‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 27 sur 74 · LIVRE SECOND. 4cj · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND. 4cj

Dans les mêmes instans, loin de tout œil profane. Nos regards se joindront dans le sein de Diane. Que dis-je ? impatiens des pavots du sommeil , Dès que l'ombre fuira de l'Orient vermeil. Nos yeux s'appelleront; et le sein de l'aurore , Centre de nos regards , ra les rejoindre encore. L'Olympe est aux amans : oui, le flambeau du jour S'allumera pour nous au flambeau de l'amour. La nature à mes yeux ne sera pas muette. Pourrais-je, en l'écoutant, oublier son poète? Le dieu que tant de fois ont célébré tes vers. Rendra tes souvenirs et plus doux et plus chers. Quand tu liras Sapho, dis : Céphise est plus tendre. Moi, je lirai TibuUe et je croirai t'entendre. Tout servira mes feux : sans cesse les zéphyrs Porteront jusqu'à toi mes fidèles soupirs; Et l'art consolateur par qui l'âme est tracée Sans cesse te peindra mes feux et ma pensée.

Tu le disais, Céphise! et pour combler mes vœux, D'une amoureuse main coupant tes blonds cbeveux. Tu m'oEFris de l'amour ce frêle et tendre gage , Trop fidèle témoin d'une flamme volage.

Ta main jura d'écrire : ô perfides sermens ! Nul écrit n'est venu consoler mes tourmens; Nul zéphyr jusqu'à moi n'a soupiré ta peine ; Et les seuls aquilons, de leur bruyante haleiue, Murmurant ton oubli, présageant ta rigueur. Attristent de mes nuits l'importune longueur. Dans les eaux du Léthé ma Céphise a pu boire 1 Céphise ! ton amant n'est plus dans ta mémoire.

5o ELEGIES.

Commeut, hèlas! comment serait-il dans ton cœur? Sonpirs, larmes, baisers, ah! devais-je vous croire^' Et vous, liens chéris, qui flattiez ma langueur, Vons, jadis l'ornement d'une tête infidèle. Quand l'ingrate me fuit, pourquoi me parler d'elle?

Cependant un rival I ô trop juste courroux!

O Céphisel ô transports d'un cœur tendre et jaloux 1 Un rival dans tes bras jouit de sa victoire I De mes feux abusés tu lui contes l'histoire. Tu ris de tes sermens et de mes vains secrets , Et ton mjrte odieux insulte à mes cyprès. Tant d'amonr avait-il mérité cette injure! Quoi! des lèvres de rose attestaient le parjure; Quoi! ce front coloré de grâce et de pudeur; Quoi! ce dou:s sein de lis, oubliant sa candeur. Grands dieux! seraient souillés par une âme si noire! Trop fatale beauté! sexe aimable et trompeur. Enflammer est ton art, et trahir est ta gloire !

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