‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 34 sur 74 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Au mépris «îe ses pleurs échapper à ses bras, C'est irriter les dieux, c'est courir au trépas. Pardonne, amour; Délie, excuse an téméraire. Déjà trop malheureux d'av^oir pu te déplaire. Si la mort t'obéit, Isis, si tes autels N'abusent point les vœux des crédules mortels. Daigne sauver des jours consacrés à Délie!

Périsse des combats la sanglanfe folie l C'est elle qui troubla des jours purs et sereins. O pais! de l'âge d'or ramène les destins! Un printemps étemel caressait la nature ; La terre prodiguait des moissons sans culture. Ses flancs en longs chemins n'étaient pas sillonnés , Et de murs soupçonneux au loin emprisonnés; Les forêts, dépoaillnnt leurs antiques ombrages. N'allaient point sur les mers défier les orages. L'aveugle ambition , trop féconde en revers. N'avait point divisé les cœurs et l'univers ; Du coursier, du taureau, la liberté sauvage, Et du frein et du joug rejetait l'esclavage. Mars n'avait point en cor déployé ses drapeaux ; La haine était sans glaive, et l'orgueil sans faisceaux. Les sermens n'étaient point l'organe du parjure; Et les prêtres des dieux ignoraient l'imposture. Les cris de la trompette , et la soif des combats , A des crimes heureux n'excitaient point nos bras; Le soupçon n'avait point inventé les partages; La foi servait alors de terme aux héritages, lioindu crime et des arts, l'hommeeutsesmœurspour lois, La vertu pour ses dieux , et les dieux seuls pour rois.

Co ELEGIES.

Mais d'an sceptre d'airain le ciel frappant la terre. L'or brille, le fer luit, le sang coule, et la guerre. Fille de la vengeance et mère des forfaits , Exile de nos cœurs l'inpocence et la paix. Ils m'ouvrent le cercueil! ah, s'il faut que j'y tombe. Que du moins l'univers lise un jour sur ma tombe : (c Tibulle ici repose; au printemps de ses jours, » Mars l'enlève à Délie, et la Parque aux amours. ■>■> Déjà Vénus en pleurs me guide aux rives sombres. Vers les bosquets sacrés des innocentes ombres; Là, zéphyr, éveillé par de tendres concerts. Promène rharmonie et l'amour dans les airs; Sur des lits de gazon la volupté sommeille : On n'y voit que la rose et sa moisson venneiile; Un jeune essaim d'amans voie autour des berceaux Qu'arrosent du Léthé les caressantes eaux; Vous qui chantiez l'amour, doux et tendres poètes. L'amour vous réunit dans ces douces retraites.

Plus loin, du noir chaos les gouEFres entr'ouverts , Recèlent le Tartare et la nuit des enfers; Là, frémit Alecton ; là, Tysiphone errante Fait siffler les serpeus de sa tresse sanglante; Cerbère agite encor, de ses triples abois, Les ombres que le Styx emprisonne neuf fois; De triples dents d'airain ses trois gueules armées Y gardent des enfers les portes enflammées. Là, près du fier géant que déchire un vautour, Ixion, sur sa roue, expie un fol amour. Filles de Danaiis, là, votre urne fatale Voit fuir l'onde échappée aux lèvres de Tantale ;

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Celte onde y venge un sang que protégeait Vénus, Et d'nn perfide hymen les forfaits sont connus.

Tombe dans les enfers toute amante parjure, l'out rival dont ma flamme a reçu quelque injure. Un rival!..,, ô soupçons! ô tourmens ! ô revers! Ah ! c'est trop respirer le poison des enfers ; Ombres, Parque, Achéron, fujez, sanglante image, Ah! Délie ! ah ! ton cœur ne peut être volage. Je t'aime, mon amour me répond de ta foi. Echappé du tombeau, je vole jusqu'à toi: J'entends la vieille esclave assidue à tes veilles, D'un récit fabuleux t'allonger les merveilles. Quand le soir rallumant l'étoile du berger. Voit fuir rhumide lin sur ton fuseau léger; Mais le sommeil enlève, en frappant ta paupière, La quenouille à tes mains, à tes yeux la lumière. Que je t'éveille alors, et puissent tes appas Voir an lieu de Morphée un amant dans tes brasl Ce lit qui t'attendait plaintive et solitaire, Du flambeau des plaisirs s'embellit et s'éclaire. Un désordre amoureux te livre à mes regards. Je dispute ton sein à tes cheveux épars; Doux baisers!... jour heureux! que ma tendresse implore. Beau jour, échappe-toi des portes de l'aurore!

FIN" DES ÉLioiES,

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