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autre maifon de campagne , Sc me nomma ceux dont il fouhaitoit que je cultivaiTe le plus la connoilfance. Je nommai miladi Davers un peu en tremblant. J’aime affurément ma, four , malgré fon efprir altier & violent, me dit-il ; je fais qu’elle m’aime auilï , & je pourrpis lui paffer une partie: de fon orgueil ,. lâchant celui que j’ai montré moi-même tout nouvellement , &c parce qu’elle r>e çonnoît pas ma Pamela , ni fes perfections, comme moi. Mais ^ ma. chère, vous ne devez pas oublier quels font ‘vos droits comme mon époufe , & lui laite baifement la cour. Je fais que vous prendrez avec elle le parti de la douceur, pour l’amener.,, s’il fe peut, à en agir en-> vers vous comme il convient ; mais c’eft à moi de - voir que vous n’outriez pas la condefcen- . dance. • *. . .v rji j - * *y ./>.
Cependant , continua-t-il , comme je ne veux' pas rendre mon mariage public ici > j’efpère qu’elle n’approchera pas de nous , avant que nous foyons dans le comté de, JBedford ; & pour lors, quand elle {aura que nous Ipmmes mariés , ellefe tiendra chez elle , fi l’efprit de difcorde la pofsède : car affurément , elle n’ofera pas me chercher querelle voyant- qu’il n’y a plus à revenir , de peur de paroîrre mériter l’indignation univerfelle , en travaillant méchammentà femer la difcorde enjre le mari & la femme. Mais brifons à préfenc
HécOMPENsêk HJ tà-deflus , & fur tout ce qui pourroit chagriner ce que j’ai de plus cher au monde. Il tourna brufquement la converfation fur des fujers réjouif* fans , & me dit les chofes du monde les plus tendres & les plus obligeantes.
A notre retour, qui fut vers l’heure du dîner, il continua fur le même ton , paroilîànt n’avoit à cœur que de montrer en tout la noble affeétion qu’il me porroit. Après le dîner, il me dit qu’il avoit déjà écrit à fon drapier en ville, de lui faire faire de nouvelles livrées , & donné ordre au mercier de feu madame fa mère , de lui envoyer à la campagne des échantillons de tout ce qu’il y avoit de plus à la mode en fait d’étoffes de foie , afin que j’en choififTe ce qui me plairoit. Après l’avoir alfuré que ma reconnoiflânce étoit inexprimable, je lui dis que, comme il favoit mieux tjue moi ce qui convenoit à fon rang & à fa condition , je voulois m’en remettre abfolument à fon lx>n plaifîr ; qu’accablée par lui de faveurs fi fingulières , je ne pouvois , en jetant les yeux fut l’avenir , penfer qu’avec inquiétude au rang auquel il m’avoir élevée -, & qu’à préfent je craignois qu’il ne me fût difficile de le foutenir avec une dignité qui pût juftifier jf choix auquel ii avoit bien voulu s’abaifTer : mais que j’efpérois qu’il voudrait bien m’accorder, non -feulement une généreufe indulgence pour mes défauts , donc
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je pouvois l’afliirer qu’aucun ne feroit volontaire, mais encore fes tendres inftruélions ; que toutes les fois qu’il remarqueroit dans ma conduite quelque chofe qu’il n’approuveroit pas abfolument, je le priois de m’en avertir ; & que je regarderois lès réprimandes fur des fautes nouvelles , comme les plus tendres faveurs dont il pût m’honorer, parce qu’elles m’empêcheroient d’en commettre de plus confidérables, & deviendroient un moyen pour me conferver l’avantage précieux de polféder fon eftime.
Il me répondit de la manière du monde la plus obligeante, & m’alfura qu’il ne me cacheroit jamais là moindre de fes penfées , afin de me donner occafion de l’inftruire , ou d’être inftruite moi-même.
Il me demanda alors quand je voulois partit pour fa terre du comté de Bedford ? Quand il Vous plaira , répondis - je. Nous reviendrons ici avant l’hiver , fi vous le fouhaitez , me dit - il , afin de cultiver la connoiffance que vous avez commencée avec miladi Jones, & avec la famille du chevalier S***; 8c fi dieu veut bien nous conferver l’un pour l’autre , nous irons enfemble à Londres pour deqp ou trois mois de l’hiver , comme je vouà l’ai promis. Si ma chère époufe y confent , ajouta-t-il , nous pourrons , vers le milieu de la femaine prochaine , partir pour l’autre cam-
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pagne. Monfieur , lui dis-je , je n’ai rien à objecter à quoi que ce foit que vous propofiez; mais comment éviterez-vous de répondre aux demandes prenantes que mademoilèlle Darnford ne manquera pas de vous faire , de lier quelque partie de danfe un de ces foirsî Eh bien ! reprit-il, fi on ne veut pas nous en tenir quittes , nous pourrons fixer la chofe à lundi au foir. Mais, fi vous le trouvez bon , ajouta-t-il , j’inviterai miiadi Jones , M. I#e rs fa famille , & le chevalier S *** & la fienne , de venir dimanche matin entendre les prières à ma petite chapelle , & prendre un dîner avec moi ; & pour lors , je leur déclarerai mon mariage , afin qu’en quittant ce pays , ma chère amie ne laiffe à qui que ce foit le plus léger prétexte d’en douter. N’étoit-ce pas-là# mes chers parens , le comble de la bonté ? Mais auffi , toute fa conduite y répond- elle, par une nobleflè de fentimens , & par des égards qui ne ü démentent jamais. L’heureufe créature que je fuis ! Et peut-être , continua-t-il , qu’ils nous difpenferont du bal , jufqua notre retour errce pays. Y a-t-il quelqu’autre chofe que ma chère Pamela pût fouhaiter, ajouta -t -il? Elle peut le dire en toute liberté.
Jufqu’ici , mon cher monfieur, répondis -je, vous avez prévenu, non-lèulement mes défirs, mais encore mes efpérances , & même mes pcnfées. J’a-
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vouerai cependant , puifque l’ordre obligeant que vous me donnez de vous parler fans fard , femble m’infinuer que vous vous attendez à quelque requête de ma part , j’avouerai que j’ai encore deux ou trois (ouhaits, dont l’accbmplilTement rendroit mon bonheur plus que parfait. Parlez , me dit-il avec vivacité, quels font ces fouhaits î En vérité,’ monfieur , continuai-jfi , je n’ofe hafarder la moindre demande , de peur d’en faire Quelqu’une qui ne foit pas de votre goût : je*cr*$ de paroîrre me prévaloir de votre condefcendance pour moi, en femme qui ne fauroit dire , cen ejl affect- Je n’ai qu’un mot à vous répliquer , Pamela , me dit-il : Ne vous imaginez pas que les chofes que j’ai faites pour vous , dans la vue de vous obliger , ne foient que le mouvement impétueux d’une paillon nailfante. S’il m’eft permis de répondre de mon propre cœur , ils proviennent d’un défit uniforme & raifonné de vous obliger ; d’un défir qui durera autant que votre mérite , & c’efi: indubitablement dire autant que ma vie. Je puis d’autant plus sûrement me le garantir à moi-même , que je fens , en agiffant & penlànt comme je fais , un plaifir délicieux qui m’en récompenfe au centuple ; plaifir , par conféquent , qu’il eft probable que je continuerai de me procurer pour l’amour de vous tk de moi. Vous pouvez donc ma bien-aimée époufe , ( car je fuis devenu avide
R ë c o m p e if s i e. 23 r de prononcer ce nom que ma vanité rejetoit autrefois , ) vous pouvez parler hardiment -, & je vous promets que tout ce qu’il me fera poflîble de vous accorder , je le ferai de grand cœur ; sur que vous n’infifterez fur rien qui ne foit pas de cet ordre.
Je ne dois pas y penfèr aflurément, lui dis-je; auflî m’en garderai-je bien. Vous m’avez enhardie à vous préfenter une humble requête, & c’eft à deux genoux , comme il me convient de le faire , que je vous conjure de rétablir ceux de vos domeftiques dont j’ai malheureufement occafîonné |j^lifgrace. Ma tien - aimée Pamela n’a que trop fouvent été dans cette pofture fuppliante, me dit - il en me relevant dans fes bras & me ferrant contre fon fein , apprenez - moi qui vous fouhairez en particulier que je rérabliflè. C’eft prer mièrement madame Jervis “ lui dis-je -, je ne c'onnois pas une meilleure femme; les malheurs qu elle a effuyés dans ce monde lui ont rendu lçs fuites de votre indignation doublement fâcheufes.
Qui voulez-vous encore que je rétabliflè , me dit-il? M. Longman , repris -je: quelque bien qu’ils m’aient fait l’un & l’autre , je ne vous felliciterois jamais en leur faveur, fi je ne pôuvois pas répondre de leur intégrité , & fi je ne croÿois pas qu’il fût avanrageux à mon cher maître, d'avoir à fon forvice des gens d’un fi excellent caraélcre.
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Et qui encore , ajouta-t-il ? Votre bon vieux fommelier , monfieur , lui dis-je , le pauvre Jonathan , qui a été tant d’années dans votre famille , avant le jour fortuné de votre naifiànce. Je me trouverais très - heureufe de n’avoir pas plaidé inutilement pour lui.
A cela , reprit-il , je n’ai qu’une chofe à vous dire -, c’eft que, fi M. Longman , madame Jervis, &c Jonathan n’avoient pas eu la hardiertè de fe liguer contre moi , & de s’adreflèr de concert à miladi Davers, qui en a pris l’inlolent prétexte de fe mêler de mes affaires , je leur aurais aifémcnt parte tout le refte de fcur conduite.^ eft vrai qu’ils s’étoient donné fuffifamment carrière en paroles fur mon compte; mais, en un mot, je leur aurais pardonné , parce que je fouhaitois que chacun vous aimât. Ainfi , qu’à cela ne tienne : ma Pamela parle en leur faveur , je mets dès ce moment tout fous les pieds , & fuis fier de ce que l’eftime 6c l’amitié qu’eux 6c tout ce qui vous connoît vous portent , juftifient fi bien mon amour. J’écrirai moi-même à Longman pour lui apprendre ce qu’il doit à votre interceflîon , à moins que le bien qu’il a gagné dans la famille ne le mette au-dertus de l’offre d’y rentrer. Quant à madame Jeryis,, écrivez -Jui votts-même , ma chère enfant , & ordonnez-lui d’aller , aurtitôt la préfente reçue , reprendre poflèffion de fon an-
den office ; car à préfenc , ma chère , elle fera plus immédiatement à vous qu’à moi. Je fais que vous l’aimez II cordialement , que le plaifir de la retrouver vous fera goûter doublement celui de retourner où vous lavez quittée. Mais ne vous imaginez pas, ajouta- t-il , que je veuille avoir toute cette complaifance pour rien. Ah ! parlez, m’écriai-je : je fuis fans pouvoir , il eft vrai 3 mais fi riche en bonne volonté , qu,e l’éclair ne fera pas plus prompt que mon obéiilance. Eh bien! donc, me dioil , récompenfez mon ardeur à vous complaire , en me donnant de votre propre mouvement un doux baifer. Ah ! mon cher monfieur , lui dis- je avec tranlport , pouviez- vous jamais m’obliger d’une manière plus noble & plus touchante , qu’en exigeant , pour feul retour , une chofe qui redouble & l’obligation & l’honneur que je reçois. Oui, fans doute je vous obéirai. A ces mots je me jetai fur lut, & ne rougis point de le bailêr une fois , deux fois & trois fois pour la triple abfolution qu’il venoit de prononcer.
Qu’avez - vous de plus à me demander , ma chère Pamela , me dit-il ? M. Williams eft déjà pourvu ; &c j’efpère qu’il fera heureux. N’avezvous rien à dire pour Jean Ajnold ?
Vous avez vu dans mes lettres le repentir du pauvre garçon, répondis-je.... Il eft vrai, me ditil , mais c’eft fon repentir de m’avoir fervi contre
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vous; 8c il me femble que, comme il m’auroic rrahi dans la fuite , il ne mérite pas qu’aucun des deux fade ou dife rien en là faveur.
Mais, mon cher monfieur, interrompis - je , c’eft ici un jour de jubilé ; moins le pauvre garçon mérite , plus votre bonté pour lui fera grande. Permettez-moi encore d’ajouter, que comme Ion cœur a été partagé entre ce qu’il vous devoir & là bonne volonté pour moi , & qu’il ne favoit pas comment faire un choix, lorfqu’tt nous verra lî heureufement ynis par votre extrême bonté envers moi , fon devoir ne lui fera plus douteux ; 8c comme il n’y a manqué que dans ce feul point , j’elpère qu’il vous fervira fidellement à l’avenir.
A ce compte , reprit - il , je fuppofe que je mille madame Jewkes dans un bon*train d’affaires , comme par exemple à la tête d’une auberge , 8c que je lui donnalfe Jean pour mari : feroit-ce fi mal fait ? Alors , ce que votre bohémienne lui a prédit, qu’elle auroit un mari plus jeune qu’elle , fe trouveroit accompli.
Monfieur, lui dis-je, vous êtes la bonté meme. Je pardonne de bon cœur à madame Jewdces , 8c lui fouhaite du bonheur : mais , monfieur , permottez-moi de vous demander , fi cela n’auroit pas l’air d’une rigoureufe punition infligée au pauvre Jean , comme fi vous n’aviez pu lui
fe É COMPENSÉ E. Îjy pardonner , après avoir fait grâce à tous les autres ?
Ma chère Pamela , me dit-il en fouriant , pour une perfbnne qui a pardonné , vos réflexions tombent pefammenr fur la pauvre Jewkcs. Mais je n’aurai jamais, dieu aidant, de femblables fervices à exiger ni de Jean ni des autres -, & je crois pouvoir lui pardonner, fi vous le faites; ainfi, vous ferez de lui ce qu’il vous plaira. Dites-moi préfentement, fi ma Pamela fouhaice encore quelque chofe de moi ?
O le plus cher des mortels , m’écriai - je ! la reconnoiflànte Pamela peut-elle avoir encore des fbuhairs à faire î Mon cœur eft trop plein du fentiment de vos faveurs. Permettez , ajoutai - je , qu’il en exhale une partie en larmes de joie*vous ne m’avez laiffé à demander à dieu , que de vous accorder honneur , fanté , & longue vie , & de me conferver l’avantage d’être eftimée de vous ; s’il écoute cette feule requête, en vérité le monde entier fera moins heureux que votre Pamela.
Je fus aufïïtôt dans fes bras. Ah ! ma chère ame , s’écria t-il , vous ne «fauriez être heureùfe par moi , comme je le fuis par vous. C’cft bien à préfent du fond du cœur que je méprife les défirs effrénés qui me portoient à vous pourfuivre. De quelles joies , de quelles extafes un amour vertueux r\’eft il pas la fource! L’ame abjecte du
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libertin y eft inacceifiblc ; elles lui font inconcevables : & tant que j’ai vécu comme tel , je n’en ai pas eu la moindre idée.
Je m’imaginois , ajouta-t-il , que mon aimable époufe avoit quelque chofe à me demander pour elle - meme : mais puifque tout fon bonheur fe concentre dans le généreux plaifir de procurer celui d’autrui , ce fera déformais ma tâche de prévenir fes défirs , & de lui rendre tout foin d’elle-même inutile , en ne lui lailfant jamais le tems de fouhaiter.
C’eft ainfi , mes chers parens , que votre Pamela trouve le comble du bonheur dans fon époux. Oh ! que ce nom eft raviftànt à prononcer ! qu’il va droit à mon cœur ! Il ne me refte qu’à être humide , & à penfer avec gratitude au difpenfateur infiniment bon de tant de bénédictions.
Apres l’avoir accablé de mes remercîmens, je me retirai dans mon cabinet pour vous écrire jufqu’à cet endroit. Ce paquet contient tout ce que j’y voulois mettre; j’y ai renfermé le généreux préfent que vous fait mon maître ; il ne me rei^ qu’à vous dire , que j’efpère vous voir bientôt l’un & l’autre , & recevoir votre bénédiction , à l’heureufe & trois fois heureufè occalïon de mon mariage. Je compte que vous demanderez pour moi dans vos prières la grâce de demeurer humble ôc jufte félon dicus & de con-
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ferver toujours un cœur reconnoilTant envers le meilleur des époutf ; que vous ferez des vœux au ciel , pour la continuation de des faveurs & de fes bénédi&ions fur moi ; que vous le prierez de ne pas permettre que je celle de me comporter obligeamment envers qui que ce foit. Je luis pour jamais ,
Mes chers parens,
La plus refpeéfueufe des filles ,
La mille fois trop heureufe Pamela B.
Ah! ne croyez pas , mes chers parens , que je me réjouifie du changement de mon nom pas aucun fèntiment d’orgueil. Le vôtre me fera toujours cher : pourroit - il jamais me faire honte î mais cependant.... pour un mari de cet ordre ? Ah! que vous dirai-je î Les termes les plus fores n’exprimeroient que foiblement ma gratitude Ôc ma joie.
J’ai pris des copies de la lettre de mon maître a M. Longman , & de la mienne à madame Jervis. Je vous les enverrai avec le récit de ce qui me fera arrivé depuis , lorfque j’irai à l’autre campagne ; ou bien , je vous les donnerai de la main à la main 3 car j’efpère que je vous verrai dans peu. — ;
SAMEDI matin , troifième jour de mon heureux mariage.
Je ne cefTerai de griffonner , jufqu’à ce que je ibis actuellement occupée à remplir les fondions de 1’ état auquel j’ai été fi généreufement élevée , & que vous puiffiez partager avec moi les plaifirs raviflans attachés à ma nouvelle condition , 8c les faveurs dont le meilleur des maris m’accable du matin jufqu’au foir. Lorfque mon paquet pour vous fut fini , je me mis à écrire à madame Jervis , comme il avoit eu la bonté de me le dire , & je n’héficai qu’à la fignarure. Lorfqu’on m’appela pour fouper, je defcendis avec ma lettre, où je* n’avois ofé mettre mon nom.
Mon cher maître , que je rrte déîederai toujours d’appeler de ce nom , avoit de fon côté écrit à M. Longman. Voyez , ma clicre , me ditil en badinant , voyez ce que j’ai écrit à votre quelqu'un. Je lus ce qui fuit :
a Monfieur Longman,
» Je vous apprends avec plaifir , que jeudi der- » nier j’époufài ma bien-aimée Pamela. J’ai eu lieu » detre mécontent de vous , de madame Jervis, » & de Jonathan , non poux l’affedion 8c le
*> zèle que vous portez à ma chère époufe , mais » à caulè de la manière dont vous vous êtes » adre (Tés à ma fœur Davers , & dont il s’eft en- » fuivi une grande brouillerie entr’elle & moi. » Mais , comme la prière d’oublier tout le pafle, » & de’ vous rétablir tous dans vos anciens portes , » eft une des premières requêtes que ma chère » époufe m’ait préfentées , je me crois obligé d’y «fouferire fans éiéfiter. Vous pouvez donc, lî le » parti vous plaît, reprendre un office dont vous » vous êtes toujours acquitté avec une intégrité re- » connue, & à la fatisfaéhon de votre ferviteur, Scc.
Ce vendredi après midi.
» Je partirai mardi ou mercredi prochain pour comté de Bedford je fouhaite de vous y » trouver , vous & Jonathan , dans l’exetcice de » vos anciens emplois. Jç fuis arturé que vous y » trouverez d’autant plus de plaifir , que vous ne »? lâuriez avoir un témoignage plus récent des » fentimens de mon aimable femme , du bon cœur =? de laquelle vous pouvez vous promettre tous 3» les agrémens imaginables. Elle écrit elle-même »? à madame Jervis. »
Je le remerciai mille fois de tant de bonté, &C lui montrai ma lettre à madlhie Jervis, qui étoit conçue en ces tegnes;--1 J
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<* Ma chère madame J E R v i s ,
« J’ai d’excellentes nouvelles à vous apprendre. m J’eus hier le bonheur d’être mariée au plus » charmant de tous les hommes , à mon bien- » aimé maître & le vôtre. Tout ce que j’ai à vous » dire , c’eft que je fuis heureufe au-delà de toute 3> expreflîon ; que mon généreux bienfaiteur ne » me refufe rien , & qu’il va mêjjje au-devant de 3» tous mes défirs. Vous comprenez allez que je 3o ne pouvois jamais oublier ma chère madame 30 Jervis. Je demandai , & j’obtins fur le champ , 3o que vous reprifllez l’emploi dont vous vous 3o acquittiez li bien , à l’avantage de notre maître 30 commun , tk au plailîr de tous ceux qui étoient 30 fous votre direction. J’emploierai tout le pouas voir qui me fera confié par le plus génér^x 3o des humains , à vous rencfre votre fituation douce 33 &c agréable à tous égards. J’aurai bientôt l’hon- 3o neur d’accompagner mon bien - aimé époux à 30 fon retour dans le comté de Bedford ; & ce » ne fera pas un léger furcrOÎt de délices pour 3> moi , ni d’obligations que j’aurai au plus excel- 30 lent des hommes , d’y voir ma chère madame 30 Jervis , & d’en être reçue avec le plaifir que » je me promets de fon affeéHon : car je fuis &C
33 ferai toujours , ma chère bonne amie,
.. v un x . •
3» Votre affe&ionr.ée & recounoUTantePAMELA ».
Il lut cette lettre. Vous l’avez écrite, ma chère, me dit-il ; ainfi elle doit être tout au mieux: mais n’y mettez-vous pas votre nom? Monfieur, repris-je , votre bonté m’a autorifée à y en mettre un qui me fait beaucoup d’honneur : mais , comme c’eft ici la première occafion que j’en ài , excepté les lettres que j’ai écrites à mes chers parens , j’ai cru devoir vous la montrer fans fignature , de peur de paroître me prévaloir trop avidement de l’honneur que vous m’avez fait. ,
Quelque convenable qu’une fi charmante humilité puifle paroître à la déücateflè de ma chère Pamela, me répondit -il, c’eft à moi de vous aflurer que je fuis de plus en plus enchanté des droits que vous avez de porter mon nom. Si j’ai quelque chofe à fouhaiter , ma chère ame , ajouta-t-il, c’eft uniquement de pouvoir être la moitié auffi digne que vous , du charmant lien qui vient d’être contra&é. 11 prit alors une plume,. 8c, après le mot Pamela, écrivît fon aimable 8t digne furnom -, 8c moi je mis au - deflous : « Ah 1 ma » chère madame Jervis , réjouiftèz-vous avec moi »j de ce que , pat la grâce de dieu 8ç la bonté » de mon cher maître, il nt’eft permis de me ligner » de la forte ». - . ; :
Ces lettres, 8c le paquet que je vous adreliè, ont été envoyés de grand matin par monfieur Thomas.