‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 36 sur 74 · A M. LE PRINCE DE CONTI · texte numérisé non relu

A M. LE PRINCE DE CONTI

SUR l'aMOIR QCE les princes DOIVEKT AUX LETTRE?.

Prince, ami des talens qu'ignore lerulgaire, Qn'sstiment les ^ï^randsrois et qne ton œil éclaire, Toujours ta main prodigue en secours généreux. S'applaudit des bienfaits qu'elle répand sur eux.

Ces présens d'un héros cherchèrent mon enfance. Et mes faibles talens te dnrent la naissance, Quand la Parque, frappant un père eutre mes bras. Éperdu, je donnais des pleGrsàson trépas. Tu le pleuras toi-même! et d'un père fidèle Tes larmes et tes dons me payèrent le zèJe. .

Bellone alors, Bellone, aux bords lointains du Var . T'appelait aux combats et préparait ton char : Le Var coorba sous toi son onde et sa fortune; Vainement Albion s'en plaignit à Neptune. Quelle fut sa douleur, ta gloire et mes transports ! Content de t'admirer, je me taisais alors.

EPITRES. ^i

Que mon zèle, indigné de cet obscur hommage. Brillait de s'élancer loin des bornes de l'âge!

Comme un jeune coursier, dans les bois de Vindsor, S'irritant des liens qui trompent son essor. Frappe à pas redoublés la barrière insultante, Et devance sa course, et bat la plaine absente. Tel à peine escorté de quatorze printemps, J'accusais les lenteurs du génie et du temps.

Mais en vain j'implorais la lyre des Orpbées : Mars ne suspend jamais sa lance et ses trophées Au fragile arbrisseau qui rampe loin des cieux; C'est 1 arbre que Dodone enfante pour les dieux Qui scus ce noble poids voit courber son feuillage, Quand Mars las et sanglant y cherche un doux ombrage.

Trop souvent le poète inégal au héros, A ses lauriers brillans mêla d'obscurs pavots. Quelle muse eut osé, follement intrépide ^ Sur les Aipes enfin suivre ton vol rapide. Franchir ces rocs où monte à peine un long regard , Y combattre Amédée et la nature et l'art; Et malgré les torrens, les goufitres, la tempête. Malgré tous ces remparts qui tonnaient sur ta tête, Foudroyer dans les aiis leurs titans furieux. Et couronner de lis ces monts impérieux?

Je croissais, et ta gloire échauffant mon génie. Du langage des dieux j'essayai l'harmonie.

^i EPITRES.

A l'ombre des lauriers que moissonna ton bras, L'étude vint m'apprendre à chanter les combats; Et les champs de Coni me rappelaient Arhelle; Mais pour un Alexandre il fallait un Apelle ; Et le dieu qui daigna sourire à mon berceau, Dans ma main faible encor vit trembler son pinceau.

Tel qu'un nocher d'abord et novice et timide. Attend que l'alcyon calme la plaine humide: Il contemple de loin ces gouffres raugissans: La crainte, le désir, l'espoir troublent ses sens: Sa barque n'ose encor tenter les mers profondes. Et consulte long-temps ses voiles et les ondes ; Ou tel que le jeune aigle, en ses premiers essors. Du rocher paternel n'ose quitter les bords ; Mais bientôt moins timide et dédaignant la terre, 11 veut tenter l'Olympe, il aspire au tonnerre. S'élance, impatient du céleste séjour, Et fixe ses regards sur l'œil brûlant du jour ; Ainsi, trop jeune encor, je n'osais me résoudre A toucher aux lauriers où reposait ta foudre. Enfin dix-huit printemps révolus sous tes jeux. Portèrent jusqu'à toi mon vol ambitieux. Le cœur fut mon génie; éprise delà gloire. Ma muse s'élança sur ton char de victoire. Je le vis applaudir à mes jeunes accens. Et sourire à la main qui t'offrait mon encens.

Un enfant des neuf soeurs plaît aux fils de Bellone Qui combat pour la gloire, estime qui la donne.

Kst-ceà d'obscurs mortels clans l'opprobre nourris. D'aimer ces arts brillans dont l'iionnenr est le prix ? C'est aux rois tels qu'Auguste à chérir un Virgile. Le ciel doit un Homère aux exploits d'un Achille ; C'est le droit des héros; et les hommes fameux Connaissent seulsles droits des crrands hommes comme es

Grand prince! aux mêmes arls tu dois la même estime; Et ces arts te devaient leur tribut iéiriiime. Les Muses pour le suivre oui ijuitté î'Hélicon. Que ta cour désormais soit leur sacré valiun! Oui, le docte laurier que leur Permesse enfante. Couronne des Césars la palme triuinphantc. Sur l'univers soumis Rome étendant ses iois. Marchait , la foudre en main , sur la tête des rois : Le- Muses commandaient à la reine du monde. En demi-dieux alors que Rome était féconde! DelaThrace et du Pinde honorez les travaux, O Français! des Romains soyez, deux fois rivaux. Un grand homme est, aux yeux de tout mortel qui pense , Bien au-dessus des rois qu'un vil flatteur encense; Et quoi que dise encor la bassesse ou l'crgueii , Le seul génie échappe à l'oubli du cercueil.

En vain des conquéraHS, pour ravagerla terre, Ont osé des dieux même emprunter le tonnerre; Ils cherchaient d'autres cieux et des mondes nouveaux; Ma^s aux bornes du monde ils trouvaient leurs tombeaux.

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