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tudes, & m’ayant rendue parfaitement heureufe, j’aurois été très-blâmable. fi je n’avois pas montré une ame tranquille 8c contente, & une humeur propre à me concilier , s’il fe peut en méme-tems, le refpeâ: 8c i affection de tout le monde; d’autant plus que ce ne fera que juftifier en quelque forte l’honneur que j’avois reçu ; parce que moins je me ferai d’ennemis , plus j’engagerai lift chacun à penfer que mon cher bienfaiteur en a eu moins de tort en s’abaiflànt comme il a Tait.
Cette manière de parler leur plut infiniment à toutes deux : elles m’en complimentèrent beaucoup , &T fouhaircrent que je fiuffe toujours auffi heureufe, qu’elles difbient que j’en étois digne.
Nous en étions là-deffus , lorfque mon maître , fa fœur, 8c fon neveu entrèrent. Ils rapportoient tous une humeur fi charmante, que j’en devins comme une nouvelle créature. Les deux femmes vouloient fe retirer -, mais mon maître s’y oppofà. Mademoifelle Worden, madame Jewk.es, reftez, je vous en prie , leur dit-il ; je vous parlerai tout à l’heure. Eh bien , mon cher amour , ajouta-t-îl en venant à moi 8c me baifânt , je me flatte que je n’ai point abufé de votre patience , en m’abfentarit de vous plus long-tems que nous ne nous l’étions propofé. Mais cette abfence n’a pas été à votre défayantage -, car quoique nous n’ayons pas
fcècôJttPÈNsÊE. tÿ
Joui de votre compagnie, nous n’avôhs parlé ablolument que de vous.
Miiadi s’approcha aufli de moi: En vérité mon enfant, me dit-elle, vous avez été l’unique Eijet de routes nos conventions. Je ne fais pas comment cela s’eftfait; mais vous avez rendu deurt ou trois bonnes familles du voifinage auffi parfaitement vos admirateurs que votre ami qu® voici.
Pamela , ajouta mon maître , ma lœur a ehfefH du vos louanges fortir à la fois d’une douzaine de bouches, 8c les a entendues avec plus de plai*
fir que fon cœur ne lui permettrait à préfenc de l’exprimer.
Les bonnes grâces de la chère miiadi Davers, lui dis-je, & la continuation des vôtres , me rendraient plus fière que celles de tout le relie du Inonde enfemble.
Mon enfant, me dit -elle, les cœurs hautain# ne s’humilient pas tout-à-coup: mon frère que voilà a pourtant fait defcendre le mien de bien des degrés plus bas que je ne l’ai jamais connü fc mais je puis vous affurer que je vous fouhaite tout le bonheur du monde avec lui ; & là-deflùs elle me bailà.
Vous m’obligez pour jamais, ma chère dame, m’éënai-je. Je vais à préfent me croire parfaitement heureufe ; il ne me manquoit que cela pour
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nié rendre telle j & j’efpère que je pourrai toujours,
& dans tous les inftans de ma vie , vous Faire voir
combien votre bonté me remplit de relpeéï & de
gratitude.
Mais, mon enfant, ajouta -r* elle , je nè vous tiendrai pas compagnie lorfque vous paraîtrez à leglilè pour la première fois. Que votre mérite perfonnel vous faffe de tous vos voifins du comté de Bedford , d’auflî bons amis qu’il vous en a fait ici de ceux du comté de Lincoln -, & vous n’aurez alors aucun belbin de mon foutien, ni de celui d'aucun autre.
C’eft à préfent mon tour, madame, ditfon neveu en me faluant. Je vous fouhaite du fond de mon ame un parfait bonheur. Par tout ce que j’ai vu & par tout ce que j’ai entendu , je veux mourir fi je ne penfe que vous n’avez rencontré que ce que vous méritiez : toute la compagnie que nous venon* de quitter en dit autant. Pardonnez-moi , je vous prie, mon extravagante conduite à votre égard.
Monfieur, lui dis-je, je vous remercie de votre gracieux compliment , & j’efpère que je confidérerai toujours , comme je le dois, un fi proche parent de milord & de miladi Davers.
Parbleu , Rebecca , dit-il à la fuivante de miladi , je penfe que vous avez auffi quelques pardons à demander : car nous avons tous eu tort d’obliger madame de fauter par la fenêtre, comme elle a
fait ; nous ne nous imaginions guère que nous la forcions à s’enfuir de chez elle.
Tu en dis toujours trop ou trop peu , lui dit miladi.
J’ai été traitée depuis votre départ avec tant de bonté & de condefcendance , répondit mademoifelle Worden, que je vous ai prévenu, monfieur, en demandant pardon pour moi-meme»
Miladi caufa une demi-heure avec moi , & me conta que fon frère lui avoit fait faire une promenade charmante , & l’avoit enchantée par fes bonnes manières -, qu’il l’avoit confirmée dans l’opinion avantageulè quelle avoit commencé de concevoir de moB caractère , & de mes manières difcrctes &C obligeantes. Mais, continua-t-elle, il ma menée rendre vifite à mes anciens voifins , chez lefquels nous ne voulions pas relier. Miladi Jones étant la -plus proche , nous l’avons été voir la première , Sc elle a ralTemblé le relie de la compagnie. Ils étoient tous fi emprelTés à vous louer >, que je m’en fuis fende humiliée au dernier point. J etois en vérité comme Saiil au milieu des prophètes.
Vous pouvez bien juger, mes chers parens, que ce difcours me fit un plaifir infini ^ & que je nç manquai pas d’y répondre comme il falloit.
Lorfque miladi prit congé de moi pour aile* au lit : Je vous fouhaite le bon loir de tout mon cœur, me dit-elle , & à votre cher mari. Quand je
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fuis rentrée , je vous ai baifée pour la forme ; mais à préfent je vous baife pour plus que la forme , &; vous pouvez m’en croire.
Réjouiflez-vous avec moi, mes chers parens, de cet heureux changement , dont je redoutais tant lç contraire. C’étoit l’unique fujet de chagrin qui me reliât. Pauvre Sarra Godfroy ! Je voudrais bien .favoir ce qu’elle eft devenue , la pauvre fille ! je feïols charmée qu’il fe portât de lui-même à m’en xeparier, Ce n’eft pas qu’elle me caufe autrement de l’inquiétude : 11 cela étoit, vous ne manqueriez pas de dire que je fuis un peu impertinente.
Lorfque nous montâmes à notre chambre, mon maître & moi , il me rendit compte de la peine qu’il s’étoit donnée avec là chère fœur, comme il l’appeloit , & de toutes les chofes obligeantes que les bons amis avoient dites fur mon compte. 11 me dit qu’il avoit remarqué que là fœur, après un certain tems , lui avoit paru moins fâchée de les entendre parler de moi fur ce ton quelle ne l’étoit auparavant, n’ayant d’abord voulu permettre à aucun d’eux de parleifde moi comme de fa femme : mais que ma fanté ayant été propofée comme celle de fon époüfe , elle la lui avoit portée elle-même en lui difànt : Allons , mon frère , à votre Pamela. Je ne lais pas au refte comment je me tirerai de cette affaire-là avec la comteflc*** & les deux j euncs dames , lorfqu’elles viendront me rendre vi,-
fîte. ( C ’étoît entr’une de celles - ci & fbn frère , que miladi avoir eu fi à cœur de faire un mariage. )
Je fais, ajouta-t-elle, que miladi Eiifabeth (*) m’en raillera vivement ; & vous favez auffi , mon frère , quelle ne manque ni d’efprit ni de talent pour la (àtyre. J’efpère , reprit-il , que miladi Elifabeth, fi jamais elle s’engage , rrouvera un mari meilleur que je ne l’aurois jamais été pour elle : car^c crois, en bonne confcience , que j’en aurois à peine fait un fupportable avec toute autre femme que ma Pamela.
Il ajouta qu’on l’avoit raillé fur fon humeur altière ; que tous avoient dit qu’ils voyoient bien qu’il feroit le plus excellent des maris avec la femme qu’il avoiti mais qu’infailliblement il en faudroit remercier ma douceur plutôt que fa complaifance; car, dit mademoifelleDarnford, lorfque miladi la retinty — " il éroit fi en colcre de fonlbppofé manque d’égards pour lui , quoiqu’il ne lui eût qu’infinué l’envie qu’il avoir de la trouver chez nous , qu’elle nous faifoit , à ma fœur & à moi, beaucoup plus de pitié que d’envie.
Oui , oui , dit miladi , il tranche beaucoup trop
(*) En Angleterre on donne le titre de miladi à toutes les filles de duc , de marquis , & de comte , en ajoutant à ce titre le nom de baptême de chacune , & enfuiie le nom de famille , pour les difiinguer.
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du fultan , & ne fauroit , ni n’a jamais fu endurer
qu’on le trompât dans lès efpérances.
En vérité, miladi Davers, lui répondit-il, vous
devriez critiquer mes allures moins qu’aucune per-
fonne du monde; car j’en ai terriblement enduré de
votre part, avant que d’etre du tout fâché contre
vous. „
Cela ell vrai, reprit-elle; mais après que j’ai eu pafle un peu les bornes, comme j’avoue l’avoir fait, vous lavez, monfïeur l’impertinent, que vous me l’avez fait payer aflez cher : oui ! vous le favez. Ec la pauvre enfant aulfi, ajouta-.t-ellc, que j’avois prife avec moi pour me fervir de médiatrice, tant il m’avoit humiliée , il l’a traitée d’une manière qui m’a fait faigner le coeur pour l’amour d’eJle : mais je fais qu’une partie de cela étoit un ftratagême, pour me donner meilleure opinion d’elle.
En vérité, ma fœur, lui dit-il, il n’y entroit guère de ce que vous dites ; car dans ce momentlà je ne m’embarrallôis nullement de ce que vous pendez , & ma complaifance n’auroit pas été.jufqu’à donner un fcheling pour votre bonne ou mauvailè opinion d’elle ou de moi. J’avoue qu’après vos provocations , il me fâchoit d’être pourfuivi par l’une pu l’autre de vous deux; Sc il faut qu’elle apprenne jsar-là à ne jamais m’approcher quand je fuis dans ces belles humeurs, qui feront au/fi rares que faire fe pourra : car fi on me laifiè feul , je reviens tou.-
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Jours à moi-même après un certain tems , & je fuis fâché des effets violens d’un tempérament fi fembiable à celui de ma chère fœur que voilà. C’eil pour cette raifon que tant que cela me dure , je ne me foucie pas d’avoir un grand nombre de témoins de mon emportement ; fur-tout , parce que chacun defdits témoins , foit qu’il le mérite ou non , comme vous le voyez dans le cas de ma Pamela , doit néceflàirement en fouffrir, s’il s’avife de venir dans mon chemin fans en être requis.
Il me répéta encore la même leçon, & y infifta fortement, avouant que, pour ce feul moment-là, il avoit très-férieufement été en colère contre moi, quoiqu’il l’eut été encore plus contre lui- même dans la fuite, de ce qu’il s’étoit livré à ce mouvement. Mais , ma chère Pamela , ajouta-t-il , lorfque vous avez fouhaité de tranfporrer toute mon indignation fur vous-même , c’étoit me braver tellement par l’idée de votre mérite , comme fi ma colère devoir bientôt lui céder , s’ils venoient à être en concurrence; ou c’étoir en tenir fi peu de compte , que j’en étois très-fincèrement fâché: car, ajouta-t-il, je ne faurois fouffrir que, dans quelque occafion que ce foit , vous fouhaitiez jamais que je fois en colère contre vous , ou que vous ne regardiez pas mon indignation comme le plus grand jualheur qui puiffe vous arriver.
Mais, moniteur, repris -je, vous favez que ce
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que }'en ai fait» n’étoit que pour tâcher de vous réconcilier avec miladi* &, comme elle l’a ellemême très-bien obfervé, c’étoic lui témoigner une coniîdération extraordinaire. Cela eft vrai » me répondit-il ; mais n’ayez jamais la penfée de lui faire un compliment» ou à quelqu autre que ce foit, à mes dépens. D’ailleurs , elle s’étoit comportée envers moi d’une manière il infupportable , que je coinmençois à penfer que vous vous étiez trop abaifiée , & plus que je ne devois permettre à ma femme de le faire. Or, je ne fàurois fupporterles actions baffes dans qui que ce foit, mais fur- tout dans une perfonne que j’aime j & comme elle en avoic commis une qui l’étoit fbuverainemenr , je l’aurois plus volontiers délàvouée pour ma Tceur dans ce moment-là , que je ne me ferois réconcilié avec elle.
J’efpère, monfleur, lui dis-je, que je me comporterai toujours de manière à ne vous pas défobliget volontairement à l’avenir. Je m’en flatte d’autant plus , que je fais que je n’aurai befoin que de connoître votre bon plaifîr , pour m’y conformer en tout. Mais cet exemple me fait voir que je puis beaucoup déplaire , fans en avoir le plus léger deffein.
A préfent , ma Pamela , me dit-il , ne foyez pas trop férieufe ; j’efpère que je ne vous ferai pas un mari fort tyrannique. Je ne prétends pas cependant
être parfait, ou pouvoir toujours céder à la raifon dans mes premiers tranfports ; & j’attends de votre affe&ion que vous me fupporterez iorfque vous me trouverez dans le tort. Je n’ai pas lame ingrate, 8c Iorfque je fuis de fang-froid , je puis rentrer en moi-même aufli impartialement qu’aucun homme vivanf. Je fuis toujours pour lors aufli affable 8c aufli prêt à convenir de mon tort , que je me fuis auparavant écarté de la raifon.
Mais, ma chère , continua-t-il , pour vous convaincre de votre faute, je veux dire, par rapport à l'impétuofité de mon tempérament, ( car je reconnois qu’il n’y en a point eu dans votre intention ,) j’obferverai feulement que , Iorfque vous êtes venue me trouver tandis que j’étois de fi mauvaife humeur, vous avez eu une réception à laquelle vous ne vous attendiez pas, 8c vous avez entendu deux ou trois paroles que vous ne méritiez pas d’entendre. Or, fi vous n’étiez pas venue m’aflaillir pendant que ma colère duroit encore, mais que vous enfilez attendu, que je fuffe venu vous trouver, ou que je vous enfle envoyé prier de m’accorder votre compagnie , rien de tout cela ne vous feroit arrivé , & vous n’auriez trouvé en moi que ces manières tendres que je ne doute pas que vous ne méritiez toujours de ma part, 8c que je me déleéferai toujours d’avoir pour vous. Par ce tempérament , vous aurez toujours fur moi un afçendam raifonnable. Mais ce feroit une erreur
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en vous de fuppofer qu’èn vous oppofant toujours vous-même à la violence de ma paffion, vous lui oppoferiez une barrière efficace. Si vous avez la bonré , comme le rofeau , de plier fous la violence d’un vent orageux , & non de lui réfifter comme le chêne indomptable , vous demeurerez toujours ferme dans mon eftime ; au lieu qu’uni conduite oppofée vous déracineroit de mon cœur , malgré toutes vos excellentes qualités.
Moniteur , répliquai-je , je tâcherai de me conformer en toutes chofes à votre volonté. Je n'en doute pas , me dit-il ; & moi de mon côté je tâcherai de conformer ma volonté à la raifon autant que faire fe pourra. Il faut que je vous avoue que la croyance où j etois de vos dilpofitions à cet égard , eft une des chofes qui m’ont engagé à penfer tout de bon à me marier. Car jamais homme n’a eu plus d’éloignement que moi pour cet état; & puilque nous en fournies là-delfus, «je vous dirai d’où me venoit cette répugnance.
Nous autres gens à haute fortune , &c tous ceux de l’un & de l’autre fexe , qui font nés pour de grands biens , nous fommes ordinairement élevés au rebours du bon fens. Vous avez plufieurs fois touché ce point-là , par occafion, dans votre journal ; & vous l’avez fait avec tant de jiiftelfe , ma chère Pamela, que j’en ai beaucoup moins à dira. D’ordinaire , nous fommes II entêtés & fi violen*
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dans toures nos volontés , que nous ne fupportons la contradi&ion qu’avec peine.
Gâtés par nos gouvernantes , parce que nos païens le veulent bien , elles font les premières fur lefquelles nous réduifons nos difpofitions en pratique , & nous leur témoignons notre gratitude par une infolencc qu’il faudrait réprimer & tenir en bride , au lielt de l’encourager.
Enfuite on nous doit complaire en tout à l’école , & nous en marquons bientôt notre reconnoiflànce à nos maîtres & maîtreffes par une conduite étourdie & emportée.
Mais tout eft admirable aux yeux de nos (âges parens , tout eft pardonné, tout trouve fon excufc , par la feule raifon que nous fommes à eux.
Revenus au |ogis , nous faifons un pas de plus dans la même carrière , 8c nous donnons l’eflor à un orgueil indomptable , au grand regret de nos parens eux - mêmes , que nous mettons à la torture , 8c dont nous navrons le cœur , en nous comportant à leur égard avec une indécence & une perverfité , qui , toutes ingrates qu’elles font , ne font pourtant que les fuites naturelles de la coupable indulgence qu’ils ont pour nous depuis* le berceau jufqu’à un âge avancé. ,
Enfin , après que nous leur avons peut - être mis un pied dans le tombeau , on nous cherche une femme. La convenance , la naiilànee 8c la fortune
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font des premiers motifs de cette recherche ; firtclination n’y vient jamais qu’en dernier , fi mêmé elle eft tant foit peu confultée. Et deux perfcnnes élevées de la forte , accoutumées à ce train monfnueux d’ingratitude , & qui ont impitoyablement fait le fupplice , tant de chacun de ceux qui ont eu quelque part à leur éducation , que de ceux à qui ils doivent leur être , font mifes enfemble pour jamais. Or, que peut-on en attendre, finon que* continuant à le comporter dans le mariage avec la même édification qu’auparavant, ils emploieront mutuellement tous leurs efiprts pour fe bien faire enrager l’un l’autre ? Et cela eft jufte en quelque forte , parce qu’ils vengent ainfi l’un fur l’autre l'injure de tous ceux qu’ils ont infultés ôc tyrannifés. j t *
Monfieur n’a jamais été contrôlé : madame n’a jamais été contredite.
Il ne làuroit l’endtfter de la part d’une perfonne que là nouvelle alliance avec lui devroit, félon fes idées , engager à fe conduire tout autrement*
Elle penfe de Ion côté , qu’il eft bien cruel à préfent de fe voir contredite pour la première fois dans fes volontés , & cela par un homme , dont elle n’attendoit que des marques de tendrefTe.
La différence eft fi grande entre ce qu’ils attendent l’un de l’autre , & ce qu’ils y trouvent en effet , qu’il n’eft pas étonnant qu’il arrive en*
tr’eux des méfinreliigenres ; que ces mélïntelligences amènent des querelles , & qu’ils aient l’un pout l’autre des procédés défobligeans , qui , quand même l’inclination eût été , contre l’ordinaire , le premier motif de leur union , auroit bientôt effacé des deux côtés toutes fortes d’impreffions de tendreffe.
On en appelle Ibuvent au tribunal des pareils ou des tuteurs ; & fi la médiation des amis produit une réconciliation, il eft rare qu’elle dure? de pourquoi 5 La faute en eft dans lame de tous les deux , 8c aucun des deux ne veut le croire ; de forte que la plaie , qu’il n’eft pas permis de fonder , n’eft guérie qu’à la forface. Elle s’envenime profondément , 8c fejnontre enlùire avec des douleurs plus aigues que jamais. Le lit à part «n eft une fuite fréquente : on s’enfuira peut-être du mari pour fuivre un amant; fouvent une indifférence invincible s’en mêle , 8c peut-être une averfîon des plus complexes. Et toutes les fois que , pour la forme , ils font obligés de paroître enfemble , chacun voit aux bâillemens du mari 8C aux vapeurs de la fenim», qu'ils ne peuvent (è fupporter l’un l’autre. Séparez -les au contraire, ils ont l’cfprit plus libre , 8c font d’un affez bon commerce.
Je voudrois donc , ma chère, que vouspenfàffiez , 8c ( j’efpère ne donner jamais lieu de croire
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le contraire ) que , quand j’aurois épaule la pre* micre dame d’Angleterre , je ne l’aùrois jamais mieux traitée que je traiterai ma Pamela. Car , en un mot, ma femme eft ma femme , & j’ai été d’autant plus long-tems à me réfoudre au mariage , que j’en connoilïbis mieux les devoiis & que je craignois de les mal remplir.
Je crois être plus délicat là-deflus que bien d’autres : mais cela vient de ce que j’ai xonlîdéré de fort près la conduite des gens mariés , & qu’à peine en ai-je vu un , dont je voululfe imiter aujourd’hui les allures. Je vous citerai peut- être * là-delïiis , des exemples d’un plus grand détail , quand nous nous ferons fréquentés plus long-tems, & que nous aurons „ fait , pour ainfi dire, une plus ample connoiflànce enfemble.
Si je m’étois marié dans les vue* de la plupart des gentilshommes que je connois , & fuivant les régies que ma bonne fœur , prenant la place de mon père & de ma mère ,„auroit bien voulu me prefcrire , j’aurois époufé une dame du bel air , élevée à-peu-près comme je l’ai été , & accoutumée à fuivre fes volonté* en tout*
Je connois plufieurs meilleurs , qui peuvent compofer avec leurs moitiés, & leur céder tranquillement tout après avoir eu quelques débars avec elles. Mais , euiïai-ie époufé une' princeiTe , je n’aurois jamais pu les imiter. Je l’aurois néceflairement aimée
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mée à la folie , avant que de confentir à munit pour jamais à elle , 8c à lui préférer tout le relie de Ibn fexe ; car , fans cette tendrelTe , ma chère Pamela» il n’eft: point de mariages où l’indifférence ne fe glifle > fi même le dégoût ne s’en mêle pas ; ce qui ne m’auroit jamais rendu heureux dans mon domeilique *, & il y a , je crois , moins d’exemples d’hommes dont l’amour ait augmenté après le mariage > que nous n’en trouverions de femmes qui font dans ce cas; il n’eft pas queftion à préfent de vous dire les raifons de cette différence!
Si j’avois pris femme , il m’auroit encore fallu êcre moralement sûr quelle me préférait à tous les hommes; 8c pour m’en convaincre, il aurait fallu qu’au lieu de relever mes défauts , elle les eût exténués ; qu’elle eût fupporté mes imperfections ; quelle eût épié 8c étudié mon humeur ; 8c fi elle avoit fouhaité de l’emporter fur moi par rapport à quelque point conteflé, il lui aurait fallu le faire par la douceur 8c par la complaifance J encore auroit-il fallu que cette complaifance n’eût pas été celle d’une efclave , 8c d’efpèce à paraître le réfulrat de fon inl'enfibilité plutôt que celui de fon jugement 8c de là tendreffe.
Elle aurait évité avec loin de m’arracher aucune démarche , par des follicitations qui tinftènc de la contrainte ou de la force. Le mot de commander de mon côté , 8c celui d’obéir du fien , aü-