ARTICLE PREMIER
Des différentes classes qui se trouvent dans l'Ordre
de Saint" Jean,
Les Hospitaliers , considérés simplement comme religieux , sont partagés en trois classes tourtes différentes, soit par la naissance, le rang, et les fonctions. La première classe est composée de ceux qu on nomme chevaliers de justice : c està-dire , comnie l'explique le formulaire de leur profession , qui, par l'antique noblesse de leur /^gnage, méritent d'être admis à ce degré d'honneur; et ce sont ceux-là seulement qui peuvent parvenir aux dignités de baillis et de prieurs, quon appelle grands-croix, et à celle de Grand-Maitre. Le tems, souvent Fauteur des abus et du relâr chement , a introduit Fusage d'admettre , dans le rang é^es chevaliers de justice, des personnes qu'on appelle chevaliers de grâce: ce son^^eux qui, étant issus de pères nobles par leur extraction , et de mères roturières , ont tâché de couvrir on défaut si remarquable par quelque dispense du Pape.
a66 DU GOUVERNEMENT
La seconde classe compread des religieax chapelains, attachés, parleur état, à Téglise primatiale de Saint-Jean , où ils font le service divin. On tire de ce corps des aumôniers, soit pour le grand hôpital de Malte, soit pour les vaisseaux et les galères de la religion ; et ils font la même fonction à la chapelle du Grand-Mattre. Quoique, dans tous les États de la Chrétienté, le clergé, par rapport à la dignité de son ministère, tienne le premier rang, cependant les chevaliers, quoique purement laïcs, précèdent les prêtres, et ont toute lautorité; quia omnia potestas residet in primaiibus\ et nous ne trouvons dexemple d un pareil gouvernement que parmi les frères de la charité, autre Ordre hospitalier, où les religieux prêtres, attachés au service des autels, non*seulement n ont aucune part dans le gouvernement, mais encore dépendent absolument de supérieurs purement laïcs.
Ce qu on appelle la troisième classe contient le» frères-servans larmes, religieux qui, sans être ni prêtres ni chevaliers, ne laissent pas, soit a ia guerre ou à Tinfirmerie, de servir sous les ordres des chevaliers, et font, comme eux , quatre caravanes, chacune de six mois. Ce corps de demi-chevaliers , si on les peut appeller ainsi , étoi^utrefois nombreux et considérable : TOrdrffen a tiré de grands services , et on a même anciennement désigné certain nombre de commanderies dont les chapelains et les frères -ser-
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vans d'armes jouissent encore aujourd'hui en commun , et qui échoient , aux uns et aux au-» très, selon Tancienneté de leur réception. Mais, depuis quelques années, le nombre des frèresservans d'armes est fort diminué; il est même intervenu un décret qui, jusquà nouvel ordre, en suspend la réception.
Je ne parle point des prêtres d'obédience, qui, sans être obligés daller jamais à Malte, reçoivent Thabit religieux , en font les vœux solemnels, sont ensuite attachés au service particulier de quelque église de TOrdre , sous l'autorité d'un grand -prieur ou dun commandeur. On trouve encore, à Malte, des frères - servans de stage, espèce de donnés, occupés aux plus bas offices du couvent et de l'hôpital : détails de peu de conséquence , dans lesquels je n^ai pas cru devoir faire entrer le lecteur. Mais cette relation scroit im- . parfaite , si je passois sous silence les dames religieuses de cet Ordre, dont il y a des maisons en France, en Italie, 'et dans les Espagnes. Ces dames, pour être reçues, sont obligées de faire les mêmes preuves de noblesse que les chevaliers de justice: il y a même des Maisons célèbres, comme celles de Sixène , en Arragon , et d'OIgoveira, en Catalogne, dans lesquelles les preuves de noblesse qui auroicnt été ^admises pour recevoir un chevafier ne suffiroicnt pas pour une dame de chœur; et on demande, dans ces deux Maisons, que la noblesse d'une présentée soit si
ancienne et si pure , qu elle soil au-dewus des defgvés que les statuts exigent pour la réception de« chevaliers de justice.