‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 3)Chapitre 20 sur 47 · MARTIN · texte numérisé non relu

MARTIN

r88 HISTOIRE DE L^ORDRB

de la religion , de ) accompagner, et de le suivre

iMn. dans toutes ses fonctions.

Les plus riches commanderies deviennent successivement la proye des neveux des Papes. Alexandre VII donne, à Sigismond Chigi, la cornroanderie de Bologne ; et il fait 'trois commanderies detrelle de Frano , dont il donne la meilleure à Charles Chigi.

>^%* IjC commandeur de Mandolx est nommé, pour la seconde fois, général des galères : il se met en mer, avec son escadre, pour joindre celles du Pape : il rencontre, proche Augusta, deux brigantins de Barbarie, dont il se rend maître : et les infidèles, qui se trouvèrent sur ces vaisseaux, servirent à augmentersachiourmequiétoit adbiblie. Les deux escadres se joignent, et trouvent, dans une isle de TArchipcl, une lettre du général des Vénitiens, qui leurdonne avis que la flotte du Grand-Seigneur s est retirée dans le port de Rhodes ; quelle en doit partir incessamment pour se rendre à Constantinople, et quil ne tiendroit qu a eux de se rejoindre à la grande flotte pour combattre les infidèles, et partager, avec lui, la gloire de leur défaite. Les deux escadres, faisant route, donnent la chasse à trois galiotes Turques. Une des trois échappe par la vigueur de sa chiourme. Les deux autres échouent, et on en prend une. Le général du Pape s en rend maître , et la veut conduire à Civita- Vecchia , pour faire connottre, à son nlattre, quil avoit vu les ennemis. Il déclare, au général de la religion, quil

est résolu de retourner en ponant : proposition ' qui surprit extrêmement Mandolx ^qui ne pou- Rldiji* voit comprendre la raison de sa retraite : ce qui produisit, de la part du général de Malte, des plaintes assez amères , et même des paroles trèsdures. Mais rien ne pouvant fléchir le prieur de Bichi , qui avoit pris sfi résolution , le général de Malte, pour ne pas exposer Tescadre du Pape à être attaquée par les infidèles, ne jugea pas à propos de s en séparer : ils reprirent la route du ponant; et cliaque escadre se retira dans ses ports.

Lan née suivante fut célèbre par la paix entré >6^' les deux couronnes de France et d^spagne, à la grande satisfaction du Grand -Maître et de tout son Ordre , qui se voyoit , par cette paix , en état de se maintenir dans la neutralité entre .les princes Chrétiens, dont la religion, depuis sa fondation , avoit toujours fait profession.

Le Grand -Maître, après avoir souffert de grandes douleurs d une pierre du poids de quatre bnces , mourut le 6 de février. Son épitaphe contient ses services , et les différentes dignités par lesquelles il ayoit passé.

«iEternae mémorise sacrum M. Magistri D.

a Redin , magni Xaverii ob genus propinqui , «cujus, antè aetatem, praematura virtus Siculae, « deindè Neapolitanae classium prœfecturam me-

•> ruil. Adultu» ad summum pontificem et Ilis- «paniarum-regem legatus profectus , exercltus « reffios apud Catalauoos et Calicos^caeterosque « Hispanise populos summo cum imperio rexic, « inde victoriis, meritis atque annis auclus^ex M priore Navarrae atque Siciliœ , pro rege prin- « ceps Melitae electus, insulam propugnaculis ac « turritis speculis , urbes aggeribus , horreis , an- « Donà ac vario belli comitatu instituit, munWit M Ducis Bullonii exemplum , secutus expeditionis Hicrosolimitanae principibus Europœ, se ultro « vel ducem vel comitem obtulit. Obiit die sextâ tt felH*uarii iG()0, setatis 70 , imperii tertio.

Après qu on eut rendu les devoirs funèbres au dernier Grand<-Maitre , le couvent s assembla » k son ordinaire, pour procéder a I élection de son successeur: les ving[t et un électeurs, ayant balancé le mérite et la capacité des prétendans, ..^.^^^^ tous les suffrages se réunirent en la personne du Armktdb seigiieur frère Annet de Clermomt de Chattes Clermomt (jEgg^jj ^ bailli de Lyon ; et il fut proclamé , par

le chevalier de lelection , Grand^Maltre de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem : deux jours après , le Conseil lui déféra la qu|ilité de prince souverain des isles de Malte et du Goze.

Ce titre de souverain qui honore les Maisons des chevaliers qui parviennent à la grande-mattrise,netoit point extraordinaire dans fillustre Maison de Clermont. Leurs ancêtres, avant le traité de lati 1 34o, fait entre Humbert , Dauphin,

DES CHEVALIERS DE MALTE. jgi

et Âioard de Clermont, iouissoient de tous les "

droits de souveraineté dans les États qu ils pos- Glebuort sédoient entre le Dauphiné et la Savoye. Nous voyons, dans Thistoire, que les vicomtes de Clermont levoient des troupes , faisoient la guerre, *des alliances et des traités, et imposoient, sur leurs sujets, les tributs qu il leur plaisoit , avant le traité de 1 34o. Ces vicomtes tenoient, en taustems,de fortes {garnisons dans les villes et châteaux de Ghavacers et de Jaussin , places qui , pour le teras , passoient pour imprenables, situées, Tune et lautre, sur le bord de la rivière du Gué , qui sépare la Savoye des terres qui appartenoîent aux seigneurs de Clermont.

Annet de Clermont n'étoit parvenu à la grandemaîtrise que par ses > vertus. Son courage, sa piété , un grand zèle pour la religion , des manières pleines de bonté, et un accueil gracieux et toujours favorable qu^on en recevoit, faisoient faire des vœux , à tous les chevaliers, pour la durée de son règne : mais la providence en disposa autrement. Ce grand hoikme, qui sembloit être né pour faire la félicité de son Ordre, trois mois aprè^ son élection , tomba malade : des playes qu il avoit reçues au siège et à la pri^e de Maho*mette, en Afrique, se rouvrirent ; et il mourut , à Tâge de soixante et treize ans , au milieu des larmes, et dans les bras de siqs religieux. Son épîtaphe renferme son caractère, et les principales actions de sa vie. *

Mg2 UISTOIRB DB LORDR£

tt Hic jacet eminent , frater Annefus de Chai- « tes Gessan , qui à comitibu^ Clarimontis ortum tf accejiit , à pontificibus «acras cla ves et tiaram , « utramque per majores , in Calisto 1 1 sedis tt apostolicae acerrimos defeosores. Hoc une verè «majorum omnium maximus, quèd tiane suit premam coronam adjunxit, creatus, nemine u discrepante , ex Bajulivo Lugduni , Mag. Magis- «ter et Melitae princeps. Eum apicem mérita «jàm pridem exegerant, vota nunquàm prae- « sumpserant; sed virtutes tulerunt sufïragium , («pietas in divinis, prudentia in humanis, suait vitas in congressu, majestas in incessu , Mares* ttcalli iutegritas, terrae marisque imperium ; de « suo nihil ipse contulit , nisi quôd amicis obeftdivit. Regnavit ad perennem memoriani vix « quatuor mensibus. Brevis vit» nuUa pars pe- «riitf primam religion!, secundam populo, ter- « tiam sibi , omnem Deo consccravit. Obiit inter M lacrymas et vota omnium , die secundà junii « 1660, statis suae septuagesimo tertio. »

Deux jours après quon eut rendu les derniers devoirs au Grand-Maitre de Ch^ttes-Gessaa, le chevalier de FArfevillière, de la langue, d'Auvergne, grand maréchal de TOrdre^ et que le défunt Grand-Mat tre , peu de jours avant sa mort, a voit nommé pour lieutenant du magistère, convoqua rassemblée générale pour lelection

DES CHEVALIERS DE MALTE. igS

d'un nouveau Grand-Maître. Après les cérémonies, préliminaires en pareilles occasions, chaque lan(][ue se retira dans sa chapelle pour procéder au choix de trois vocaux qui dévoient concourir à l'élection du Grand-Maître, et dun qiiatriëme Suffrage qui représentoit les chevaliers de la langue d'Angleterre.

1. Il se trouva, dans la langue de Castille et de Portugal , trente-deux vocaux qui élurent le chevalier de Ximenès, grand-chancelier; Hozeat, bailli de Lora ; Barriga, vice-chancelier ; et , pour la langue d'Angleterre, le commandeur de Xelder. I

2. La langue d'Arragon , dans laquelle sont renfermées la Catalogne et la Navairre, comprenoient trente-cinq vocaux , qui élurent Bueno , prieur de l'église; Galdian, prieur d'Arménie; Raphaël Cotoner, administrateur du bailliage de Majorqi^e; et, pour l'Angleterre, on choisit Nicolas Cotoner, frère de Raphaël.

3. L'Allemagne n'avoit, dans le couvent, que douze vocaux j et leur choix tomba sur le grandbailli de Breslaw, sur Osterhaussen , grand-prieur de Dace ou de Danemarck, et sur le commandeur Osotiski : on ûomnla , pour l'Angleterre, fe commandeur de la Tour.

4. Il y avoit soixante et dix ^ huit vocaux dans la langue dltalie, qui nommèrent, pour l'élection, Sfondrat, bailli de Sainte-Euphémie ; Bandinelli, prieur de l'Aigle; et, pour l'Angleterre , Tancrède, bailli de Venouse.

194 UISTOIIB DE L*ORDRB

5. La France avoit cioquaQte-six vocaux, qui élurent Valençay, grand-prieur de Champagne; Antoine de Conflans, lieutenant du Grand-Hospitalier; le commandeur Gilbert d*Elhène; et, pour rAngleterrej Joachin de Callemaison.

6. Il se trouva quatre- viugt*neuf vocaux dans la langue de Provence» qui choisirent Monme* jan , grand -commandeur; Polastron la Hii- UèrCi prieur de Toulouse; Cinqmars, bailli de Manosque ; et , pour TAngleterre , le bailli de Mandolx.

7. L'Auvergne resta dans la nef de leglise, auprès du maréchal de rArfevillière, à cause de sa dignité de lieutenant du magistère. Il se trouva trente-cinq vocaux dans cette langue, qui nommèrent le maréchal de rArfevillière ; Gerlande , bailli de Lyon ^ avec le commandeur de TArfevillière, frère du lieutenant; et, pour TAagleterre, le commandeur de la Roche.

L'élection dont il s agissoit ne se fit pas sans beaucoup de brigues et de cabales. Le commandeur de Valeuçay, qui, du vivant du dernier Grand -Maître, aspiroit, secrettement , à cette haute dignité, se croyoit assuré de neuf suffrages. M^is > dans le tems de 1 élection , plusieurs anciens commandeurs se trouvèrent sur les rangs, parmi lesquels on comptoit le maréchal de rArfevillière , Raphaël Cotoner , Monmejan , Ginqmars et lioxez, dont nous venons de parler, qui tous, quoiqu'ils eussent chacun leur parti , s accordoient à donner lexclusion à Valençay ,

DES CHEVALIERS DE MALTE. îgS

dont la brigue leur paroissûit la plus nombreuse et la plus redoutable.

Valençay , pour affoiblir cette cabale , feignit de renoncer à ses espérances ; et il faisoit entendre , en particulier , aux principaux che& du parti opposé, qu'il concourroit, volontiers, avec ses neuf créatures , à leur élection : ce qui tenoit les anciens commandeurs en garde les uns contre les autres. Mais Bueno, prieur de leglise^qui démêla lartifîce, leur fit comprendre que Valen* çay, par ses promesses frauduleuses, necherchoit qu a les désunir ; et que, pour lui faire voir qu'ils nenétoient pas la dupe, et lui donner une entière exclusion , ils dévoient , tous , de concert , compromettre leurs sufFrs^es entre les mains d'un seul de leur parti , avec serment de concourir, tous, de bonne foi, à lelection de celui d entre eux quil jugeroit le plus digne de remplitla place de Grand -Maître. Douze anciens commandeurs ou grands-croix trouvèrent cette proposition raisonnable ; et , d'un commun consentement, ils nommèrent, pour seul commissaire^ Monqiejan , grand-commandeur, chevalier d'une probité respectable, qui, bien loin d'imiter la conduite que tint, en pareille occasion, le Grand- Maître de Gt>zon, et de se nommer lui-même^ déclara, dans cette assemblée, qu^il croyoit qu'on ne pouvoit faire un meilleur choix que de la personne de Raphaël Gotoner ^ bailli de Majorque.

Ces deux électeurs, concourant avec les neui attachés au parti de Valençay, en choisirent

trois, parmi ceux qui a voient été nommés pour la langue d'Angleterre ; et ce furent le bailli de Mandoix, Tancrède, bailli de Venouse, et Nicolas Cotoner, bailli de Négrepont. Ces vingtquatre électeurs élurent, pour président de Télection, frère Jean Dieu-donné, prieur de Venise; pour chevalier de . 1 élection , le commandeur frère Denis Ceba , de la langue dltalie ; le commandeur frère Fran<;oi8 Deide, chapelain de Télection , et le commandeur frère Michel Porrael, de la langue d'Arragon, servant- d armes de lelection. Cette élection fit cesser celle des vingt* quatre ; et ces derniers choisirent seuls treize nouveaux électeurs, qui dévoient, avec eux trois, faire le nombre de seize , et nommer enfin le Grand-Maitre.

I. Barriga, de la langue de Castille et de Portugal, et vice-chancelier, fut le premier élu.

3. Le commandeur frère Antoine de Glandève Castelet, de la langue de Provence, choisi pour la langue d'Angleterre.

3. Le commandeur frère Adrien de Contremolins , de la langue de France.

4. Le commandeur frère Louis de Fay Gerlande, de la langue d'Auvergne.

5. Le commandeur frère Adolfe - Frédéric de Réede , de la langue d'Allemagne.

6. Le commandeur frère Henry de Villeneuve Torenque , de la langue de Provence.

7. Le commandeur frère Jean de Forsat , de la langue d'Auvei^ne.

8, Le commandeur frère Henry de la Salle, de la langue de France.

9. Le cgmmmandeur (rère François Riccasoli, de la langue dltalie.

jo. Le commandeur frère Isidore d'Argai, de

la langue d'Arragon.

1 1 . Le commandeur frère dom Antoine Gorrea

de Souza , de la langue de Castille et Portugal»

pour TAngleterre.

J2. Le commandeur frère François Wratislau,

de la langue d'Allemagne.

i3. Le commandeur dom Louis Kelder, de la

langue de Gastille et de Portugal.

Les seize électeurs , après avoir prêté les sermens ordinaires . et s être enfermés dans le con-^ clave, du haut de la tribune, qui regarde dans Téglise , firent déclarer à haute voix , par le chevalier de lelection, quils ayoient choisi, pour

Grand -Maître, le seigneur frère dom Raphaël r^phaei. CoTONEB, bailli de Majorque. On chanta aussi- Cotoweii. tôt le Te Deum, en action de grâces: tous les '^^' chevaliers ensuite , après lui avoir baisé la main, ^^"^' lui prêtèrent le serment d obéissance; et, le len« demain , [le Conseil lui déféra le titre de prince souverain des isles de Malte et du Goze.

Notis avons dit, sur 1 année i545, que les Turcs , après avoir menacé Tisle de Malte d une invasion prochaine, firent tomber leffort de leurs armes sur celle de Candie , qui appartenoit à la République de Venise. Sainte*Théodore fut la première place qulls attaquèrent. Ils lempor^

198 H18TOIBB DE l'oBDRE

tèreni sans beaucoup de résistance » et en firent Coiosui. passer la {[arnison par le fil de Tépée. Ils assiégèrent ensuite la Canée par terre et par mer ; et , après un siège très-meurtrier, qui dura quarante jours, ils s en rendirent maîtres. I>e commandant obtint une composition bonorable, dont les articles furent exécutés de bonne foi par le» infidèles.

L année suivante, les galères de Venise, celle> du Pape et de TOrdre de Malte, débarquèrent un gros corps de troupes , qui avoit à sa tète le duc de la Vallette. Ce général tàcba de reprendre la Canée qu il assiégea. Mais les Turcs survinrent , avec un gros de troupes , et FoUigèrent de lever le siège. Us prirent ensuite Rethimo, Muscava , Melopotamo et Calamo. Leur princ^ipal dessein étoit d assiéger la capitale de Tisle ; mais , comme ils n ignoroient pas que cette place étoit fortifiée par lart et par la nature, et qull y avoit une garnison nombreuse et peu diffe rente d'une armée, pour en empècber les courses, et pour bloquer la place, ils firent construire un fort , qu ils nommèrent Candie-la-Neuve , oii ils mirent six mille bommes de garnison.

Les armes des deux partis , pendant plu^eurs années, eurent différens succès. Les Vénitiens , pressés par la puissance redoutable des Turcs, demandèrent du secours à la plupart des princes de r£urope. Le Pape Alexandre VII , et Rapbaël Cotoner , 6rand*Maitre de Malte, y envoyèrent leurs galères. Louis XIV y roi de France , y fit

pour renforcer la garnison de Gigibarta , forte- T resse de Barbarie. GoTOKEn.

Vers la mi-avril , frère Paule , servant-d armes , entra dans le port de Malte avec trois galères du roi très-Chrétien; et le Grand-Maître l'envoya visiter par son sénéchal. Cet ofticier étant monté à son Palais pour lui rendre ses devoirs, comme à son supérieur, le Grand-Maître le reçut avec beaucoup de caresses, et n oublia aucune des marques d estime qu il crut devoir à son mérite et à sa valeur, qui , d'un simple officier de marine , Tavoit élevé à la dignité de lieutenant du grand-amiral de France,

Quoique le GrandjMaitre fît beaucoup de dé-»

pense pour faire passer de puissans secours en Candie, cependant, par sa sage économie, il se trouva encore des fonds considérables, dont il fît un digne usage , conforme à sa générosité naturelle, et à la magnificence d'un grand prince. Il employ£^ une partie de cette année à agrandir l'infirmerie ; et il enrichit , en même tems , l'église gpiorale de Saint-Jean, d'excellentes peintures, et de tableaux de dévotion , qui sont restés dans cette église , comme un monument perpétuel de sa piété. Cependant les galères de la religion , s'étant mises en mer, joignirent , près d'Augusta, celles du Pape, dont l'escadre étoit commandée par le prieur de Bichi; étant ensuite entrées dans l'Archipel, elles rencontrèrent la llotte Vénitienne proche Tisle d'Andro; et, de cpnserve , elles cherchèrent celle des Turcs.

aoa HISTOIRE DK l'ordre

Mais, après avoir couru toutes ces mers, et nen CoTO!iKi. ayant pu apprendre de nouvelles , les alliés se I séparèrent pour retourner dans leurs ports. Les

{galères de Malte, en faisant route, rencontrèrent, le lon{; des cotes de la Calabre, deux galiotes de Barbarie , de quatorze bancs chacune , dont les chevaliers, après un léf^er combat, se rendirent maîtres. On met, dans cette même année, un décret du sénat de Venise, qui, con^^ sidérant les services continuels que la République recevoit de FOrdre, déclara que, soit à Venise, soit dans tous les autres pays de sa domination , il seroit permis, aux chevaliers de Malte, dy pa«roitre en armes : ce qui étcMt défendu aux sujets naturels de la République.

i6G3. Au commencement de Tannée i663, le doge fit de vives instances, auprès du Grand-Maître, pour lengafjer à faire sortir les {galères de l'Ordre de ses ports. Ce prince crut, d abord, que, par respect pour le Saint-Siège, il devoit attendre celles du Pape: mais, ayant appris que ce pontife les retcnoit à Civita-Vecchia , dans liSnrainte du juste ressentiment du roi très-Chrétien, dont lambassadeur et Tambassadricc avoient été insultés par la garde Corse du Pape, les galères de la religion se mirent en mer, le 1 5 , sads la conduite du commandeur de Breslaw, et prirent la route du Levant; et, après quelqoefs prises de peu de conséquence , que le général des galères envoya à Malte, il joignit, le aï de toai> la flotte Vénitienne, proche Tisle d^Andro, com-

DES CHEVALIERS DE MALTE. ' 2o3

mandée par le noble George Morosîni , qui lui ^ ^^ ^j «pprit que les Turcs , cette année , n avoient CoTosEn. point mis en mer leur flotte ; et qu'ainsi il falloit employer les forceis des alliés à faire des courses dans les mers, et le long des côtes des infidèles. Le Grand-Maître Cotoner meurt d'une fièvre maligne et contagieuse , dont Fisle , et sur-tout octobre. la Cité de la Valette, étoît alors affligée: prince digne de sa place, sage, plein de piété, magnifique dans sa dépense, et qui n'eut jamais d autre objet que la défense des Chrétiens , Thonneur de son Ordre , Futilité et le soulagement de ses religieux. Les chevaliers de sa langue lui firent ériger un magnifique mausolée, dans la chapelle d*Arragon , où Ion mit cette épitaphe :

Arraconura quicam<|ue teris Melitense sacellum

Sacraque sig^ha vides, sisfe, viator,.iter.

Hic ille est primus Gotonerâ é stirpe Magistcr; ' Htc ille est Raphaël , condîtus ante dienv Talis erat cervix Melitensi digna coronâ :

Taie fuit beUo> consilusque captif.

Cura, iitks, pieta», genium, prudentia, robur

Tôt dederant vitae pignora cara suœ^ Ut, dùm cœlestes ciliÙ3 raperetur ad arces,

Ordinis hœc fuerh mors properata dolor.

Qui, ne muCaCas re^^ni sentiret habenas,

Gèrmano rerum frflena regenda dédit; Ctttera ne quera», primus de slirpe secundum

Promeruit : salis hoc, perge viator iter.

Le vingt- trois octobre, BandinelH, prieur de TAigle, que le Grand-Maître', peu de jours avant su mort, avoit nommé pour lieutenant du ma^

-i'ji HlOTOIie DE L'OtDte

KiMtt-iit |M>ur li'lrttiiiu ttuo iiout<^M < JrM » < M-titit-, il •% tmii\»tifux rfiil<|ualrr-tiiifp MMir vctiit A|Hi-» In *t-ii'unniif» yrtiimiaruïïw». A min\u, liait* tftle tieiliou, ('e<|ui n'avoil ruCKW* fil i|ii'iiii i-kf in|tlr iJuii* |i-« f|r<'tî<>ii« |>r^c«inilr« 1 1 «( f|<if If fM-ir iluuOiaiid-Mallre lut mhi fwr^ ('-«M-iir. f^jr, <|iioi'|iiil y ful ittun, lïantlOwàre, 4*1 tili-ltii* u Mjllf. (Ii-td-llriu «ujfU <|ui pM*' tuii'iit jiiab-iiiftit |ti'i li-mln- u crtU* <lî|;uiur, le Illi'Mli* il'-a fl<-iik lirro ^liiil »! {{i^iii^raUrinral rrl'Miiiiu, >|ii'>i iN'iiic tiiiiM- lut r\\Hré,f\ue I li'k vdik , uviiiit iii/-iiir l'cIcf'tioM , le |ieu|>lc r< li-s r<'li|;ii-ii%, w il(^<hiri-rffit Imub-iiiriil f(i f«%nir ' (II' lii-ir Nii^)i.4H lUtitistM, Ixiilli (II* Mujon|tK'. cil Aurt'' i\uf. le» cicriciira , lunl Irtt vinfjt-un <|ue lf»M-iM>, ii'crilrcrÉ-iit ■iii-i'fksivcniciit ilaiu Iccoih' l'iiivc, f|iiL' |iiiur filiM'i-\iT le* l'ormiiUti^a pmcrili'it |iiir li-n klaluU ; M lien; fJnin KniniaDMcl Arriari, vicf-cliunrcliiT d» l'OriIre, ijuj avoil iilfl ('lii |n»uf i-lii-viiliiT «l»" IVIwtion , le |»rol'Iiiiiiii, ii'liiiutfi voiK , |>oiir <>rnn(l-Miii(re : Ia IcinliMiiiiin , ie CoiiMcil r(»m|ilf>t lui i\v(én la

kOlIVfrililIftt^ llrn iHlcH (If MillU* et (lu (fOW.

I,ci> ciirBiiii'i'» (II- Itiirtiarie, ayuiK étendu leur»

t>ri(;aiiila|;(*M jiiii([ii('ii aiir Icm i-^ti-n <lc Pruvence, le lui Ldiiiit XIV, pour ri>|iriinfr leur iiudace, fui ('(iiiacilli^ dViiiItlir un» (Miloiiln sur les càltt* *it Uttrtiurii!, i>t tl'y en rimruii'fi iiiii' pliiri! e.t un port ou wa MiiïMcaux trouvûaMmt un iiityti*, et d'où il |iiU Hra u\erti du ilépmi dcH cacudrcï de» iulï-

DES CHEVÂLÏEÎIS DE ilALTE. 2o5

dlèles. On lui proposa , dans ce dessein , le " village de Gigeri , situé , proche de la mer, entre cotokeb. les villes d'Alger et de Bugie, à quinze milles de lune et de l'autre. Près de ce village, il y avoit un vieux château , bâti sur le sommet d'une monta* gne, et d'un abord presque inaccessible. Le roi nomma, pour l'exécution de ce projet, le duc de Beaufort, grand amiral de France; et il demanda, au Grand-Mattre , le secours des galères de la religion : ce prince lui envoya , aussitôt , l'escadre de Malte, qui joignit la flotte du roi, dans le Port-Mahon. Les Chrétiens débarquèrent leurs troupes, sans y trouver d'obstacle ; on jetta aussitôt les fondemens d'un fort qu'on avoit or-* dre de construire. Les Maures, alarmés d'un ' dessein qui alloit à les assujettir, prirent les armes, et ruinèrent, à coups de canon, les ouvrages commencés. Le duc de Beaufort fit un détachement de sa cavalerie pour repousser l'ennetni ; mais cq corps n'ayant pas été soutenu par Tinfanterie, le;s Maures, avertis par leurs espions que les Français étoient en petit nombre, entrèrent dans le village , le sabre à la main , ^ et forcèrent les Français à se retirer du côté de la mer. Le duc de Beaufort, ne se trouvant pas en état de se maintenir dans le pays, résolut de se rembarquer; mais il ne put le faire si secrettement, que les Maurea n'en fussent avertis; et quatre cents hommes, qui faisoient l'arrièregarde, furent presque tous tués ou faits prisonniers. Pour surcroit de malheur, un vaisseau du

3o6 HISTOIRE DK L*ORDKE

^^^.^^^ roi, appelle la lune,. qui étoit vieux et chargé GoTOBu. de dix compag^nies de cavalerie, fit naufrage à sept lioucs de Toulon: expédition aussi malheureuse que celle de lempereur Charles -Quinl au siège dAlger.

i665. Suite de TafTaire du commandeur de Poincy, au sujet de Visle de Saint-Christophe y que l'Ordre vend à une compagnie de marchands Français, qui, sous la protection du roi, s y établissent.

L'escadre de la religion courut, cette année, toutes les mers de FArchipel , sans (aire aucune prise que de quelques felouques, chargées de grains et de marchandises , pour le compte des marchands Turcs. Deux vaisseaux, commandés par les chevaliers de Crainville et de Temericourt , furent plus heureux. De Crainville tdoutoit un vaisseau de quarante pièces de caocn , appelle le jardin de Hollande, qu il a voit enlevé. Tannée précédente , à un corsaire d'Alger, qûoiqu il n eût qu une frégate de vingt-deux canons; et Temericourt montoit cette même frégate, jeunechevalierd un grand courage, et qui setoit déjà signalé en difKérentes occasions. Ces deux chevaliers, amis intimes, voguoient, de conr serve , dans les mers du Levant. Ce fut d^fts le canal de Tisle de Samos qu ils rencontrèrent une caravane , qui faisoit route d'Alexandrie à Constantinople , forte de dix vaisseaux , et douxe saï* ques. Le nombre et les forces dea ennemis ne firent qu allumer le courage des deux chevaliers :

ils se poussèrent au milieu de cette petite flotte, en coulèrent bas quelques vaisseaux , en prirent cotowe». quatre des plus riches et deux petits , et tournèrent le reste en fuite.

Il se passa, la même année, une action qui éternisera, à jamais, la mémoire du chevalier d'Hoquincourt : ce chevalier étoit dans le port de l'isle DauGoe. Il y fut investi par trente- ^ trois galères du Grand -Seigneur, qui portoient des troupes dans Tisle de Candie. L amiral , qui commandoit cette flotte , mit à terre , et fit avancer ce qu il avoit de meilleurs arquebusiers , qui tiroient continuellement contre le vaisseau Maltois, en même tems que les galères Turques le foudroyoient avec toute leur artillerie. Les infidèles, après avoir mis en pièces les manœuvres de ce vaisseau , s'avancèrent pour monter à Ta- . bordage. Les uns s attachèrent à la poupe ; d'au* tresi lattaquèrent par la proue. Le chevalier , comme s il eut été invulnérable , faisoit face de tous côtés; et, quoique son vaisseau fut blessé en plusieurs endroits et qu'il eût perdu beaucoup de ses soldats , il précipitoit dans la mer autant de Turcs qu'il s'en présentoit à l'abordage. liC général Turc, indigné d'une si longue résistance , et honteux du peu d'efforts que faisoient, de près, ses galères, les obligea d'ouvrir leurs rangs, et de lui laisser un passage pour joindre, lui-même, ce vaisseau. En même tems, il poussa sa capitane avec toute la force de sa chiourme ; mais l'effort qu'il fit , jetta heureusement ce vaisseau hors du

2o8 HISTOIRE DE L*ORDRE

"„ port ; et un vent favorable 5 étant levé , dHoquin-

Coio^LR. court g«i{;na le premier port Chrétien , aprè^ avoir coulé à fond plusieurs galères, et tué plu5 de six cents soldats.

ITnc action d*une valeur si déterminée, méritoit un plus heureux sort que n en eut, peu après, cet illustre chevalier. Car, la même campagne, montant le même vaisseau , un coup de vent le jctta contre un écueil , proche de Fisle de Scarpante. I^ vaisseau fut brisé, et le chevalier périt. IjC chevalier de Grilles, son ami particulier, et cent soixante et dix soldats ou matelots^ furent enveloppés dans ce naufrage.

Le duc de Reaufort , grand-amiral de France, étant à la poursuite de quelques corsaires de Barbarie , arrive dans le port de Malte : il est salué par tout le canon des ports; mais il ne vit point le Grand-Maitre,qui refusa de lui donner le titre d'Altesse. Peu après, M. de la Haye, ambassadeur de France à la Porte, passa pareillement à Malte où il eut pratique.

iGGC. Mort de Philippe d'Autriche, quatrième du nom, roi d'Espagne, auquel succède dom Car^ los , son (ils. Il s'ensuivit de ce changement de souverain une nouvelle investiture , que le duc de Sermoneitc , vice-roi de Sicile , donna à FOrdre en la personne du commandeur Gallean, général des gairres, qui prêta les sermens de tidélitc, ordinaires en pareilles cérémonies.

Le commandeur d'Elhenne, général des g^a- 1ères , se rend avec son escadre , à Barcelone , pour

DES GHEVÂtiERS DE MALTE. 209

escorter Timpératrice , qui alloit se rendre auprès de 1 empereur qui ne lavoit point encore épousée gotoiisr. que par procuration. Cette princesse, après avoir débarqué à Final, écrivit une lettre très -obligeante au Grand-Maître , pour le remerdier des offices qu elle avoit reçus du général des galères.

Le Pape fait trois grands-croix , dont un de ses neveux fut le premier; les deux autres furent pris parmi les principaux officiers du Palais pon^ tifical.

Le grand- visîr Achmet, avec un corps consi- ^ggdérable de troupes, se rend en Candie pour mettre fin à cette longue guerre, et au siège de la capitale de Tisle. Les Vénitiens ont recours, à leur ordinaire, au Pape et au Grand-Maitre. Les escadres de ces deux Puissances se joignent près Augusta , d'où elles se rendent sur les côtes de Candie et de Tisle de Standia. Le noble François Morosini étoit généralissime de toute Farinée Chrétienne; le noble Antoine Barbaro coiA^ mandoit dans la ville , et le marquis dfe Ville , Piémontois, étoit commandant des armes :tous généraux pleins de valeur; et,/ quoique l'émulation les rendit ennemis et jaloux de la gloire les uns des autres, ils ne laissoient pas de faire une vigoureuse défense.

Mort du Pape Alexandre VII, auquel succède Clément IX.

Clément, suivant la possession où s'étoient mis

ses prédécesseurs, nomme au bailliage de Sainte-

Euphémie , vacant par la mort de frère Philippe 5 14

3IO HIATOIBC DE LOBDIE

UtotÈdni , le ckcvalier (rere Vioœoi BospigUosi, 9on neirca : œ qui reooaTcUa la dooleor et la piaiotet de la langue dllalie, qui te Toyoit codiîouelleiDeal dépouiller eC anéuitir par les nomioatiooft papales.

TramactioD entre le prince Land^ve de Iletie, cardinal et grand -prieur d'Allemagne, et le seigneur Jean de Wigers , conseiUer-pensionnaire de la province de Hollande , au sujet des biens de FOrdre dépendans de la commanderie de llarleni , située dans la province de Hollande, et dont les magistrats setoient emparés. Par cette transaction, la protection du roi Très- Chrétien , et la négociation du comte d'Estrade, les Hollaodois , pour les biens de TOrdre doBt ils s^étoicnt emparés dans les provinces de Hollande et de West frise, s engagèrent à payer, à FOrdre^ cent cinquante mille florins ; et , au moyen de ce payement « TOrdre renonça aux droits qu il avoit sur ces biens, sauf son recours sur les biens situés dans les autres provinces, sur lesquelles il seroit permis d en poursuivre la restitution, ou, du moins , d en tirer une compensation.

Le marquis de Ville, général des armées de terre dans Tisle de Candie, quitte le service des Vénitiens, dont il étoit dégoûté par les mauvais traitemens qu il avoit reçus du général Morosini. L ambassadeur de Venise,, avec la permission (lu roi , propose "au marquis de Saint-André- Mombrun , de passer en Candie pour y commander en la même qualité. L'honneur de défendre

DES CHEVALIERS DE MALTE. 21 r

une place , à la conservation dé laquelle tous les princea Chrétiens s*intéressoient , détermina le Gotohu, marquis de'Saint-André à accepter ce commandement. Il partit en poste; et , après avoir passé par Venise f où il s embarqua ^ il arriva dans Tisle de Candie , et débarqua dans le port de la Tra-* mate, le 21 de juin.

Le général Morosini, remporte une victoire navale sur les Turcs.

Il arrive en Candie un puissant secours de Français, commandé par le duc de Navailles, et qui consistoit en sept mille hommes. Le duc de Beaufort, grand -amiral de France , commandoit la flotte. %

Le comte de Saint-Paul, frère du duc de Lon- 1669. gueville, étoit à la tète des volontaires, parmi lesquels on comptoit le duc de Chàteau-Thierri , frère du duc de Bouillon , le duc de Roannez , et le comte de la Feuillade.

La religion , toujours zélée pour la défense des Chrétiens, envoyé, en Candie, un bataillon de quatre cents hommes, commandés par frère Hector de Fay la Tour Maubourg.

Le comte de Saint-Paul , à son retour de Candie , passe à Malte , où il est reçu avec beaucoup d'honneur, après avoir fait sa quarantaine dans une maison située au Bormole.

Le duc de Navailles , après le temps porté par ses instructions, s en retourne en France.

Le bataillon de Malte , après avoir perdu beaucoup de monde, songe à se retirer d'une

2Î7 HISTOinE DE L OnDRB

, place qui, eu peu de joura, consumoit tous le$

CoKMUL secoure qui lui arrivoient du dehors.

Quarante vaisseaux apportent, , en Candie, un nouveau secoure de quatre mille six cenU hommes , la plupart Allemands , parmi lesquels il y en avoit quatre cents des vaisseaux du duc de Brunswic. Outre ce secoure, arrive encore le comte de Valdeck , à la tète de trois mille hommes ; et le Grand-Maître de TOrdre Teutonique envoyé une compaj^nie choisie et bien armée de cent cinquante hommes^ sans compter plusiçure seigneure volontaires , et de différente;» nations , qui servoient sous 1 étendard de la religion.

Le sieur de Témericourt, frère aîné du chevalier de ce nom , courant les mère sous letendard de la religion, prit un vaisseau Turc de quarante pièces de canon, proche Fisle de Scarpante, commandé par le coreaire Buba Assan. Il larnia de nouveau, et se rendit, avec un autre vaisseau de conserve, commandé par le chevalier de la Barre, dans les mers d'Alexandrie, où, ayant découvert deux Sultanes chargées de marchandises, il s avança pour les empêcher de gagner le port. Comme son vaisseau étoit meilleur voilier que la conserve, il s attacha à la Sultane qui étoit la plus avancée ; et , après lui avoir fait essuyer sa bordée, se disposant déjà de monter à labordage , il reçut un coup de mousquet à la tète qui ne lempècha pas , quoique renversé sur le tillac , d exhorter ses officiere et ses soldats à

DES CHEVALIERS DE MALTE. :ij3

continuer le combat. Les infidèles , voyant bien , qu'ils n echapperoient pas aux Chrétiens qui les gotoner. avoient cramponnés, par tin coup de désespoir, mirent le feu à leurs poudres pour les faire périr avec eux. Le chevalier de la Barre, qui étoit près de se rendre maître de la seconde Sultane y voyant le péril où étoit son ami , abandonne la Sultane, court à son secours, et le sépare du vaisseau qui brûloit. Mais Témericourt ne jouit point de sa victoire, étant mort le lendemain de sa blessure ; et la Sultane , que la Barre étoit à la veille de prendre, pendant le bon office qu il rendoit à son ami , échappa , et gagna le port d'Alexandrie.

Le Grand-Maître et le Conseil envoyent, en 1670. qualité d ambassadeur, en Portugal, le com-^ mandeur frère Antoine Correa de Sousa, écuyer. du Grand-Maître , pour faire compliment à dom . . Pedro, frère de dom Alphonse, roi de Portugal, sur son mariage avec la reine ^ femme de son frère, et qui avoit pris la régence de TÈtat. Il étoit chargé , en mêrae-tems, de redemander la jouissance du grand-prieuré de Crato , vacant par la mort du cardinal dom Ferdinand, infant d'Espagne. Mais les ministres^de Portugal s^étant rendus maîtres de ce riche bénéfice, le fégent, auquel ils firent entendre que la nomination et le patronage en appartenoient à la couronne, répondit qu'il avoit besoin de tems pour éclaircir cette affaire. Cependant, à la fin , il relâcha ce prieuré à frère dom Jean de Sousa, qui en

ai4 HISTOIRE DE L*ORDRE

^ avoit le titre et le droit par une bulle eipresst

riicoiftt . •

Cofo»cft. au couvent.

La prise de I tôle de Candie , et la paix que les Vénitiens a voient conclue avec les Turcs, font craindre au Grand -Maître qu'ils ne tournent leurs armes contre Tible de Malte ; et , pour la mettre en état de résister à tous leurs efforts, ce prince et son Conseil demandent, au duc de Savoye, un ingénieur habile, appelle Valpergo, qui ▼ient, par son ordre, à Malte, et qui ordonne de nouvelles fortifications. La première fut nommée la Cotoner. On ajouta, ensuite, de nouveaux ouvrages à la Floriane , avec une faasse braye et deux boulevards, Fun du côté du port Musciet, et Tautre vers le grand port. Pour défendre entièrement Fentrée du grand port, on construisit un fort royal, appelle Riccasoli,da nom d*un commandeur qui donna, à TOrdre, trente mille écus pour cet ouvrage.

1671. Mort du Pape Clément IX, auquel succède Clément X, qui écrit un bref au Grand -Maître,

1669. pour le congratuler sur les soins qu il prenoit de fortifier une isle qui servoit de boulevard à tous les États de la Chrétienté.

Le chevalier de Vendôme, malgré les oppositions des anciens chevaliers , obtint une grâce expectative sur le prieuré de France. Ce bref ne fut enregistré, dans la chancellerie de TOrdre, qu à condition que le nouveau grand-prieur dédommageroit le trésor des droits de mortuaire et de vacant.

DES CHEVALIEES DE MALTE. 2l5

On reçoit, dans lX)rdre, le pHnce Charles de

Lorraine, fils du duc d'Elbeuf , et Maurice de la ^^^^ Tour d'Auvergne, duc de Château -^Tbierri, fils du duc de Bouillon.

Le Grand -Maître et le Conseil, trouvant le nombre des frères servans-d armes excessif, font un règlement qui défend den recevoir dans la suite, jusqua nouvel ordre.

La disette des grains se faisant sentir à Rome, 167a. le Pape en envoyé chercher dans toute lltalie ; et le cardinal Altieri, son neveu, écrit, de sa part, au Grand-Mattre , et le prie d'envoyer lescadre de la religion pour escorter ses vaisseaux. L'ordre en fut donné aussitôt au bailli de Harcourt, de la Maison de Lorraine, général des ga 1ères, et au chevalier de Fovelle-Ecrain ville, qui commandoit la capitane.

Le chevalier de Temericourt est attaqué par cinq gros vaisseaux de Tripoli ; il se défend avec tant de courage et d'intrépidité , qu'après en avoir démâté deux, et tué beaucoup de soldats, les infidèles, désespérant de le pouvoir prendre, abandonnèrent le combat, et le laissèrent en liberté de continuer. Mots il fut, peu après, surpris par une horrible tempête, qui le jetta sur les c6tes.de Barbarie, où son vaisseau fut brisé, et pris par les Maures: on le conduisit à Tripoli, et de-là à Andrinople. Mahomet III , qui y étoit alors, demanda si c'étoit lui qui, seul, avoit combattu cinq de ses gros vaisseaux de Tripoli. M Moi - même , répondit le chevalier. — De quel

NlOUI-A*

3i6 HiSTOiitroE l'ordre

• pays e«-tu ? repartit le sultan. — Français, dit CotoMUi. « Temericourt. — Tu es donc un déserteur, conti- «nua Mahomet, car il y a une paix solemnelle « entre moi et le roi de France. — Je suis Français, « lui dit Temericourt; mais, outre cette qualité, «jai celle d*èCre chevalier de Malte , profession « qui m oblige a exposer ma vie contre tous les «ennemis du nom Chrétien». I^e Grand-Seigneur , voulant rengager à son service , len voya dabord dans une prison où il fut traité avec beaucoup de douceur, et lui fit offrir, ensuite, tous les partis avantageux qui pouvoient séduire un jeune guerrier de vingt-deux ans; et que, s'il vouloit changer de religion, il le marieroit a une princesse du sang, et le feroit bâcha oa grand -amiral. Mais ces offres magnifiques nébranlèrent point le jeune chevalier : il y résista avec le même courage qu il avoit fait aux armes des infidèles. Le Grand-Seigneur, irrité desafer* meté , et pour tenter si la voye He rigueur ne réussiroit pas mieux, le fit jetter dans un cachot pendant quinze jours. On lui fit souffrir des coups de bâton , la torture ; on en vint même jusqu a mutiler ses roemR*.es , sans que ce généreux confesseur de Jésus^-Christ Fit autre chose que de l'invoquer , et lui demander la grâce de mourir pour la confession de son saint no.m.

Enfin le Grand -Seigneur lui fit couper la tète. Son corps étant demeuré au lieu de son supplice» Mahomet, pour le dérober a la vénération des

DES CHEVALIERS DE MâLTE. 217

Chrétiens, ordonna qu'il fût letté dans la rivière ^ qui passe a Andrinople. Gotoneb.

Dispute entre les commandans Français et les 1673. officiers de 4'Ordre , au sujet du salut : le roi LiQuis XIV prononce contre lui-même. Cette négociation très^délicate réussit par Thabileté du commandeur de Hautefeuille , ambassadeur de rOrdre auprès du roi.

Les Mainotes , Grecs de religion , et qui habitent des montagnes, dans la Morée, implorent le secours du Grand -Maître, pour se soustraire à la domination des Turcs. L escadre de la religion se rend sur les côtes ; mais , les ayant trouvés peu unis, les uns soutenant le parti de la liberté , et les autres voulant rester fidèles aux Turcs , fies galères de Malte abandonnent ceifte entreprise.

L an 1 6 1 8 , le duc d'Ostrog , seigneur Polonois, du consentement de la République , avoit substitué tous ses biens à TOrdre de Malte. Cette grande Maison étant éteinte par la mort du duc Alexandre d'Ostrog , le chevalier prince de Lubomirki en donne aussitôt avis au Grand -Maître. Mais le duc Démétrius , petit général de la < couronne , se prétendant héritier , sous prétexte qu'il avoit épousé la sœur du duc Alexandre, le Grand-Maître envoya, au prince Lubomirki, une procuration pour maintenir les droits de Irréligion.

L amiral frère Paul BafFaël Spinola prend, dans 1674.

3l8 HISTOIRE DE L'oRDRE

^^^ le S^lfc de Magra , trois navires marchands , ri- Corosu. chement chargés.

Le vice-roi de Sicile demande le secours de la religion. I^e Grand -Maître lui envoyé aussitôt Tescadre des galères, sur lesquelles s embarquèrent plusieurs grands-croix , afin de marquer lenr sèle pour le service du rot d^Espagne, dont ils ëtoient nés sujets. Cependant le chevalier de Vabelle introduit , dans Messine , le secours de France.

Fondation du Grand-Mattre Nicolas Gotoner pour Tentretien de la forteresse de Riccasoli, dans Fisle de Malte.

1675. Ijc roi d'Angleterre déclare la guerre aux Tripolitains ; et ses vaisseaux sont bien reçus dans les ports de Malte.

Frédéric de Mogelin, envoyé du roi de Pologne, arrive à Malte et présente, de sa part , au Grand- Maître, une lettre de ce prince , dans laquelle il hii marque que, ses États étant continuellement infestés par les armes des Turcs, il lui sera fort obli{|é s'il veut faire diversion par quelque entreprise considérable. Le Grand-Mattre lui répond qnen déférant aux sollicitations de sa majesté Polonoise , il ne fera que remplir les obligations de sa profession ; que lOrdre a voit toujours em* ployé ses forces contre les infidèles, mais quil alloit augmenter les armemens pour répondre aux besoins et aux instances de sa majesté.

Le vice-roi de Sicile prétend engager la reli* gion, comme feudataire de cette couronne, à

DES GHEYALlEftS DE MALTE. 219

feirela guerre aux Messinois. Le Grand -Maître — — • lui répond que TOrdre, par son institut, ne cotohui. devoit jamais prendre parti dans les guerres entre Chrétiens , et qu on ne trouveroit rien de semblable dans lacté d*inféodation de Tisle de Malte.

On établit , à Malte , le lazaret , dans le fort Marza Musciet , et que , de nos jours , le Grand- Maitre Manoël a fait revêtir de fortifications trèsnécessaires.

Charles II, roi d'Angleterre, écrit très- obligeamment à Cotoner, pour le remercier de Taccueil favorable qu'il a fait à son amiral , et à ses vaisseaux , quil a reçus dans le port de Malte.

Les Génois embarquent des troupes du Mila- 167^nois qu ils transportent dans le port Malazzo , où se trouvoient, alors, les galères de la religion, commandées par le bailli de Spinola, qui, par complaisance pour le vice -roi de Sicile, et sans se souvenir des insultes que Fescadre de la religion avoit reçues dans le port de Gènes , consent que la patrone de cette République occupe le poste de la patrone de Malte : ce fut , sans doute , par prédilection pour sa patrie , et peutêtre aussi pour faire honneur à Augustin Durazzo, commandant des' Génois, qui avoit épousé la nièce de Spinola.

Peste affreuse dans Malte , qui fait périr un grand nombre de chevaliers , et beaucoup de peuple.

770 HISTOIRE DE LOIIDRE

■ Malte , devenue presque déserte , ne peut plus

o»n>!irR. fournir ses galères du même nombre de chevai«>7 iiers; ensorte que, dans les caravanes, où chaque (;aière avoit, avant la peste, viagt-un chevaliers, le nombre, cette année, fut restreiat à onze pour la capitane , et à neuf pour les auu«$ galères.

I^a dignité de maréchal étant vacante , le commandeur frère Louis de Fay Gerlande , et frère René de Maisonseule, tous deux de la langue d'Auvergne, de la même ancienneté de passage, et qui avoient eu les mêmes chai^^, prétea* doieni , à lexclusion Tun de lautre , à cette dignité. Après bien des disputes , le Grand-Maitre (*t des amis communs , ne trouvant point de jour pour décider de ce différend , firent convenir les prétendans de jouir de cette charge alternativement, et de mois en mois.

>67S- Maisonseule meurt deux ans après cet accommodement. Gerlande , resté seul , se met en mer avec lânq galères, et rencontre, sur le Cap Passan> , deux corsaires d'Alger; mais, au lieu d'aller à labordage , suivant ce qui se pratiquoit par les chevaliers, il se contenta de canonner ces deux corsaires : ce qui fit regretter la Maisonseule, et murmurer hautement, à Malte, contre Ger* lande, qui , pour s excuser, prétendoit qu'il avoit le vent contraire. '

Le capitaine Pierre Flèches Majorquin , trouvant, dans le même endroit, un corsaire d'Alger, le coule à fond , sauve cent soldats Turcs ,

qu il vendit , depuis , à la religion cent piastres — — chaque esclave. CaioaEu.

Le Pape veut terminer le différend entre la religion et la République de Gênes. Il en parle à lambassadeur de Malte , qui , par ordre de ses supérieurs, répondit au Pape, que la religion étoit fille d'obéissance; et que, quoiqu offensée parles Génois , elle se soumettroit aveuglément à ce qu'il plairoit à sa Sainteté de décider. Le Pape , ne voulant point prendre sur lui le jugement de cette affaire , elle traîna encore quelque tems.

Dom Juan d'Autriche , grand -prieur de Castille, étant mort, le Grand-Maitre et le Conseil font dessein de distraire, de ce riche bénéfice, huit mille ducats de revenu en .faveur de différentes personnes ; mais le roi d'Espagne , qui prétendoit au droit de patronage sur ce grand -prieuré, s^oppose à la diminution de son revenu.

Paix conclue entre la France et lEspagne , par 1679. le mariage de Charles II , avec la princesse Marie- ^ Louise, fille aînée de Monsieur, frère du roi Très-Chrétien. Frère Dom Juan de Yillavitiosa , va complimenter Sa Majesté catholique au nom du Grand -Maître, et obtient de ce prince une traite de grains, qui arrive, à Malte, dans le tems que la famine commençoit à se faire sentir dans toute Tisle.

Le Grand-Maitre , qui, depuis quelques années, 1680. étoit tombé dans une espèce de paralysie, ressent de vives douleurs de la pierre et de la goutte. Une fièvre lente lui ôte iosensiblement ses forces,

12a HISTOIRE DE LORDRE

, sans diminuer rien de son courage et de sa vigi-

Cufosu. lance ; enfin la dyssenterie loblige de se remettre au lit. Il nomme, pour lieutenant du magistère, frère dom Arland Seralte, prieur de Catalogne, et meurt dans de grands sentimens de piété, le 39 avril , âgé de 73 ans. Ce prince , qui , par son habileté, avoit procuré, à son frère , ladignîléde Grand-Maître, ne dut son élévation qua son mérite. U se soutint par une supériorité de génie, qui le fit toujours respecter de ceux qoi lapprochoient : habile dans les néfjociations, hardi dans ses entreprises, et prudent dans le choix des moyens propres à la réussite ; il eat tous ses frères pour amis , ne fit jamais part de ses desseins qu à un très-petit nombre d entre eux , et n eut point de confident. Il flit inhumé dans la chapelle de la langue d*Arragon ; et on grava Tépitaphe suivante sur son mausolée.

« Fratri D. Nicolao Cotoner, Magno Hieroso- «limitani Ordinis Magistro, animi maçnitudine, «consilio, munifîcentià , majestate principi) « erecto ad Mahometis dedecus ex navigii rostris, « ac Sultan» praedà trophaeo : Melita magnificis «extructionibus, Templorum nitore explicato, « munitoque urbis pomœrio , splendidè auctà ; « cive è pestilentiae faucibus penè rapto ; Hieroiisolimitano Ordine, cui primus post fratrem «prsefuit, legibus, auctoritate, spoliis ampli^'

DES CHEVALIERS DE MALTE. 2u3

"« cato ; republicà difficillimis saeculi , belli tem- ■ M poribus servatà ; verè magno quôd tanti nomi* coi^». « nis mensuram gestis impleverit, pyramidem u hanc excelsi testem animi D. D. G. famae su- « perstes. Vixit in magisterio annos XVI menses M YI, obiit 39 Aprilis 1680, œtatis 73. Post ejus M obitum , executores testamentarii tumùlum « hune fîeri mandavère. »

Trois jours après les obsèques de Cotoner , ça s'assemble pour hii nommer un successeur. Les brigues, commencées pendant sa maladie, continuent. Le trésorier de Vignacourt, assuré de dix suffrages , fait tous ses efforts pour réunir la langue Espagnole en sa faveur, mais inutilement. Les électeurs nomment le prieur de la Rochelle, dom Grégoire Carafe, Napolitain. Tout le GRteomB

GAHAfK

monde applaudit à cette élection , mais principa*^ ment les Italiens, qui, depuis cenc vingt-huit aiis , n avoient vu cette dignité possédée par aucun de leur nation.

Le nouveau Grand-Mattre s'applique, avec beaucoup de soin , à régler les affaires de la religion, et fait achever lés fortifications commencées par son prédécesseur.

Le général Correa * revient à ^Malte avec 16S1. six vaisseaux Algériens, dont il s'étoit rendu maître, après avoir couru risque d'être pris luimême.

Le bailli Colbert succède, à Correa, dans la charge -de général des galères de la religion.

Le bailli d'Arrias , qui , depuis vingt -quatre 168a.

3^4 HISTOIRE DE L^ORDUE

ans, remplissoit , cFune manière distinguée ^ la

c«AâFf' fonction de vice -chancelier, remet volontairement cette charge au Grand-Mattre , qui, sur la présentation du chancelier, lui donne , pour successeur , le commandeur Carriero , Portugais, secrétaire du trésor. Celui-ci est remplacé par le commandeur Bovio , depuis grand-prieur d'Angleterre.

Frère Jérôme-Molina , évèque de Malte, est nommé à 1 evèché de Lérida. I^ roi d'Espagne , sur la présentation du Grand-Maître , nomme à ce siège frère David Cocco Palmieri, homme d'une rare prohité.

Le roi Très-Chrétien écrit , au Grand-Maitre , pour lui apprendre la naissance du duc de Bour> gogne. Grandes réjouissances à Malte : les chevaliers Français , des trois langues, se distinguent par de superbes fêtes.

Les ducs de Canfron et de Barveic viennent à Malte. Ce dernier reçoit , des mains du Grand- Maître, la croix et le titre de grand-prieur d'Angleterre.

i683. Les Turcs assiègent la ville de Vienne avec une armée formidable. Jean Sobieski, roi de Pologne, le'duc de Lorraine, généralissime des armées de l'empereur, et le duc de Bavière, se réunissent pour la secourir. Les infidèles sont battus en plusieurs occasions, et, epfin , repoussés avec tant de perte pour eux , qu'à peine peuvent-ils repasser le Danube.

s6S4. Ce succès porte le Pape Ibnocent XI à con-

DES GHfiVALIEHS DE MALTE. 225

dure une ligue avec lempereur, le roi de Polo- , çne et la Républiquede Venise, contre les enne- CkMh. pïis du nom Chrétien. Le Grand ^Maitre veut prendre part à une si louable entreprise , en écrit au Pape, et prépare toutes ses forces pour se joindre aux confédérés. Lescadre de la religion se met en mer , sous les ordres du bailli de Saint- Étienne , jette lepouvante sur toute la côte de Barbarie , et chasse les ennemis des deux isles de Prévisa et de Sainte-Maure.

Nouvel armement de la religion , commandé i665. par frère Hector de la Tour Maubourg. La flotte des Vénitiens, et les galères du Pape joignent Tescadre de Malte*, à Messine. Morosini, généralissime de la République , attaque Coron , et s en rend maître, malgré la vigoureuse résistance des assiégés. Les chevaliers sy distinguent par des efforts incroyables de valeur, sur-tout en enlevant , aux infidèles , un fort qu ils avoient repris sur les Vénitiens. Le général de la Tour est tué dans cette attaque. *

Le fort Saint-Elme rebâti , et le château Saint- 1686. Ange fortifié par les soins du Grand-Maitre.

Les chevaliers se remettent en mer , au printems, sous la conduite dlErbestein , grand^prieur de Hongrie ; trouvent les galères du Pape à Messine, et prennent ensemble la route du Levant. I^ flotte Vénitienne les joint à Tisle Sainie-Maure. Ils assiègent le vieux Navarrin , le prennent , et de là, vont attaquer le nouveau Navarrin : place importante par sa situation et par la commo-

:ia6 HISTOIin DE LOBDRE

flité de son port, mak défeudue par une forte garaison. Morosioi s'en rend maître, après quel- . ques jours de siège , (ait avancer la floite vers Modon , ville plus forte , mais qu il for^ ég^l^* ment de se rendre. Plusieurs chevaliers y pé* rissent.

^ Les confédérés, animés par de si heureux suc* ces, s avancent vers Naples de Romanie, capitale du royaume de Morée. Ils y débarquent , le 3o juillet, en forment le siège, mettent trois fois en fuite le Serasquier qui faisoit tous ses efforts pour la secourir, et la prennent, après uo mois d une vigoureuse résistance de la part des assiégés. Le général Erbestein reprend la route de Malte. Dis-neuf chevaliers périrent , k ce siège , avec un nombve considérable de leurs soldats.

Le commandeur Dom Fortunat Carafe, frère du Grand-Maitre ; le prince Jean^François de Médicis , prieur de Pise , frère du grand-duc; et frère Léopold Rollonistch , évèque de Neustadt, sont nommes cardinaux.

16S7. On fait, à Rome, de nouveaux préparatift pour le Levant. Le Grand-Maître équipe huit galères, commandées par frère Claude de Mechatein.

Descente en Dalmatie. Les trois flottes se réunis* sent devant Castel-Move qui se rend ; et , par là, les VénitienssontmaîCresde tout le golfe Adriatique. Le Pape Innocent XI écrit, au Grand-Maître, pour le féliciter sur la valeur que ses chevaliers avoient fait parottre dans cette expédition.

Le duc d'Uxeda est nommé vice-roi de Sicile,

DES CHEVALIERS DE MALTE. 3'i7

en la place du comte de Saint -Etienne, qui, , escorté des galères de Malte, va prendre posse»- Câiuw. sion de la vice-royauté de Naples.

Frère Dom Emmanuel Pinto de Fonseca est fait bailli d'Acres. Frère Dom Félix Ingo d'Aierva quitte la dignité de grand-conservateur, pour prendre le bailliage de Caspe. Frère Ximenès de la Fontaza, bailli de Négrepont, est fait grandconservateur, et est remplacé, dans le bailliage, par le grand-chancelier Gorrea. Frère Dom Philippe Escoveda est nommé grand -chancelier.

Frère Fabio-Gori obtient le baillage de Venouse. Frère Feretti, receveur de Venise , est fait bailli de Sainte -Euphémie. L amiral Gavaretta prend le bailliage de Saint-Étienne. Averardo de Médicis lui succède dans lamirauté; et Spinelli , bailli d'Arménie, est nommé général des galères.

L'escadre se remet en mer, au printems, sous la conduite du commandeur Mechatein. Le généralissime Morosini, devenu Doge cette année même, fait partir la flotte de la République. Les deux armées réunies, attaquent le fort de Nègre* pont. Le siège en est long et difficile; et on est . obligé de labandonner, après y avoir perdu beaucoup de monde : vingt-neuf chevaliers des plus braves y périrent.

Le Grand-Maître est vivement touché de cette perte. Le chagrin , joint à une rétention d urine, '• lui donne la fièvre ; il fait son acte de désappropriement; nomme, pour lieutenant du magistère, frère Dom Gharles Carafe, son sénéchal, et

ij8 HISTOIRE DE l'ORDRE

GitnottK ne 8 occupe plus que des pensées de rétemité. Il CàBAn. meurt, le a Juillet, âgé de 76 ans, après neuf ans et dix mois de maf^istère. Il sçut parfaitement allier Fhumilité reli{peuse avec les vertus militaires, et se distinj^ua principalement par son amour pour les pauvres. Son corps fîit porté dans la chapelle de la lan^e dltalie , où il avoit lui-même fait construire son tombeau. On y lit cette épitaphe, qu*il avoit aussi, lui-même, composée deux ans avant sa mort.

«Frater D. Greg^orius Carafa Arragonius, è «principibus Rocellae, Mag[nus Hierosolymitani «Ordinis Magister, cui vivere, vitâ peractâ, in « votis crat. Quia mortem primam qui praeve- «nit, secundam évitât, hoc sibi adhùc vivens, « non niausoleum , sed tumulum posuit resur- « recturo satis. An. Dom. M. DC. XC. »>

L'inscription suivante fut gravée sur le marbre qui est au pied de sa statue.

« Enieritos venerare cineres , vîator. Hic jacet « frater D. Gregorius Carafa, ab Arragonià M. M. « darus génère , genio praeclarior. Heroas , quos «in nomine gessit, in virtute expressit. Effusâ «comitate, difFusis triumphis,' populos habuit «amatores, orbetn fecit admiratorem. Bis ad A Hellespontum , toties ad Epirum , Peloponoe- «sum, Illyrium : impertito ductu, pra&validà il epe 9 classes delevit , regias expugnavit. Muni*

« fieentiâ,pietate princeps laudatissimus. Urbem * arces, portus, xenodûchia, templa ampliavit , «restituit, ornavit. Publico semper religionis « bono curas impendit et studia. iÈrarium ditis- « simo spolio cumulavit. Obiit die XXI julii , «anno œt. LXXVI. Mag. X. Sal. M. DG. XC.>»

Nouvelles l)rigues pour leleclion : les suffrages •

se réunissent en faveur de frère Adrien de Vi- ^v™a."** ONACOUBT, grand -trésorier de l'Ordre, neveu couht. d'Alof de Vignacourt, qui, en 1601, avoit été élevé à la même dignité. Il prend possession des deux isles, et envoyé, à Palerme, le commandeur Riggio pour faire part de son élection au duc d'Uxeda , vice-roi de Sicile.

L escadre revient du Levant où elle étoit allée joindre la flotte de Venise, et donne, à Malte, la première nouvelle de la prise de Valonne : grandes réjouissances de cet heureux succès.

Le Grand -Maître, par ses libéralités, remédie aux besoins pressans des veuves et des enfans de ceux de ses sujets qui étoient morts dans les dernières guerres. Son exemple est suivi par plusieurs chevaliers:

La religion entretient une galiote bien armée , i6qi. pour donner la chasse aux corsaires de fiarbarie, qui faisoient des courses continuelles sur la mer de Sicile, jusques dans le canal des deux isles.

Le cardinal Pignatelii , Napolitain , est élevé au souverain pontificat, le 8 août, sous le nom dlnnocent XII.

Le Grand- Maître fait construire plusieurs

!k3o riisTOinE de l^ordre

•^■^"^ mainicins, et fortifie, (par de» travaux considé-

Vk.114. rable9 , tous les lieux qui ne lui parurent pas en

^^"- état de résister. Ce (tit au milieu de ces occu*

pations, qui n avoient pour objet que la sûreté

de la relifjion, quil apprit, par les lettres de

Tempereur I^opold P^'^que farmée impériale,

sous les ordres du prince de Bade, venoit de

remporter, contre les Turcs, une victoire si coni-

plette, qui! ctoit resté trente mille infidèles sur

la place.

Grand et maf^nifique arsenal bâti a Malte, pour y construire les (galères.

lies ministres de la Cour de Rome, dans une imposition extraordinaire, veulent y comprendre les biens des religieux , à titre de biens ecclésiastiques. Le nouveau Pape, de son propre mouvement, et sans attendre les remontrances de rOrdre, les en exempte; et, par un Bref du 7 décembre, il renouvelle la permission que ses prédécesseurs avoient déjà accordée, de porter le Saint- Viatique dans les galères.

ï69». Le grand -prieur de Messine, général des galères , se met en mer , et s avance vers les côtes de Barbarie , sans rencontrer d occasion de signaler son courage. Il prend sa route vers le Levant, joint les galères du Pape a Messine, et larmée Vénitienne à Naples de Romanie : toute la flotte va attaquer la ville de la Canée , place importante par son port , et Tune des plus agréables de l'isle de Candie. Après un siège de vingtquatre jours, ils sont contraints de se retirer,

Lé

DES CHEVALIERS DE MALTE. 23l

parce que la saison étoit trop avancée. L'escadre — — de la religion revient à Malte, dans le tems que viona- Ton y faisoit des réjouissances publiques, pour «<>''•'• la prise de la forteresse du grand Varadin , par Tarmée impériale.

Le marquis d'Orvillé , neveu de' Vignacourt , arrive à Malte, et y est reçu avec tous les hon-ineurs qu on a coutume de rendre aux neveux des Grands-Mat très règnans.

Un horrible tremblement de terre , commencé 1693. le 1 1 janvier, à dix heures du soir, jette lepou* vante dans Tisle. Il finit, au bout de trois jours, après avoir renversé plusieurs édifices. Quatre (ralères, venues de Sicile , apprennent, au Grand* Mattre , le malheur de la ville d'Augusta^ que ce tremblement avoit renversé de fond en comble. Ce prince y dépêcha le général de 1 escadre , arvec cinq galères , pour aller secourir les habitans ; indique par-tout des prières publiques, et trois jours de jeûne pour appaiser la colère de Dieu , et défend, cette année, les divertissemen« ordinaires du carnaval. 11 s'applique, ensuite, /à réparer le dommage que le tremblement avoit fait dans Fisle de Malte.

Plusieurs vaisseaux manquoient'de mâts, d'a-grès et d autres choses nécessaires pour se mettre en mer. Ijc Grand -Maître fait venir d'Amsterdam tout ce qui manquoit à sa flotte. Ensuite il donne ses ordres pour rétablir les magasins et les fours que la religion avoit à Augusta. Le commandeur Ferraro , chargé de ce soin , fait

333 HISTOIRE DE LORDRB

** rebâtir ces édifices beaucoup plus magnifiques vTgTa. qu iU n etoieot , et y fait mettre les armes de ^'^•'- Vignacourt.

Le grand -prieur de Messioe, après avoir côtoyé toutes les isles de T Archipel , avec son escadre, revient au golfe de Terre-Neuve; poursuit un vaisseau de Tunis de cent trente soldats; vi«Dt à^Tabordage, s en rend maitre, après qudque résistance , et le ramène à Malte. U y trouve le Grand-Maitre fort indisposé contre lui. On 1 accusoit davoir évité lattaque des trois vaisseaui corsaires, et d'une tartane quil avoit rencontrée en allant vers le levant. Le général se disculpe, en prouvant qu'il avoit poursuivi lennemi, avec beaucoup de vigueur, jusqu'au soir, bien résolu de lattaquer le lendemain ; mais que les corsaires* avoient profité de la nuit pour s'échapper , et navoient plus reparu. Sur les enquêtes, et le procès-verbal des dépositions , le général est déclaré innocent.

1694. Nouvel armement , sous la conduite de firère François Sigisraond , comte de Thum , nommé général , en la place du grand - prieur de Messine.

Prise de 1» ville de Chio , après huit jours de siège.

Le roi très - Chrétien et le duc de Savoyei veulent lever des subsides sur les biens de la religion, qui se trouvent dans leurs États, sous prétexte des dépenses excessives de la guerre. Le Grand-Maitre leur i^présente les privil^es de

rOrdre ; et ces deux princes se désistent de leur -— r—

j . * -- Adbier de

dessein. , Vigva-

Le Pape se rend arbitre des différends de la ^^"*' religion et de la République de Gènes, et récon* cilié ces deux puissances. Plusieurs Génois prennent rhabit de*rOrdlre.

Le général Sigismond se met en mer , et pour- 1695. suit un vaisseau de Tripoli. Il s en rend maître , après un combat de deux heures , et Tenvoye à Malte, s avançant toujours vers le Levant Ce voyage est sans effet, parce que les Vénitiens, auxquels il setoit joint, ne voulurent faire aucune entreprise, soûs prétexte que la saison étoit trop avancée.

Maladie du Grand-Maître. Brigues, pour Fé- 1696. lection prochaine , éteintes par sa convalescence. Le Pape fait présent à la religion d'un grand nombre de forçats, quil fait transporter à Malte.

Le Grand -Maître, attaqué d'une fièvre vio- 1697. lente, se dispose à la mort. Il nomme, pour lieutenant du magistère , le bailli de Leza , dom Gaspard Carnero , du prieuré de Portugal ; fait son acte de désappropriement; et meurt, le 4 février, âgé de 76 ans, dont il en avoit passé près de sept dans le magistère. La piété et Tinnocence des mœurs furent toujours le caractère de ce prince. Sa droiture et son humeur bienfaisante le firent généralement estimer ; et jamais on ne lui fit d'autre reproche que de setre laissé conduire par quelques favoris, qui pensaient plus

2'^4 HISTOIRE DE LOBDIE

à leurs propres intérêts, qu a oeax de la rdigion, ViotoA- et à rhonoeur de celui qui leur avoit donné sa ^w- confia Doe. On 1 enterra dans la chapelle de la

langue de France , où on lit cette épitaphe .

EmittCfitissimi prindpi»

Fr. Adrt»ot de Vi^acourt mortaks oronn

Sub hoc marmore quicscuot.

Si geoeris spleridorem quaeras,

Habc« in solo nomine, Habes in afRnitatibus ponè re^is;

Si religiosœ vit» merîca (pectes, Caritaieni evQk pauperes, et infiroios îiidefesaaai,

£rgà peste laboranles gcnerosam mirari poteris, Et ità intemeralam morum innocentîam.

Ut mori poiiùs, quam fiocdari voluertt.

Maçnt Aloffi rx pâtre nepos, ^

Fntegritatis, fortitudinis et justitis laude •imilUmus,

Tanti priocipis Fa ma m esC assecutus.

Visit sauctissiniè, sanctissiraè obiit, Anno salutis 1697.

On s assemble , le 7 février , pour procéder à Télection d un Grand^Mattre. Différentes fsictions partagent les électeurs , qui , enfin y se réunissent Ratmohd en faveur de frère BATMOitp Perellos de Rogca- FULL , de la langue d'Arragon , bailli de Nègrepont , âgé de 60 ans. Deux jours après , il prend possession de la souveraineté des deux isles ; et « le i5, il assemble le Conseil, dans le dessein

Perellos.

de réformer les abus qui s'étoient iatrodaits — — dans rOrdre. Les Papes accordoient souvent , febellos. aux importunités et à lambition de quelques chevaliers, des Brefs pour être reçus grands-croix de grâce : doù il arrivoit que les anciens, qui se voy oient enlever, par des jeunes gens, une récompense due à leurs services, se retiraient dans leur patrie. Devenus alors moins attachés à l'Or* dre, dont ils croyoient avoir lieu d'être mécontens, ils ahandonnoient, à leurs familles, des biens que la religion a grand intérêt de se ménager. On résolut d écrire à Sa Sainteté , pour la supplier de ne plus accorder, à l'avenir, de pareils Brefs, qui tendoient au renversement de la discipline. On fit aussi un règlement , pour défendre, à tous les religieux , de porter de Targeut et de lor sur leurs habits ; et on leur interdit absolument les jeux de hazard. Le duc de VaraguèS) vice*roi de Sicile, qui demandoit, depuis longtems, un Bref de grand-croix, pour le commandeur Riggio , receveur de Palerme , continue vivement ses instances , et l'obtient , parce qu'on trouva ce Bref expédié par Vignacourt.

Paix conclue, à Riswick, entre la France et ifig*. TEspagne. Réjouissances publiques , ià Malte , pour ce sujet. Boris Petrowits Seremetef , proche parent du Czar, vient visiter le Grand -Maître avec des lettres dé recommandation du Pape et de l'empereur. On le reçoit avec tout l'honneur dû à sa naissance et à son mérite.

liC Pape Innocent XII juge les diflfcrends qui 1699.

étoient , depuis long-tems, entre Tévèque ^ FnuLM. Malte et le prieur de Tëglise , au' sujet de leur jurisdictioQ. Les deux partis se soumettent, avec joye, à la décision du Saint-Père; et le Grand- Maître, par reconnoissance, fait ériger, au souverain pontife , une statue de bronze , sur la principale porte de Téglise de la Victoire , avec cette inscription :

« Innocentio XII optimo et .sanctissimo pon- « tifici , dissidiis compositis inter ecdesiasticum • et magistrale forum exortis, utriusque juribus «piè servatis, pluribus commendis liberalitèr « restitutis : Em. et Rev. Dom. Fr. D. Raymundus «de Perellos de RoccafuU, grato et unanimi « omnium voto , toi tantaque bénéficia aeterai- « tati dicavit, auno M. DCIC. n

Les galères de la religion attaquent deux vaisseaux de Tunis. Le vent » devenu contraire , tout a coup les sépare et donne moyen, aux corsaires, d'échapper. I^e Grand-Mattre et le Conseil, mal instruits de cet accident , et craignant que les officiers nayent manqué à leur devoir, nomment des commissaires, qui, après un mûr examen , les déchargent de tout soupçon.

1700. Le bailli Spinoia, général de lescadre, qui s etoit embarqué le 1 5 février , découvre , vers la Sicile, un vaisseau ennemi , et latteint à force de rames. La capitane, qui le poursuivoit de plus près , ayant perdu sa grande voile d un coup de vent, Spinoia se résout à labordage.

Le combat fut sanglant des deux côtés. Le com-

DES CHEVALIERS DE MALTE. a37

mandeur Spinola , frère du général , est blessé à mort, auprès du grand -prieur de Messine , qui i»uiuum. combattoit appuyé sur son valet -de -chambre, parce que son grand âge ne lui permettoit pas de se soutenir. Le valet-de-chambre est tué; et le grand-^prieur sattachç, d'une main , au bois qui soutient la boussole , et continue le combat. Le vaisseau ennemi donne fortement la proue dans la capitanc, et louvre, dans le tems que la vic-> toirc se déclaroit pour les chevaliers. Le vent du sud , suivi d'une horrible tempête , dispense lescadre. lie commandeur Javon, capitaine du Saint-Paul, va au secours de ceux qui avoient fait naufrage dans la capitane, en sauve cinquante, parmi lesquels étoit le général Spinola, le grand -prieur de Messine, le commandeur Brossia, et le chevalier de Saint-Germain; et il s*obstine^ à rester dans le même endroit,, pour retirer les autres , malgré les remontrances du pilote, cfui lassuroit qu'ils étoient en grand danger : « Trop heureux , disoit le capitaine , de <t perdre la vie, pour la sauver à un seul de Té- «quipage». Le vent, néanmoins, Ten éloigna, malgré lui. Vingt -deux chevaliers, et plus de cinq cents hommes , tant ofBciers que soldats, périrent, ou dans le combat, ou dans le naufrage. Les autres galères sont portées, par la tempête, vers le Levant; se rejoignent à Augouste, et reviennent, ensemble, à *Malte. Le Grand-Maitre pourvoit à la subsistance des familles de 96% sujets , morts dans cette action.

Hat

338 HISTOIRE OB LOROEE

' Pterellos voyoity depuis longo^tems , rtcc (kwileur, que^ depuis que la religion s eloit oontentëe denCreleoir une escadre de galères, et quelle a voit cessé d'avoir des vaisseaux de guerre, les corsaires de Barbarie prenoieni, tous les jours, des vaisseau! marchands Chréliens; faisoient des descentes fréquentes sur les côtes dltatie et d^Espagne; pilloient les villages, et réduisoient quantité de familles dans Tesdavage.

Les Chrétiens jettoient en vain les yeux , depuis plus de quatre-vingts ans , du côté des chevaliers de Malte, leurs anciens protecteurs: il setoit trouvé, jusques-là, trop dobstades à surmonler, pour rétablir, à Malte, rescadre des vaisseaux; mais Perellos, devenu Grand -Maitre, aidé des conseils du bailli Zondodary, qui lui succéda, ne trouva point ces obstades insurmontables; et il détermina le Conseil plus aisément quil nauroit cru. Ainsi, dès quil eût amassé les fonds nécessaires pour la construo tioQ des vaisseaux, on chercha, dans tout l'Ordre, le chevalier le plus intelligent pour présicfer à leur construction, et le plus en état de les commander. Le choix tomba sur le chevalier de Saint -Pierre, de Normandie, capitaine des vaisseaux du roi de France , qui obtint , depuis , par ses services , la commanderie magistrale du Piéton : cest à ce commandeur que nous de* vous le Projet pour extirper tes corsaires de Barbaiie, qui a été imprimé dans les pays étrangers, parmi les ouvrages de M. labbé de Saint-Pierre,

son frère , et qui avoit été fort a(>prouvé par le — — — Grand-Maitre. Pkhuxos.

La galère Sâiat-^Paul est jettée^ par un coup de vent, dans les. rochers de la petite isle d^Os» trica, près de Palerme; et^ malgré les soins du général Javon , y périt avec trois chevaliers , et soixante et dix hommes de lequipage : le reste Ait sauvé par les autres galères.

L^escadre reiourpe sur les côtes de Barbarie , 1701. et y rencontre la sultane Binghem^ gros vaisseau de quatre-vingts pièces de canon , et de trois cents hommes d armes. Le combat fut long, etla perte considéraUe pour les deux partis, mais à lavantage des chevaliers qui ramenèrent le vaisseau à Malte. Le Grand-Mattre fait placer dans Téglise de Saint-Jean d'Aix, lieu de la naissance du chevalier Ricard , Fétendard de ce vais* seau, pour honorer la valeur de ce religieux, qui avoit le plus contribué à cette victoire.

Mort de Charles II, roi d'Espagne. Philippe V lui succède, et confirme tous les privilèges de rOrdre.

Le cardinal Albani est élevé au souverain pon* tifikat f sous le nom de Clément XI , en la place d'Innocent XII.

L'escadre des galères de la religion va attaquer les infidèles jusques dans le port de la Goulette, et revient ^ à Malte, avec un gros vaisseau et un brigantin des ennemis : un chevalier et quatre soldats perdirent la vie dans cette expédition

*4o HISTOIRB DK L'OIOIB

k.,««. 'f g«n<H»rieur d'Angleterre va , à Rone. « ••««I4.. qualité dainba«»adeurextnioitIin«ire, poorol. tenir du Pape un règlement «or les prttention de I .oquuiteur de Malte , au .ujet de « joridk Uon. La^irc, aprè. quelques délais, se termine a la satishicuon du Grand-Maître.

*T^ .'''**?»**« *ï« vaisseaux, commandée p« le chevaber de Saint-Pierre, piend la route dVlevant, rencontre trois vaisseaux de Tunis et !(> poursuit. U vaisseau Saint-Jacques peitl so« mat avant le combat, et se retire. Le Saint^Jesa • attache au vaisseau amiral des ennemis, cbar» de cinquante pièces de canon et de trois œst soixante et dix soldats , et s'en rend maître, tandis que le reste de la flotte ennemie iuit à toMes voiles. Ce bâtiment augmente l'escadre de b leligion , sous le nom de Sainte-Croix.

'707 Le commandeur de Lango conduit, à Orao un convoi de munitions de guerre, sous le coiih mandement du chevalier de Saint -Pierre- et avec son seul vaisseau de cinquante canoiîs il passe au milieu de la flotte d'Alger qui &isi,t sur lui un feu continuel; et, malgré les efforts des inhdèlcs, soutenus de la présence de leur roi, il iniroduit le secours dans la place. Cette action lui fit donner, peu de tems après, la lieutenance générale de l'escadre de la religion , et le commandement des vaisseaux.

Le roi d'Espagne écrit, au Grand-Mattre, pour le prier d'envoyer, une seconde fois , l'escadre de la religion au secours d'Oran. On en (ait les

'm DES CttËir\LîER$ DE MALTE» 24l

rreFi|^t*éparatifs^ qui furent sa4|s effet, parce que la rdioij nouvelle se répandit que les infidèles s'en étoient Psaellos, 5Qf {^rendus maîtres, et que le Turc armoit puissam«^ ;y,f[,;inent.

(^3... Perçllos, affligé^ de cette nouvelle, se sent 1709. j(,f attaqué de la goutte, et d^une fièvre violente. iQiuj^^tl reçoit les sacremens avec de grands sentimens jjj.de piété) et^e dispose à la mort, après avoir j^j nommée le grand-prieur de Messine, Tancrède de Sienne, pour lieutenant du magistère. Se g {^«trouvant un peu soulagé^ le lendemain , il donna ,^jj^à frère Alexandre Âlbani , neveu du Pape, et dej^puis bailli d'Arménie, la commanderie de Vijjp,terbe, vacante par la mort de Rondinelli: ses |. forces lui revinrent peu-à-peu; et il recouvra entièrement la santé.

Le bruit court quon fait, à Constantinople , , un armement de vingt Sultanes, de quarante ga* lères et de plusieurs petits bâtimens, et que tous r ces préparatifs sont contre Malte. IjC Conseil, ^ pour n'être point surpris , demande du secours ,

au Pape, qui fait partir pour Tisle une tartane chargée de poudre, de plusieurs autres provisions nécessaires pour soutenir un siège, et de cent cinquante soldats, avec promesse d'envoyer incessamment un secours plus considérable. Le commandeur d'Allègre est envoyé au roi Très- Chrétien; le commandeur de Sannazar, à Li« vourne; le commandeur de Mqnteclair, à Gènes. Tous revinrent avec des forces considérables, et débarquèrent , à Malte ^ un grand nombre de che*

24^ HISTOIRE DE l'ORDRK

— ^^— valiers qui accouroî^nt de toutes parts, pour PuiuLMt^ contribuer à la défense de la religion. On nomme les ofKciers-généraux ; on partage les soldats en plusieurs corps; on trouve près de mille hommes d armes résolus de se bien défendre.

Cependant larmement de Constantinople , dont on avoic fieiit tant de bruit, se termine à cinq Sultanes qui vont se joindre à trois autres vaisseaux sortis des ports de Tunis et de Tripoli. On craint une descente dans Tisle du Goze; on y transporte toutes les choses nécessaire» pour la défendre; et Tancrède, grand*prieur de Messine, malgré ses infirmités et soil grand âge, obtient du Grand-Mattre la permission d y passer. De concert avec le commandeur de Langon, lieutenant-général, et le commandeur de Montfort , gouverneur de Tisle, il en rétablit les fortifications, et la lùet en état de résister. Mais lennemi, désespérant de réussir dans cette entreprise, se contente de mettre le feu à quelques petits bàtimens qu il trouve sur la cote , et reprend la route du Levant. ,

Le Grand-Mattre augmente considérablement les magazins que son prédécesseur avoit fait construire, facilite, par ce moyen , le commerce, et produit labondance dans ses États.

Sur la nouvelle que quatre Sultanes setoient naises en mer, avec un brigantin , dans le des* sein de tenter une descente dans la Calabre, le Grand-Maitre fait partir lescadre sous les ordres du commandeur de Florigny. Au bout de quel*

ques jours , on découvre un gros vaisseau qu on reconnoU pour la capilane de Trip<^, commandée par le fameux cors^re Bassa-AU-An« tulIa-Ogli-Stamboli. L'équipage étoit de six cents hommes, avec cinquante-six canons et quarante • pierriers. Elle étoit suivie d une tartane de dôme canons, de trente pierriers, et de deux cents hommes , commandés par Mahmut-Ogli-Casdagli, qui, malgré les ordres de son général, voulut soutenir lattaque de Fescadre. Le commandeur de Langon , qui montoit le Saint^acques , commence le combat à coups de canon; le feu se met aux voiles des vaisseaux ennemis , et embrase les deux bâtimens. Les Turcs, désespérant de 1 éteindre, se jettent à leau : les chaloupes de la religion se détachent pour les secourir : elles en retirent quatre cents , parmi lesquels étoit le rais de la capitane de Tripoli , et cinquante esclaves Chrétiens que Ion mit en liberté: cinq hommes du vaisseau Saint-Jean périrent avec le chevalier Pagani Nocera.

T^ Grand-Maitre fait venir des bleds du LeJ 1710. vant, et remédie ainsi à la disette des Maltois auxquels le vice -roi de Sicile refusoit, depuis plus d^un an , les traites ordinaires.

Le commandeur de Langon fait avancer Tescadre des vaisseaux sur les côtes d'Espagne. Il rencontre la capitane d'Alger, montée par cinq cents hommes, qui ne se rendent qu après un long combat, et la perte de tous leurs officiers.

Cette victoire fut fuoeste à la religion par la

7^ iimToinic »K i,*om»mc

mort <!• et commandwir, qu« m valeur tii ar»

oor|i« fui fHirt<i à/:ttrtlniB*iM', H «ni*!»* h>u* le urnnd «utol du in «îatln^<lr«l«. Pour ét«n»l»*r ••» méroolrr, l« (>riin«l-M«Uw fil ««ver, mr un* pj«rrr iMi|iulclir«l« , plnc^fl Hmw !• ii«f <!• r*(jliH! de lkiint-Jc«n , IVpliaph« «ulvNnt*.

* Fwtri JoiTplio «l« l^«fl« Alverno , oiju» vér-

• luUîiii In lpM> tyroHnli «ow mutumm iJnlItoe

• n«vr» fw^wt , TlirjMJWi Msnnérc , HUUi^nt*» !»•- « liuAff vlfttrlcrni. Oranuni , dira oliildloiM» due-

• tum , mm «nU-A wlIfilonU Mvl, qui pi»w«t , «on«rurliint ilttcrn», iHUiftwIà Alufrii «!••••, «(rjuiMiua r<îfi« tw»* v«l invUo, milltem «t ««••- «inraium lnv«xU. (>eii«rttll« rlaiwittm prwfoctti»

• Nd TrJpoUmworuro prjptoriwm iutmtd^ndmm - plurlmo iiioifwtnto fuit. Utt4w tiitii«ii «ooftUio ««t rorUtujUnr nilil ubiqtt« wemptw in «W<»»

• conUnuft twnMullI. Supwmà tiin4«in Al(|«ru Mn«v« «uluMît*, «rwpioque Inde vttlner» iMMbo, «Victor futo f«iMU, die iH. «prJlta 1710, wl. 4» •

' - K. M, M. V. II. H. <l« P«wlloii»<»c««rttll »d U- « n«ni«r«ntii« «rjjumwiitum mortuo hoc nutren» «podltum volait «enoUiphluiii td intinori»

«pflreiifilt«t*iW'»

KntrapriM) de I InquWteur d« Mail* wr I inlirni«rl« d« Im rttUffUm. Iai triliuiuil d« l'inqtiUittoii «voit été introduit dan* ri»l« p«r Grégoire XIII;

mais avec tant de ménafrement , qa on ne s'en ^ étoit presqne pas apperçu. Ce fut lévèque oeptnELLOf. Malte qui reçut, le premier, cette commission. 171 1. Quelque tems apràs, on en revêtit un officier de la Cour de Rome; mais on lui enjoignit de ne procéder que conjointement avec le Grand *Mattre, Févèque, le prieur de Téglise et le vice-chancelier; et même il ne lui étoit permis de connoltre que du crime d'hérésie. On né s'avisa point de s'opposer, alors, à une autorité dont lexercice demeuroit dans les premières personnes de TOrdre ; et on ne prévit point que les inquisiteurs pourroient, dans la suite, «se M rendre non-seulement indépendans ; mais in«> «supportables à une milice formée du sang le « plus noMe du Monde Chrétien, et dont TOrdre « est revêtu du caractère de souverain sur ces « sujets (i). n

Delci , qui , en 1 7 1 1 , exerçoit la fonction d'inquisiteur, après avoir porté ses prétentions jusqu^à demander que le carrosse du Grand-Mattre 8 arrêtât à la rencontre du sien , ne crut pas devoir souffrir que l'infirmerie de la religion fut , plus long-tenra , exempte de sa juridiction. Ce lieu , le plus privilégié de l'Ordre, et (2) confié à la garde des chevaliers Français , les plus zélés

(1) Mémoire présenté à Louis XIV.

(2) Le Maréchal même de l'Ordre ne peut entrer dans rinfirmerie sans laister^ à la porte, son bfttou dé commala» dément.

a46 HISTOIBE DE L'OBDRK

■ pour leur liberté, ne reconnott d autre autorité

PntLLot. que celle du Grand-Hospitalier. Tout autre , de

quelque qualité qu il soit , ne peut y entrer sans

7 laisser, à la porte, des marques de sa dignité. Les

^ ' officiers de Tinquisition y entrèrent par surprise,

et commencèrent à y (aire des actes de visite. Le

commandeur d'Avernes de Bocage, infirmier,

averti de cette entreprise , vint promptement s y

opposer; les fit sortir sur-le-champ, et protesta

de nullité contre tout ce qu'ils avoient pu faire

en son absence.

Le Grand-Mattre envoyé , à Rome , le grand- ' prieur Zondodari, en qualité d ambassadeur de la religion , pour représenter, au Pape , les injustes prétentions de Tinquisiteur. Linfirmier , luimême, vient en France pour en instruire le roi Très-Chrétien , qui en écrit vivement à Sa Sainteté, et rengage à désavouer et à réprimer les entreprises du député Romain.

»s ivra. Frère Jacques de Noailles , ambassadeur de la religion en France , meurt, à Paris, âgé de Sg ans. Il est remplacé par le bailli de la Vieu ville, qui fit son entrée , le 4 de décembre , avec toutes les cérémonies qui se pratiquent aux entrées des ambassadeurs des souverains.

Le cominandeur Zondodari , ambassadeur extraordinaire à Rome, renouvelle ses plaintes contre Finquisiteur , qui , par des pateqtes qu il donnoit à un grand nombre de Maltois, prétendoit les exempter de lobéissance due à leur souverain.

DES GHEVâLIEBS DE MALTE. 247

Frère Adrien de Langon , commandant du

Taisseau Sainte -Catherine, attaque sept vais** p^rcllos. seaux Algériens, les met en fuite, et se rend 1713. maitre de celui quon nommoit la Demi-Lune, de quarante canons,- et de quatre cents hommes d'équipag[e. Trente -six esclaves Chrétiens furent délivrés; et TOrdre ne perdit que sept hommes dans ce comha^.

Le Pape écrit au Grand-Maitre ,- pour rengager à envoyer les galères de la religion sur les côtes de TÉtat ecclésiastique, où les corsaires de Barbarie faisoient des prises continuelles.

Le commandeur de Langon poursuit un cor- 1714. saire Algérien , dont le vaisseau étoit de cinquante-six canons, et de cinq cents hommes, latteint à la hauteur des isles d'Hyères, le démâte entièrement, dans un combat de six heures , et, ne pouvant lobliger à se rendre, le coule à fond. On né put sauver que deux Chrétiens et six Turcs.

Prise dun autre vaisseau de Barbarie, dans lequel on fit quatre-vingt-quinze esclaves.

Mort du bailli de la Vieuville , ambassadeur de la religion en France. Le bailli de Mesm«rlui succède en cette qualité : seigneur d'une haute naissance , et très-digne de cette place par son zèle et son attachement pour les intérêts de rOrdre.

Le grand armement, qui se faisoit à Constantinople, donne lieu de craindre pour Tisle de Malte. Le Grand-Maître écrit', à tous les cheva-

a48 HISTOIRE DE LOBDHE

^^ liera , de se tenir prêts pour partir ao premier

riAu.u«. ordre; fait réparer toutes les fortificaiioDs , et munit Tisle de tputes les choses néeessaiies pour sa défense.

Les chevaliera, dispersés dans les difieraites parties de TEurope, se rassemblent pour se mettre en état de partir. Quelques-uns, trop âgés pour faire le voyage , remettent leurs comnaan* deries au Grand-Maitre , afin que les revenus en soyoït employés à la défense de Tisle ; d autres veulent partir, quoique Tinfirmité ou le grand âge les mettent hors d*état d'agir, afin d*aider du moins de leurs conseils.

i^iS. Les chevaliers Français, même les novice», signalent leur zèle en s engageant tous pour des sommes considérables qu ils emf^yent à acheter une grande quantité d armes , et de toutes sortes de munitions de guerre. Us envoyent ce secours à Malte, et conviennent de le suivre de près. Cependant le Grand -Maître tire cent cinquante mille écus du trésor , et emprunte , en son nom, une somme encore plus considérable^ avec laquelle il £iit venir, de divers endroits, tout ce qui parott nécessaire pour soutenir vigoureusement lattaque : il obtient du Pape un secours d'hommes et de galères, et la permission de faire des levées dans FEtat ecclésiastique.

Tandis que tout se disposoit à Malte pour résister à lennemi, un inconnu, de bpnne Htine, vint offrir ses services au Grand- Matire en qualité d'ingénieur. Ses offres furent acceptées d au-

tant plus volontiers^ qu'il parut fort intelligent .dans les fortifications. Quelques chevaliers fîi- piaello». rent nommés pour lui faire voir tous les travaux » et sur-tout ceux de la Valette , ^ur lesquels il leur donna de fort bons avis , et une grande idée de sa capacité. Deux jours après , il ne parut plus , quelques recherches que Ton en fit. On ne douta point que ce ne fut un espion envoyé , par les Turcs, pour reconnoj tre Tétat de Tisle. Cette aventure fit naître, dans lesprît du Grand^Maitre, le dessein d envoyer quelqu'homme sûr à Genstantinople même , pour être plus parfaitement instruit des vues du Grand-Seigneur. André Véran,de la ville d'Arles, qui depuis long-tems demeuroit à Malte , s offrit pour cette commis*sion, et partit, avec un bâtiment chargé de marchandises , sous prétexte de commerce^dans le Levant. Il débarqua d'abord à Napoli de Ro-mairie , capitale de la Aif orée , où il vit le capi» taine-général de la République de Venise. U apprit, de ce seigneur, que larroement des Tores * augmentoit tous les jours ; mais qu'il ne paroissoit se faire que contre les Vénitiens. Passant de-là aux Dardanelles , il 9çut que les infidèles avoient déclaré la guerre à la République de Venise. U arriva à Constèntinople^ où il vit le comte des Alleurs, ambassadeur de France, qui le prit sous sa protection , et l'informa, au juste, de tous les desseins de la Porte.

Cependant les chevaliers arrivoient à .Malte de toutes parts, et aûienoient tous^ avec eux,

a5o HISTOIRE DE L*ORDRE

quelques secours. On mit en mer ; et les vaîs- PMtLUM. seaux de la reHfjion joignirent les galères du Pape^ pour se mettre en état daller à la rencontre de la flotte Ottomane. Véran revint à Malte; et on reconnut, par le rapport de tout ce qu'il avoit vu des moitvemens de Tarmée Turque^ ou que le Orand-Seigneur n avoit point eu de dessein contre rislc, ou^ ce qui est plus vraisemblable, quil avoit été détourné de cette entreprise par la connôissance qu'il eut du bon état où elle se trouvoit par les soins du Grand- Maitrc, et du grand nombre de chevaliers qui s y étoient rendus de toutes parts.

i:ij6 La République de Venise demande du secours, au Grand-Maître, contre les Turcs. I^a religion leur accorde cinq vaisseaux et quelques galères, qui, ayant poursuivi trois vaisseaux corsaires de Barbarie, en prennent un de cinquante -quatre canons et de cinq cents hommes d équipage, qu elles amènent à Malte , avec quatre saïques chargées de toutes sortes de provisions.

Dispute entre les commandans des escadres auxiliaires. IjC Pape y remédie en donnant le tttre de son lieutenant-général, au commandant de Tescadre de Malte.

L'escadre de la religion se rend maîtresse de plusieurs bàtimens Turcs, chargés de marchandises , qu elle conduit à Corfou , où le chevalier de Langon , qui commandoit lescadre du Pape , remporte plusieurs avantages sur les infidèles.

DES CHEVALIERS DE MALTE. sSl

Les vaisseaux de la religion , renforcés de deux

frégates, et de quelques bâtimens légers, se re- pebkllos. mettent en mer, pour se rejoindre aux alliés. 17 17: Un armateur Maltois coule à fond un gros vais* seau Turc, et saui^ une partie de lequipage.

Combat naval entre les troupes auxiliaires et les Turcs, près de Tisle des Cerfs. Les infidèles , dont les vaisseaux furent extrêmement maltraités , prennent la fuite , après deux heures de canonnade de part et d autre. Les troupes auxiliaires ne firent aucune perte. Le bailli de Bellefontaine, qui commandoit larmée navale, se signala extrêmement dans toute cette campagne, et fut reçu , à son retour , par le Grand-Maître , d'une manière très-distinguée.

L'escadre se remet en mer , augmentée du 1718. vaisseau Sainte Jean , de soixante et dix canons, et va joindre la flotte Vénitienne. Les Turcs se rallentissent; et larmée Chrétienne trouve peu d occasions dé se signaler dans cette campagne.

Le Pape donne la croix .de l'Ordre au fils naturel du roi de Pologne.

Prise considérable de deux galères de Cons- 17 19. tantinople , richement chargées , dont les vaisseaux de la religion se rendent maîtres, dans l'Archipel; le bâcha de Romelie alloit à Napoli deRomanie, sur l'une de ces galères, avec toute sa famille.

Le chevalier Fraguier , premier Enseigne de la 1720. compagnie des gardes du Grand-Maitre, apporte, au roi très-Chrétien , des oiseaux de proye : pré-

UJ3 IIISTOIIIË DE LOnDRE

sent que les G rands- Maîtres ont coûtante de HnuuM. faire <^ux rois de France.

Le cKevalîer d'Orléans prête serment, entre les mains du roi « pour le grand-prieuré de France» vacant par la démission -volontaire du grandprieur de Vendôme.

IjC Grflnd-Maltre Raymond Perellos de RoccafuU, extrêmement affbibli par son grand âge, et par une maladie de plus d*un an, meurt après un règne de vingt-deux ans. Ce prince se distîn-» gua par sa libéralité envers les familles rainées par les infidèles, augmenta considérablement les fortifications de son isle , et n omit rien de tout ce qu'il crut propre à soutenir Téclat et la gloire de son Ordre.

Les électeurs, s'étant assemblés, avec les cérémonies ordinaires, nomment, pour Grand-Maf-*

• îoîîîrz^V. ^^^ *^ ^®"*^ Marc- Antoine Zondodari, SienuoDARi. nois, que son illustre naissance et son mérite personnel rendirent digne du magistère. La joye (le cette élection est augmentée par la prise de deux gros vaisseaux corsaires de Barbarie, qu'on ramène , dans le même tems , au port de ïiûe. Ce succès est suivi , de pi*ès , de la prise de 1 amiral d'Alger, de quatre- vingt canons, et de cinq cents hommes dequipage.

IjC bailli Ruffo est nommé généial des galères de la religion. Le Grand-Mattre obtient un Bref du Pape, qui oblige tous les chevaliers qui ont plus de trois cents livres de revenu , d'entretenir un soldat, chacun , à leurs frais, pour la sûreté

MaroAh-

'des chevaliers de MALTE. 253

de rUle : mais oa ne voit pas que ce Bref ait eu aucun eflfet. TO'ÎBr:^)^

L escadre que le Grand-Mattre avoit accordée "®»^a»»' au roi d^Espagne, pour la sûreté de ses côtes, se '^^'' met en mer, sous les ordres du bailli de Langon, et donne la chasse à une galiote de Barbarie, qui croisoit le long des côtes de Sardaigne. On ne peut latteindre, mais on lui enlève une pin- , que quelle avoit prise, depuis peu, sur les Chrétiens. Le vaisseau Saint -Jean , monté par le commandant, rencontre , quelques jours après, un bâtiment Algérien, de quarante pièces de canon, le joint et s en rend maître, après une heure de combat. Vingt esclaves Chrétiens furent délivrés , et deux cent soixante infidèles faits esclaves. Peu de jours après, ils rencontrèrent lescadre de Tunis, composée de la capitane, de la patrone et du Porc-Épic. Les deux premiers vais* seaux s échappèrent, à la faveur de la nuit, après un long et rude combat; mais le Porc*Épic, après avoir essuyé un feu continuel, jusqu'à dix heures du soir, fut contraint de se rendre. On délivra trente-deux Chrétiens , qui étoient esclaves dans ce vaisseau. Ce succès, dû à la valeur du commandant Alognis de la Crois, jette la terreur 9ur les côtes de Barbarie, d'où les armateurs refusent de se mettre en course.

Dom Carlo Conty, prince de Poly, neveu du Pape, reçoit la croix de l'Ordre des mains du cardinal Pamphile, grand-prieur de Rome.

Le Grand-Mattre , attaqué , depuis plus de six

254 BISTOIRE DE LORDBE

-*~^*~ moU , d une espèce de gangrène dans les intes* souftZivii. tins, mcurl, le i6 juin, âgé de soixante -trois

ans sept mois et quinze jours. Ce prince, recomi6 joUlei. niandable par une rare piété , travailla avec beaucoup de soin à fortiBer Tisle , 6t de grandes aumônes, maintint, autant par son exemple que par sou autorité, la discipline dans son Ordre; et il ne lui manqua , pour remplir les grandes espérances quon a voit conçues de hii, que de régner plus long-tems.

Frère dom Raymond d'Espong, bailli de Kégrepont, lieutenant du magistère, assemble le Conseil ; et , après les cérémonies ordinaires , les électeurs nomment , tout d'une voix , pour A5Toi!«i Grand- Maître, dom Antoine Manoel de Vil- ^TiLL- ^H^^'^i Portugais, de la langue de Castille, que HBM. sa naissance, ses vertus personnelles , et sa parfaite connoissance des maximes de TOrdre rendent digne de cette élévation. Il avoit passé par toutes les charges de la religion , et s en étoit acquitté avec distinction. A peine eut-il fini ses caravanes , quil fut fait patron de la capitane, et blessé dans une attaque de deux vaisseaux de Tripoli, que le général Antoine Correa de SoBza prit en j6So. Quatre ans après, il fut fait capitaine d'un des vaisseaux que la religion envoya aux Vénitiens, pour leur faciliter la conquête de la Morée.

On le nomma successivement major, ensuite colonel des milices de la campagne. En 1672, il eut le commandement de la huitième galère, et,

Tannée suivante, celui de la galère Saint-Antoine. . Il fut fait grand-croix de grâce en 1 696, commis- Maworl «aire des armemens deux ans après, et commis*^ de villsaire des guerres en 1701. La dignité de grand* chancelier de FOrdre, lui fut conférée en lyiS. Il la quitta, trois ans après, pour prendre celle de bailli d'Acre, fut nommé un des vingt et un électeurs pour Télection du Grand -Maître Zon* dodari, et, la même année, fut créé procureur du trésor. Ces différentes charges, dans lesquelles il s attira les applaudissemens de tout l'Ordre, furent autant de degrés qui relevèrent au magistère.

Les premiers soins du nouveau Grand-Maître, furent de mettre son isle à couvert de Tattaque dont les Turcs la menaçoient toujours. Il fit construire le fort Manoël, dans la petite isle Marsa Musciet, dont les infidèles auroient pu s'emparer aisément: ce qui auroit extrêmement facilité leurs entreprises; et il ordonna, en môme-tems, à tous les chevaliers, qui avoient atteint Fâgé de dix -neuf ans, de se rendre auprès de lui.

Les grands préparatifs de la Porte contre la religion , avoient été faits à la persuasion d un esclave nommé Hali , que Mehemet Ëffendi , ambassadeur de la Porte en France, avoit racheté en passant à Malte. Cet esclave, aimé des chevaliers, et favorisé du Grand -Maître, avoit servi dans la marine, et, pendant dix ans, avoit été liman ou chef des esclaves Turcs qui étoient

sSr» HISTOIRE DE LORDBE

à Mall€. De retour a Coosiantinople, il inConna Uxmm. les ministres de la Porte des forces de la religion. M Viu^ ^1 i^m^ persuada qu il éioit aisé de surprendre Tisle par le moyen de ces esclaves , toujours prêt» à la révolte , et dont le nombre surpassoit celui des babitans; que, pour y réussir, il falloit ar^ mer une escadre dé dix vaisseaux, la conduire devant Malte , et attendre le succès des esclaves , qui injailliblement preodroient les armes.

Ce projet plut au grand-visir : Abdi Capitan , cbef d'escadre « se mit en mer avec dix vaisseaux ; Hali s embarqua avec le titre de capitaine ; et ils vinrent se présenter devant Malte : mais les sages précautions de Viilbena les mirent bors detat dexécuter leur dessein. Ils se retirèrent après quelques volées de canon; et Abdi -Capitan fit tenir, au Grand«>Maitre, la lettre suivante.

« Le premier de Tisle de Malte, las cbelb de son « Conseil , et les cbefs des langues de France , « de Venise et dautres nations qui adorent le « Messie, sont avertis, par cette lettre, que nous «avons été expressément envoyés par le Grand- « Seigneur, maître de Tunivers, refuge du monde, « pour leur ordonner de nous remettre tous les «esclaves qui se trouvent dans leur miséraUe « gouvernement, afin qu ils puissent se présenter «à son suprême et auguste trône. Telle est sa « volonté, et la fin pour laquelle il nous a armés. « Si vous manquez à obéir , de terribles cbàti- « mens vous feront repentir de votre faute. Eut voyez votre réponse a Tunis. »

Ce Style, conforme à l'orgueil des officiers du Grand -Seigneur, n empêcha point le Grand- marou. Maître d'y faire réponse, dans Tespérance de »»'^»*''^ ménager, par-là , la délivrance des esclaves Chrétiens. Sa lettre, écrite avec politesse et dignité , contenoit : «Que l'institut de son Ordre n'étoit i< pas.de courir les mers pour faire des esclaves , « mais de croiser avec ses armemens pour assu- « rer la navigation des bâtimens Chrétiens; qu'ils « n'attaquoient que ceux qui troubloîent le corna merce , et qui , voulant mettre les Chrétiens en «esclavage, méritoient d'y être eux-mêmes ré- « duits ; qu'ils *navoient rien tant à cœur que de « délivrer ^ux des leurs qui étoient dans les fers; M et. que , si sa Hautesse avoit les mêmes intenx tions , ils étoient prêts à négocier la liberté ré- « ciproque des esclaves , ou par échange , ou par « rançon , suivant l'usage reçu parmi les princes : <€ que sa Hautesse leur fît conottre ses inten«t< tions, et qu'ils n'oublieroient rien pour les se- « conder >».

Cette réponse fut adressée à M. le marquis de i^aV Bonnaç', pour lors ambassadeur de France à Constantinople , pour la rendre à qui il jugeroit à propos des ministres de la Porte. L'ambassadeur de France, jugeant, par le contenu de la lettre du Grand-Maître, et par la délicatesse avec laquelle elle étoit écrite , que ce prince avoit eu dessein, non de répondre à un chef d'escadre du Grand -Seigneur, mais de faire connoître ses intentions au Grand^ei^neur même, par son

a58 HISTOIRE DE l'ordre

premier minûtre, lenvoya au grand-^risir. Qacl- Maiml ques jours après, il lui en parla , et fut agréable- MVaL* ment surpris de le trouver dans la disposition, non^eulement de mire les échanges, mais même de négocier la paix avec la religion de Malte. Le marquis de Bonnac, persuadé que cette paix ne pouvoit être que très-avantageuse à TOrdre et à tous les États Chrétiens, y travailla avec application , et ménagea tellement Tesprit du grandyisir, quil avoit gagné par sa probité et sa fraochise plus encore que par la supériorité de son génie, que tous les articles quil proposa furent acceptés. Il les envoya au Grand-Mattre, et en écrivit à la Cour de France, qui, a^Pès uo mûr examen, lui donna ordre de continuer à donner ses soins a la réussite de cette affaire.

Le Grand-Mai tre fit examiner les propositions de la Porte , et envoya ses observations au mar- €|uis de Bonnac. On aima mieux faire une trêve limitée qu'une paix ; on prit toutes les précautions nécessaires pour mettre TOrdre à couvert de tout reproche ; tout fut agréé par le grand-visir. Voici les articles dont on étoit convenu:

1^ Que les esclaves seroient échangés réciproquement; et que, s il y en avoit plus dW œté que de loutre , les surnuméraires seroient délivrés pour cent piastres par tête.

2^ Qu on ne comprendroit, dans cet échange, que les esclaves faits sous le pavillon Maltois , et sous le pavillon Turc. ^

3*^ Que la trêve seroit de vingt lins: et qu'a- ''^ près ce tems écoule, on pourroit en négocier Makoel une autre. ^* ^**^*'*

4^ Que les Barbaresques, ou républiques d'A^ frique , ne seroient point comprises dans ce traité; et que la Porte ne leur donneroit aucun secours , ni direct nilpdirect, contre Malte.

5^ Que l*es Maltois ajiroieat , dans les États du Grand - Seigneur , les mêmes privilèges que les Français.

6^ Que ce traité seroit nul , dès qu un prince Gbi^tien auroit la guerre avec la Porte.

La nouvelle de ce traité fut reçue, dans Cou- 1724stantinople, avec de grands applaudissement* Mais le capitan bâcha , fâché qil une affaire qui regardoit la mer, eût été traitée sans lui, engagea tous les officiers de la marine à s y opposer. Ils vinrent à bout de faire changer de langage au grand- visir, qui, voyant leur mécontentement unanime, ne crut pas devoir pousser la négociation plus loin. Il fit cependant connoitre au marquis de Bonnac qu'il n-avoit point changé de vue, et qu'il seroit aisé de renouer cette affaire , en prenant quelques mesures pour y faire copsentir les officiers de la marine, que leur propre intérêt doit infailliblement ramener à cet projet.

Pendant cette négociation, dont on n'a pas cru devoir interrompre le récit, le Grand-Maître, averti qu'un vaisseau de Tunis, suivi d'une :artane , faisoit des courses çntre les isles de Mari-

360 HISTOIRE DE l'ORDRK

■"■"■^ ttmo et de Pantalarie , et qu'il avoit pris deux

iitITOIIII

Mavou. barques , lune de Sicile , et lautre de Gènes \ enoiViLL- Yoya le vaisseau Saint- Jean et une frégate à la découverte. Us rencontrent les corsaires, qui, après les avoir poursuivis quelque tems pour les reconnottre , prennent le lai^ge , et t&chent de les éviter. I^a frégate Maltoise joint le vaisseau, et y auprès un feu continuel , de part et d autre , pendant quatre heures, le contraint de se rendre. Ce vaisseau , excellent voilier , avoit été donné, par le Grand* Seigneur, au bey de Tripoli, auquel il servoit de patrone. Il avoit fuarante-huit canons et quatorze pierriers de fonte, avec quatre cents hommes d'équipage^ dont il ne resta que deux cent soixante - sept Turcs. Trente-trois esclaves Chrétiens recouvrent , parlà , leur liberté. Cette victoire importante est due à la valeur du chevalier de Gfaambray , qui commandoit la frégate. Le vaisseau Saint-Jean poul^ suit la tartane et s en rend aussi le maître : on ramène les deux bâti mens à Malte.

>7>^* I^ Pape Benoît XIII veut donner au Grand- Maître, et à tout l'Ordre de Malte, une marque «^ éclatante de son affection. Il dépécha, à Malte, un de ses cameriers d'honneur, pour présenter à ce prince l'estoc (i) et le casque, bénis solem* nellement à la fête de Noël. Ce présent est reçu

(i) L'estoc est une épée d'argent doré, longue d'environ cinq pieds. Le casque est une espèce de bonnet de velours pourpre, brodé d'or, garni d*ttn Saint-Esprit de perles.

avec toute la reconnoissance possible par le Grand-Maitre , qui le reg[arde comme un nou- Marou veau motif de se signaler, de plus en plus, dans ^ ^^"'' Fexerçice de toutes les vertus qui lui ont attiré , si justement, les respects de ses frères, Tamitié des princes de FEurope, et la tendresse paternelle du souverain pontife.

Antoiwi

BtRA.

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