‹ Œuvres choisies de l'abbé de Vertot (volume 4)Chapitre 8 sur 16 · Od comptoit, au nombre de ses partisans · texte numérisé non relu

Od comptoit, au nombre de ses partisans

de rOrdre des sénateurs (2), LéntulusSura, P. Autronius, dont nous venons de parler, Cassius Longinus , Caïus Cethegus , les deux fils de Servius Sylla, LuciusYagunteius, Quintus Annius, Porcins Lecca, Lucius Curius, L. Bestia, Q- Curius ; et de l'Ordre des chevaliei'S , M. Fulvius Nobilior , Lucius Statilius, P.Gabinius Capito, et G. Cornélius. On prétend que Crassus eut quelque connoissance d'une partie de leurs desseins, et que cet homme, toujours jaloux et

(i) Sallust. in Catilina, cap. 18. — (a) Idem, îbid, cap. 17.

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ennemi de la gloire de Pompée, netoît pas j^^ fâché qu'il s élevât, dans la république, un de Rome, nouveau parti qui balançât son autorité. Quelques uns même soupçonnèrent César de favoriser secrettement la conjuration; et on a dit que ces deux hommes, ambitieux , mais habiles , en attendoient le succès pour se dé«* clarer.

Lentulus , un des chefs de ce parti , étoit fils de Manius Aquilius , qui avoit été consul avec Marins. Son fils , dont nous parlons , portoit le nom de Lentulu3, pour avoir été adopté par un autre Lentulus, de Tillustre Maison des Cornéliens. G etoit un homme perdu de débauche , naturellement effronté, et qui faisoit gloire de ses vices. On lui avoit donné le surnom de Sura , c est-à-dire , gras de jambe , parce que le dictateur Sylla lui ayant, un jour, demandé compte , en plein sénat , des deniers qu il avoit adnoinistrés peu fidèlement, pendant qu'il étoit questeur, Lentulus, qui les avoit dissipés dans les débauches , lui répondit qu il n avoit point d autre liyrede compte que le gras de sa jambe, qu'il présentoit pour y être frappé ; faisant allusion à une manière usitée , en ce temps-là , entre lesenfans, qui jouoient à la paume, où celui qui avoit manqué de frapper la balle , recevoit un coup sur la jambe.

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"j^ L*histoîre nous a conservé, encore, un autre

6e Rome, trait de son effronterie, qui marque encore mieux sa corruption et son caractère. Il avoit été cité, devant les magistrats, au sujet de diflerens crimes dont on 1 accusoit. Il corrompit les juges, à prix d'argent ; et, le jour du jugement , ayant eu une voix plus qull n en falloir pour être absous , il n eut point de honte de s écrier tout haut : *f Que ce juge devoit lui « rendre Taisent qu'il avoit reçu pour un suf- « frage inutile. >»

Tel étoit P. Lentulus,que la débauche, Timpunité des crimes , et même lambition , firent entrer dans cette conjuration. Il setoit laissé entêter de je ne sçais quelles prédictions qu'on attribuoit aux sybiUes, et qui promettoient ^ disoit-ôn , l'empire de Rome à trois Cornéliens. Cinna et Sylla, tous deux de cette illustre Maison y quoique dans des partis opposés , avoient joui successivement de la souveraine puissance; et Lentulus n'étoit pas fâché que ses flatteurs lui fissent l'application de la prophétie de la sybille, et qu'on le regardât comme le 'troisième du même nom qui devôît régner à Rome.

Cethegus , du même parti , étoit un homme hardi , audacieux , et redoutable par le crédit qu'il avoit sur l'esprit de la multitude. H aTO**

ëté, auparavant, tribun du peuple, quil gou- ^^ vernoit à son gré; mais il étoit gouverné , lui- <!« Rome. rnênie , par une courtisanne , appellée Praecia , ^^' qui, pendant son tribunat, disposoit souverainement de toutes les affaires de la république.

Outre les sénateurs, dont nous venons de parler, il y avoit un grand nombre de chevaliers qui s'étoient engagés dans la même conspiration. Catilina sçut encore y attirer des soldats vétérans, et d anciens officiers de Sylla, qui , après avoir consumé , dans le jeu et la débauche , le prix et la récompense de leurs services , soupiroient après une nouvelle guerre civile, quils rcgardoient comme Tunique ressource dans leur misère.

Des femmes des premières Maisons de Rome^ aussi connues par leurs désordres que par leur beauté , entrèrent dans la conj uration , par complaisance pour leurs amans : teHe étoit la fameuse Sempronia \ elle avoit reçu de la nature une naissance illustre, un esprit brillant et agréable, un courage ferme et résolu, et ce que les femmes estiment encore plus que tout cela , une beauté incomparable.

Ces grâces naturelles étoient rehaussées par des apparences de pudeur qu elle affectoit quelquefois , selon le caractère des personnes à qui

^^ elle vouloit plaire. Mais ses regards , qui semde Rome, bloient alofs échapper à des yeux modestes, et oient toujours conduits par des passions emportées ; et elle recherchoit encore plus les hommes , qu elle n'en étoit recherchée. Le désordre de ses mœurs la fit tomber, insensiblement^ dans les plus grands crimes. On la soupçonnoit detre complice de plusieurs assassinats; et on l'avoit vue nier des dépôts , en justice, avec plus de hardiesse et de confiance, que nen avoientceux qui en demandoient la restitution. D autres femmes, aaussi bonne Maison, et aussi déréglées que Sempronia, mais moins jeunes et moins aimables, prirent part à la conjuration , dans l'espérance de voir abolir des dettes qu elles avoient contractées dans un âge avancé, pour fourhir à la dépense de leurs jeunes amans. Catilina les attira, dans son parti, par le moyen des hommes qui leur plaisoient le plus , dans la vue de s en servir, dans la suite, pour gagner leurs maris, ou pour s en défaire.

Enfin , tout ce qu'il y avoit de jeunesse , à Rome , élevée dans le luxe , et amollie par les délices ; ceux qui étoient ruinés , et , qui ne pouvoient plus fournir à leur dépense ordinaire ; les ambitieux qui aspiroient aux premières dignités de la république; d'autres, qui ne

pouvoient se venger, par eux-mêmes , d^ennemis ^^. trop puissans; tous ces gens, animés de difFé- ^« Rome, rentes passions , se joignirent et s attachèrent à Catilina.

Ce chef de parti, pour les engager plus étroitement , promet , aux uns , de les décharger de toutes leurs dettes; il donne de Fargent aux autres; il procure, à quelques uns, la possession des femmes dont ils étoient amoureux; aux vindicatifs, il fait espérer la proscription (le leurs ennemis; et il leur fait envisager, à tous, des biens et des honneurs dans une nou-» velle révolution. Mais il leur représente, en même temps , que , pour en assurer le succès , il faut quHls employent d abord tous leurs soins pour lui faire obtenir le consulat; qu'il nest pas moins utile , au parti , de lui donner, pour collègue , Gaïus Antonius , un des prétendans , «t avec lequel il avoit d anciennes liaisons ; <(uil pourroit, dans la suite, le faire entrer daos ses sentimens; et que, si, une fois, lun et l'autre se trouvoient revêtus de la souveraine magistrature, et à la tète des légions, il ny auroit point de puissance qui pût s'opposer à 'éxecution de leurs desseins.

Il est vrai que la conjoncture ne pou voit être plus favorable. Pompée faisoit alors la guerre , «ux extrémités de TOricnt. Ce général , emporté

^^ parole désir de remplir la terre entière de la d« Rome, gloire de son nom , poursuivoit des Arabes , qu il étoit plus aisé de vaincre que de trouver. Il n y avoit point d*armée en Italie. Le peuple, toujours avide delà nouveauté, voyoit, avec plaisir, s élever un parti, qui sembloit nen vouloir qua 1 autorité du sénat; et ce sénat^ si éclairé , s endormoit dans une fausse sécurité , fondée sur le mépris qu il faisoit des chefs de ce parti.

Cependant, comme il étoit bien difficile que les desseins des conjurés, formés dans la débauche, pussent demeurer, long-temps secrets, la connoissance en vint, à Gicéron, par le moyen de Fulvia , femme d'une illustre.Maison, mais quelle déshonoroitparun commerce criminel, quelle entretenoit avec Quintius Curius, un des chefs de la conjuration.

Curius s'étoit ruiné auprès d'elle, et il lui avoit été agréable , tant qu'il lui avoit été utile. Mais , quand il .ne put plus faire la même dépense, l'indifférence et la froideur succédèrent à cette tendresse intéressée ; et Fulvia le méprisa, dès qu'elle n'en espéra plus rien.

Curius, voulant jouir des privilèges dont il étoit en possession, est rebuté. Croyant d'abord avoir un rival , il crie, il menace; il passe ea« suite aux plus basses soumissions ; enfin il de-

mêle , avec confusion , que ce n'est qu a son ^[^"" argent qu'il doit la complaisance criminelle de <le Rome Fulyia. Comme il ne pouvoit ni lui en fournir, ni rompre ses chaînes, il tâche, au moins, de lui donner de belles espérances. Il lui découvre le secret de la conjuration, et lui fait envisager de nouvelles richesses dans le succès de ses desseins.

Mais soit que Fui via , comme toutes les femmes de ce caractère, fit peu de cas des promesses d'un amant ruiné ; soit qu elle naugurât rien d'heureux d'une entreprise conduite par de jeunes gens, elle découvrit ce qu elle en avoit appris à des personnes de considération , sans cependant nommer son auteur : et elle fit cette démarche pour ne se pas trouver embar-, rassée dans une affaire criminelle. Le bruit s'en répandit, aussitôt, dans Rome. Cicéron, attentif à tout ce qui se passoit, remonta jusqu'à la source de ces bruits. Il vit Fui via, la gagna; et t\le lui vendit le secret d'un homme qu'elle n'avoit jamais aimé , et qu'elle ne ménagea, dans la suite, que de concert avec Cicéron, pour en pouvoir tirer de nouveaux secrets.

Outre l'intérêt général de la patrie , Cicéron ft^oit encore , dans cette recherche , un intérêt particulier. On devoit procéder, incessamment,

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7 à 1 élection des consuls : il aspiroit à cette dîdeTiome. gnité; Catilina étoit du nombre des prétendans. Cet homme, d'une naissance illustre, ne parloit de cejle de Gicéron qu avec le dernier mépris. Il le traitoit d'inconnu et d'homme nouveau, c est-à-dire, dont le père et les ancêtres navoient jamais été revêtus d'aucune de ces magistratures qui conféroient la noblesse. Gicéron, de son côté, n'oublioit rien pour rendre Gatilina odieux , et même suspect de vou- . loir attenter à la liberté publique. Rien n'étoit plus propre à prévenir les esprits contre ce patricien , que la découverte de ses mauvais des* seins. Gicéron y réussit; et Gatilina y contribua, lui-même , par la férocité de ses manières , et .en laissant échapper des menaces, dans le temps qu'il eût dû rechercher l'estime et l'amitié de ses concitoyens. Tous ceux qui aimoient véritablement leur patrie , s'unirent pour lui don- &9^' ner l'exclusion. Gatilina fut rejette avec indignation,* et cette grande dignité fut déférée à Gicéron.

On lui donna , pour collègue , Gaïus Antonius, d'une Maison plébéienne, mais illustrée, et qui se vantoit de tirer son origine d'un fils d'Hercule. Antonius étoit un homme naturellement paresseux, aimant la vie tranquille et les plaisirs, et qui ne s'é^oit mêlé, jusqu'alors ^

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ROMAINES. ifi

des affaires, que pour nen paroître pas inca- J"^* pable. On ne le donna, pour collègue, à Cicé- de Rom«r. ron, que parce qu'on étoit persuadé qu'un homme de ce caractère suivroit, sans résistance, l'impression des conseils de Cicéron, et concourroit à tout ce que ce grand homme entreprendroit , pour dissiper la faction de Catilina. Les amis et les créatures de ce chef de parti, qui avoient compté sur son élection , furent consternés de celle de Cicéron Jl leur étoit redoutable par cette souveraine éloquence, qui le faisoit dominer dans toutes les assemblées; et ils sçavoient qu'il netoit pas moins estimé pour sa probité et son attachement inviolable aux lois. La crainte d'en éprouver la rigueur, sous un magistrat aussi éclairé que* sévère, fit que plusieurs de ces factieux se détachèrent du parti et des intérêts de Oatilina. . Mais leur changement n'ébranla point un furieux , déterminé à périr, s'il ne pouvoit régner. U se fit de nouveaux partisans; il emprunta de tous côtés. On fit , par son ordre , des amas d'armes et de vivres, en différens endroits; et il envoya G. Manlius en Toscane , Septimus dans la Marche d'Ancôue, et C. Julius dads la Fouille , pour lever secrettement des troupes, et pour tâcher de s'assurer des officiers et des vieux soldats qui étoient établis dans.

^„ ces provinces, et qui avaient servi , avec lui, de Hoiue. gQus Sylia. Pendant qu un homme si dangc-* reux travaillolt , avec une application infatigable, à grossir le nombre de ses créatures, et quil faisoit amas d armes et de troupes, pour s emparer, la force à la main, du gouve^ nement, un tribun du peuple, appelle Publius

, ServiliusRuUus, formoit le même dessein, mais sous un prétexte plus plausible. Ce tribun étoit d'autant plus redoutable , qu il n'employoit que la voie de persuasion (i), et quil sembloit n'avoir d autre objet, dans son entreprise, que de rendre la condition du petit peuple plus heureuse.

On a déjà pu voir, en plus d'un endroit, de

* cet ouvrage , que les Romains , quand ils avoient vaincu leurs ennemis, avoient coutume de leur ôter une partie de leur territoire ; qu'on afiermoit , quelquefois, ces terres au profit de l'État, et que souvent aussi on les partageoit entre les plus pauvres citoyens, qui n'en payoient, à la république, qu'un léger tribut. Ce domaioe public s'accrut avec la fortune de la république , et des dépouilles de tant d'États que les Romains avoient conquis dans les trois parties

(1) Cîcero in RuHo, de leçe Agraria. — PUn. lib. VIÏ, cap. io*

du monde. Borne possédoit des terres de .s J]^ les difFérens cantons de Vltalie , en Sicile et àe hom; dans les isles voisines , en Espagne , en Afri- ^^' que, dans la Grèce, la Macédoine, et dans toute TÂsie. En un mot , on avoit incorpo^ , ' dans le domaine public, le domaine particulier de tant de villes libres , de royaumes et de républiques , dont les Romains avoient fait ' leurs conquêtes. On en portoit le produit et le revenu dans l'épargne, G etoit le fonds dont on tiroit la solde des troupes, et avec lequel on subvenoit à toutes les dépenses , et à toutes les nécessités publiques.

RuUus, étant parvenu au tribunat, entre-* prit de s attribuer la disposition de ces terres. Il associa , dans ce dessein , la plupart de ses collègues , et plusieurs sénateurs des premiers (le la république, auxquels il fit espérer, par le succès de son projet , des richesses immenses , et une autorité absolue : deux niotijfe qui ont tant de part aux entreprises et à la conduite des hommes.

Rullus, ayant formé son parti, dressa le plan dune nouvelle loi, qui portoit que, pour le soulagement du petit peuple, il seroit créé incessamment des décemvirs , qui seroient autorisés à vendre tous ces domaines particuliers qui avoient été incorporés dans le domaine

^ "' ' de la république, depuis le consulat de L.Sylla de Rome, et de Q. Pompeïus ; qu'on vendroit pareillement les forêts qui se trouvoient en Italie ; que les généraux d arniée j et les autres officiers de la république , qui auroient ^ entre leurs mains, les deniers qu ils n'auroient point encore portés à l'épargne, en seroient valablement déchargés , en les remettant aux décemvirs ; et que ces commissaires employeroient toutes ces sommes , à l'acquisition de difFérens fonds situés en Italie , qui seroient ^ ensuite , partagés entre le petit peuple t en sorte que , sans déposséder la noblesse de ses anciennes usurpations , chaque pauvre citoyen se trouvât , dans son propre pays , un héritage suffisant pour sa subsistance.

RuUus^ pour intéresser eticore davantage la multitude dans la publication de sa loi, ajouta que les décemvirs pourroient établir de nouvelles colonies, dans telles villes d'Italie qu'ils jugeroient à propos ; qu'il leur seroit permis de repeupler Capoue ; d'y conduire cinq mille habitans de Rome , dont chaque décemvir nommeroit cinq Cents à son choix , et qu'on partageroit , entre eux ^ le territoire de cette ville et celui de Stelle ^ qui, jusqu'alors, aA^oient été affermés au profit du public.

* * Il étoit porté, par la même loi, que celui qui

pour y parvenir ; ce fut ce cjui rengagea à ce- ^^ der, à Antoine, le gouvernement de la Macé- àe R«me. doine, avec le commandenlent de Farmée, qui ^^' lui étoit échu par le sort. Il prit , pour lui , le gouvernement de la Gaule Cisalpine, qui étoit dun moindre revenu.

On sçait que les consuls, après leur élection , partageoient, entre eux, le gouvernement entier de la république ; que lun de ces souveraine magistrats restoit, ordinairement, à Rome, et à la tète du sénat , pour y présider ; et qu il n en sortoit point , à moins qu^une guerre impor* ' tante n obligeât les deux consuls de se mettre, lun et Tautre, en campagne. Celui qui prenoit le commandement des troupes , avoit le gou«* vemement des provinces limitrophes où se trouvoient les armées ; et le sort seul décidoit , entre les deux consuls, de ces différens emplois.

Le consul , en entrant dans les provinces de

I empire, y recevoit les mêmes honneurs qu'on ne rendoit , ailleurs , qu'aux souverains du pays.

II jouissoit, pendant son consulat, d'une autorite absolue : et, à moins qu'il ne fût d'une probité extraordinaire, il n'en revenoit, ordi-^ nairement, qu'avec dès richesses immenses.

Antoine, dont le mauvais état des affaires avoit besoin de ce secours, accepta, avec joie, la

~ sent de Rome , ne pourroit prétendre au déde Rome, ccmvirat.

Quelque suspect que dût être , dans une république , un pouvoir si étendu , Rullus ne laissa pas de voir un grand nombre de sénateurs , et tout le peuple , se déclarer pour sa loi. Les premiers, excités par leur ambition, espéroient d être compris au nombre des déceravirs ; et le petit peuple comptoit d'avoir part à ces terres , qu on devoit acheter dans lltalie. Rullus se vit , bientôt, à la tête dun parti considérable; et le consul Antonius , collègue de Cicéron , ne désapprouvoit pas , lui-même , ces nouveautés.

On disoit, quêtant accablé de dettes, il regardoit la dignité de décemvîr , et le pouvoir extraordinaire qu'on prétendoit .y attacher, comme un moyen infaillible de rétablir sa fortune , à la faveur des sommes immenses dont il auroit la disposition : plusieurs même le soupçonnoient de favoriser secrettement la Faction de Catilina.

Comme lautorité , que Itii doniloit le consulat, étoit d'un grand poids, (i) Cicéron entreprit de le gagner. L'intérêt étoit la seule route

(1) Plut, in Cicérone. — Dio. Gassiu8,lib. XXXVII, cap. 33. — Gicero, oratio pro Sextio, pro Murena, in Pisone. — Sallust. in Catilina , cap* a6.

pour y parvenir ; ce fut ce cjui l'engagea à ce- ^^ der, à Antoine , le gouvernement de la Macé- àe fUme. doine^ avec le commandenlent de Tarmée, qui ^^' lui étoit échu par le sort. Il prit , pour lui , le gouvernement de la Gaule Cisalpine, qui étoit d'un moindre revenu.

On sçait que les consuls , après leur élection , partageoient, entré eux , le gouvernement entier de la république ; que lun de ces souverains magistrats restoit, ordinairement, à Rome, et à la tête du sénat, pour y présider ; et qu^il n en sortoit point , à moins qu une guerre impor* ' tante n obligeât les deux consuls de se mettre, Tun et lautre, en campagne. Celui qui prenoit le commandement des troupes , avoit le gou«* vemement des provinces limitrophes où se trouToient les armées ; et le sort seul décidoit , entre les deux consuls , de ces différens eml^ois.

Le consul , en entrant dans les provinces de l'empire, y recevoit les mêmes honneurs qu'on nerendoit , ailleurs , qu'aux souverains du pays. 11 jouissoif , pendant son consulat , d'une auto-* rite absolue : et, à moins qu'il ne fût d'une probité extraordinaire, il n'en revenoit, ordi-^ nairement, qu'avec dès richesses immenses.

Antoine, dont le mauvais état des affaires avoit besoin de ce secours, accepta, avec joie, la

l8o RÉVOLUTIONS

^^ proposition de son collègue : et y par reconnoisi2« Home, sance , il se détacha du parti qu'il sembloit favoriser auparavant, pour suivre Fimpression des conseils de Cicéron , et concourir , avec lui, au bien de la patrie.

Cicéron , assuré de son collègue , tourna tous ses soins contre Rullus (i). Gomme il ne counoissoit pas encore le fond des intentions du tribun , pour s en éclaircir , il lui fit représenter, par des amis communs, quêtant revêtus, lun et lautre , de différentes magistratures dans la même année , il étoit de Imtérêt de la république qu ils pussent agir de concert ; qu'il se trouveroit toujours disposé, de son côté, à favori* ser tout ce qui seroit utile au peuple , et qu il le prioit de lui communiquer le projet d une loi qu'il devoit , disoit-on , proposer , afin <][ue, si elle lui paroissoit juste, il pût la soutenir, luimême , de toutes ses forces. Mais Rullus , qui se doutoit bien qu'un homme, aussi attaché à l'observation des anciennes lois , et aussi jaloux de la liberté publique que Cicéron , n^approuveroit jamais les nouveautés qu'il vouloit introduire dans le gouvernement, ne répondit, à ces avances de civilités , que par des discours vagues et généraux , qui augmentèrent les soup-

(i) Gicero, oratio prima in Ruilo.

iu

ROMAINES. l8l

çons flu consul. Il évitoit , même , sa présence y An pour n'être pas obligé de s'expliquer avec lui; ^^^^^' et Gicéron vit bien qull n apprendroit rien de positif, au sujet de la loi, que par la publication de la loi même. Cependant, pour nétre pas surpris, il eut la précaution d envoyer de& secrétaires, à toutes les assemblées du peuple, pour observer ce qui s y passeroit, et pour écrire , le plus exactement qu ils pourroient , tous les articles de la loi, et ce qui se diroit à ce sujet , supposé qu on traitât cette matière.

Ce fut par le ministère de ces écrivains qu'il apprit que RuUus avoit proposé sa loi, en pleine assemblée. Ils lui en rappojrtèrentune copie exacte^ aussi bien que des discours qui avoient été tenus, à ce sujet, par BuUus et ses partisans.

Gicéron , étant muni de cette pièce , convoqua aussitôt le sénat. Après avoir fait la lecture de la loi , qui contenoit plus de quarante articles , il représenta, à cette auguste compagnie , combien les propositions du tribun dévoient être suspectes et odieuses à tous ceux qui aimoient sincèrement la liberté, et le repos de là république. Comme il avoit affaire à un corps infiniment jaloux de son autorité , il leur fit sentir combien la création des décemvirs , avec un pouvoir si absolu dans toute Ictendue de

l82 RÉVOLUTIONS

. Fempire, et pour un temps aussi considérable «le Rome, que celuî de cinq ans, étoit préjudiciable àlautorité du sénat; qui! alloit s'élever une nouvelle magistrature qui anéantiroit les anciennes ; et que la vente des terres , qui appartenoient au domaine , détruirait infailliblement les prin* cipales forces de l'État.

« Sçachez, pères conscripts, (i)leur dit*il,que « nos tribuns veulent vendre aujourd'hui les « terres des Attaliens et des Olimpemeas, que «Servilius, par ses conquêtes, avoit ajoutées » au domaine de l'État. De là , ces marchands «c qui veulent vendre la république entière, doir' tf vent passer en Macédoine , et y mettre à l'en* « can les terres royales de Philippe et de Persée, « acquises par la valeur et le courage de Paul V u Emile. Les terres si fertiles de Goriathe, qui, <f par la bonne conduite de Mummius font par- «( tie du revenu de la république, ne leur échap- «peront pas. Us s'embarqueront, ensuite, pour «passer en Espagne : après avoir vendii les « terres que nous possédons , proche de la nouu velle Carthage , ils sortiront de l'Europe ; ils « se rendront en Afrique , et venclront le terri- ^ « toire de l'ancienne Carthage. L'Asie leur pré- « sente de nouvelles terres , et un nouveau su-

(i) Cicero, prima in RuUo, cap. a.

ROMAINES. l83

«jet de brigandage. Le Pont, la Cappadoce, la JT""

« Bythinie , et la Paphlagonie , toutes les terres de Rome.

« qui faisoient le domaine particulier des prin«

« ces qui ont régné dans ces grandes provinces ,

M vont être mises à lencbère : par ces ventes

« du domaine de la république , on va tarir ,

« tout d un coup , la source qui portoit largent ,

«dans le trésor public; divertir les fonds }es

«plus assurés pour la paye des légions, et pri-

« ver Borne et Fltalle des secours qu elle tiroit

« des provinces , dans des temps de stérilité et

« de famine, n

Gicéron passa , ensuite , à larticle des colonies , que les décemvirs dévoient établir dans telles villes de lltalie qu ils jugeroient 4 propos , et auxquelles ils assigneroient les terres les plus fertiles. Il fit voir que Rullus et les autres tribuns navoient en vue, par ce projet, que d'occuper, par leurs créatures, les villes les plus voisines de Rome, pour pouvoir, ensuite , se ren- y

dre maîtres , plus facilement , de Rome même , et du gouvernement.

« Ce nest pas seulemeht , continua Cicéron , tt de la grandeur de nos perles ( i ) , et de la di- « minution des revenus publics que je me plains; « cest contre cette puissance absolue , qu on

(i) Cicero, prima in RuUo, cap. 7.

l84 RÉVOLUTIONS

j^ « veut attribuer aux décemvirs , que je m'élève de Rome. « aujourd'hui ; ma crainte et mon inquiétude a n est que pour le salut de la patrie , et la con- « servation de la liberté. Car , comment résis- « terez- vous à des gens qui, après avoir rempli it ritalie de leurs satellites, auront seuls, entre « leurs mains, tous les trésors de la république? « N en ayez point d'inquiétude, me dira-t-on: « ils achèteront , incessamment , des terres en <c Italie même , selon le projet de la loi. A la « bonne heure : mais est -il bien assuré que, M dans ces contrées si fertiles et si agréables, « il se trouve tant de gens qui veuillent se dé- V faire de leur patrimoine ? Et , s'il ne se prête sente point de vendeurs , s'il ne se trouve » point d'acquisitions pour employer les fonds, ^ «c qui seront entre leurs mains , que deviendra

<c notre argent ? Ne vous en embarrassez pas , « pères eonscripts ; en leur donnant , pour cinq « ans , cette autorité absolue que leur attribue i« la loi, vous les avez mis en état de ne vous a en rendre jamais compte ; et , si la loi est re* « çue, la république perd, en un même jour, « ses domaines , ses finances et sa liberté. » Enfin , Gicéron , aussi grand homme d'État , qu'excellent orateur, parla avec tant de force et d'éloquence; il fit voir, si clairement, que RuUus, ses collègues, et ses partisans, navoient

ROMAINES. l85

en vue que de s'enrichir aux dépens du public , ^^ et de rétablir la tyrannie des anciens décem- <ïe Rome, virs, que la loi fut rejettée par le. sénat, près*, qw tout d'une voix.

Quoique Rullus et ses partisans parussent consternés par la force des raisons de Cicéron , et l'éloquence invincible de cet orateur , ils ne laissèrent pas de porter cette affaire devant rassemblée du peuple , qui , seul , avoit droit de décider souverainement, et où ils espéroient trouver d'autant plus de facilité à faire recevoir la loi, qu'elle sembloit n'avoir pour objet que l'intérêt du petit peuple. En effet, toute la multitude, séduite par l'appât des terres qu'on lui promettoit en Italie^ regfardoit Rullus comme un autre Gracque ^ comme son patron, et son bienfaiteur.

Mais Cicéron, quoiqu'instruit de cette disposition , ne relâcha rien de son zèle et de sa fermeté : et, le jour désigné pour l'assemblée étant arrivé, il ordonna à tout le sénat de le suivre. Il se rendit sur la place , accompagné' de cette auguste compagnie, précédé de ses licteurs, et avec toute la majesté d'un souverain magistrat de la république. Il monta à la tribune aux harangues : et , sans s'embarrasser, ni des invectives des tribuns, ni des clameurs du peuple, il prit la parole, et se mit en, état

l86 BÉVOLUTIONS]

j^^ de faire voir, au peuple même , combien cette de Rome. loi nouvellc étoit préjudiciable à ses véritables intérêts, et à la liberté publique.

Mais comme il avoit affaire à une multitude prévenue, par ses tribuns, contre tout ce qui venoit de la part du sénat , il prit , en babile orateur, un détour adroit, pour s'insinuer dans sa confiance. Il commença son discours par représenter au peuple qu il étoit plébéien d origine , né dans TOrdre des chevaliers , et qu il ne devoit qu au peuple même la dignité du consulat.

« Je suis, dit*il , le premier homme nouveau M que vous ayez fait consul, de notre temps; « et (i), par mon élection , vous avea emporté M une place dont la noblesse étoit en pos- <* session , et qu elle défendoit de toutes ses u forces : vous m y avez élevé avec un conte cours si unanime de vos suffrages , que jamais « aucun patricien n y est monté avec tant « d'éclat, et qu aucun plébéien ny est parc< venu avec tant de gloire. Et ce qui doit augu menter mon attachement et ma reconnois- « sance pour le peuj^e , c est que , dans lassem- « blée faite pour mon élection , vous ne vous « êtes point servi de ces billets qui ne sont qu«

(i) Cicero in RuUo^ oratio.a. cap. 1,3,3.

« des témoignages d une liberté secrette : mais ^^

« vous m'avez porté à cette haute dignité par d« ^o™**

« des acclamations et des vœux publics, qui

tf me sont , peut-être, plus glorieux que la di-

« gnité même dont vous m avez honoré. Ainsi,

« puisque je suis un homme nouveau et un

« plébéien, que je dois uniquement, au peuple,

•< la dignité dont je suis revêtu, je déclare hau-

a tement , devant le corps entier du sénat , et

tt devant tous les patriciens , que je serai un

« consul populaire ; que rien ne me sera si

M cher , pendant mon consulat , que les in-

« téréts de ce peuple ,. auquel j ai de si grandes

« obligations. Et j empêcherai , ^i je le puis ,

u qu'on ne ruine l'épargne , dont il tire ses prin-

« cipales forces , et sa subsistance en temps de

« guerre. •^

u Ce n'est pas que je désapprouve toutes les « lois qui concernent le partage des terres. Il « y en a que je révère; je conserve chèrement M la mémoire des deux Gracques , de ces illus- « très frères, qui sacrifièrent leur vie, pour pro- « curer, au peuple, des terres dont des parti- « culiers s'étoient emparés injustement. La loi « Sempronia sera toujours respectable aux gens « de bien ; mais je ne puis souscrire à celle que « propose RuUus , qui, pour vous éblouir, fait u une vaine montre des terres , qu'il n^est pas

l88 RÉVOLUTIOKS

. « en son pouvoir de vous donner. Sous u»

de Rome, u prétexte si plausible , il veut ruiner la liberté, a et s ériger en tyran de ]a république. C'est « ce que je prétends vous faire voir à découvert; tf et, si, après m avoir entendu, vous netes pas ti satisfaits de la solidité de mes preuves , je me « désisterai de mon premier sentiment. Je re* « cevrai de vous la loi , j'y souscrirai , et je me u conformerai , comme consul populaire , au « plus grand nofhbre des vœux du peuple. »

Pour lors , prenant la loi , il la lut toute entière : et , comme en la combattant dans le sénat , il s'étoit principalement attaché à lui faire sentir que }a. création de ces nouveaux magistrats ruineroit entièrement l'autorité des anciens , il s'étendit sur - tout , en parlant au peuple, sur les articles qui pouvoient blesser sa liberté , et le droit que chaque citoyen avoit de concourir, par son suffrage, dans toutes les élections , et de décider , par sa voix , des lois qu'on devoit recevoir ou rejetter.

« Le premier article de la loi , dit - il ., ortt donne que celui qui l'aura proposée , éta- « blisse des décemvirs par les sufiPrages de dix^* « sept tribus, tirées au sort (i); et que celui* là « soit déclaré décemvir, auquel neuf tribus au«

(i) Gicero in Rullo^ oratio 2 , cap. 7^

« ront déféré cette dignité. Je demande d abord ^^ « pourquoi ce tribun audacieux ose priver dix- <l« Home: M huit tribus du droit de suffrage? Y a-t-il un <^seul exemple, dans la république, quon ait « créé des triumvirs ou des décemvirs , sans le u concours des trente -cinq tribus? Quel est le « dessein de ce tribun , en voulant introduire u une nouveauté si surprenante dans notre « gouvernement (i)? Vous lallez voir tout-àtf rheure. Il na pas manqué de projets : il a « manqué seulement de fidélité envers le peuci pie Romain. Il a manqué de justice : et vos « droits et vos intérêts ne lui ont pas été res- « pectables.

« RuUus veut ensuite que lauteur de la loi a préside à l'assemblée du peuple Romain , « c'est-à-dire , que RuUus ordonne que RuUus « tiendra rassemblée. Le même RuUus , qui u ne veut rien abandonner à tout le corps du «peuple Romain, ordonna quon tirera au sort « les tribus ; et , comme il y doit présider , et « qu'il est très heureux , il ne sortira de Fume a que les noms des tribus qui lui seront les u plus agréables; et, par une suite de collusion, u ceux que ces neuf tribus, choisies par RuUus, « auront nommés pour décemvirs , seront ,

(1) Cicero in Rullo, oratio a . cap« 8 , g.

igO RÉVOLUTIONS

j^^ « SOUS rautorîté de tlullus , nos seigneurs et èe Rome. « nos maitres , et les maîtres absolus de nos « biens. Vit -on jatnais un projet plus injuste, 4t plus audacieux , et plus opposé à toutes nos « lois ! Quel est l'auteur de cette loi nouvelle ? « Rullus. Qui est celui qui prétend priver, du « droit de suffrage , la plus grande partie du « peuple ? Rullus. Qui est-ce qui a un secret « tout prêt , pour ne faire sortir de Fume que <c les noms des tribus où il croit avoir le plus « de crédit ? Rullus. Qui nommera les décem- « virs , selon ses vues et ses intérêts ? ÂuUus. tt Qui sera le premier de ces décemvirs ? Faut- « il le demander ? Rullus. Enfin , qui sera le ce maître absolu de tous les biens de l'État ? Le « seul Rullus. Voilà , iHessieurs , comment on « vous traite , vous qui êtes les maîtres et les « rois des nations : à peine une si honteuse « prévarication seroit*«lle soufferte sous Fem- « pire d un tyran , et dans une société d'es- « claves. n

Cîcéron, ayant tâché d exciter Findignation du peuple contre cette entreprise sur ses droits les plus légitimes , passa aux diflfiérens articles de la loi. Il en examina, successivement, Fîiijustice et les inconvéniens. Il répéta , dans ce second discours, une partie de ce quil avoit déjà dit, à ce sujet, en plein sénat. U ajouta,

qu un homme , sans autorité légitime , et après J^

s'être fait élire pour déceinvir, contre les for- de Romt.

mes ordinaires, se croiroit en droit de vendre

le domaine de la république, au prix quil

voudroit , et à qui il lui plairoit. « Quel brigan^

« dage, s écrie le consul ! Qui doute que le ven-

« deur et Tacquéreur ne soyent souvent qu une

« même personne , quoique le véritable acqué-

« reur ne paroisse , sur là scène , que sous un .

« nom supposé? Mais où se passera cette scène?

« Sera-ce dans la place , à la vue de nos ci-

« toytens, comme les censeurs en usent, quand

« ils donnent à ferme les revenus de la répu-

« blique ? Non , messieurs , Rullus et ses coUè-

« gués n'ont pas besoin d'un si grand jour. Ils

« cherchent des lient obscurs qui favorisent

ic leurs fraudes et leur brigandage ; l'auteur de

« la loi , qui a pourvu à tout , ordonne qu'ils

M auront la liberté de faire cette vente , en tel

« endroit qu'il leur plaira. »

Il faudroit traduire, entièrement, les trois oraisons que Gicéron prononça à ce sujet, si on vouloit rapporter, dans un détail exact, toutes les raisons que cet excellent orateur opposa à l'établissement d'une loi si dangereuse. Enfin , il parla , avec tant de force , qu'il convainquit le peuple qu'il ne* la pouvoit recevoir, sans détruire sa liberté ,^et ruiner la répu^

192 RÉVOLUTIOMS

""""~~ blique. Tous les projets de Rullus et de ses colde Rome, lègnues furent rejettes d'un commun consente- ^' ment. « (i) Je délivrerai, dit Gicéron , dans son a oraison contre Pison, dès le premier jour de «janvier, le sénat, et tous les gens de bien , de '( la crainte de cette loi. »

' Mais il n eut pas tant de facilité à dissiper lappréhension que causoient les mauvais desseins de Catilina et de ses partisans. Ce n est pas que tout le monde fut également informé de ses vues. On en parloit , différemment, dans Rome : ceux qui étoient les plus favorables à ce chef de parti , prétendoient qu il n en vouloit qu'à Cicéron, qui lui étoit odieux, disoient-ils, par la préférence qu il avoit remportée sur lui dans la dernière élection pour le consulat. D autres publioient que ce patricien ambitieux , et élevé sous la domination absolue de Sylla , aspiroit , pendant labsenceet leloignement de Pompée, à faire revivre , à son exemple , une dictature perpétuelle; et des bruits, sans auteurs, mèloient des choses fausses avec les vraies , et augmentoient l'inquiétude du sénat et la crainte des gens de bien.

Cicéron étoit mieux instruit. Fulvia, dont nous avons parlé, ne lui cachoit rien de ce

(i) Gicero in Pisone^ cap« a. — - Plin; lib. VU, cap. 30é

quelle apprenoit de Curius, son amant, un des 'j^ chefs de la conjuration. Mais la déposition seule (le Home. dune femme, perdue de réputation, ne suffi- ^ soit pas pour procéder , par la rigueur des lois , contre un homme de la naissance de Catilina , qui avoit, pour parens et pour amis, les premiers de Rome et du sénat. Le consul vit bien qu il lui falloit d'autres preuves , et des témoins qu on ne pût récuser. Il répandit secrettement des espions dans toutes les cabales. Il gag^a , même , quelques uns des conjurés , qui , de concert avec lui, paroissoient les plus ardens à faire réussir la conjuration. Ce fut par leur secours quil découvrit les desseins de Catilina, les sentimens différens de ceux qui étoient entrés dans son parti , le nombre et la qualité de leurs partisans , et les vues générales et particulières de tous les conjurés.

Comme il tenoit toujours , parmi ces furieux, des oreilles fidèles , il étoit , en quelque manière , présent à leurs discours, à leurs conseils, et, pour ainsi dire, à leurs pensées. Il apprit, avec autant de surprise que de douleur^ que cette troupe de scélérats avoit formé le dessein de mettre le feu en difFérens endroits de la ville ; que , pendant la confusion et le tumulte , que causeroit un incendie presque général, ilsétoient

convenus d'aller poignarder les principaux du

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