‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 3)Chapitre 4 sur 47 · DELA · texte numérisé non relu

DELA

nieursiui répondirent qu ils avoient,jusqu alors, ^a»-*"»épuisé tous les secrets de leur art ; que le reste dépendait du courage et de la valeur de ses troupes. Cependant , pour le conlenter, ils firent construire une tour de hois , qu a force de rouleaux on poussa jusqu'au pied de la brèche du fort Saint-Michel. Cette tour, semblable à ces anciennes machines , dont y avant Tin vention du canon , on se servoit dans les sièges , avoit plusieurs étages. Le plus haut, et qui voyoit à découvert dans la place , étoit rempli d arquebusiers qui foudroyoient tout ce qui se découvroit ; et, pour mettre ce dernier étage hors d'insulte des batteries du château, sitôt que les infidèles avoieùt fait leur décharge^ par le moyen des roues qui étoient en dedans de la machine , et peut-être par la pesanteur des contre - poids , et le secours des poulies , le haut de cette tour s'abaissoit , et se.trouvoit à couvert par la muraille même de la place , contr^aquelle elle étoit appuyée. Les Turcs, par le moyen de cette machine, tuèrent d abord beaucoup de monde : mais un charpentier Maitois, appelle André Cassar, habile dans son art, ayant examiné la construction de œtte tour, fit ouvrir dans la muraille, et directement vis-à-vis ce château de bois , une canonnière, oti il plaça une couleuvrine chargée de chaînes de fer; et, au moment que les Turcs faisoient remonter cette machine, il fit mettre

JtAH toCLA

73 HISTOIRE DE LOADRE

le feu au canon t(ui la prit par le milieu , et la mit en pièces ; ensorte que les soldats qui étoient TALcrrc. ^^ pi^^ haut étage, furent précipités en bas, ou écrasés sous ses ruines et ses débris.

Le bâcha, au désespoir de voir manquer toates ses entreprises , et inquiet de celle qui se fonnoit contre lui à Messine , revint à miner. Il commença , tout de nouveau, à faire fouiller la terre; et il eut recours à cette dernière ressource, moins dans Tespérance d un heureux succès, que pour ne pas laisser pénétrer, par Tinaction de ses troupes, son propre découragement. Mais les chevalier? , dans tous les lieux suspects , firent ouvrir des puits et des contre- mines, qui éventèrent les ouvrages des infidèles. Us poussèrent, de leur côté, .d autres mines sous les postes dont les Turcs s etoient emparés » et où il en périt un grand nombre. I^s Chrétiens ne sy tinrent plus même sur la défensive ; ils firent plusieurs sorties, dont ils eurent tout Favantage; et ils se flattèrent que, sans le secours du vice*roi, ils forceroient les 7|ircs à lever le siège. Il y avoit déjà du tems que , par les retardemens affectés de ce seigneur Espagnol , le Grand-Maitre désespéroit de ce secours ; et , quoique la flotte fût prête , et que les officiers et les soldats , destinés pour le débarquement, témoignassent un empressement extraordinaire de$e signaler contre les infidèles, le vice-roi ne pouvoit se réspudre à mettre à la voile , et faisoit douter , par son irrésolution, s'il sembarqueroit, ou s il nat-

tendroit point des nouvelles de quelque fâcheux événement, qui lui servit de prétexte pour s'en delà dispenser. Valettr.

Cependant , sur le bruit de cet armement , il étoit arriva , à Messine , plus dé deux cents chevaliers , commandeurs et grands-croix , de différentes langues, qui tous ne s'y étoient rendus que dans l'espérance d y trouver des vaisseaux qui les portassent à Malte. La lenteur du vice^roi les désespéroit : la plupart ne partoient point de son Palais; il en étoit obsédé; quelques-uns même, plus hardis,mêloient des reproches àleurs prières. Le vice -roi,. seigneur fier et hautain, s en plaignit; et il trouva mauvais que les chevaliers^ en lui parlant, ne le traitassent pas d'Excellence. Louis de Lastic , grand -prieur d'Auvergne, à ce sujet, lui dit, d'un air cavalier : « Pourvu, sei- « gneur, que nous arrivions à Malte assez à tems <« pour secourir la religion , je vous traiterai, avec u plaisir, d'Excellence , d'Altesse , et même , si vous « le voulez , de Majesté. » Le vice-roi ne . fit que sourire à ce discours ; et , ayant appris qud ce vieux chevalier étoit d'une illustre naissance, et qu'il avoit acquis beaucoup de gloire en France et dans les guerres contre les Huguenots, il le tira en particulier, et lui dit que , par considération pour sa qualité et pour son mérite , il vouloit bien s'ouvrir avec lui , et lui montrer le fond de ^es intentions. Il ajouta que, quelqu^éclatante jue fût sa dignité, l'autorité n'en étoit pas égale ; ju'il n'étoit pas. toujours maître de suivre les

74 nisTorhe de lordre

mouvemens de son courage; et qu'il dépendoit ne LA dun prince, qui, pour ne se point commettre, \*LKTTt. vouloit souvent que ses ministres devinassent ses intentions ; que, depuis qu'il a voit cru entrevoir qu il ne seroit pas fâché qu on secoorùt Malte , son premier dessein avoit été daller, avec sa flotte et toutes les forces de mer de ce prince, présenter bataille à lamiral des infidèles ; mais que, n'ayant pas un nombre suffisant de vai^ seaux , il avoit résolu , de concert avec le Grand- Maître , de jetter dans Tisle au moins dix mille hommes; qu'il vouloit, lui-même, conduire ce secours; quil avoit reçu du chevalier Vincent Anastagi , excellent ingénieur, un plan exact de Tisle, et de tous les endroits où il pourroit débarquer ses troupes ; qu on lui avoit envoyé , en mème-tems, de la part du Grand -Maître, tous les signaux et les cotitre^gnaux qu'on lui feroit des places de Tisle et du château du Goze; et que, pour toutdélai, il espéroit partir de Messine le 2 1 d août. Il tint sa parole , ec arriva , le 22 , à Syra- I cuse, le rendez-vous de toute larmée. Il en fit la ! revue ; il s'y trouva près de huit mille hommes, la plupart de vieilles troupes, et d'anciens corps, qui a voient servi dans todtes les guerres d'Italie. Alvare de Sande commandoit le régiment de Naples; Sanche de Londono, celui de Milan:

. Vincent Vitelly étoit à la tète d'un grand nombre d'aventuriers Italiens et d'autres nations; Ascagne de la Corne fut fait maréchal-général de camp , pendant la navigation et le trajet. Le vice-

Jean

roi retînt le commandement général ; et, après le débarquement et son départ, et jusqu'à ce qu'on de la eûtjointle Grand-Maître, le Conseil de guerre, ^'^'^*^" à la pluralité des voix , devoit décider des entre- 23rises,etdonner Tordre au nom du roid'Espagne- Le premier septembre , toute la flotte appareilla et mit à la voile , au bruit d'tme décharge de toute l'artillerie , et avec des cris de joye de toute l'armée. Le rendez- vous et oit à la petite îsle de Linose ; un gros tems , qui survint , écarta les vaisseaux ^ et les empêcha de porter à route; , mais, après que la tempête fut appaisée,-le viceroi , pour leur donner le loisir de le rejoindre, et pour refaire le soldat de la fatigue de la mer, relâcha à ^la Favignane , petite isle voisine de celle de Drépano , en Sicile. Le quatre du mois , la flotte remit à la voile, arriva à Tislè de Linose , où le vice-roi trouva des lettres de lu Valette, qui marquoient que, du côté de Mugiarro^ et vers la plage de la Melecha , la descente éloit sûre, et qu'il y trouverbit boù fond. Mais la mahœuvre du vice-roi fit douter, de nouveau, que son dessein fut de profiter de cet avis ; au lieu d'entrer dans le canal du Goze, il côtoya l'isle de Malte du côté du midi , et se laissa reîonnoltre par les fi^égates Turques , qui sort oient 4e Marsa-Syroc. Il sémbloit qu'il cherchât nioins à aborder, qu'à trouver quelque obstacle qui Ftbligèât de s'éloigner, et de retourner dans les prts de Sicile. Les hazards, ordinaires en mer, U firent nattt^e tel qiTil pouvoît le souhaiter : il^

Valittb.

76 HISTOIRE DE l'oRDBE

s'éleva , la nuit, un grand vent mêlé de pluye et DELA dorage, qui sépara lu vant-garde, commandée par Cardone, du reste de la flotte. Le calme étant revenu le matin , le vice-roi détacha quelques frégates légères pour découvrir où le vent lavoit poussé; et, n ayant pu rien apprendre, • il reprit, une seconde fois, le chemin de .la Sicile ; doubla le cap Passaro ; descendit au Pos5*al , ou Cardone, qui lavoit été chercher inutilement au Goze , le vint joindre : il avoit fait débarquer ses troupes. On commença alors à douter du secours ; et on disoit , assez publiquement, que, si Malte pou voit être sauvée, ce ne seroit jamais que par la valeur invincible de ses chevaliers. Ceux qui étoient sur la flotte, détestoiént hautement la timide prudence du vice-roi , et son excès de précaution; et, pour comble de malheur, plus de quinze cents soldats désertèrent. L armée, en peu de jou^s , fut réduite à moins de six mille hommes. Le vice-roi , étonné d'une désertion si considérable , retomba dans ses irrésolutions ordinaires : il assembla le Conseil de guerre , et proposa, de nouveau, si on devoit tenter le secours de Malte. Pendant qu on agitoit cette question, il s éleva à la porte même du lieu où le Conseil étoit assemblé , un bruit confus de voix et de cris, qui demandoicnt qu'on remit incessamment à la voile. Les ofGciers-généraux , qui, par considération pour le vice- roi, n'opinoieot que d'une manière douteuse et équivoque , ne furent pas fâchés que le Soldat, plus hardi, et

qui navoit rien à ménager, fût Finterprète de — — lears sentimens. Le vice-roi les démêla aisément de l4 dans l'air de leur visage , et même par le silence Valette. qu ils gardoient dans un tumulte, excité par leurs propres soldats. Il se rendit aux vœux du Conseil et de toute l'armée : on se rembarqua le. six, et, ' le même jour après midi, il parut à la vue de Malte. Toute la flotte entra , avec de grands cris de joye, dans le détroit ou le canal du Goze. Le vice-roi ne voulut point , le soir et pendant la nuit, bazarder une descente. Sa flotte, par son ordre, jetta l'ancre, et se rangea proche les petites isles de Cuming et de Cuminot. Le lendemain matin , sept du mois, les vaisseaux entrèrent dans lanse ou cale de la Melecba , et débarquèrent toutes les troupes , les armes et les munitions de guerre et de bouche , qui composoient le secours. Le vice-roi mit, lui-même , pied à terre pour en faire la revue ; et, après leur avoir vu prendre le chemin de la Cité notable^ suivant les ordres du roi , son maitre , il se rembarqua , sur-le-champ , pour retourner en Sicile. Mais, avant son départ, et quand il se sépara des officiers-généraux , il leur promit que , dans le treize ou quatorze du mois, il leur ameneroit encore quatre mille hommes qu'il attend oit d'Italie, et qui, à ce qu'il leur dit, dévoient être cébarqués à Messine. Il y arriva, en méme-tems, f 1 usieurs jeunes seigneurs et gentilshommesFrançiis , qui y étoient accourus , dans Timpatience de signaler leur courage contre les infidèles. On

78 HISTOIRE DE L*OBDRE

— — Gomptoit, parmi cette fleur de la nobletae Fran- DfcLA çaise, dit M. de Thou^ Philippe Sirosaû, fils de

Valctti . Pierre, maréchal de France ; Timoléon de Coseé- Brissac , aussi fiU d*un maréchal de France ; Roger de Saînt-Larry de Bellegarde; Pierre de Bour* deilles de Brantôme; Hardouin de Yilliers , aei* gneur de la Rivière ; et , peu de jours avant eux , René le Voyer, vicomte de Paulmy, bailli de Touraine , étoit arrivé , dans cette ide , pour pa^ ser au secours d'un Ordre , qui» depuis trois cents ans, comptoit plusieurs de ses ancêtres au nombre de ses plus illustres chevaliers. Tous ces jeunes seigneurs aspiroient à sembarquer avec le nouveau secours qu on attendoit d'Italie. .

Mustapha et Pialy, sur le rapport de leurs espions, avoient toujours cru que le vice -roi n avoit ramassé les vaisseaux et les galères qui otoient dans les ports de Sicile , que pour tenter, à la faveur d'un combat naval , de faire entrer le secours dans le grand port , et le conduire , par4à , jusqu au pied du château Saint * Ange. Pour prévenir ce dessein , le hacha, depuis peu de jours, en avoit barré 1 entrée par une chaîne d antennes , de pieux et de barques ; et , depuis que la flotte Chrétienne avoit paru, pour la première fois, près de Linose, lamiral Turc, avec toute larmée navale, se tenoit continuellement sur le fer, et devant le grapd port, pour en dé* fendre lentrée aux Chrétiens.

Le débarquement du secours, dans un en* droit tout opposé, consterna également les deui

généraux : ils craigaoient , à tous momeus , de — — voir fondre sur eux les principales forces de la de la . • Chrétienté; et, sans même s'instruire, selon les v^"*^"'^règles de la guerre , du nombre des troupes qui composoient ce secours , ils levèrent le siège avec précipitation ; retirèrent leur garnison du fort Saint-Ëlme; abandonnèrent même leur grosse artillerie , et se rembarquèrent avec une précipitation peu différente dune fuite ouverte et déclarée. Le bâcha ne fut pas plutôt dans son septembr. vaisseau, qu'il eut honte de s être laissé surprendrepar une terreur si subite. Un esclave, échappé du grand Bourg, augmenta encore sa confusion , en lui apprenant que ce secours, qui avoit fait fuir seize mille hommes , n étoit au plus composé que de six mille , encore barrasses d'un voyage par mer, sans général , et commandés teulement par des chefs indépendans les uns des lutres , peu unis entre eux , et qu'on ne croyoit f as , s'ils voyoient les Turcs dans leurs premiers lostes , qu'ils osassent quitter les rochers et les [éfilés où ils étoient retranchés. Mais l'avis étoit enu trop tard ; et , à moins de recominencer ; siège tout de nouveau , les infidèles ne pouoient plus compter sur leurs lignes , et sur leurs »tranchemen$.

lia Valette ne les en vit pas plutôt éloignés t>ur se rembarquer, qu'il fit combler leiirs tranaées , et ruiner leurs ouvrages. Les habitans , • bmmes, femmes et enfans, les chevaliers mêles y avoient travaillé jour et nuit , avec cette

8o HISTOIRE DE l'oRDBE

■ joye et cette promptitude qu ont des prisonniers m L4 à qui il est permis de briser leurs fers. Le Grand- VALKrrft. Maître avoit envoyé, dans le même-tems, une garnison dans le fort Saint-Elme; et les Turcs, de dessus leur flotte , eurent la douleur et la confusion de voir flotter en lair les Enseignes de Saint-Jean.

Le bâcha , qui craignoit pour sa tête , et que le sultan ne lui reprochât qu il n avoit osé voir ses ennemis en face , assembla le Conseil de guerre : on délibéra long-tems sur le parti qu on devoit prendre. Le vice-roi d*Alger étoit davis quon remit les troupes à terre, et quon allât chercher les ennemis. II fit voir au hacha que, slls n etoient que six mille hommes, il pouvoil leur en opposer le double, et les combattre ; que, s'il en triomphoit , comme il y avoit lieu de Tes* pérer, il feriùeroit lentrée de Tisle au seconi secours que le vice-roi de Sicile devoit amener, et que les chevaliers, épuisés, réduits à un petit nombre, manquant de soldats, seroient contraints de capituler. Pialy , jaloux du. crédit (t de la gloire de Mustapha , et qui n etoit pas fâcbc qu'il neût pas réussi dans son entreprise, le trouva d'un autre sentiment, et disoit, quapns avoir perdu 1 élite de l'armée Ottomane , il étcit dangereux de commettre un reste de troupes, découragées et affoiblies par un si long si^, contre des gens frais, et qui brùloient d'imps^ tience d'en venir aux mains. Mais l'avis du vi(^ roi d'Alger , et pour lequel le bâcha se déclaroit,

DES CHEVALIERS DE MALTE. 8l

remporta de deux voix. Le débarquement fut

résolu; et le bâcha, outré contre lui-même del.\ d'avoir levé le siège si brusquement, et qui crai- v^^*-"*gnoit tout de la Porte, s'il y retournoit malheureux , résolut de vaincre , ou de se faire tuer, à la tête de ce qui lui restoit de troupes, plutôt que de mourir par la main infâme d un bourreau. Il se fit mettre aussitôt à terre ; mais, de la part de ses soldats, il trouva beaucoup de difficulté à les faire sortir des vaisseaux. Ils se plaignoient de ce qu'après un siège si long et si meurtrier, on vouloit, disoient-ils , les ramener, tout de nouveau , à la boucherie. Il fallut , pour ainsi dire , les arracher dé dessus la flotte : et ce le fut qu'à coups de bâton que leurs officiers les irent débarquer. Le bâcha fit prendre, à la meil- 5ure partie,, le chemin de la Cité Notable , où il «péroit rencontrer les Chrétiens. Et, pour faciker sa retraite et son rembarquement en cas de lauvais succès, il laissa, au bord de la mer, le ^ce - roi d'Alger avec quinze cents hommes.

laly, qui , depuis que les chevaliers étoient reniés dans le fort Saint-Elme, ne pouvoit plus i»ter dans le port Musciet , de concert avec ces dix généraux, fit retirer ses vaisseaux dans là ce de Saint-Paul.

'^e bâcha s'avança ensuite pour aller chercher r<mée du secours. Ascagj|e de la Corne, qui ftoit la fonction de maréchal-de-camp, l'avoit fe retrancher sur une colline d'un difficile accès, àiuse des défilés dont elle étoit environnée.

82 HISTOIRE DE LORDRB

— j Ije Grnnd-Maltre , toujours attentif sur les dé-

nE LA marches des infidèles , fit avertijr les chefs de

VALrrrci l'année Chrétienne , qu'ils alloient avoir toutes les forces des Turcs sur les hras. On assembla aussitôt le Conseitde {{uerre ; Âscagne étoit d'avis qu on attendit lennemi dans le camp ; il représenta que les Turcs ne pou voient attaquer <» par la tète et de front , un endroit si fort par sa situation , sans s exposer à èti*e foudroyés par Fartillerie; que la Cité couvroit cet endroit dun côté; que, de lautre, il étoit défendu par un monastère fortifié naturellement , et oii 1 on avoit jette des troupes dont il faudroit que les infidèles essuyassent tout le' feu ; que, n'ayant amené ni vivres, ni équipa{][es, ils ne pourroieit rester long-tems dans la plaine, exposés à toue Tardeur du soleil; et qu après quelques légèri escarmouches, on les contraindroit, sans rien hàzarder, à se retirer, et à se rembarquer toi de nouveau.

Mais Âlvare de Sande, le plus considérait des chefs de larmée, fut d'un sentiment cchlai traire; et, pour faire oublier apparemment, ]ar]i>f un avis hardi et conforme à son courage, ccnr. que la complaisance pour le vice-roi lui a\jt|(( fait ouvrir, dans le Conseil tenu à Messine ,ib Lii il setoit opposé au secours de Malte, il opialr^ alors à ce quon fit ^sortir toute larmée; qt«ila descendît de la colline, et qu on allât au-devil u.s de lennemi. ««Nous ne sommes pas venu U té « avant , répartit-il à Ascagne , pour ne rien lÊh d,

Jean

« zarder, et pour demeurer ici spectateurs oisifs « cl un nouvel assaut, que les infidèles, s ils voyent «quils ne peuvent forcer nos retrancheipens , ^**''^'^'"' «donneront peut-être au grand Bourg, ou au «château de Saint*Michel. Il faut tout craindre, (^ ajouta-t-il , du désespoir des Turcs : et quelle «honte pour nous, si, à notre vue, ils empor- « toient ces places, qui, après tout, nont plus, « pour fortifications ,et pour murailles , que le *( corps seul des chevaliers qui les défendent ! »

De ces deux avis , proposés dans le Conseil des Chrétiens, lun étoit plus sûr, et lautre plus * hardi , mais aussi plus glorieux pour celui q^i ça étoit Fauteur. La plupart des officiers s atta- Jièrent à ce dernier: les chevaliers, sur-tout, <ui étoient venus sur la flotte de Sicile , opinqient hutement pour le combat. Ils nétoient pas loins de deux cents chevaliers ou commaneurs; et il n'y ^voit presque point de commancur, qui neût amené avec lui plusieurs, volontires de ses amis ou de ses parens, et un asse^ la nombre de soldats : tout cela formoit un des ps forts bataillons de larmée ; et ils déclarèrent <fi , si elle ne sortoit pas de ses retranchemens, ikkoient résolus, dûssent-ils tous périr jusqu'au drnier , de percer au travers de Farmée ennemie ptr se jetter dans les places assiégées.

)n ne fut point obligé d'en venir à une si fâciuse extrémité : de Sande Femporta à la pluraté des voix. Il descendit, dans la plaine, à la té du bataillon de la religion, suivi de toutes

86 niSToiBE DE l'ordre

— ' propre crainte, ne rendirent plus de combat, et

t>E tx ne cherchèrent qu a se rembarquer : il se passa , VALtTTE. c0 cette occasion , un nouveau genre de combat.

Camiral Piajy, outre le feu des vaisseaux et du coursier de ses galères , pour favoriser la retraite des Turcs, avoit bordé le rivage de chaloupes armées de ses meilleurs arquebusiers , et qui tiroient continuellement contre les Chrétiens. Mais les chevaliers et les soldats , méprisant le feu et le péril , acharnés à la poursuite de leurs ennemis, et au désespoir qu'ils échappassent à leurs armes, les poursuivoient jusques dans la mer; et on en vit plusieurs qui, ayant de leau jusques sous les bras , allèrent tuer des Turcs, à coups de fusil, à bord des galères, ou ils tàchoient de se jetter. On prétend que les Turcs, en ces différentes occasions, et pendant tout le siège, ne perdirent pas moins de trente mille hommes. L'amiral, après avoir embarqué lès débris d'une armée auparavant si formidabK mit à la voile, et prit la route de Sicile. Le vi©roi, du haut du château de Sarragosse, voyaat passer cette flotte, apprit, sans courrier, Théoreux succès du secours, et la levée du siège.

Le Grand -Seigneur n'en recjut les nouvella qu'avec un violent chagrin; et, jettant à terle et' foulant aux pieds la lettre qu'il en avoit eif de Mustapha , il s'écria que ses armes n etoicrf heureuses qu'entre ses mains ; qu'au printeni suivant, 11 iroit , lui-même , à Malte, et qu'il Â

feroit passer les chevaliers et les habitans par le — — tranchant de son épée. Cependant , pour ne pas db l\ décrier ses armes, et pour amuser le peuple, qui "Valette. veut toujours être trompé, au lieu de suivre la cruelle politique de ses prédécesseurs, qui punissoient, comme un crime, le malheureux succès d'un général, il fit publier, dans Constantinople, que le bâcha sctoit rendu maître de Fisle; qu'il en amenoit la plupart des chevaliers et du peuple en captivité; et que, n ayant pas jugé à propos de laisser des troupes en garnison sur un rocher, et dans une petite isle éloignée et déserte, il en avoit fait sauter tous les forts, abattre les maisons ; et que , si des corsaires Chrétiens ëtoient assez téméraires pour oser y revenir, ils • seroient toujours en proye à ses flottes et à la liscrétion de toutes les Puissances qui tiendroient a mer.

Quelque exagération qu'il y eut dans ces bruits,

i est certain qu'après la levée du siège, la ville,

lu ce qu'on appelloit le grand Bourg de Malte,

Bssémbloit moins à une place bien défendue ,

u a une ville emportée d'assaut , rasée, détruite

près le pillage, et ensuite abandonnée par l'en-

Emi. Plus de deux cent soixante chevaliers

Soient été tués en différens assauts; on comp-

lit jusqu'à huit mille' hommes, soldats ou habi-

ins, qui avoient péri pendant le siège; et à pei-

t , quand les Turcs se retirèrent, restoit-il, dans

\ grand Bourg et dans le château de Saint-Mi-

^el^ en comptant même les chevaliers , six cents

88 HISTOIRE DE LORDRE

'~""~^ hommes portant les armes, et encore la plupart pr L% couverts de })Iessures.

VALtTTi. On attribuoit une si grande perte non -seulement à la valeur des Turcs , mais encore aux lenteurs affectées du vice-roi : son nom étoit détesté par tous les chevaliers des différentes nations de la Chrétienté: le Grand - Maître même s^en plaignit, depuis , au Pape, qui en écrivit au roi d'Espagne ; et , quoique le vice-roi n'eût agi , en cela, que sur des ordres secrets, Philippe, pour en éloigner le soupçon , condamna haute* ment ces retardemens ; il tira même , quelque tems après , le vice-roi de la Sicile ; et , quoiqull en eût reçu de grands services, il le lai^^a vieillir, à Naples, dans une vie obscure, et sans lui don* ner aucune part dans le gouvernement.

Pendant que Varmée du secours, pour se rafraîchir, après la fuite des Turcs, setoit retirée auprès de la Cité Notable, les principaux chefs, et tous les chevaliers du secours , se rendirent dans le grand Bourg pour y saluer la Valette : ib furent reçus , de ce prince , des chevaHers de h place, et de tous les habitans, comme leurs libérateurs. Les chevaliers sembrassèrent avec d; grands témoignages d amitié et de tendresse; mais, quand les uns et les autres vinrent à h souvenir de la perte qu'ils avoient faite des pli:i illustres et des plus braves chevaliers de la religion; quils considéroient Ictat déplorable dci places assiégées, les murailles et les fortificationi détruites , lartillerie pour la plupart démontée,

Valette.

les maisons abattues ou prêtes à tomber, les''" magazms sans poudre et sans provisions de delà guerre et de bouche, l'habitant pâle et défig;uré, les chevaliers et le Grand-Maitre même , la barbe et les cheveux négligés, les habits sales et en désordre, comme des gens qui, depuis quatre mois, ne setoient point, la plupart, déshabillés; et plusieurs de ces braves chevaliers encore avec ces bandages honorables qui couvroient les blessures qu ils avoient reçues , un spectacle si touchant fit répandre bien des larmes aux uns et aux autres, soit par le souvenir de tant de malheurs, soit aussi de joye, de ce que Malte étoit enfiqi sauvée ; et ce fut pour conserver la mémoire des grandes actions qui s y étoient passées, eu on donna au^grand Bourg , qui en avoit été \i principal théâtre, le nom de Cité victorieuse^ qi'il a conservé jusqua ce jour.

Le Grand -Maître y retint les seigneurs qui conmandoient les troupes du secours; on les Icçea dans les endroits qui avoient été le moins endommagés par lartillerie des Turcs; ils y furent traités honorablement, et servis même avec aUant d'abondance qu on le pouvoit dans une pl^e qui venoit de soutenir un siège de quatre mis. Les caresses du Grand -Maître, lexcmple de^a frugalité, suppléèrent à la délicatesse de la boine chère ; et , quand ces seigneurs prirent cotjé de lui, il les combla de prcsens, et répan- (Htjieaucoup d'argent parmi les troupes. Le trésoijle rOrdre en fut épuisé ; et la Valette ne se

90 HISTOIRE DE LORDRE

réserva} pour ainsi dire, que Icspérance de le

ne LA remplir, dans la suite, avec les dépouilles des

VàtCTTi. infidèles: cetoit un fonds assuré, qui, depuis

plusieurs siècles , n avoit jamais manqué à ces

guerriers.

La nouvelle de la défaite des Turcs se répandit bientôt dans toute la Chrétienté : ce fut le sujet d'une joye publique, et qui éclata par des illuminations, des feux, des prières et des actions de (grâces solemnelles. Le nom de la Valette étoit célébré dans toutes les nations, et sur-tout en Italie et en Espagne, dont les chevaliers étoient, pour ainsi dire, les gardes -côtes et les protecteurs des provinces maritimes. Le Pape Pie IV, et Philippe II, roi d'Espagne, comme plus intéressés à la conservation dume place dont ils tiroient de grands secours , donnèil^ent , à son intrépide défenseur, des marques honorables (ie leur estime et de leur reconnoissance.

Le gouverneur de Rome, par ordre du Saint- Père, annonça la levée du siège de Malte aj\ Romains, par une décharge de toute son artile rie, et par des feux et des illuminations quoD alluma dans toute cette capitale de la Gh.*êrienté. Ce fut, ce jour-là, comme une fête w })lique; le magistrat cessa ses fonctions; Tartî^B ferma sa boutique; il n y eut que les églises dosvertes, et le peuple y couroit en foule, pour tt mercier Dieu de cet heureux événement. Tj* les habitans de Fltalie et d'Espagne, qui avoeK des biens le long des côtes de la mer, depusb

levée du sié{][e , se crurent à couvert des descentes et des incursions des corsaires.

Pie IV ne s en tint pas à des louanges stériles : et, par un courrier qu'il dépécha exprès à Malte , il fit sçavoir, au Grand-Maître, qu'il avoit résolu de le nommer incessamment au cardinalat. Mais , au retour du courrier, on fut bien surpris d'apprendre qu'il se fût dispensé d'accepter une dif][nité qu'on regardoit , depuis long-tems , comme le témoignage et la récompense du mérite; quelquefois , à la vérité , le prix de la faveur, mais toujours lobjet des vœux des plus grands prélats , et dont les princes , même issus de souverains, se trouvoient honorés. La Valette avoit fondé le refus qu'il avoit fait de cette dignité , sur <e qu'il craignoit de confondre ensemble la {rande- maîtrisé et le cardinalat: deux grands ttres, dit-il, qui exigeoient différentes fonctions, c qui , au lieu de se soutenir réciproquement , ife feroient que s'embarrasser. 11 y en avoit qui, M souvenant que le Grand -Maître d'Aubusson nivoit pas été en prise à ces scrupules, prenoient f^ (fcasion du refus de la Valette , pour lui en faire f> Il nouveau mérite, et vanter sa modestie. D'autc [ tts soup<;onnoient que , dans ce refus , il entroit irti- bln autant de politique que dé modestie , et que 5 d * ce>rand-Maître,se considérant justement comme lur si^verain, avoit appréhendé d'avilir ce grand par une dignité subalterne. Quoiqu'il en pria le Pape de tourner cette grâce sur piii' uAlc ses frères, alors évêque de Vabres- mais la

JhhV

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