi Très- Chrétien ; et il le cbargea de travailler a obtenir
\ de ce prince deux articles qui lui paroissoient
très-importans: le premier étoit de contenir, par son autorité royale , les entreprises du sieur de Patrocles de Thoissi , chef du parti opposé au commandeur de Poincy, et son ennemi capital ; lautre article consistoit à requérir les droits des propriétaires de Tisle, et de tacher, en mêmetems, dy faire comprendre les isles de Guadaloupe et de la Martinique , et autres isles toisines.
Cette né(;ociation fut conduite, avec toute rhabileté possible, par le bailli de Souvré; et risle de Saint-Christophe fut vendue à TOrdre par contrat passé à Paris, et ratifié à Malte. Cette cession se fit à deux conditions: la première, que lOrdre s'obligeoit de payer , aux babitans de Tisle , tout ce que la compagnie desm archands propriétaires leur pouvoit devoir; là seconde, qu'il donneroit, aux vendeurs, une somme de cent siuç^t mille livres tournois. Dans ce marché, on comprit non-seulement la propriété et la seifjneurie de Tisle de Saint -Christophe, et des petites isles voisines , comme Saint-Barthélemi, Saint- Martin, Sainte -Croix et quelques autres; mais encore les habitations, terres, esclaves noirs, marchandises, munitions et provisions : ce qui fut , depuis , confirmé par les let-
très patentes du roi Louis XIV , expédiées à Pa- ' ris, au mois de mars i653. Après cette acqui- Lascaru sition, le Grand - Maître nomma le chevalier ^^*^^' de Sales pour aider, de ses conseils, le bailli de Poincy, qui se trouvoit dans un âge fort avancé, et qui mourut peu de tems après. Mais la dé- Houille de ce chevalier, bien loin d enrichir TOr- ^dre, ne se trouva consister quen dettes passives, qu'il a voit contractées pour se soutenir dans son gouvernement.
Les galères de la religion joignent la flotte i653. Vénitienne, et |)rennent la route de Candie.
Des maladies contagieuses font périr une partie 'des soldats de la chiourme de lescadre de rOrdre : le général la ramène fort affoiblie. Au milieu du canal de Maltje, il rencontre trois vaisseaux de Tripoli : oni se canonne de part et d autre. Le général Maltois , ne se trouvant pas assez bien armé pour en venir à Tabordage, envoyé, à Malte , demander du secours. Malgré tous les murmures du couvent , qui disoit que ce général manquoit plutôt de courage que de forces, et que cetoit la première fois que les galères de la religion eussent passé une journéç entière à canonner des vaisseaux ennemis sans venir à Tabordage , le Grand-Mattre fait partir un bon nombre de galères, montées chacune par dix chevaliers , avec beaucoup de soldats , d'esclaves et de forçats. Mais, pendant la nuit, il sétoit élevé un vent favorable aux infidèles qui en profitèrent , et mirent à la voile ; ensorte
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'''"^^* que , le lendemain au malin , quand on se dis* Lascaui posa à les attaquer, on sapperçut de leur re-
Caite- traite, sans pouvoir reconnoitre de quel côté ils avoient tourné : 1 escadre fut obligée de rentrer dans le port de Malte , au grand déplaisir de Lascaris, qui saltendoit à voir rentrer son petitneveu, commandant de lescadre, avec lagloÂ4| d'un heureux succès.
Grand difFcrend arrivé à lentrée de l'ambassadeur de lempereur à Madrid , au sujet de la préséance, entre labbé Icontri, ambassadeur du grand-duc de Toscane , et le bailli frère dom ' Juan de Tordesillas, ambassadeur de TOrdre. Lambassadeur du grand-duc prétend précéder celui de Malte, qui s y oppose avec vigueur, et présente un Mémoirje au roi catholique, dans lequel il iaisoit voir que , de tems immémorial , les ministres de TOrdre de Malte, avoient précédé tous ceux qui n étoicnt pas députés par des rois, et qui n avoient point entrée quand le roi d'Espagne tenoit chapelle. Cette contestation est décidée en faveur de lambassadeur de Malte.
1654. La Cour de France est mécontente de la conduite du Grand-Maître , qui avoit défendu qu on donnât pratique, dans ses ports, aux vaisseaux du roi. Une flotte Française s étant trouvée , dans le canal de Malte , très - maltraitée par une furieuse tempête , se présenta devant les ports de Tislc pour s y mettre à labri. Le Grand -Maître , qui craignoit d'irriter les Espagnols, refuse lentrée, et fait 'tirer le canon sur les vaisseaux du
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roi. Tout le monde , à la Cour , traite cette ac- "^ *
Paul
tion de crime de lèze-majesté ; on ne parle pas Lascaris moins que de réunir , au domaine , tous les biens C^^"" que la religion possédoit dans le royaume. Le Grand -Maître s'excuse sur les enga(|;emens que ses prédécesseurs avoient pris, du consentement de nos rois, avec Charles-Quint, et il envoyé en Cour lacté d'inféodation de Fisle de Malte ; enfin cette affaire s'accommode par Thabileté du bailli de Souvré , et par le crédit de M. de Loménie, secrétaire d'Etat, dont un des enfans avoit été reçu, depuis peu, de minorité,; et auquel le Grand-Maître, par reconnoissance , conféra , de grâce , la commanderie de la Rochelle. • Les Vénitiens empêchent les Turcs de sortir *^^5, des Dardanelles : ce qui est suivi d'un combat où ces infidèles perdent quatorze vaisseaux, dont il y en a sept de brûlés, deux échoués à terre, et cinq de pris.
Les Génois font attaquer, dans leur port, cinq galères de la religion, qui, en y entrant, s'étoient contentées de saluer la ville, et la capitane du roi d'Espagne. Mais celles de Gènes prétendoient le salut : sur le refus des chevaliers , les magistrats firent dire, au commandant, qu'ils alloient foudroj^er ses galères , et les couler à fond. Le général des galères, pour sauver son escadre, est réduit à leur donner satisfaction.
Au sortir du port, il rencontre un vaisseau Génois, qu'il envoyé aussitôt reconnoître. Ayant appris que ce n'étoit qu'un vaisseau marchand ,
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"~"; — il se contenta d en déchirer le pavillon , qui por- LiscARM toit les armes de cette République, en attendant uii" M^'*' P^^ rencontrer des {galères ou des vaisseaux de {juerre, sur lesquels il pût se venger de Finsuite qu'il venoit d essuyer.
Décret du Conseil souverain , qui déclare qu*ii ne sera reçu aucun Génois dans TOrdre, jusqua ce qu'on ait reçu satisfaction de la violence exercée contre rescadrc de la relîfjion.
i656. Lescadre de Malte va joindre la flotte des Vénitiens, qu^clie rencontre à Tentrée des bouches des Dardanelles, composée de vin(jt- quatre galères, de sept galeasses et de vingt-huit vaisseaux de haut-bord, sous le commandement du noble Laurent Marcello. L'armée du Grand -Seigneur, que commandoit le bâcha Sinan, s'avance pour déboucher le passage. Bataille entre les deux armées: les Turcs sont défaits par les Chrétiens, qui remportent une victoire complette, suivie de la conquête de Fisle de Ténédos. Mais cet avantage fut balancé par la mort du général Vénitien, tué, d'un coup de canon, pendant la bataille.
Le duc d'Ossone, vice-roi de Sicile, étant mort, le roi d'Espagne nomma, pour lui succéder, frère Martin de Redin , de la langue d'Arragon , qui se rend de Malte en Sicile, pour prendre possession de sa nouvelle dignité.
On baptise, à Malte, le jeune Turc, cru fils dlbrahim, dont nous avons parlé, et Mehemef
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Binthesie , qui passe pour le fils du roi de Fez et "^ — de Maroc. Lascabis
On peut dire que la guerre de Candie étoit la ^^*Y' guerre de Malte; cet Ordre ne manquant, aucune année, de mettre son encadre en naer, pour la défense de cette isle. Cette année, les vaisseaux de la relifj[ion joignirent, dans le canal de Jero, la flotte Vénitienne, commandée par le noble Lazare Moceuigo. Le dessein particulier des Turcs étoit de reprendre Tisle de Ténédos. Mefaemet, grand-visir, tenoit, dans cette vue, pro«che des Dardanelles, un grand corps de troupes, prêtes à s embarquer pour y faire une descente. La flotte Chrétienne, s en étant approchée, pour faire de leau, les Turcs tombèrent sur les troupes quon avoit mises à terre, poussèrent vivement un bataillon Allemand, qui, ne pouvant soutenir leur furie, prit la fuite, et, se renversant sur divers bataillons voisins, y mit le désordre et la confusion. Les Turcs les poursuivirent jusqu'au bord de la mer, et en taillèrent en pièces un grand nombre, parmi lesquels on perdit le chevalier de Thessancourt.
La flotte Turque paroit forte de trente galères, de neuf mahones, et de dix -huit vaisseaux, sans compter les saïques et les autres petits bàtimens. Le commandant avoit ordre de sortir des ])ouches des Dardanelles, et de n oublier rien pour reprendre Tisle de Ténédos. Les galères du Pape joignent la flotte Chrétienne, sou^ le com-
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■ mandement du prieur Bichi , auquel le général Liscimt Vénitien cède la préséance, par rapport au sou- Câ^ri- verain ponlife, qu'il représentoit.
Nouvelle bataille navale, aux Dardanell<p, entre les flotics des deux partis. Les Turcs sont défaits. Le général Vénitien attribue la victoire a la manœuvre et à la valeur de Tescadre de Malte, et envoyé un brigantin exprès pour len féliciter. Mais ce général , voulant brûler quelques galères Turques, qui s etoient réfugiées sous le canon des forteresses, et s étant trop avancé, un boulet, parti de ces châteaux , mit le feu à la Sainte-Barbe de lamiral Vénitien, et la fit sauter. Le général périt dans cet incendie, et de sept cents hommes, qui étoient sur son bord, il ny en eut que deux cent cinquante qui Rirent sauvés par des saï(]ues Chrétiennes, qui s avancèrent à leur secours. L^armée des alliés se sépare : les galères du Pape et de Malte reprennent la route du ponant, et les Vénitiens n étant plus assez forts pour tenir la mer, devant la flotte des infidèles, les Turcs assiègent et reprennent Ténédos. 1657. Mort du Grand-Maitre Lascaris, à lage de 97 '^^^ '' ans. Le bailli Lascaris, son petit-neveu, lui fit dresser un magnifique mausolée , dans la chapelle de la langue de Provence , qui se trouve dans leglise primatiale de Saint-Jean , et on y lit cette épitaphe.
« Hic jacet frater Joannes Paulus de I^ascaris
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« Casteilard , M. Magister et Melitae princeps , « qui , nascendo , ab imperatoribus et comitibus « Vintimiliœ , accepit nobilitatem , vivendo , in «cpnsiliis et legationibus fecit amplissimam, et (c morieodo inter omnium lacrymas reddidit im- « mortalem. Regnavit annos XXI, inter prin- «cipes fortunatus, ergà subditos pater patriae, « ergà religionem bene-merentissimus , septimà (« triremi quam annuis redditibus stabilivit, no- Mvàcommendâ quam instituit^^liis atque aliis M aedificiis quae construxit , tôt terra marique vietf toriis omnibus celobris, soli Deo semper afB^us, « obiit die décima -quartâ Augusti, anno Do- « mini lôSy, aetatis suse 97 ».
Après quoQ eut rendu les derniers devoirs à Lascaris, il fut question de lui nommer un successeur. Il se trouva, à Malte, deux factions, toutes deux puissantes et redoutables. Martin de Redin , prieur de Navarre et vice-rt)i de Sicile, étoit à la tête de la première; et, pendant son absence, le commandeur dom Antoine Cor* rea Sousa , son ami intime , avoit la conduite de son parti. Mais il s etoit fortné une autre brigue, sous le nom d' escadron volant, composée d anciens commandeurs et de grands - croix , qui avoient eu le plus de part dans le gouvernement sous le règne précédent: l'inquisiteur de Malte, ennemi de Redin , étoit à la tête de cette cabale. *
Pour ruiner le parti opposé, il présenta un Bref du Pape, en date du neuvième décembre i656, par lequel Sa Sainteté lui ordonnoit, en cas de
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la mort du Grand^Maltre Lascaris » de déclarer privr« de voix aciivc et passive tous les chevaliers (]ui seroient convaincus d avoir fait des bri- (;ues, et employé de largent, des promesses ou des menaces pour faire élire ou pour exclure quelqu'un; et que le Pape lui interdisoit le droit de suffrage, comme à un méchant et à un simo* niaque.
Lmquisiteur prétendoit bien, par cette déclaration, faire manquer lelcction de Redin; mais elle eut un effet tout contraire. Les chevaliers de son parti se crurent, au contraire, obligés, pour leur honneur, de persister dans leur première disposition. Malgré toutes les déclarations do Tinquisitrur qui fit signifier, par son secrétaire, que Martin Uedin , prieur de Navarre, étoit exclus de Télection, comme un ambitieux qui avoit employé d'indignes moyens pour parvenir à la grande-maitrise, ce seigqeur eut le plus grand nonihredes suffrages, et fut proclamé Grand-Maître. Odi , au désespoir, fit ses protes- M^MTi:f tutions. Redin, pour en éluder Icffet, envoya, au Pape], un procJ'sAerbal de son élection; et il y joignit une déclaration, que, si sa personne netoit pas agréable à Sa Sainteté, il étoit prêt i\ y renoncer. liC Pape , qui ne vouloit pas s ahandonner à la passion de son officier, et f)3^ché qu il eût commis son autorité contre un chevalier ministre du roi d'Kspagne, et estimé et souhaité par le plus grand nombre des chevaliers, envoya, a cet inquisiteur, un Bref par lequel il
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approuvoit leléction du Grand-Maître. Il reçut ordre de le lui porter lui-iuême^ et de déclarer, rÊu.n. au Conseil, que Sa Sainteté le reconnoissoit pour le légitime prince de Malte. Ainsi celui qui setoit opposé , avec plus de fureur et d'emportement, ià son élection , eut la uiortification de la proclamer, et d'en être le hérault. Le prieur de Bichi , neveu du Pape , et général de ses galères , se rendit à Malte , où il trouva le Grand-Maître qui lui conféra la riche commanderie de Polizzi, située en Sidle. Et ce seigneur, le très-cher neveu du Saint-Père, ayant joint ses galères à celles de la religion , le Grand-Maître , avant qu'il sortit du port, lui fît présent dune croix garnie de diamans, estimée douze cents écus.
Les premiers soins du Grand-Maître furent i658. de pourvoir à la garde de risle,et de prévenir les descentes des infidèles, sur-tout pendant la nuit. A cet effet, il fit construire, le long des ' côtes , et de distance en distance , des tours où se retiroient les paysans de chaque canton qui montoient la garde : et il fit même un fonds , de ses propres deniers, pour la subsistance de ceux qui y seroierit employés , et qui veilleroient pendant la nuit.
Le Pape rappelle l'inquisiteur Odî, et il est remplacé par Casanatte. Le Grand -Maître ordonne que, qhand un chevalier de la petite croix sera revêtu de la dignité d'ambassadeur, s'il se • trouve, dans la même Cour, des chevaliers grands-croix , ils seront obligés , pour Fhonneur