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La Vertu
comment le regarder , ‘il m’en donna le Courage en me parlant de vous , mes chers parens , dont il comprit que je m’entretiendrois toujours avec plaifir ; & il m’afïiira qu’il vous rendrait heureux l’un l’autre. Il ajouta qu’il fouhaitoit que je vous écrivifle pour vous apprendre mon mariage \ & que Thomas , qui pourrait , chernin faifant, lui rendre quelque fervice de ce côté-là , vous porterait exprès la lettre. Et .je ne demanderai pas à voir vos écrits , me dit-il , parce que je vous ai promis de n’en rien faire , & que je veux déformais tenir religieulèment parole en toutes chofes à ma chère époufe. ( O la ravivante expreflion ! ) Vous pouvez leur envoyer tous vos papiers , à compter depuis ceux qu’ils ont déjà jufqu’à cet heureux moment. Permettez-moi feulement de les prier de les conferver, & de me les remettre quand ' ils en ^tarant fait la leéfure , aulfi bien que ceux que je n’ai pas vus , & que je ne fouhaite pas cependant de voir avant ce tems-là ; mais dont je regarderai la communication comme une faveur, fi vous voulez bien me l’accorder.
#Monfieur, lui dis- je, je me ferai toujours un délice auffi bien qu’un devoir indifpenfabie , de vous obéir en toutes chofes , & je continuerai de leur écrire un détail de tout jufqu’à ce jour , afin qu’ils voyent combien vous m’avez rendue heureufe. *
Je fais, mes chers parens , que vous vous joindrez l’un ÔC l’autre à moi , pour bénir dieu de concert , des faveurs qu’il répand fi miraculeufementfur vous comme fur moi. Car mon maître me demanda fort en détail 1 état de vos affaires , & me dit qu’il avoir remarqué que , dans quelquesunes de mes premières lettres , je fuppofois que vous étiez endettés. Il me donna en même-tems cinquante guinées , avec ordre de vous les envoyer dans mon paquet , pour en payer autant de vos dettes que la fomme en pourrait acquitter , 6c de vous dire de quitter vos occupations préfentes , pour vous mettre , vous & ma chère mè/e, dans un équipage honnête & de gens aifés, ajoutant , qu’à fon retour dans le comté de Bedford , il vous choifiroit un féjour plus convenable que celui où vous étiez. Bon dieu ! comment foutiendrai-je le poids de tant de bienfaits? Je vous envoie la fomme enveloppée dans différens papiers doubles , dont chacun contient cinq guinées.
Pour moi , il ne m’en donna pas moins que cent. Je voudrais, ma chère, me dit-il, que de cet argent vous en donnaffiez ce que vous trou-* veriez à propos, & comme de vous-même à madame Jewkes, en partant d’ici. Mon cher moniteur, lui dis -je, je vous prie de fixer la choie vous-même. Donnez-lui donc, reprit -il, vingt
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guinées , comme un préfent que vous lui faites à l’occafion de vos noces. Donnez dix guinées à Colbrand ; cinq à chacun des cochers , cinq à chacune des deux cuifinicres de cette maifon ; aurant à Abraham &c à Thomas, & vingt guinées à partager entre les jardiniers , les palefreniers , 8c autres domeftiques inférieurs. Lorfque nous ferons de retour à mon autre campagne , je vous donnerai amplement de quoi vous mettre dans un équipage où ma bien-aimée époufe puiffe paroître avec décence : car à préfent , ma chère Pamela, ajouta- 1- il , vous devez vous montrer déformais dans les ajuftemens qui conviennent à ma femme , fans prendre garde , conjme vous vous le propofiez , à ce que diront d’autres dames. Sans cela, ce que vous vous imaginez devoir être un moyen d’éviter l’envie des perfonnes de votre fexe , auroit l’air , chez moi , d’un mépris volontaire pour vous, dont j’efpère que je ne ferai jamais coupable. Je convaincrai l’univers, que je vous eftime comme je le dois , & autant que (i j’avois époufé le plus riche parti du royaume. Et pourquoi ne le ferois - je pas , moi qui fais que i.rous effacez par vos rares vertus tout ce que nous avons de plus qualifié ?
L’impoffibilité d’exprimer tout ce que je fentois alors, me rendoit muerte. Ma Pamela, ma femme, mon époufe , ma compagne chérie, me
dit-il
R é C O M V E N'’s é E. ÎÎJ
dit- il avec tranfport , je vois votre aimable confufion. J’allois rompre enfin le filence ; mais lui me fermant la bouche par mille baifers : Je fkurois bien, me dit -il, vous forcer à vous taire; vous n’aurez pas même le privilège de me remercier; car quand je ferois pour vous dix fois plus que je jie fais , je n’exprimerois encore que tièss-foiblement l’amour que les charmes de votre ame 6c de votre perfonne m’ont infpiré. Je tiens à honneur , ajouta - 1 - il , en me ferrant dans fes bras , de pouvoir aujourd’hui m’en dire le poffeffeur. Ah i mes chers parens , puis-je déformais faire autre chofe que de redoubler de tendreflè,’ de reconnoiflànce ôc de joie ? , : -
Il bannit ainlî de mon efprit par fès manières angéliques , les réflexions mêlées de triftelFe , qui me faifoient redouter de le voir pour la prenjière fois de ce jour-là ; & lorfqü’on m’appela pour déjeuner avec lui , je me fentis le calme 6c la tranquillité même.
S’imaginant que jetois un peu rêveufe , il me ' propofà d’aller prendre l’air en cartofle , jufqu’à l’heure du dîner. Ce fut encore un nouveau foulagement pour moi. Il m’amufà de mille récifs agréa- } blés, 6c m’entretint de ce qu’il avoit vu dé plus remarquable dans fes voyages. 11 me mit au fait ' des difterens caractères dés meflieurs 6c desi‘da- 1 mes qui demeuroient dans té voifinagé' de fon