‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 3)Chapitre 43 sur 47 · XXX DISCOURS · texte numérisé non relu

XXX DISCOURS

ver cette tranipotition. on ae reaille dire que tout cela en arrivé, par la manière dont TAlcoran avoit été écrit sur des feuilles séparées, et qu^on se contentoit anciennement de rouler les unes sur les autres, sans les coudre ensemble et de suite : ce qui a pu causer le dérangement des difFérens cliapitres.

Apr^ la mort de Mahomet, Abubekre, son beaapère et son successeur, ramassa ces différentes feuilles séparées , les rétablit dans Tordre qu^il crut y convenir, et, suivant lavis de ceux des disciples de Blakomet, qui avoient été les plus assidus à ses discours, il en fit un recueil, et en confia le dépdt à H^hsa, fiUe d*Omar , et une des femmes veuves du prophète.

Cela n empêcha pas qu il ne se répandit, clans les provinces, des exemplaires de ce livre, trés-différeos les uns des autres. Les peuples de TUyerak-Arasy, qui est lancienne Chaldée,et les Syriens soutenoient que leurs exemplaires , quoiqu^opposés en plusieurs articles , étoient les seuls authentiques. Ces disputes obligèrent le calife Otman, troisième successeur de Mahomet, de consulter loriginal d'Abubekre, si on peut donner le nom d'original à un livre qu'il avoit compilé lui-même, auquel il avoit ajouté, ou dont il avoit retranché ce quil jugeoit à propos, et suivant lavis de ceux qui se vantoient d avoir retenu des discours de Mahomet, par le secours de leur mémoire, la plupart des passages de TAlcoran. Otman ne laissa pas d'en iaire faire plusieurs copies qu'il distribua dans les provinces Mahométanes; et il fit brûler, comme apocryphes, les autres exemplaires qui lui tombèrent entre les mains.

Cependant, malgré cette révision de l'Alcoran, et

SUR l'alcoran. , xxxj

quoiqu^il eût passé par tant de mains appliquées à le corriger, il y eut encore des nations entières qui ne purent se i^ésoudre à admettre , comme canoniques , quelques surats ou chapitres quils soupçonnoient d'être interpolés par les réviseurs. Les Persans, les Indiens, et ceux de la côte de Coromandel, et les autres sectateurs d'Ali , rejettent , comme apocryphes , plusieurs versets que les Turcs admettent dans leur canon ; ce qui leur a fait donner le nom de Schiittes ; au lieu que les Turcs, les Mogolois, les Arabes et les Africains, qui suivent la doctrine ou le commentaire d'Abubekre, et qui se regardent comme les seuls orthodoxes, prennent le nom de Sunnites, Mais, à cela près, les uns et les autres ont, pour ce livre, un respect si profond, qu il approche de Tidolâtrie ; il y en a qui en portent toujours sur eux des versets, et même des chapitres entiers, comme de sârs préservatifs contre tous les accidens de la vie ; les princes et les grands enrichissent la couverture de leur Alcoran de perles et de diamans.

Tavemier , dans la relation de ses voyages, rapporte que le Grand -Mogol, de son tems, en envoya un exemplaire à la Mecque , dont la couverture étoit estimée douze cent mille livres, et qu'au milieu il y avoit un diamant, qui pesoit seul cent trois carats. Telle est la vénération que les inhdèleç ont pour ce livre , quoique rempli de fables : tant il eât vrai que le faux merveilleux a de grands attraits pour Tesprit humain, pendant qu on néglige la lecture de nos livres saints , le dépôt sacré des vérités révélées, et dans lesquels , bien plus sûrement que dans TAIcoran, on trouve rhistoire certaine des premiers. siècles du Monde, de

X&lij DISCOURS SUR LALCORAN.

•âge» maTimeg pour la cooduiie de la vie présente, des promeMes infailliblea» et des gages assurés pour ïéunûîé.

rin DU DISCOURS sua l'alcobasi.

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