LIVRE SECOND. /J
O que (le fois Diane a rougi de le voir
Porter Tagneau tardif égaré vers le soir.'
Que de fois ses brebis, bêlant sur la colline ,
Ont troublé les accords de sa lyre divine I
Souvent des plus grands rois l'encens, les vœux offerts.
L'ont en vain appelé dans ses temples déserts ;
Souvent ses cheveux d'or, tout souillés de poussière.
Ont fait gémir l'orgueil de sa superbe mère.
Soleil ! que faisais-tu de ton sceptre de feu? Sous ce toit de roseaux recounaitrai-je un dieu? Oui , dHUs les bras d'Issé tu l'étais plus sans doute. Qu'au sommet éclatant de la céleste voûte. Banni des cieux eu vain par leur maître irrité , Tu retrouvas l'Olympe au sein de la beauté. Les dieux goûtaient alors un bonheur ineffable; Ils aimaient I la raison dit qne c'est une fable: Importune raison' j'en crois peu tes discours; Un amant peut-il croire à des dieux sans amours?
Et loi. qxii me ravis une douce présence. Puisse la terre ingrate étouffer ta semence, O cruelle Céiès! et toi, dieu des buveurs. Puisse leur soif en vain implorer tes faveurs! Périsse la vendange et les moissons nouvelles. S'il faut les acheter par l'exil de nos belles' Et ces fruits de nos champs sont-ils si précieux? Valent-ils le bonheur que goûtaient nus aïeux? Eux-même à leur repos ne faisaient point la guerre. Sans fatiguer leurs bras à fatiguer la terre,
Sobres et fortunés, saus vigne, sans moisson,
Le gland sut les nourrir, l'onde fut leur boisson.
Mais nul soin douloureux ne vint troubler leur âme; Ils respiraient l'amour : ils riraient de sa flamme. Ardens à recueillir les moissons du baiser, Ivres de son nectar sans jamais l'épuiser. Sans cesse ils jouissaient à l'ombre des vallées, Aux bords rians des eaux, sous les vertes feuillées : Vénus était partout; partout des lits de fleurs; Et l'absence jamais n'y fit couler de pîeurs. Point d'argus, de verioux, de portes indociles. Les cœurs étaient ouverts ainsi que les asiles.
Revenez, douces mœurs! temps heureux, revenez! Mais que dis-je? il n'est plus de ces jours fortunés. Et notre art criminel a changé la nature. Eh bien! je me dévoue aux champs, à leur culture. An joug même : quels maux effraieraient un amant? Où la beauté commande, il n'est plus de tourment.