II
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II fut aussi (les rois dont Toisive mollesse Goûta des vains plaisirs ramorce enchanteresse. Sous (lôs lambris dorés un encens fastneux Enivra de ces rois l'orgueil voluptueux; Et du flambeau des arts réclatante lumière Fatiguait de leurs yeux la débile paupière. Les timides talens, dans l'ombre retenus, A leur servile cour languissaient inconnus. Quelquefois abaissant leur fierté sourcilleuse. S'ils prêtent d'un regard la faveur orgueilleuse. Des talens ingénus il fait rougir le front; Et leur plus grand bienfait n'est qu'un utile affront. De ces rois cependant la stupide indolence Applaudit aux discours de l'altière ignorance. Dans l'éternel oubli tombés à leur réveil. Leur règne ténébreux ne fut qu'un long sommeil.
Perfides courtisans ! votre coupable adresse De ces rois malheureux égarait la faiblesse. Sans doute vous disiez que les fils d'Apollon Cultivent follement leur stérile Hélicon; Que d'un art chimérique adorateurs futiles. Loin d'offrir à l'état des citoyens utiles. Ils bornent leurs essors à des objets si vains. Que jamais leur talent n'a servi les humains.
Frémissez, vils mortels; les enfans d'Uranie Embrassent l'univers dans leur vaste génie. Bientôt leur vol échappe à vos timides yeux. Vous rampez sur la terre; ils planent dans les deux.
Homère au vol de flamme y déploya ses ailes;
Pindare en sut franchir les voûtes éternelles.
Lucrèce à la nature osa prêter sa voix;
En vers harmonieux Solon dicta des lois.
Quel autre qu'un poète, au feu de la pensée.
Rassembla des humains la race dispersée?
Eux seuls du feu céleste ont fait l'heureux larcin :
Le génie est un dieu qui brûle dans leur sein.
Vous, dont l'orgueil insulte à ces esprits sublimes,
15'un éternel affront vous serez les victimes :
La honte doit payer vos mépris insolens.
Prince, tu connais mieux l'empire des talens ; Tu sais qu'un favori des filles de mémoire Consacre dans ses vers et la honte et la gloire. « Plus d'un roi par nos chants est devenu fameux : 1) Notre gloire jamais n'a rien emprunté d'eux. )> * Muse de Frédéric, intruisez les monarques; Triomphez de l'orgueil, de l'envie et des Parques.
Du héros de Nerwinde, ô toi, rival heureux. Prête aux arts qu'il aimait un appui généreux 1 Sous des noms différons une même déesse Te gnide vers l'Olympe et m'entraine au Permesse. Pallas armait ton bras de la foudre des rois : Minerve, en souriant, m'inspire quelquefois. Propice à mes efforts, tu daigneras peut-être Favoriser des chants que ta gloire a fait naitre,
* Ces deux vers sont du roi de Prusse, Frédéric ii.
yS EPITRES.
Et les entendre eacor dans ce temple de Mars , Où le goût sur tes pas va rassembler les arts.
Puissé-je, dans ces lieux te consacrant ma vie, Fouler d'an pied vainqueur les serpens de l'envie i D'un seul de les regards tu sauras dissiper Ses perfides complots prêts à m'envelopper. Elle craint des lauriers qui s'empressent déclore. Et répand sur mes vers le fiel qui la dévore. Monstre impur dont le souffle infectant les autels , Empoisonne l'encens qu'on off're aux immortels 1 Sans doute il frémirait qu'une plume savante Eût tracé de ta gloire uns image vivante. En vain ses cris jaloux veulent troubler mes chants, Et leur murmure aigu rend mes sons plus touchans- Croassez , vils corbeaux, aux fanges du Parnasse : Moi du cygne thébain j'ose im.iter l'audace.
L'envie encor dira qu'en sa jeune ferveur Mon âge peut trahir l'éclat de ta faveur. Ris de ces vains discours : « Dans les âmes bien nées }) Tu comptes les talens et non pas les années. » De Mars et des neuf sœurs les fils audacieux Vont s'asseoir en naissant à la table des dieux. Quand Mars de ses lauriers honora ton courage. Charmé de ta valeur il oublia ton âge.
A MONSIEUR DU BELLOI,