‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 4)Chapitre 4 sur 16 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

Après la mort de Marius, G. Marius, son (ils, s'anit étroitement avec Ginna et Valcrius Flaccus. Ge dernier, ayant été créé consul, passe ^ en Asie, à la tête d'une armée contre Mithridate , sous prétexte que la guerre , que lui faisoit Sylla , étoit sans l'aveu du sénat. Fimbria , lieutenant de Yalerius Flaccus, tue son général. Sylla fait la paix avec Mithridate, et marche contre Fimbria^ qui, abandonné de ses soldats, se passe son épée au travers dij^ corps. Sylla retourne en Italie, où il trouve des forces très supérieures aux siennes, commandées par d'habiles |officiers, à la tète desquels étoient L. Gorn. Scipion et G. Junius Norbanus , les consuls de cette année. La ruse et l'argent le rendent maître de l'armée de Scipion , et il triomphe de celle de Norbanus, par sa valeur. Le jeune Marins est élu consul. Il présente la bataille à Sylla, et la perd. Il s'enferme dans Preneste , où son ennemi l'assiège. Après la défaite de son parti, Preneste est enfin obligé d'ouvrir ses portes aux victorieux. Marius tâche de se sauver par des conduits souterrains , avec un jeune Samnite qui commandoît les troupes de sa nation, dans la place; mais, ayant trouvé toutes les issues fermées, ces deux, chefs se donnent mutuellement la mort. Sylla, dictateur perpétuel , se défait de ses ennemis par de cruelles proscriptions. Il abdique le pouvoir souverain , et meurt simple particulier. M. Émilios Lepidus, qui ,^endant

la vie de Sylla, avoit été attaché au parti de la noblesse ^ devient le chef de celui du peuple , après la raort du dictateur. Ayant eu le (jouvernement de la Gaule Cisalpine, au sortir de son consulat, il y lève une armée, avec laquelle il vient camper aux portes de Rome , où il est défait par Catulus. Il se retire en Sardaîgne , et y meurt. Pompée est envoyé en Espagne , où y après quelques mauvais succès contre Sertorius, il a la gloire de mettre fm à la guerre , en faisant couper la tête à Perpenna. Des esclaves, commandés par Spartacus, remportent plusieurs victoires contre les légions Romaines. Ils sont défaits par Crassus, et leur chef est tué. Guerre des pirates, terminée par Pompée.

La plupart des habitans de Rome crurent j^^ recevoir la vie une seconde fois, en apprenant <^« i^omo. la mort de Marins. Mais leur joie fut de peu de durée ; et ils' s apperçurent bientôt quils navoient fait que changer de tyran. Le jeune Marius hérita de sa cruauté , comme de son pouvoir ; et il célébra les obsèques de son père par la mort de plusieurs sénateurs , qui avoient échappé aux premières fureurs de la proscription. C2e jeune homme s unit étroitement avec Cinna ; et ils associèrent , dans leur faction , Valcrius Flaccus , créature de Marius. Ils le firent même nommer, pour lui succéder au consulat; et ce nouveau magistrat, pour gagner les bonnes grâces de la. multitude, pro-

78 RJiVOLUTIOîSS

■^^^ posa une loi) qui déclaroitles débiteurs quittes de Rome, de leui's dettes, enpaya&t, à leurs créanciers, la quatrième partie du principal. Ils délibérèrent ensuite sur les moyens d empêcher le retour de Sylla; et ils convinrent, pour cela^d envoyer une armée , en Asie , contre Mithridate , sous prétexte que la guerre que lui faisoit Sylla , étoit sans Taveu de la république , et que 1 autorité de ce général j proscrit par arrêt du sénat, n'étoit pas légitime. Ginna fît comprendre, à Valerius, qu il étoit de leur intérêt qu'il se chargeât de cette entreprise; et il le flatta que les soldats de leur ennemi, voyant un dçnsul dans la province, passeroient bientôt sous ses plnseignes, ou du moins, que son armée tiendroit en respect celle de Sylla, et retarderoit sa marche, Si, eU su présence, il entreprenoit de passer en Italie.

Yalerius partit de Rome avec deux légions.

CTétoit Un homme d*un caractère hautain et violent ; fier de sa nouvelle dignité ; cruel dans ses châtimens , i Fégard du simple soldat ; odieux aux officiers , qu'il traitoit avec trop de hauteur ; et incapable de reconnoissance, parce quil attribuoit la complaisance, qu'on avoit pour lui , à la seule crainte de sa puissance et de son ressentiment. Comme Cinna n'étoit pas persuadé de sa capacité, on lui atoit donné.

pour conieil et pour lieutenant, un sénateur , ^^ appelle Fimbria, aussi estimé, dans les troupes, <^« f\'>ine. par sa valeur, que Valerius en étoit haï par sa ^' dureté. Ces deux chefs ne furent pas longtemps sans se brouiller. Le lieutenant, persuadé de Tincapacité de son général , ne faisoit pas assez d'attention à sa dignité ; et le consul , sans égard pour le mérite d un officier d'aussi grande considération que Fimbria , voûloit tourner la subordination militaire en une obéissance servile. L aigreur et Tanimosité succédèrent à ces dispositions ; et à peine furentils arrivés, en Asie , que leur mécontentement éclata , au sujet d'un logement que le questeur de larmée et Fimbria se disputèrent ( i ). Le consul saisit, avec plaisir, cette occasion de mortifier son lieutenant , et décida en faveur do questeur. Fimbria, outré de ce^te préférence , le menaça publiquement de quitter le service. Valerius, pour lui fairesentirqu il pouvoit se passer de lai, donna, sur-le-champ, son emploi à un autre. Ce second affront porta le ressentiment de Fimbria jusqu'à la fureur : les soldats, qui laimoient, s'intéressèrent à son injure; tout le camp se souleva. Valerius , au lieu d'opposer sa présence et son au-

(i) App, ^ex. de bello contra Mithridat, csp. Sa.

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^Q torité aux mutins , s enfuit lâchement ; et ce àe^me. grénéral , déserteur de sa propre armée, se jetta dans une ville voisine, et se cacha au fond d un puits. Fimbria , emporté par sa passion , le poursuit , entre dans la place , découvre le lieu de sa retraite , l'en fait tirer , et tue , de sa main, son consu} et son général (i).

Pour se faire un rempart contre le ressentiment de Cinna, il se fait prêter serment par toute larmée , persuadé qu'il seroit toujours innocent , tant qu'il seroit à la tête des légions, et que la crainte seule qu'il ne se jettât dans le parti de Sylla , feroit dissimuler sa faute.

Comme il étoit soldat et capitaine , il remporta de grands avantages sur Mithridate , et sur ^es lieutenans. Il s'attacha particulièrement à ce prince , qu'il força, après une victoire, d'abandonner Pei^ame (2), ville de la Troade y et de se retirer dans Pitane , place forte , où il pouvoit recevoir du secours par mer. Fimbria né laissa pas de l'y assiéger : mais , comme il n'avoit point de flotte pour en fermer le port , il écrivit à Lucullus , qui commandoit celle de Sylla, de s'avancer, et de vouloir contribuer ^

(i) Vell. Paterc. lib. II, cap 24- — t^)-^PP' ^l^** ^^^ bello contra Mithridatein, cap. 53.

ROMAINES. 8l

nonobstant la différence des partis , à la prise ^ du plus grand ennemi des Romains. Sa perte àe Home. étoit infaillible, si ce lieutenant de Sylla eut ^' Voulu agir , de concert , avec Fimbria ; mais , quelque hotiïieur que lui eût fait la prise d un si grand roi , LucuUus ne crut pas devoir rien entreprendre) sans la participation et les or-* dres de son généraL Peut-être même qu'il se fit un juste scrupule d'entretenir la moindre rela* tion avec un homme qui venoit d'assassiner un consul. Ainsi, Mitbridate, ayant la mer libre, se tira de Cette place , et continua la guerre , avec différens succès , contre Finibria et contre Sylla ^ quoiqu'il fût déjà entré en quelque es* pèce de négociation, avec le dernier, au sujet de la paix»

Celui-ci, en moins de trois ads^ avoit repris toutes les villes de la Grèce ; 'défait , en deux batailles rangées , proche de Chéronée et d'Or* chomène, Taxiles, Archelaûs et Dorilas, généraux de Mithridate ^ qui Commandoient , dans la Béotie, une armée Composée de plus de cent mille hommes ; et il avoit triomphé de ces forces redoutables , sans avoir plus de quinze mille hommes , et s^ns pouvoir tirer aucun secours de Rome, où le parti de Marius dominoit. Mais comme la guerre, quand on la fait heu/*eusemept, fournit aux besoins de la

8a BÉVOLUTfONS

^T guerre, sesvictoiresamenèpentjdanssoncamp, it Borna. )es richesses et i'abondance. Son armée se f^ssit ; on accoaroit , de toutes parts , pour combattre sous ses Enseignes ; et l'Asie lui fournit des sommes immenses. Sylla , avec ce secours , et à la tête d'une armée victorieuse , aaroit poussé loin ses conquêtes, si l'inquiétude de ce qui se passoit à Rome , et le désir de relever son parti , n'eût balancé , dans son esprit , les avantages qu'il se pouvoit promettre de la continuation de la guerre. 11 étoit cependant bi«i résolu de ne point quitter l'Asie, qu'il n'eût réduit son ennemi par la force des armes, ou par un traité, dans les anciennes bornes de ses États. Pendant qu'il étoit dans cette agitation , Mithrîdate , qui n'avoit pas , de son côté, des inquiétudes moins violentes, et qui craignoit qu'un aussi grand capitaine , et aussi heureux dans tontes ses entreprises, ne le chassât entièrement de l'Asie, envoya des ordres secrets à Archelaûs, un de ses généraux, de tâcher de feire la paix à quelque prix que ce fut.

Ardielaûs en fit jetter cjuelques propos à Sylla, par un marchand (i), qui, à là feveur du commerce , alloît libremmt de Fun à l'autre

(t) Plut. in SyUa, tom. IV, p. 49S;

HOMAlNËS. 83

camp. La négociation se noua inseniiblement ; • ^^ et les deux géaérau?^, après quelques prélimi^ de Rome. oaires, se trouvèrent dans un endroit, dont il^ étoient convenus. Archelaiis, qni nignorgit pas de quelle importance il étoit , à Sylla , dç pouvoir repasser en Italie , l^i proposa d unir ses intérêts avec ceux 4e Mithridate^ et quç son maitre lui fourniroit de l'argent , des trou»pes, et des vaisseaux, ppur faire la guerre è Cinna et à Marius.

$yl)a, sans paroitre d'abord offensé de pa-* reilles propositions > lexhorta, de son côté, 4

se retirer de la servitude où. il vivoit sous un

prince impérieux et cruel. Il lui proposa de prendre le titre de roi dans son gouvernenient ; et il lui offrit de lui faire donner la qualité d allié et d ami du peuple Romain , s'il VQuloit lui livrer la flotte de Mithridate , dont il avoit le commandement (i). ÂrchelaUs rejeUa» avec indignation y une pareille proposition, et témoigna même au général des Romains, combien il se sentoit offensé , qu'il l'eût cru capable dune telle trahison. Alors Sylla > prenant cet air de grandeur et de dignité , qui étoit si naturel aux Romains (2) : » Si n'étant qu'un e9^

(1) App. Alexé de bello contrk Mithridat. cap. 55. — {^) Plut in Sylla.

*~T a clave, lui dit-il , et tout au plus Toffieier d'un de Rome. r> roi barbare , tu regardes comme une lâcheté '* « de quitter le service de ton maître , comment ir as«-tu été assez hardi pour proposer d'aban- « donner les intérêts de la répubUque , à un « Romain tel que Syl^? Crois-tu que les choses tt soyent égales entre nous? As -tu oublié mes « victoires? Ne te souviens-tu plus que tu es ce fi même Archelaiis, que j^ai défait dans deux ba- « tailles , et que j'ai forcé , dans la dernière y « d'aller se cacher dans les marais d'Orcho- « mène. »

Archelaus, déconcerté par une réponse si fière , ne se soutint plus dans la suite de la négociation. Sylla s en rendit le maître , et donna la loi en victorieux. Il lui dit que , si Mithridate vouloit obtenir la paix , U falloit que ce prince abandonnât TAsie mineure , et la Paphlagonie; qu il rendit la Bithynie à Nicomède, et la Cappadoce à Ariobarzane; quil payât, aux Romains , deux mille talens , pour les frais de la guerre , et leur remît soixante-dix galères. Sylla y à ces conditions, s'obligea , de son côté , de faire confirmer , à Mithridate , par le sénat , la possession des États qui lui resteroient, et de le faire déclarer ami et allié du peuple Romain. Le traité ayant été arrêté à ces conditions, les articles en furent envoyés à Mithridate. Ce

ÉÉI'

prince les renvoya aussitôt par des ambassa- ^„ deurs, qui dirent à Sylla, que le roi , leur mal- *'*^®™*' tre , y souscriroit volontiers , à l'exception de la Paphiagonie qu'il vouloit retenir , et de ses galères dont il ne pouvoit se défaire. Sylla leur répondit fièrement : « (i)Mithridate, à ce que M vous dites 9 veut retenir la Paphltigonie , et M refuse de me remettre ses (galères, à moi qui ft devois prétendre quil se jettàt à mes pieds ^ M si je lui laissois seulement la main dont il a « tué tant de citoyens Romains 1 Mais peut-être u tiendra-t-il un autre langage , si je le puis «joindre.» Les ambassadeurs, consternés de cette réponse, gardoient le silence. Mais, Archelatts, en lui prenant la main, le pria d'adoucir son courroux. Il lui demaùda seulement le temps de pouvoir se rendre auprès du roi , son mattre; et il lassura qu'il en rapporleroit la ratification du traité qu'il avoit signé avec lui, ou qu'il se tueroit, lui-même, en sa présence.

ArchelaUs, sur la parole de Sylla, fit une extrême diligence; et ayant joint Mithridate, il sçut lui représenter si vivement les forces de son ennemi, et les périls auxquels il s'exposoit, en continuant la guerre contre un si grand ca-

(i) Plut, in Sylla.

*""][^ pitaine , que son maître , quoique toujours ende Kome. nemî mortel des Romains , comprit qu'il étoit ^* de son intérêt de surseoir , au moins pour quelque temps, lexécution de ses desseins; d'attendre que quelque nouvelle conjoncture le débarrassât de Sylla , et le mit en état de reprendre les armes avec plus de succès. Dans cette vue, il renvoya Ârchelaûs à Sylla, pour Fassurer qu il lui porteroit, lui-même, la ratification en-' tière du traité, et qu il souhaitoit seulement le pouvoir entretenir, avant qu'il retournât en Italie. Mithridate demandoit cette entrevue, parce qu'en faisant la paix avec Sylla, il ne se trouvoit pas délivré de la guerre que Fimbria lui faisoit; et qu'il vouloit concerter, avec lui, de quelle manière il en devoit user avec cet aventurier^ qui ne reconnoissoit pas les ordrci de Sylla,

Sylla étant demeuré d'accord de Tentrevue , elle se fit à Dardane , ville de la Troade. Mitbri^ date , en abordant le général Romain , lui présenta la main , en signe d'amitié, Sylla , avant que de répondre à cette démarche d'honnêteté, lui demanda s'il acceptoit la paix , aux conditions dont Archelaûs étoit convenu. Mithridate, surpris de la hauteur et de la fierté du général Romain, après avoir dit quelque chose pour j ustifier sa prise d'armes , déclara qu'il ratifioit

le traité dans toutes ses parties. Alors Sylla Tem- ^^ brassa , et lui présenta Ariobarzane et Nico- àt Rome. mède, dont il avoit ménagé le rétablisseijient ^' par le traité de paix. Il lassura ^ en même temps , qu il alloit mettre Fimbria hors d'état de lui donner aucune inquiétude. Us se séparèrent, ensuite, après s'être donné réciproquement des marques extérieures d estime et d amitié , si peu solides entre les grands, et sur-tout entre des ennemis nouvellement réconciliés.

Quelque avantageux que fût ce traité pour les Romains , et sur-tout pour- Sylla , on ne laissa pas den murmurer dans son camp.

Les soldats, qui n avoient pas le même intérêt que leur général de repasser en Italie , se plai-> gnoient qu'il n'achevât pas de vaincre un en-* nemi, qui n'étoit plus en état de lui résister. Sylla, pour justifier sa conduite, leur fit comprendre, que, s'il eût rejette les propositions de paix, Mithridate, à son refus, nauroit pas manqué de traiter avec Fimbria ; et que , si ces deux ennemis avoient joint leurs forces, ils l'auroient contraint, ou d'abandonner ses conquêtes, ou de bazarder une bataille contre des troupes supérieures en nombre, et commandées par deux grands capitaines , qui auroient pu , en un seul jour, lui faire perdre le fruit de toutes ses victoires.

^^ Sylla marcha ensuite droit à Fimbria , et fit

jo Rome, marquer son camp, fort près du sien. Il lenvoya, aussitôt, sommer de lui remettre , comme à un pro-consul , le commandement d une armée , dont il ne s^étoit emparé que par un crime , sans laveu du sénat, et le consentement du peuple Romain. Fimbria lui fit dire, que son autorité n'étoit pas plus légitime, et que personne n ignoroit les décrets rendus à Rome, contre lui. Les deux généraux se fortifièrent ensuite, chacun dans leur camp. Mais, comme les soldats des deux partis étoient de la même nation, et la plupart de la même ville, au lieu de se charger , quand ils se rencontroient au fourrage, ils se saluoient humainement. Il y en eut même quelques uns du camp de Fimbria , qui, à Tinsçu de leurs officiera, passèrent secret* tementdans celui de Sylla, pour aller voir leurs parens et leurs amis. Ce commerce clandestin devint, à la fin , pernicieux à Fimbria. Les sol* dats de Sylla, instruits par leur général, gagnèrent, par des libéralités secrettes, ceux de Fimbria. Ces soldats, de retour, en corrom* pirent d autres; plusieurs s'échappèrent à la Ikvcur de la nuit , et passèrent dans le camp ennemi. La désertion devint presque générale : les traîtres, ne craignant plus ni la honte, ni le châtiment,, levèrent leurs Enseignes, et saU

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lèrent rendre , par troupes , à Sylla. Fimbria , J^ se voyant trahi et abandonné par la plus grande <*« ^^ome. partie de son armée , fit demander une entrevue à Sylla. Mais ce général , revêtu de la dignité de pro-consul , ne trouvant point qu il lui convînt de se mettre, en quelque sortei, d égalité avec un aventurier, se contenta d y envoyer, en sa place , un officier, appelle Rutilius. Fimbria se plaignit d'abord amèrement que Sylla eût refusé, à un de ses concitoyens, la conférence qu il venoit d'accorder à un roi barbare ; et, après avoir dit quelque chose, pour se justifier au sujet de la mort du consul Valerius , il demanda à Rutilius, ce qu'il pouvoit espérer de Sylla. L'officier lui répondit , que Sylla lui ordonnoit, en qualité de pro-consul, de sortir , à l'instant, d'une province, dont il avoit le gouvernement. Il ajouta, avec une froideur miélée de mépris , qu'on lui permettoit de gagner le bord de la mer, pour s embarquer. Fimbria, jugeant bien par une réponse si dure, que sa pertes étoit résolue , lui répartit brusquement qu'il sçavoit un chemin plus court; et, en même temps ^ il revint à Pergame, où, étant entré dans le temple d'Esculape , il se passa son épée au travers du corps. Mais le coup ne s'étant pas trouvé mortel , il se fit achever par un de ses esclaves , qui se tua ensuite sur le corps

go RÉVOLUTIOKS

^^ de son maître. Le reste de ses troupes prit parti de Rome, daos Varinée de Sylla; et ce général, après avoir laissé le soin à Lucullus de lever de Fargent, et le commandeipent des troupes à Murena , fit prendre le chemin de 1 Italie à son armée.

670. Au bruit de sa marche , Ginna et Carbon , tous deux consuls , le jeune Marins et les autres chefe de ce parti ; lèvent des troupes , et enrôlent les légions; appellent à leur secours les Samnites, et forment di£Férens corps d'armées, pour s'opposer à leur ennemi conuDonn. Ginna avoit résolu de le prévenir ; d'aller au-devant de son armée , et de porter la guerre en Dalmatie. Il fit passer d abord quelques troupes ; mais le reste ayant refusé de s'embarquer, il s éleva une sédition dans son camp. Dans ce tumulte, un soldat des plus mutins, et qu'il vouloit faire arrêter, lui passa son épée au travers du corps, et le tua. Carbon , se voyant privé de son collègue , pour demeurer seul maître du gouvernement , difiiéra , sous di£Férens prétextes , l'éleo tion de son successeur. Ainsi il resta seul , dans cette dignité, jusqu'à la fin de l'année , queLncius Scipion et Norbanus lui succédèrent.

Cependant Sylla continuoit son chemin; et, après de longues marches et di£férens embarquemens, il se rendit à Durazzo, d'autres disent à Patras , oti il trouva une flotte qui devoit

porter êes troupes en Italie : mais , avant que j^^ de 8*Y embarquer, il assembla son armée. Après <l«^ ^^"^•^ avoir loue Je courage et la valeur que les sol-> dats a voient fait parottre, pendant toute la guerre ^ il leur laissa entrevoir quelque légère appréhension quils ne se débandassent, sitôt qu ils se verroient dans leur patrie. Ses soldats, touchés d'une crainte qui sembloit blesser Taffection qu ils avoient pour leur général , firent un nouveau serment de demeurer sous leurs Enseignes; tant que la guerre civile dureroit. lUrassurèrentmêmequ ils ne violeroient jamais la discipline militaire ; et chacun lui of&it, pour gage de sa foi, ce quil avoit gagné d'argent dans la guerre de Mithridate.

Sylla ne voulut point recevoir leur argent; il les remercia , et leur fit espérer de magnifiques récompenses. Il débarqua ensuite à Brindes, sans trouver aucua obstacle de la part de ses ennemis. L*armée s y reposa , quelques jours, pour se rétablir des fatigues de la mer , et reprit sa marche pour aller chercher les ennemis (i). Metellus le Pieux, qui, sous le consulat d'Ootavius,«8'ét()it retiré, dans la Ligurie, pendant la tyrannie du vieux Marins, vint joindre Sylla > à la tète d un gros corps

(i) App. Alex, de Bello civili; lib. I, c(ip. 80.

g2 nÉVOLUTIONS

^^ de troupes qu'il leva facilement, par l'estime de Rome, générale quil avoit acquise dans les armées. Il les commandoit , en qualité de pro - consul, suivant Fusage de ce temps -là , qui laissoit ce titre à ceux qui n'étoient point rentrés dans Rome , depuis qu'ils en avoient été revêtus, y Sylla, qui n avoit pas une dignité supérieure, le reçut comme son collègue, quoique, par la supériorité de ses forces et Téclat de ses victoires, il retînt toujours la principale autorité. Marcus Crassus , de la Maison Licinia , proscrit par Marins et Ginna^ sétoit déjà rendu auprès de lui. Sylla , en entrant en Italie , lui donna commission d'aller, dans le pays des Marses , pour y faire de nouvelles levées. Mais, comme il falloit passer au travers de différens quartiers de larmée ennemie , il demanda une escorte. Ce général, qui vouloit accoutumer ses officiers à des entreprises hardies , lui répondit fièrement (i) : « Je te donne, pour garde, M ton père, ton frère, tes parens et tes amis, qui « ont été massacrés par nos tyrans , et dont je « veux venger la mort.* Crassus , touché de ce discours , partit sur-le-champ, passa au travers de dififêrens corps de l'armée ennemie ,

(i) PIuU in M. Crasso«

ROMAINES. g3

leva un grand nombre de troupes par son cré- ^^ dit et ses amis, vint rejoindre Sylla-, et par- «l© ]^omei tagea , depuis avec lui , tous les périls et toute la gloire de cette guerre.

Mais , de tous les secours que reçut Sylla , en entrant en Italie , aucun ne lui fit tant de plai' sir^ que celui que lui amena Gn. Pompeïus (i), connu sous le nom du Grand Pompëe. Il n'avoit pas encore vingt -trois ans : cependant, sans aucune autorité publique , il leva une armée dans le Picenum (Marche d'Âncone), où son père avoit un grand nombre de clicns et d'amis, et fit déclarer la plupart desr villes de ce canton , en faveur de Sylla (2). Son armée étoit composée de trois légions ; Brutus , un des chefs du parti contraire, se trouva à son passage. Les deux armées en vinrent aux mains ; la cavalerie de Brutus , composée de \ Gaulois , chargea la première. Pompée lui opposa la sienne; et, s avançant lui-même, à la tète de son escadron, il tua, dun coup de javelot, le Gaulois qui commandoit cette cavalerie étrangère. Il se jetta ensuite , Tépée à la main , dans ces escadrons étonnés de la' mort de^eur chef, et qui se renversèrent sur leur

(1) Veiletus Paterc. lib. II, cap. ag, — (ot) Plut, in Pom« peio. '

gl RÉVOXUTIONS

2^ infanterie. Us y portèrent leur propre crainte de Rome, et le désordre ; ce fut moins , dans la suite , un ^ ' combat qu une déroute : il fut impossible à Brutus , quelque effort qu û fît , de les rallier ; et Pompée , après en avoir taillé en pièces une partie , et dissipé l'autre , s ouvrit un passage , et joignit enfin Sylla , malgré deux autres corps qui prétendoient s'y opposer.

Ce général , voyant arriver ce jeune Romain ) à la tète d une armée victorieuse , descendit de cbeval , pour lui faire plus d'honneur, et l'embrassa tendrement. On fut surpris que Sylla ) le plus fier des Romains , donnât à pe jeune homme , qui n avoit point encore d'en-* trée dans le sénat, le titre dUmperatory dont on honoroit , en ces temps là , les généraux de la république, après qu'ils avoîent remporté une victoire. Mais Sylla , sans s'embarrasser ni des lois , ni des règles de la disâpline militaire, crut que, dans la conjoncture oii il se trou* voit , c'étoit acheter encore , à bon marché , un homme de cette importanoe,et qui nelui coùtoit^ pour ainsi dire , qu'un vain titre d'honneur ; en efifet , jamais secours ne lui avoit été plus nécessaire. U n!avoit pas ramené, de TAsie, plus de trente mille hommes.; et ses ennemis avoient quatre cent cinquante Enseignes (i) de gens

(i) Deux cent mille hommes*

de^pied, distribués en différens corps d armée, JJ[~* sans compter la cavalerie ; tout cela comman- àa Rome, dé par quinze officiers généraux , à la tète desquels étoient L. Cornélius Scipion , et G. Junius Norbanus , qui avoient la principale autorité , en qualité de consuls de cette année. Ces armées même grossissoient à tous momens , par la crainte quon avoit du ressentiment de Sylla. On ne doutoit point qu'il ne se vengeât cruellement, et quil ne répandit beaucoup de sang 9 s il pouvoit se rendre maitre de Rome. Quoiqu'il y eût toujours deux partis dans la ville, celui du sénat et le parti du peuple, la crainte du dehors, et un intérêt commun, qui est le plus sûr lien -de la concorde , les unissoient alors tous contre une puissance redoutable. Il en faut excepter les amis et tes partisans de Sylla qui , pour éviter la cruauté dti jeune Marins, cherchoient un asyle dans le camp de son ennemi.

SyUa , aussi habile dans Tintrigue et dans les négociations secrettes que grand capitaine , se voyant environné de tant de corps différens , joignit la ruse à la valeur. L. Scipion , Tun des consuls, étoit campé assez près de lui; il lui fit parler d'accommodement; et, pour Ty déterminer, ses agens lui représentèrent, avec beaucoup d'art, que Sylla étoii sensiblement

j^^ touché des malheurs auxquels ta république de Rome, alloit être exposée par une guerre civile , quel qu'en fut le succès pour l'un ou pour lautre parti ; et qu'il demandoit seulement , pour pouvoir mettre les armes bas avec honneur , qu'on lui rendît ses biens , et le titre des dignités dont on Favoit injustement dépouillé.

Scipion , qui désiroit la paix de bonne foi , séduit par des propositions si spécieuses, en parut content, et ne demanda que le temps nécessaire pour en faire part à Norbanus , son collègue, qui commandoit un autre corps d'armée. Il se fit , pendant ce temps-là , une suspension d'armes entre les deux camps. Les soldats de Sylla , à la faveur de cette trêve , se glissèrent dans celui de Scipion < Sous prétexte de visitef leurs amis, ils en corrompirent plusieurs , à prix d'argent. Sylla les avoit dressés à ce manège , comme nous venons de le voir au sujet de Fimbria : ce qui faisoit dire à Carbon , qu'il avoit à combattre » en Sylla , un renard et un lion; mais que le lion lui donnoit bien moins de peine que le renard*

Sylla , étant assuré d'un grand nombre des soldats de Scipion, se présenta , devant le camp ennemi , à la tète de vingt cohortes. Les soldats de garde , au lieu de le charger, le saluèrent comme leur général; et Tintrodui^irent

IftOMAlMBS. $7v

dans le camp (i). H s'en rendit mattre, sans ^^ tirer Fépée : et tout cela fut exécuté si promp-** à% Bom«. tement, que Scipion n'en apprit la nouvelle ^^* que par les soldats même de Sylla qui Ta rètèrent , dans sa tente , avec son fils , et qui les amenèrent à leur général. Sylla ne souffrit point qu on leur ftt aucun outrage. U employa^ au contraire, tous ses soins pour gagnef le consul, et Tobliger à prendre son parti; mais, layant trouvé inébranlable, il lui rendit généreusement la liberté , et lui permit de se re-* tirer, à condition qu il ne commanderoit plus les armées contre lui.

L adresse lui ayant si bien réussi, il crut qu il auroit le même succès contre Norbanus , lautre consul. Il lui envoya des députés pour demander une conférence; mais Norbanus, instruit par la disgrâce de son collègue , retint ces députés et meœcha droit au camp de Sylla , dans le dessein de le surprendre. Sylla , à rapproche des ennemis, n'eut pas le temps de ranger ses troupes en bataille. Ses soldats néan* moins ne s'épouvantèrent point; et, quoiqu'ils ne prissent, pour ainsi dire , l'ordre que de leur courage, ils se battirent avec tant de résolu*^

(i) App. Alei. de bello civili, lib. I^ cap. 85 —'Plut in Sylla.

^^ tion, que Norbanus, après avoir perdu plus de de Rome, sept mille hommes , fut obligé de faire une retraite précipitée, et peu différente dune fuite. Il se jetta, dans Capoue, avec les débris du corps qull commandoit, dans la vue de défendre cette place, si Sylla^ entreprenoit d'en former le siège.

Le reste de la campagne fut employé, de part et d autre , en des négociations secrettes. Chaque parti tâchoit de débaucher les alliés de lautre. Sylla^ grand maître dans cet art, fit passer des sommes considérables, jusquau pied des Alpes, pour y gagner les Gaulois Cisalpins ; et ses agens lui en amenèrent un puissant secours. Ses ennemis, de leur côté, portèrent> la guerre en Espagne. Sertorius, par sa valeur, se rendit maitre d une partie de ces grandes provinces, qui servirent, depuis, d'asyle et de retraite à ceux de son parti. Le jeune Marins renouvella , en même temps , son alliance avec les Samnites, qui se déclarèrent, tout de nouveau, en sa faveur. Ces peuples mirent quarante mille hommes sur pied; et ils en donnèrent le commandement à Pontius- Telesinus , le premier capitaine de leur nation, et qui avoit acquis beaucoup de gloire dans la guerre sociale. Un si puissant secours étoit moins Feffet de leur attachement au parti de

Mariua, qu'une suite de leur ancienne jalousie """"JJJ de 1 agrandissement de la république : trop foi* do Romp. blés contre toutes les forces réunies des Rot ^^' mains ^ ils ne se déclarèrent pour un parti , que pour pouvoir les perdre tous les deux plus facilement ^ ou du moins pour afFoiblir un État voisin» devenu trop puissant et trop redou*tabie.

On procéda ensuite ^ dans Rome, à lelec- 671. tioB des consuls. Papirius Carbon fut élu pour la troisième fois; et on lui donna » pour col** l^ue , le jeune Marins^ neveu , d'autres disent fils adoptif du grand Marius ; et, quoiqu'il n'eût alors que viugt-six ans, on crut le devoir élever à cette suprême dignité , malgré l'usage et les lois, pour mettre un grand nom à la tète du parti, et pour maintenir toujours, par le souvenir de son père , le peuple dans ses intérêts. Les armées se mirent en campagne, sitôt que le printemps fut venu. Marius, à la tète de quatre-vingt-cinq cohortes, présenta la bataille à Sylla. Ce général, qui avoit de secrettes intelligences dans l'armée ennemie , accepta le défi : on se battit , de part et d'autre , avec beaucoup de courage. Le soldat, dans l'une et «l'autre armée, vouloit vaincre ou périr; et la fortune ne s'étoit point encore déclarée pour aucun parti, lorsque quelques escadrons de

larmée de Marius, et cinq cohortes de son aile de Rome, g^auche, qui avoient été gagnés par l'argent de ^'* Sylla, y mirent du désordre, par une fuite concertée avec le général. Leur exemple en entraîna beaucoup d'autres: la terreur se répandit dans toute Tannée ; ce fut moins , dans la suite, un combat quune déroute. Il y eut plusieiirs cohortes taillées en pièces. Le grand nom de C. Marins , le père , n obscurcit point la gloire de son fils. Ce jeune homme fit voir, dans la bataille, toute la capacité d un vieux général^ et le courage déterminé d'un jeune officier. Il rallia, plusieurs fois, ses troupes; revint à la charge , et ne se retira que des derniers du combat. Enfin, après avoir vu que tout étoit péri par les armes , ou dissipé par la fuite (i), il se jetta dans Préneste, place forte qui s'étoit déclarée pour son parti.

G'étoit la plus grande faute qu'il pouvoit faire, sur-tout ayant encore plusieurs armées à ses ordres, et qui tenoient la campagne.

Sylla , qui se flattoit de mettre fin à la guerre, par la prise du général , investit aussitôt cette ville : on y fit des lignes fortifiées de redoutes; et la circonvallation étant achevée , il laissa le soin de ce blocus à Lucretius Ofella , un de ses

(i) App. Alex, de bello cWilî, lib. I, C9p. 87.

ROMAINES. lOI

lieutenans , qu'il avoit eu Fadresse de détacher ^ du parti de Marius. Sylla mit des corps avan- de Rome, ces dans tous les défilés, par où on pouvoit ^^^' arriver à Préneste ; et il fit camper son armée , de manière qu elle couvroit également le blocus et ces différens postes.

Il marcha ensuite, avec un détachement, vers Rome. Les partisans de Marius, consternés de sa défaite , avoient abandonné la tille. Sylla y entra sans résistance ; les habitans , désolés par la famine et par tous les maux qui suivent la guerre civile, lui ouvrirent leurs portes. Sylla, s'étant rendu maître de la place> assembla le peuple , se plaignit qu'il se f(it laissé séduire à la malice de ses ennemis ; et , après avoir fait vendre les biens des partisans de Ma-rius, il retourna à son armée pour tâcher, pat la prise de ce chef ^ de mettre fin à la guerre civile. Marius , au désespoir de s'être enfermé dans Préneste, et livré, pour ainsi dire, entre les mains de son ennemi , attribua la cause de ses disgrâces à une intelligence secrette, que Sylla entretenoit dans son parti. Il envoya un ordre à Brutus , préteur de Bome , de se défaire de ceux qui lui étoient suspects ; et le préteur, en conséquence de cette cruelle proscription , fit poignarder, à l'issue du sénat , L. Domitius, Mutins Scevola, grand pontife et jurisconsulte

loi RÉVOLUTIONS

^^ excellent, et P. Antistius. (i) On fut surpris de

de Rome, voir C. Carbou , frère ou cousin du consul , 671. '

enveloppé dans cette proscription. Il y a de

l'apparence que Marins n auroit point donné cet ordre, et que Brutus n'auroit osé lexécuter, sans la participation du consul même : du moins nen fît-il paroitre aucun ressentiment; tant il est vrai que , dans la fureur des guerres •civiles , les noeuds , que forme la tiature , sont des liens trop fbibles pour réunir ceux que Fambition et l'intérêt ont séparés !

En effet, la mort de C. Carbon, massacré par ordre de Marins, et, pour ainsi dire, aux yeux de son frère , n'empêcha point ce consul d'employer tous ses soins pour faire lever le •siège de Préneste. Ce blocus devint alors le principal objet de la guerre, Carbon , voulant jetter du secours dans la place, se battit, un jour entier , contre l'armée de Sylla , sans pouvoir venir à bout de son dessein. Pendant qu'ils étoient aux mains, Marcius, autre général du parti de Marins, à la tête de huit légions , entreprît, d'un autre côté , de forcer les défilés ; mais il trouva , en son chemin , Pompée , qui le repoussa, et tailla en pièces une partie de ses troupes, Metellus eut le même avantage, peu

(1) App. Alex, de bello civili, Hb, I, cap. 88<

' ROMAIIVES. 107

de Marius que de Sylla , son dessein ëtoit ^^ âuire Rome 9 et d ensevelir, sous ses ruines, de Ro«»«-

aier de ses habitans. Il alloit, de rang eu

pour encourager ses soldats : « Il faut

re, leur crioit-il, la forêt où se retirent

ups ravissans. Portez le fer et le feu de

ôtés; n'épargnez rien : jamais les hom-

e seront libres , tant qu*il y aura des Ro-

en vie. » Ses troupes , animées par ce

- , s'avancent avec fiireur. Ce quïl y avoit

sse dans Rome , fit une sortie , sous les

Appius Glaudius, moins pour empêcher

)ches à une armée si redoutable , que

érer la perte de la ville , et donner le

Sylla de venir à son secours. Les Ro-

battirent comme des gens qui corn-

pour la défense de leur patrie , à là

rs concitoyens , de leurs femmes , et

fans. Appius fut tué dans ce combat ;

»it pas d apparence , vu Tinëgalité des

ceux qu il commandoit pussent es-

itre sort, lorsqu'on vit entrer, dans

cents chevaux auxquels Sylla avoit

[ler, à toute bride , se jetter dans la

furent pas plutôt arrivés, qu'ils

une autre porte, et qu'ils se joi-

qui combattoient contre les pre-

is de l'armée des Samnites.

Io8 IIÉVOLUTIOKS

Sylla s avançoit , avec toate la diligence que V de Rome, lui pouvoit permettre son infanterie ; et il étoît ^*' au désespoir, quand il pensoitqueRoqie , qu'U envisageoit comme le prix de ses victoires , étoit en péril de tomber en des mains étrangères.

Enfin il arriva sur le midi, et campa proche le temple de Vénus (i). A peine eut-il donné le temps à ses soldats de se reposer un moment, qu'il leur fit reprendre les armes , et régla Tordre de la bataille : il donna le commandement de laile droite à M. Crassus ; pour lui , il se mit à la tète de la gauche. La plupart de ses principaux officiers vouloient lobliger à remettre la bataille au jour suivant ; ils lui représentèrent , qu'il y alloit de toute sa fortune, dans cette occasion; que ses troupes, fatiguées par une 'marche précipitée, avoient besoin de repos, sur-tout ayant à combattre contre les Samnites et les Lucaniens , peuples belliqueux , contre lesquels les Romains n avoient jamais eu d davantage , qui ne leur eût coûté beaucoup de sang. Mais Sylla, emporté par son courage, fit sonner la charge , et marcha aux ennemis. On se battit , de part et d autre , avec une égale fureur ; le combat fut long-temps opiniâtre , surtout à laile gauche, où il commandoit; les

(i) App. Alex. lib. I, cap. g3. — PluU io Sylla.

Samnites ne se démentirent point de leur an- ^^ cienne valeur; ils poussèrent ses troupes, et les de Rome» mirent en désordre. Plusieurs cohortes et des légions entières , ne pouvant soutenir leurs efforts , prennent ouvertement la fuite. Sylla y ^ accourt pour les rallier; il se jette, Tépée à la main , aurdevant des fuyards, pour les arrêter; mais le soldat , effrayé , ne connoit plus de commandement ; chacun , pour mettre sa vie à couvert, tâche de se jetter dans Rome. Les habitans , craignant que les vainqueurs n entrassent avec les vaincus , fermèrent la porte de ce côtélà, et laissèrent tomber la herse, qui, par sa chute , écrasa plusieurs sénateurs de Farmée de Sylla. On dit que ce général , dans un si grand péril, tira de son sein une médaille ou une petite statue d'Apollon qu'il y portoit ; et, comme le péril et la crainte réveillent les sentimens de religion , on prétend ^quil lui adressa ces paroles , comme à sa divinité tutëlaire : « O toi , « qui as fait sortir Cornélius Sylla victorieux de tt tant de batailles , ne Fas-tu conduit , par des « victoires continuelles , jusqu'aux portes de sa « patrie , que pour Fy faire périr plus honteuu sèment? » Il rallia, ensuite, ceux de ses soldats qui n'avoient pu se jetter dans la ville. Ces troupes, quoique effrayées, mais forcées parla nécessité, firent face aux ennemis. Le combat

IIO RÉVOLUTIONS

^^ recommença avec une nouvelle fureur ; il n y

de Rome, eut quc la ttuit qui le fit cesser. Sylla, désespéré

^ ' de ce mauvais succès , et sans sçavoir ce qui

s etoit passé à son aile droite , se retira dans son

camp.

La nuit étoit fort avancée , lorsque Crassus lui envoya dire qu il avoit vaincu les ennemis , et qu il les avoit poursuivis jusqu a Antenne , où la nuit Favoit forcé de camper. Syila sy rendit , à la pointe du jour ; et , après avoir donné, à son lieutenant et à ses troupes , toutes les louanges que méritoit un si grand service , il fut visiter le champ de bataille , qu il trouva couvert de plus de cinquante mille morts. On démêla, parmi les autres, le corps deTelesinus, qui conservoit encore les traits de ce grand courage et de lanimosité qu'il avoit fait paroitre dans la bataille. On prit huit mille prisonniers, que Sylla fit tuer, sur-le-champ, à coups de traits (i). Martius et Carinas, ayant été arrêtés dans la suite , eurent la tête coupée; et Sylla les envoya, à Lucrétius, comme des preuves de sa victoire , et avec ordre de les faire porter autour des murailles de Préneste. Les habitans et la garnison , ayant appris cette defaite , la fuite de Norbanus et de Carbtpn , et se

(i) App. Akx. de bello cîyilî , lîb. I , cap. 93.

ROMAINES* lit

voyant $ans vivre« et sans ressource , ouvrirent J^ leurs portes. Marius tâcha de sY^chapper, par àe Rome. des conduit; souterrains , avec un jeune Samnite , frère de Telesinus ( i ) ; mais , ayant trouvé toutes les issues , qui se rendoient dans la campagne , occupées par les soldats de Sylla , ces deux cheft se donnèrent mutuellement la mort, pour ne point tomber vivans entre les mains de leur 'ennemi. Sylla fit égorger les habitans , et ne pardonna qu aux femmes et aux enfans.

Ceux de la ville de Norbe , qui , après un long siège et une défense opiniâtre , se voyoient à la veille d'éprouver un pareil sort , mirent lo feu à leurs maisons, et se tuèrent, ensuite, les uns les autres, tant pour priver le soldat du butin , que pour ne pas laisser, à Sylla, le pouvoir de disposer de leurs vies. La prise de cette place mit fin à la guerre civile ; et Sylla , victorieux de tan td ennemis diflérens, entra, dans Rome, à la tète de ses troupes : heureux s'il eût conservé, dans la paix, la gloire quil venoit d'acquérir dans la guerre , ou qu'il eût cessé de vivre, en même temps, qu'il acheva de vaincre ! Les lieutenans de Sylla se rendirent maîtres de toutes les villes de l'Italie , et mirent de puisr santés garnisons , dans les places qui s*étoient

(i) Vellciu9 Paterculus, lib. II , cap. 97.

112 RÉTOLUTIOIfS

j^ déclarées pour le parti de Marius. Ce qui restoit de Rome, jg troupes , du débris de tant d'armée», qu'on avoit opposées à Sylla , lui envoyèrent des dé* pûtes pour en obtenir quartier; il leur fit dire ^ qu'il donneroit la vie à ceux qui s'en rendroient dignes par la mort de leurs compagnons : e»^ pèce toute nouvelle de proscription , qui obligea ces malheureux à tourner leurs armes , les uns contre les autres. D en périt un grand nombre : six mille , qui échappèrent à ce massacre , se rendirent à Rome. Sylla les fit enfermer dans l'Hippodrome , et convoqua , en même temps , le sénat dans le temple de Bellone, qui étoit voisin (i). Gomme il étoit naturellement élo* quent , il ne parla , qu'en termes magnifiques , de la grandeur de ses exploits. Pendant que tout le sénat étoit attentif à sa harangue , ses troupes , par son ordre , se jettèrent dans l'Hippodrome , et égorgèrent ces six mille hommes ^ dont nous venons de parler. Le sénat , qui n étoit pas instruit de ses ordres , étonné des cris de ces malheureux qu'on massacroit , parut consterné, et crut qu'il avoit abandonné la ville entière au pillage de ses soldats ; mais Sylla , sans s'émouvoir , et sans changer de couleur , lui dit froidement , de ne pas s'inquiéter de ce

(i) Plut, in Sylla.

ROMAINES. n3

qui se passoit au-dehors, et que ce n'étoit que ^jj quelques misérables qu'on punissoit, pai* son <!« i^o'ne; ordre. C'est ainsi qu il parloit des troupes du parti contraire ; et on rapporte que , dans rassemblée suivante du peuple , il déclara , d'un ton fier et superbe , qu il traiteroit , de la nïéme manière, tousses ennemis, et quil ne pardonneroit à aucun , de quelque condition qui! ftit: et, peu après, il fit afficher, dans la place publique, les noms de <|narantc sénateurs, et de seize cents chevaliers quil proscrivoit. y

Deux jours après, il proscrivit encore quarante autres sénateurs , et un nombre infini des plus riches citoyens de Rome. Il déclara, infâmes et déchus du droit de bourgeoisie , les fils et les petits-fils des proscrits; il ordonna, par un édit public, que ceux qui auroicnt sauvé un proscrit , ou qui lauroient retiré dans leur maison^ scroient proscrits en sa place; il mit, à prix, la tête des proscrits; et il fixa chaque meurtre à deux talens. Les esclaves, qui avoietit assassiné leurs maîtres , recevoient cette récompense de leur trahison ; et , à la honte de l'humanité , on vit des enfans dénaturés , les mains encore sanglantes , là demander pour la mort de leurs propres pères , quils avoient massacrés. Lucius Gatilina, qui ,

Il4 RÉVOLUTIONS

Au pour s'emparer du bien de son frère , Tavoit ^^T^^' fait mourir, pria Sylla, auquel il étoit attaché , de taoïettre ce frère , qu il avoit tué , depuis long -temps, au nombre des proscrits, afin de couvrir , par - là , Fénormité de son crime. Sylla lui ayant accordé sa demande , Catilina , pour lui en ijiarquer sa reconnoissance , alla tuer , au même moment , Marcus Marins , parent du grand Marins , et lui en apporta la tète dans la place publique. Comme il avoit encore les mains souillées du sang de ce malheureux, il entra dans le temple d'Apollon , qui étoit proche de la place , (i) et les lava dans leau lustrale de ce temple, comme pour ajouter Fimpiété et le sacrilège^ au meurtre et à lassassinat.

Cette cruelle proscription n enveloppa pas seulement ceux du parti contraire; Sylla, à qui la mort dun homme ne coûtoit rien, permit, à ses amis et à ses officiers , de se venger impunément (le leurs ennemie particuliers. Les grands biens devinrent un crime ; et quiconque . passoitpour riche,n étoit point innocent. Quintins Aurelius , citoyen paisible , qui avoit tou^ jours vécu dans une heureuse obscurité, sans être connu ni de Marins , ni de Sylla , appei^

(i) Plut, in Sylla.

ROMAIMES. ilb

œvant , avec étonnement , son nom dans ces ^^ table» fatales , où Ton écrivoit œux des pros- de Rome. erits, s'écria avec douleur: » Malheureux que ^'* « je suis ! c est ma belle maison d'Albe qui me tf hAt mourir ; >» et , à deux pas de là , il fut as- * sassîné par un meurtrier, qui s'étoit chargé de le tuer. G*étoient,. tous les jours, de nou-* velles proscriptions et de nouveaux meurtres ; et personne ne pouvoit compter sur un jour de vie.

Dans cette désolatidn générale , il n y eut que C. Metellus , qui fut assez hardi pour oser demander à Sylla , en plein sénat , quel terme il mettoit à la misère de ses concitoyens (i) : M Nous ne te demandons pas, lui dit -il, que utu pardonnes à ceux que tu as résolu de «faire mourir; mais délivre -nous d'une intf certitude pire que la mort; et du moins «[apprends-nous ceux que tu veux sauver. » Sylla , sans parottre s offenser d'un discours si hardi , loi répondit froidement, qu'il ne s'étbît pas encore déterminé sur le nombre de ceux à qui il vouloit laisser la vie : mais , qu'à l'égard des autres , il avoit proscrit d'abord les premiers dont il s'étoit souvenu; qu'il se rélsérvoit la liberté d'en user, de la même manille , à l'a-

(i) Plut in Sylla. '

ll6 BÉYOLUTIONS

21 venir , à mesure quje sa mémoire lui foumi-% àe Rome. fQÎt les noms de ses ennemis. Il étendit en-« . suite , sur des villes , et sur des nations entières , cette proscription , qui n etoit tombée d abord que sur des particuliers. Il s empara , par une manière de confiscation , des biens , des maisons, et du territoire de toutes les villes dltaiie y qui , pendant la guerre civile , s etoient déclarées pour Marins ; il en fit la récompense de ses soldats , qu il attacha , de nouveau , à sa fortune et à ses intérêts. Mais comme ses usnr* pations, et beaucoup d autres, dont nous aurons lieu de parler, dans la suite ^ pouvoient n être pas durables , ceux qui en profitoient , lui firent insinuer qu'il devoit se revêtir de la dignité .de dictateur , afin de donner force de loi, et une apparence de droit à tant de dispositions difiPérentes qu'il faisoit dans la repu-, blique.

Nous avons déjà dit , que les Romains, après avoir aboli la royauté , en avoi^nt cependant -conservé comme la représentation, dans la dignité de dictateur. La puissance de ce souverain magistrat étoit sans bornes ; Tautorité des consuls, et des autres magistrats subalternes , si on en excepte celle des tribuns , ces- . soit absolument par son élection. Il avoit pouvoir de vie et de mort sur ses conçitoyoïs;

et il pou voit lever des troupes, ou congédier "' .^^ les armées , quand il le jugeoit à propos ^ de Rome. sans que personne fut en droit de lui deman-* der raison de sa conduite. Vingt -quatre lic^ teurs , qtii portoient les faisceaux et les' haches, le précédoient quand il sortoit en puhlic , et lé général de la, cavalerie le suivoit par ^ tout. Le dictateur avoit seul le droit de le nommer; ô*étoit comme son lieutenant. En uo mot, le dictateur avoit toute la puissance et 1 appareil de la royauté : mai», comme il auroit pu abuser d'un' pouvoir si absolu, et' peut -être plus grand que' ne lavoient jamais eu les anciens rois de Rome ; on n avoit récours à cette suprême dignité que dans les périls extrêmes de la république, comme lorsqu'on étoit attaqué par des ennemis redoutables , ou que la république étoit agitée par de dangereuses séditions; et on prenoit toujours la précaution de ne déférer cette^puissance suspecte à des républicains , tout au plus que pour six moi». Sylla , maître absolu , dans Rome , la voulut avoir pour un. temps indéfini. C est ainsi que les Romains (1) , qui avoient passé, db la domination des rois, sôus le gouvernement républicain des consuls et des tribuns inili-

(1) Cicero, orat. in RuIIo. — Idem, lib, I de Legibos.

Xl8 RÉVOLUTIOKS

^ taires , i^tombèrent , après plusieurs siècles , de Rome, sous la puissauce absolue d'un seul ; quoique Sylia , pour diminuer Fhorreur qu en avoient des républicains, eût masqué une véritable royauté, sous le [titre et la dignité dé dictateur.

Mais les Romains étoient trop habiles , pour lie pas s'appercevoir que , sous des noms anciens et connus, il s'éleyoit une puissance toute nouvelle et incompatible avec la liberté. Sylla, dictateur perpétuel, ou, pour mieux dire , le roi et le souverain absolu de Rome , changea , à son gré , la forme du gouvernement. Il abolit d anciennes lois , en établit de nouvelles , se rendit maître du trésor public , et disposa , souverainement , des biens de ses concitoyens, qu'il regardoit comme faisant partie de ses conquêtes, (i) Crassus, lui seul, en eut la meilleure partie. Cet homme, qu'on a appelle le plus riche des Romains , n avoit point de honte de lui demander la confiscation des proscrits, ou d'acheter leurs biens, à vil prix, quand on les vendoit publiquement dans la place. Sylla , aussi hbéral envers ses amis , que dur et inexorable envers ses ennemis , se faisoit un plaisir de répandre, à pleines mains,

(i) Plat, in Crasse.

les trésors de la république sur ceux qui s*é- j^^ toient attachés à sa fortune : mais aussi il en <>• Hon«. exigeoit une dépendance entière. Pompée , par ^' son ordre, répudia sa femme, appellée An* tistia , fille du sénateur Antistius , que le jeune Marius avoit fait mourir , et fut obligé d*épouser Emilie , belle * fille de Sylla , issue du premier mariage de sa femme Metella avec Scaurus. Ce fut par ce même pouvoir souverain f qu il excrçoit indifféremment sur tous les Romains, qu'il voulut contraindre Julius César, neveu de la femme de Marius , de répudier pareillement Gornélie sa femme, et fille de Cinna. Mais César « à peine sorti de Tenfance, osa lui résister ; il se présenta même , avec une hardiesse surprenante, devant une assemblée du peuple , pour demander la prêtrise de Jupiter. Sylla, non seulement lui fit donner lex-* clusion , mais il résolut encore de le proscrire. Ce ne fut qu avec des peines infinies que ses amis obtinrent sa grâce ; et , sur ce qu*ils représentèrent , qu'il n'y avoit rien à craindre d*un homme si jeune, on prétend qu'il leur répondit que , dans cet homme si jeune , il découvroit plusieurs Marius. Les parens et les amis de César , instruits de ce discours , et sçachant combien tous ceux qui avoient appartenu à Marius , étoient odieux au dictateur.

rengagèrent à 8ortiF de Rome , où il ne revint de Romft. qu après la mort de.Sylla.

'*' De cette attention sur la conduite des particuliers, le dictateur passa au gouvernement civil , et au règlement du sénat. Il y fit entrer trois cents chevaliers, pour remplacer jce grand

' nombre de sénateurs qui étoient péris dans la guerre civile , ou par les proscriptions : mais , pour diminuer , en même temps , l'autorité des chevaliers , il ôta , à cet Ordre , le droit de connoltre du crime de cpncusaion et de péculat, que Caïus Gracchus leur avoit attribué. Il augmenta, en nième temps, le nombre des plébéiens de dix mille esclaves des proscrits, auxquels il donna le nom de Cornélius , pour les faire souvenir de Fauteur de leur liberté. Il publia, ensuite, diflférentes lois, dont les unes étoient nouvelles, et les autres, les mêmes qu il avoit fait recevoir pendant son consulat, mais que Marins et Cinna avoient abrogées :..son principal objet- étoit de réprimer l'ambition de ceuî^ qui vouloient, tout d'un coup, parvenir aux premières dignités de l'État , et d'abaisser, en même temps, l'autorité des tribuns du peuple, auxquels il avoit toujours été très opposé. U ordonna, par la première de ces lois, que personne ne seroit reçu à la change de préteur , qu-il n'eût passé par celle de questeur;

BOMxVINÉS. 121

et qu aucun citoyen ne pourroit parvenir au "[^ consulat, qu après avoir exercé la préturè, ni deRoma obtenir la même dignité , une seconde fois, ^^'* que dix ans après l'avoir exercée. Par une seconde loi, il exclut ceux- qui auroient éjté tribans du peuple, de toute autre magistrature : ce qui avilit entièrement cette dignité , la plus puissante après la dictature , et la plus redoutable de la république.

Il fit recevoir ces lois dans des assemblées du peuple Romain. Tous les suffrages furent pour la publication : personne n osa être d'un avis contraire à celui du dictateur ; et lexeniple de Lucretius Ofella , fit voir combien il étoit dangereux de s y opposer, ou de ne pas s y soumettre. Lucretius étoit un des lieùtenans de ^7^* Syila , qui lui avoit rendu les services les plus importans : c'est lui qui avoit assiégé et pris Préneste,et réduit le jeune Mariusià la funeste né* cessité de se tuer. Cet officier aspiroit au consulat , quoiqu'il n'eût pas passé par la préture; SylIa lui fit dire de se désister de ses prétentions, comme étant contraires aux lois nouvelles qu il venoit d établir. Lucretius ,,. se fiant sur ses services , ne crut pas que les lois fussent faites pott^ un lieutenant de Sylla ; et, comme il avoit une puissante brigue parmi le peuple, il ne laissa pas de paroltre , le jour de Tassem-^

^^ blée , au nombre des candidats. Sylla y ofitendeRome. se de sa poursuite, le fit poignarder sur-lechamp, par un œntenier . Le peuple, qui ignôroit la cause de ce meurtre, se jetta sur Tofficier, et le traîna devant le dictateur, pour le faire punir. Sylla ordonna qu on le mit en liberté , et adressant la parole au peuple :(i) « Sçachez, « Romains , leur dit-il , que cest , par mon «( ordre , qu on a tué cet hopime , qui ne vouloit « pas m'obéir , et qu on fera le même traitece ment à ceux qui entreprendront de violer u mes lois et mes ordonnances. » Le peuple se retira , consterné de se voir sous une ^omi* nation si tyrannique.

675. Cependant cet homme , qui avoit usurpé un empire si absolu , et qui , pour y parvenir, avoit essuyé tant de périls et donné tant de batailles, s avisa , tout d un coup , d y renoncer. Sylla, après avoir fait périr , dans les guerres civiles , plus de cent mille de ses concitoyens , après avoir fait massacrer quatre-vingt-dix sénateurs , dont il y en avoit quinze consulaires , et plus de deux mille six cents chevaliers; cet honune, dis*je , dont la vengeance avoit été la première passion, rassasié de tant de sang qu^il avoit

(1) App. Alex, de bello civili, lîb. I, cap. loi. — P'"** in Sylla.

nOMAIME8. ia3

fait répandre , fut aaset hardi pour le dëpouil- ^^ 1er de la louveraine puiisance. Il $e démit de à» Rom** la dictature , et se réduisit , de lui-même > au ^ ' raugf d*un simple citoyen , sans craindre le res« sentiment de tant d'illustres familles , dont il avoit fait périr les chefs par ses cruelles proscriptions. On dit, au contraire, qu^après s'être déposé de la dictature , il cria , tout haut , au milieu de la place, qu'il étoit prêt à rendre compte de sa conduite. Il renvoya , en même temps, ses licteurs, licencia ses gardes, et se promena , encore quelque temps , sur la place , avec quelques uns de ses amis , et devant la multitude du peuple, qui, frappée d'étonnement , regardoit un changement si peu a^* tendu, comme un prodige. Il retourna, le soir, à sa maison , seul , et comme un simple par^ ticulier , et sans que personne , parmi un si grand nombre d'ennemis qu'il s'étoit faits « osât lui manquer de respect. Il n'y eut, dans une si grande ville, qu'un jeune étourdi qui l'insdtàt publiquement : il le suivit , en lui disant des injures , jusqu'à la porte de sa maison. Sylla ne daigna pas lui répondre ; et il dit seulement, par une espèce de prédiction , que l'insolence de ce jeune homme seroit cause que , si quelqu un I après lui , parvenoit au même degré de puissance , il ne s'en démettroit pas aussi faci«

124 DÉVOLUTIONS

" ^^ lement qu'il yenoit de le faire (i). La plupart «ïeRoiDe. des Romains , regardèrent une abdication si ^ ' surprenante ^ comme le dernier efFort de la magnanimité. On oublia ses proscriptions ; on lui passa tant de meurtres qu il avoit fait faire, en faveur de la liberté , quil avoit rendue à sa. patrie.

Ses ennemis, au contraire, attribuèrent un si grand changement à l'inquiétude naturelle de son esprit , et à la crainte continuelle où il étoit , qu'il ne se trouvât quelque Romain assez généreux , pour lui ôter , d un seul coup , l'empire et la vie, Quoi qu'il en soit de ces différens motifs , Sylla , après tant de sang répandu , mourut tranquillement dans son lit ^. comme Tauroit pu espérer le plus paisible citoyen de la république. Il composa, lui-*méme, son épi* taphe, peu de jours avant sa mort; et on y trouve son véritable caractère ; elle contient : 4 Que jamais personne ne lavoit surpassé ni à (f faire du bien à ses amis , .ni à faire* du mal à <c ses ennemis (2). » Son abdication de la dictature fit voir que l'ambition et l'envie de régner n'a voit pas été sa passion dominantp^ let qu'il ne s'étoit en]qfmré de la souveraine puissance ,

(i) Âpp. Alex, de bello civili, lib. I, cap. io4* ^- {^) Plut, in Sylia , p. 434.

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que pour pouvoir se venger plus sûrement de "~J[|[ ses ennemis. Mais l'exemple dangereux d'un d« Romé4 simple citoyen , qui avoit sçu s'élever à Tempire ^ et s y maintenir ^ laiséa appercévoir , à ceux qui lui succédèrent , que le peuple Romain pouvait souffrir un mattre : ce qui causa de nouvelles révolutions.

A peine Sylla avoit les yeux fermés , que Mé Emtlius Lepidus , premier consul /entreprit, à son exemjple , de se rendre mattre du gouver^ nement. Mais , pour un si haut dessein , il avoit plus d ambition que de crédit et de forces. Cetoit un homme sans considération dans les ar-^ mées , plus adroit politique que soldat ^ d une profonde dissimulation , et qui ne s'étoit élevé qu a force de bassesses. Quoiqu'il se fût déclaré pour le pa^ti de la noblesse, qui lui paroissoit le plus puissant; ou , pour mieux dire , qu'il eût plié sous l'autorité absolue de Sylla , le dictateur, qui avoit démêlé son caractère, et qui s en défioit, ne voulut jamais consentir qu'il parvînt au consulat. Mais, depuis qu'il eut ^ abdiqué la dictature. Pompée, qui avoit la principale autorité dans les affaires, séduit par le feint attachement de Lepidus, favorisa ouvertement son élection; et, le jour des comices, il le fit nommer premier consul , par préférence à Q. Gatulus , son collègue , et

ia6 RÉVOLUTIONS

^^ fils de œ consulaire que Marius avoit

de Rome* mourir.

^ * On rapporte que Sylla, voyant revenir Pompée de la place, transporté de joie de Félection deLepidus, quil regardoit comme sa créature, et sur-tout de la préférence quil lui avoit fait remporter sur Gatulus , lui cria tout haut ( i ) : « N as-tu point de honte , jeune homme , de u t applaudir d avoir fait déclarer , pour premier « consul , un homme tel que Lepidus , au prête judice de Gatulus, un de nos meilleurs citt toyens? » Il 1 avertit ensuite, quil se préparât à ne trouver , dans Lepidus , qu un ami foible , et même équivoque , et qui pourroit devenir un bien dangereux ennemi , dans la suite , s'il y rencontroit quelque avantage.

La conduite , que tint Lepidus , fit voir que son véritable caractère n avoit pas échappé à Sylla, malgré toute la dissimulation dont il avoit tâché de le couvrir. Et , â peine étoit-il entré en possession du consulat , qu*on s'apper-' çut qu il cherchoit , par de nouvelle! divisions , à s'emparer , â son exemple , de la souveraine puissance , et à usurper la même autorité.

Mous avons vu , plus d'une fois, dans la suite de cette histoire, que tantôt les intérêts du

. (i) Plot, in Sylla et in Ponptto.

peuple , tantôt ceux du sénat , avoient servi de ^ prétexte aux grands de Rome, pour satisfaire de Home. leur ambition. L'une et Vautre route étoient ouvertes à Lepidus. Il est vr^i que, pour s accommoder à letat présent de la république , il s'étoit déclaré pour le parti de la noblesse , comme nous venons de le dire ; mais de pareils engagemens n'étoient pas pour arrêter un homme ambitieux : et , comme d ailleurs il voy oit , à la tête de ce parti, Pompée, Metellus, Grassus , et même Gatulus, son collègue, qui le sùrpassoient en crédit et en considération , il crut qu il acquerroit un plus grand nombre de par*tisans, s'il passoit dans le parti de Marins, dont la plupart des chefs avoient péri dans, la guerre civile, et qui ne subsistoit plus que par Fancienne animosité du peuple contre la noblesse. Ce lut pour relever ce dernier parti, qu'il proposa d abolir une partie des lois de Sylla. Gatulus , son collègue au consulat , s y oppQ3a avec beaucoup de fermeté. .Les deux partis se déclarèrent pour lun ou lautre copsul. Lepidus , pour fortifier le sien , et pour mettre les peufdes dltalie dans ses intérêts , leur fit dire qu'il étoit dans le dessein de les rétablir dans les trente-cinq anciennes tribus, et de leur faire rendre les terres, dont le dictateur les avoit privés , pour en faire la récompense de êes sol-

^^ dats. Cette déclaration ne manqua pas de grosde Rome, sir considérablement le nombre de ses partisans. Rome se voyoît à la veille de servir encore de théâtre à une nouvelle guerre civile; mais le sénat interposa son autorité, et tira parole ^ avec serment , des deux consuls , que , pendant leur consulat, ils ne prendroient point les armes lun contre l'autre.

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