LIVRE SECOND
Absent de LycorJs , ô donleurs ! ô regrets ; Le myrte va céder ma tête au noir cyprès. Aiusi de mes beaux jours les aurores pâiissent! Ainsi di^ mon printemps les roses s'obcurcissenl! Et la Parque m'enlève au séjour ténébreux. Plus jeune que Tibulle, et non moins amoureux.
Tandis que loin de toi ma vie est moissonnée. Que fais-tu, Lycoris? amante infortunée 1 Sans doute ton amour brûle de me revoir; Ton cœur s'enivre, hélas! de ce crédule espoir. Une lettre à la main , relisant nos mystères. Et peut-être implorant ces tendres caractères. Le feu de tes baisers, l'ardeur de tes soupirs Leur demande un retour promis à tes désirs. Vaine promesse, hélas? Sort jaloux et barbare! L'absence.... est éternelle : un tombeau nous sépare.
Tu semblais le prévoir dans ce funeste jour Où je partis baigné des larmes de l'amour; Une pâleur mortelle obscurcit ton visage; Tes sens étaient glacés d'un sinistre présage; Nos lèvres frémissaient de lugubres adieux; Et je croyais laisser mon âme dans tes yeux.
Toi-même dans mes bras mourante, éranouie, Au fatal avenir tu disputais ma vie.
Il est de ces momens où d'un œil plus certain L'âme va chez les dieux surprendre son destin.
Je voulais je devais en croire tes alarmes.
Quel oracle plus sûr que celui de tes larmes; Quels devoirs plus sacrés que ceux de nos amours ! La Parque dans tes bras eût respecté mes jours.
Mais loin de toi je meurs, et des mains étrangères Des yeux de Ion amant vont fermer les paupières! Vers ton asile encor, daus ces momens d'effroi. Je tends ces faibles mains qui ne sont plus à toi. Ma seule ombre aujourd hui, vain songe de moi-même. S'envole autour de toi murmurer que je t'aime.
II fut des temps heureux où jusque dans tes bras Le mystère et l'amour conduisirent mes pas. Quand de ton jeune amant la soudaine présence Vint surprendre tes yeux dans les pleurs de l'absence. Quel charme te prêtaient ces naïves douieurs! Quels rapides baisers essuyèrent tes pleurs! La nuit nous prodiguait ses faveurs les plus sombres; Nos timides soupirs se fiaient à ses ombres. Cent fois tu vis mes pas, suspendus et muets. Echapper vers ton lit aux argus inquiets. O baisers de nectar! ô nuits toutes de flammes! O plaisirs ' ô transports où s'égaraient nos âmes' Trop rapide bonheur envolé pour jamais.
Déjà vous n'êtes plus qu'un songe et des regrets.