‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 4)Chapitre 3 sur 16 · A0MAII9ES · texte numérisé non relu

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pour soulager son ressentiment , tâcha de le T^ frapper par les endroits les plus sensibles. II fit de Romt. chercher, avec soin, Metella,sa femme, fille de Metellus , le Numidique , et ses enfans , pour les faire mourir. Ce ne fut que par un bonheur extraordinaire qu ils échappèrent à la fureur de ce barbare. Les principaux amis de Sylla les firent sortir de Rome, et }es conduisirent jus<ques dans son camp. Marius, outré de leur fuite, étendit sa ven(][eancejusques sur les choses les plus insensibles. Il fit raser la maison de son ennemi , confisquer ses biens; et, pendant que Sylla ajoutoit de grandes provinces, et des royaumes entiers à la domination des Romains, il n eut point de honte de le faire déclarer en* nemi de la république. Le sénat, qui sçavoit ajuster sa jurisprudence et ses arrêts à la volonté de ceux qui dominoient, n'eut point de peine à le trouver criminel. Il cassa toutes les lois qu il avoit fait recevoir pendant son consulat , tout près d en faire autant des ordonnances de Marius, si le parti contraire pouvoit prévaloir. Cinna et Marius se firent déférer, en même 66;. temps, le consulat, pour Tannée suivante, afin de se fortifier de lautorité de cette souveraine magistrature, contre le ressentiment et les forces (le Sylla , dont ils redoutoient le retour en Italie.

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^^~" En effet, sa femme , ses enfans (i) , ses amis> de Rome, et tous les proscrits qui s étoient réfugiés dans son camp, le sollicitoient , tous les jours, de tourner ses armes contre ses propres ennemis, et de délivrer sa patrie des tyrans qui lopprimoient, depuis si long-temps. Mais Sylla , supérieur à ses ressentimens particuliers, crut qu il étoit plus honnête de combattre les ennemis de rÉtat, que de ruiner les affaires de la république, par une vengeance précipitée; et il résolut d achever de vaincre l'ennemi étranger, avant que d attaquer le domestique.

Cependant il écrivît une grande lettre au sénat (e) , dans laquelle il représentoit vivement ses services , et les injures qu'il avoit reçues ; et il la finissoit par des plaintes, mêlées de menaces : t< Vous sçavez, pères conscripts, leur dite soit-il , tous les travaux que nous avons este suyés en différens climats , pour le service de «la république. Questeur en Numidie, tribun ft militaire dans la guerre des Cimbres , pro- « préteurdansla guerre des alliés , et pro-consul « contre Mithridate , vos armes ont toujours été i< heureuses entre mes mains. J ai vaincu , en

(i)Plut. in Sylla, p. 495. — (a) App. Alex, dcbello civili, lib. 1, cap. 77.

«< plusieurs batailles, les lieutenans de ce redou- j^^ « table ennemi des Romains. J ai chassé ses ^^J^°^^' «garnisons de la Grèce; et j'espère le réduire u bientôt dans les anciennes bornes de son « royaume de Pont. » Il ajoutoit , que, pour récompense de ses services, le sénat , à l'instigation de ses ennemis, avoit mis sa tête à prix; qu'on avoit fait mourir ses amis ; forcé sa femme et ses enfans de s'enfuir de Rome , pour sauver leur vie ; démoli sa maison, confisqué ses biens, et cassé les lois qui avoient été promulguées sous son consulat : mais qu'il espéroit se rendre, dans peu de temps, à Rome, à la tète d'une armée puissante et victorieuse ; et qu'alors il se vengeroit, hautement, des injures particulières et publiques.

Cette lettre , et les nouvelles qui venoient , tous les jours , de l'armée de Sylla, que ce général se disposoit à tourner ses armes contre les deux consuls, leur donnoient beaucoup d'inquiétudes. Marins, accablé d'années,^t le corps épuisé par les fatigues de la guerre, craignoit d'être obligé de se remettre en campagne , surtout quand il envisageoit qu'il auroit à combattre contre un ennemi puissant , grand capitaine, ^ujours heureux, encore dans la force de l'âge, vif, actif, diligent, et qui l'avoit déjà chassé une fois de Rome.

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j^^ II repassoit , dans soa esprit, *sci anciennes

fl« Rom^. disgrâces, sa fuite, son exil, les périls qu'il a voit courus, tant sur terre que sur mer; et il craignoit de se voir exposé encore , à son âge , aux mêmes dangers. Ces tristes réflexions ne lahandonnoient point; et il en perdit même le sommeil. Ce fut pour se le procurer, et pour se débarrasser de ces idées funestes , qu'il se jetta dans la débauche de la table ; il cherchoit à noyer ses inquiétudes dans le vin ; et il ne trouvoit de repos que quand il n avoit plus de rai* son. Ce nouveau genre de vie, et les excès qui! fit , lui causèrent une pleurésie, dont il mourut, le dix-septième jour de son septième consulat. Un historien (i) semble insinuer qu'il avança lui-même la fin de ses jours, quoiqu'il n'en marque point la manière. Il rapporte seulement que Marins , se promenant un soir , après souper, avec ses amis , les entretint longtemps des principaux évènemens de sa vie ; et qu'après avoir rapporté tout ce qu'il avoit éprouvé de Tune et l'autre fortune, il avoit ajouté, qu'il ne croyoit pas quil fut d'un homme de bon sens, à son âge, de se confier davantage à une divinité si inconstante; qu'en finissant ce discours , il embrassa tous ceux

(i) Piso in Plut.

cpii étoient p'résens , avec un attendrissement J^ qui ne lui ëtoit pas ordinaire ; et qu ensuite J« Rome. il se mit au lit , où il mourut peu de jours après.

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