LIVRE PREMIER
Daas mes douces erreurs j'avais sacrifié Au tendre et pur amour, à la sainte amitié. Ta mort, jeune Racine! et les pleurs des Corneilles, En pénétrant mon âme, inspirèrent mes veilles. L'éclat de l'or jamais n'éveilla mes désirs. Fanni, les arts, la gloire enchantaient mes loisirsj Je voyais dans Fanni, moins épouse qu'amante. De mes destins heureux la compagne charmante; Et par leurs tendres soins une mère , une sœur. Eussent fait de mes jours envier la douceur. J'aimais, je cultivais, je chantais la nature. Que mon cœur était loin de croire à l'imposture! Qu'un enfant des neuf sœurs est facile à tromper ! Je caressais la main qui devait me frapper. D'un ennemi trop cher complaisante victime. Tranquille, je dormais sous le poignard du crime . Le noir complot m'éveille en éclatant sur moi.
Sans doute il éprouva moins de trouble et d'effroi , Le premier qui, rasant le Cap de la tempête. D'un nuage imprévu vit fondre sur sa tête La nuit, les vents, la foudre à grands coups redoublés,. Et l'ouragan roulant les flots amoncelés.
Que de fois, Némésis , dans ce funeste orage. Mon fragile vaisseau fut voisin, du naufrage! Que de fois j'appelai les dieux à mon secours! Et les flots, et les vents, et les dieux étaient sourds. Tu vis le triple nœud de ce complot infâme; Tu vis s'armer ensemble et mère , et sœur, et femme;.
Tu vis leur noire audace, ô crime ! ô triple horreur : De leurs coups sur moi seul diriger la fureur : Tu les vis tontes trois, s'achamant à leur proie. Puiser dans mes tourmens une exécrable joie; Et de mes tristes jours se disputant la fin , Se faire de ma vie un funeste butin.
O Méléagre ! ainsi ton effroyable mère Te dévouait aux feux qu'alluma sa colère; Ainsi l'horrible sœur d'Absyrthe massacré. Dispersait en lambeaux son frère déchiré; Ainsi de Danaiis leç filles exécrables.
Au sang de leurs époux baignaient leurs mains coupables» Mais aucun d'eux n'a vu,. dans ces derniers abois, Epousç, et mère , et soeur, le frapper à la fois.
Ahi tu vis plus encor ! tu vis leur calomnie Des lois contre mes jours armer la tyrannie; Tu vis l'indigne chef d'un indigne sénat. Au poignard de Thémis dicter l'assassinat; Tu le vis, souriant de sa lâche puissance; Aux pieds mêmes du crime égorger rinnocencc.
Et moi je m'écriais, en regardant les cieux : Viendras-tu, Némésis, justifier les dieux? Laisseras-tu dormir la vengeance et leur foudre? Est-ce sur mon tombeau que tu dois les absoudre? Et par le vain récit des monstres terrassés. Penses-tu réjouir mes ossemens glacés?