‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 18 sur 74 · LIVRE SECOND. oi · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. oi

Ah! dans l'horreur des nuits queTaquilon tourmente. Quel charme de presser le doux sein d'une amante! Qu'une pluie orageuse et l'air tumultueux Font bien goûter la paix d'un lit voluptueux! Que tel soit mon bonheur, dieux! et que la fortune Soit toute à ces mortels qui fatiguent Neptune; Qu'ils cherchent des climats et des biens étrangers ! En est-il d'aussi doux que mes champs, mes vergers? Mon univers est là; là je borne ma course; Là, rêvant sous un arbre, au doux bruit d'une source. J'édite du midi les brûlantes chaleurs : Mon absence à l'amour n'a point coûté de pleurs.

Ahl que les diamans! ah! que tout l'or périsse. S'il faut pour les ravir qu'une beauté gémisse!

C'est à toi, Messala, né pour les grands exploits. De combattre, de vaincre et d'enchaîner les rois; C'est à moi de subir une amoureuse chaîne, Et d'assiéger long-temps une porte inhumaine. Délie, ah! qu'on insulte à mon oisiveté! Que m'importe la gloire où n'est point ta beauté ; Sois de mes humbles champs Ja nymphe tutélaire; De mes jeunes brebis daigne être la bergère-, Viens sous un antre frais reposer dans mes bras; Et puissé-je y dormir, vainqueur de tes appas!

Que sert un lit de pourpre où veillent les alarmes? II le cède à la mousse où sommeillent tes charmes.

L'or, le duvet, les eaux, les chants harmonieux. Rien ne peut assoupir un œil ambitieux. Eh! quelle âme d'airain, quel aveugle courage, Pouvant te posséder, s'arme et vole au carnage ! Qu'il enchaîne TAsife à ses fiers étendards; Qu'il aille de la terre éblouir les regards; Qu'avec toi, que pour toi je vive, ômon amante 1 Et te presse en mourant de ma main défaillante î Sur le bûcher funèbre, hélas! mis à tes yeux, Tu pleureras Tibulle, en accusant les dieux. Tu pleureras : cent fois tes lèvres adorables Mouilleront de baisers ces restes déplorables! Nul amant, nulle amante, en voyant tes douleurs En voyant mon bûcher, ne retiendra ses pleurs : Us s'en retourneront l'œil humide de larmes.

Mais que ton désespoir n'offense point tes charmes ! Mon ombre en gémirait : que dis-je? ah ! mes beaux jours Bravent encorla Parque, et sont tout aux amours. Mais rage à pas muets se glisse, ô ma Délie I La jeunesse s'envole : une aimable folie Sied mal aux fronts glacés qu'outragent les hivers. C'est au printemps qu'Amour cueille ses myrtes verts.

Chère amante, snis-moi dans sa douce mêlée; C'est là que ma valeur cent fois fut signalée. Bon soldat, chef heureux, là je suis un héros, Et le nom de Tibulle est connu^dans Papho*.

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