SUR ZIZIM
Ceux qui entreprennent de parcourir Tespace immense de rhistoire, rencontrent souvent, sur leur route, des écueils dont on ne peut guères se tirer qu en tenant toujours la sonde à la main , et avec le secours de la critique qu un sage écrivain doit consulter à tous mo^ mens , comme la boussole si nécessaire dans cette espèce de navigation. Personne n'ignore que cet art, comme les autres sciences, est conduit par des prin-^ cipes et par des règles qui lui sont particulières. On nous propose , pour la première , de n'avancer aucun fait , autant que cela se peut , que sur le témoigiiage des historiens contemporains et originaux : c'est ce ter moignage qui établit la sûreté et la confiance du lec^ teur. Mais si ces anciens auteurs , d'une égale autorité ^ rapportent différemment le même fait, par quelle règle un écrivain postérieur se pourra-t-il déterminer? Quel motif fixera son choix , et auquel des deux historiens donnera-t-il la préférence?
C'est précisément Fembarras où je me suis trouvé en écrivant, dans mon septième livre, la manière dont le prince Gem ou Zizim, fils de Mahomet II, fut reçu dans l'isle de Rhodes , par le Grand-Maître et les chevaliers de Saint-Jean. Pour me conduire dans ma nar-« ration, j'ai cherché des historiens contemporains et originaux ; j'en ai trouvé deux auxquels on, ne peut
disputer cette qualité ; mais qui sont très-opposés dans
XX&iv DISSEftTATIOK
la relation du même hit. Le premier est GniUannif l]aour»in , vice^rliancelier de TUrdre , et Tautre , Goillaume de Jaligny, secrétaire de Pierre de Bourboo. •econd du nom , seigneur de Baujeu, qui , au préjadicr du duc d'OrIcans , héritier présomptif de la cooroone. s'empara du gouvernement, et sous lequel se passèrent la plupart des affaires que son secrétaire a dédîtes. Il fiagtt uniquement, entre ces deux écrivains, de sçavoir, si , après h mort de Mahomet II , le prince Zi* ftiui , son fils, cherchant un asyle contre la puissance de son frère Bajaaet , qui vouloit le iaire périr ; si , dis^e . ce malheureux prince demanda , au Grand-Mattre de Rhodes, une retraite dans ses États, et un sauf-condoic |>our s*y rendre et en sortir quand il lui plairait; et si ce sauf-conduit lui fiit envoyé avec une escadre ée vaisseaux pour lui servir d^escorte, ainsi que le np porto Caoursin ; ou s il ne se jetta dans le poit de lihcyles , et ne s*exposa à être iait prisonnier de guerre par les chevaliers , que pour éviter d'être pris par le» galères du sultan , son frère , dont il se voyoit environné de tous câtés, ainsi que le rapporte Jaligni , qui prétend que le Grand-Mattre et les chevaliers sassurèrent de sa personne , espérant , dit-il , en tien fairr leur profil.
Selon Caoursin , Zisim n étoit que le cadet de Bajaset ; mais il dit que ce prince prétendoit à la couronne, comme étant né dans la pourpre, et depuis que Tempereur Mahomet, son père, étoit parvenu à lempire : au lieu que Bajaset, quoique plus âgé, n étoit né que dans le tenis qu Amurat II régnoit, et que Mahomet étoit encore simple particulier: •fiiteor^ fait-il dire à mTÀzïm ^ fratrem prûà$ in lucem ^ prodiisse ; sed paire M est genitus non rege ». Jaligni , au contraire , dit net-