FRAGMENT
« Mes sœurs , vous triomphez , et Thalie est en pleurs Dit Thalie elIe-mêrDe, en essuyant des larmes Qui voilaient de ses jeux les riantes douceurs; Cependant la tristesse est contraire à mes charmes : La plainte, la douleur, même un air sérieux M'enlaidit, quand des pleurs embellissent vos yeux. Permettez donc, mes sœurs, que la vive Thalie Oppose à vos douleurs quelque aimable folie;
Qu'à vos tristes et tendres chants Je mêle-des récits plus gais et moins toucbans. ;■
La belle reine de Lydie Et le fameux Alcide encor dans son printemps. Déjà héros , mais héros de vingt ans ,
Voyagèrent de compagnie. L'Amour, dit-on, marchait à leur côté, Il suivait la valeur, il suivait la beauté ; Mais, quoique Amour, il fut sage
LES VEILLEES, CHANT TROISIEME. ii5
Car le seul bat du voyage Etait, le croiriez-vous ? un saint pèlerinage Au temple de BaccLus, et le couple amoureux Voulait arriver pur, aussi pur qu&ses vœux. Quand on a ce projet, le plus sûr, ce me semble, Pour deux amans , n'est pas de voyager ensemble.
Ceux-ci pensèrent autrement.
Les voilà qui, tous deux, cheminent lestement j Comme bons pèlerins qu'un même voeu rassemble ; L'une, en reine daignant traverser ses états; L'autre, en galant héros, vengeur de ses appas.
Quel temps? un ciel d'azur; quel chemin? tout de roses; Et l'amour voyageant peut-il voir autres choses?
Ainsi par des sentiers de fleurs ,
Dans la campagne lydiène,
S'avançaient nos deux voyageurs.
Quand d'une colline prochaine Faune, qui va toujours cherchant quelques minois , Grâce à l'espiègle amour, roil celui de la reine : Le voir, c'est l'adorer. « Adieu, nymphes des bois , Vous qu'honoraientraesfeux,vous qu'embellit mon choix. Adieu, vous dis-je, adieu; voici ma souveraine. Eh ] quelle autre serait digne de mes désirs ^ Cette reine charmante aura tous mes soupirs. »
Qui rit? ce fut amour. Flamme mal assortie Souvent au dieu malin plaît mieux que sympathie.
Eh 1 comment ne rîrait-il pas?
II voit Faune sur la colline ,
Qui déjà mirait ses appas
ÏI, ÏO.
ii4 LES VEILLEES DU PARNASSE.
Dans le cristal mouvant d'une source voisine.
Et se disait tout bas :
ic Quelle reine, en efiFet, ne rendrait pas les armes A ce front, à ce teint bruni, mais plein de charmes? Deux cornes, il est vrai, mais faites par l'amour. De ce front enchanteur sont un nouvel atour. O combien mes rivaux vont ressentir d'alarmes! Je n'ai point d'Adonis l'insipide langueur. Mais ces membres velus annoncent ma vigueur: Ces yeux vifs, pétillans, ces oreilles mobiles. Ces pieds un pen fourchus, mais lestes, mais agiles,
Ne sont pas d'un amant commun.
Non, Faune, ton amour ne peut être importun, v.
Faune de dire.
Amour de rire.
Et de lancer encore au dieu qu'il a blessé
Un nouveau trait, un trait plus insensé.
Mes sœurs , rappelez— vous la fameuse toilette Du berger Poljphème aux bords de l'onde assis,
Ayant à ses pieds sa houlette Faite d'un grand sapin qu'il arracha jadis; Taillant avec amour sa barbe, ses sourcils.
Pour sa gentille bergerette:
Vous aurez l'image complète De celle du dieu Faune en ses tendres soucis.
Faune en cet art valait bien Poljphème; Omphale valait mieux que l'amante d'Acig. Et quel cœur n'est jaloux de plaire à ce qu'il aime? Oui, de son cœur Faune avait pris leçon:
Ce que l'art prête à la nature
Pour embellir une aimable figure.
Faune l'emploie à sa façon.
Une ronce épineuse en ses mains a la gloire De remplacer la dent du frêle et blanc ivoire : Il doit sa tresse au lierre tortueux.
Qu'il entrelace avec ses crins hideux.
Sur son front, hérissé de poil rude et sauvage, En couronne champêtre il ajoute un feuillage; Puis de l'épaule au flanc il décore son sein
D'un mobile tissu de roses.
Que sa main pétulante effeuille à peine écloses. Et qui doivent servir son amoureux dessein.
^IJnsi paré, brillant, beau comme l'amour même. Rien ne manque plus à ses vœux , Que de conquérir ce qu'il aime; Mais c'est là le point hasardeux :
Car, par quel heureux stratagème En ponrra-t-il jouir, à l'insu d'un rival Jaloux, toujours présent, et tant soit peu brutal? Ces soins roulaient dans son âme agitée; Il remet donc Oraphale à la nuitée ; Car à Vénus la nuit porte conseil :
Mais que ses vœux vont presser le soleil !
Omphale cependant, par les grâces parée, Objet, sans le savoir, de vœux impatiens. Parmi de beaux vallons et des bosquets rians. Lentement s'avançait, pareille à Cjthérée. Sur sa tête éclatait le feu des diamans :
Ii6 LES VEILLÉES, CHANT TROISIEME.
Eq bouquets sur son sein des fleurs semblaient éclore ;
Et de leurs mains Zéphire et Flore Sans doute avaient tissu ses légers vêtemens, Qui sur elle flottaient à replis ondoyans.
( Le reste manque.
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[AfoUon, a-près avoir entendu Éraio , Calliofe et Thaliej raconte aiuc Muses l'histoire de Psyché.)
Qnand les villes de Grèce avaient encor des rois. Un prince ent trois beautés pour fille.' ; mais des trois, La plus jeune éclipsa ses sœurs et Vénus même. Psyché joignait la grâce à la beauté suprême; La voir, c'était l'aimer : vingt rois lui font la cour; On oublie Amathonte et la mère d'Amour; Les cœurs volent en foule à la Vénus nouvelle. Les myrtes, les parfums, ne croissent que pour elle: L'encens fume à ses pieds, les dieux briguent ses fers. Vénus pleurait sa honte et ses temples déserls.
<( Eh quoi ' dit la déesse en frémissant de rage. Psyché de l'univers me dispute l'hommage! L'immortelle Vénus peut voir des yeux mortels Lui ravir sa beauté, son culte, ses autels. Tous les vœux, tous les cœurs; et Vénus outragée, O honte! ô désespoir ! ne serait point vengée ! »
Elle appelle, à ces mots enflammés de courroux. Son fils ailé, ce dieu si cruel et si doux.
Ii8 LES VEILLEES DU PARNASSE.
Fier de ses traits brûlans, plein d'audace et de charmes. Vénus , baignant l'Amour de ses jalouses larmes , Fait asseoir dans son char l'enfant malicieux: Ses colombes d'argent fendent l'azur des ciens.
{( O mon fils ! la voilà cette beauté fatale ! La vois-tu s'enivrer du nom de ma rivale?
Elle charme ! on l'adore ! et moi I Que je la hais 1
Tu ne peux trop punir ses coupables attraits:
D'un fils plus beau que toi déjà mère en idée
Confonds l'indigne orgueil dont elle est possédée '
D'être belle sans plaire invente le tourment;
Fais qu'elle épouse un monstre, et l'aime éperdument. ))
L'Amour, en souriant, lui promet la vengeance. La déesse, que flatte une douce espérance, Le baise, et revolant aux bords des flots amers, Sur sa conque d'azur s'élance et fend les mers. Elle traverse l'onde en fille de Nérée ; Sa vue enchaîne au loin l'impétueux Borée: Le vieux Triton lui fraie un liquide chemin ; Le jeune Palémou ]a suit sur un dauphin; L'onde joue à ses pieds, et la vague idolâtre Vient d'un baiser humide en effleurer l'albâtre. Triomphante, elle arrive au temple de Paphos, Voit l'encens rallumé s'exhaler à longs flots. Et reconnaît l'Amour à ces divines marques.
Auxd^nx sœurs dePsychérAmourjotntdeuxmonarques. Elle, qu'environnaient tant d'hommages flatteurs,
CHANT QUATRIEME. iiy
O prodige! voit fuir tous ses adorateurs. Que lui sert d'être encore et belle et renommée ? En vain on l'admirait, elle n'est plus aimée! Sans amant, sans époux, dans ses ennuis cruels, Solitaire, elle pleure aux fojers paternels. Psjché, qui le croirait! Psyché cesse de plaire î Sou père soupçonna la céleste colère, li'oracle qu'il implore ajoute à sa terreur; Voici , voici l'arrêt qui le glace d'horreur 1
a Avant que neuf soleils aient chassé les ténèbres; Il faut que, sur un mont désert, voisin des cieux, Psyché, dans les atours de ses noces funèbres, Aille attendre l'époux que lui gardent les dieux. Ne va pas espérer qu'un mortel soit ton gendre ! C'est un monstre qui voie; implacable, jaloux. Il empoisonne, il brûle, il peut tout mettre en cendre; La mer, les cieux, le Styx, tout tremble sous ses coups. »
« Ciel ! dît la reine en pleurs , ma Psyché , que j'adore , Vit pour qu'un monstre affreux l'épouse et la dévore! Non, non , je serai sourde à l'aveugle destin. A-l-Jl su m'expliquer son oracle incertain? Sur quel moût inconnu, dans quel climat barbare, Pour quel monstre veut-il que l'hymen se prépare? Dieux cruels! dieux jaloux! je n'y souscrirai pas. Et votre haine en vain a dicté son trépas. ■»
Le père dévorait ses muettes alarmes.
Et la tendre Psyché, les baignant de ses larmes. Les pressait tour à tour dans ses bras caressans.
ce N'opposez point aux dieux des efforts impuissans , Dit-elle : c'en est fait. Psyché vous est ravie. Ah ! je vous aimais trop pour n'aimer pas la vie ! Pnisseut mes sœurs du moins, plus heureuses que moi , Et vivre, et m'acquitter des biens que je vous doi ! Que leurs soins , leur amour, leur bonheur vous console I Mais retenez ces pleurs dont l'aspect me désole; Il fallait me pleurer quand d'aveugles mortels. Sous le nom de Vénus, m'élevaient des autels. A l'envie, à la mort ce nom m'a condamnée. Innocente, je vais subir ma destinée.
Le ciel, qui me donna ces attraits malheureux. N'a voulu m' embellir que pour un monstre affreux. »
Huit fois la nuit s'écoule, et la neuvième aurore , Plus triste que la nuit, menace enfin d'éclore. D'un sourire lugubre elle attriste les cieux. Psyché lit son m.alheur écrit dans tous les yeux. On pare la victime : épouse infortunée. Tu confiais tes pleurs au voile d'hyménée! On apprête le char, ou plutôt le cercueil; Pour l'hymen de Psyché tout l'empire est en deuil.
La voilà sous le crêpe et dans un char d'ébène. Pâle, une urne à la main, se penchant sur la reine, Dont les pleurs accusaient l'inolémence du sort; Vivante , elle préside aux pompes de sa mort. Le roi suit en pleurant celte pompe cruelle. Les coursiers vont sans guide où le sorties appelle, Partout de noirs cyprès les chemins sont ornés; Le char roule à travers les peuples consternés.
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Au pied du mont fatal qu'entoure un vaste abîme, Il s'arrête : à pas lents, on monte vers la cime; On dépose Psyché dans ces horribles lieux. D'une famille en pleurs, peiguez-vous les adieux j Le roi désespéré , la reine évanouie , Laissant leur fille, hélas ! plus chère que la vie. Le char s'éloigne; ils vont, déplorant leurs amours ^ Dans un triste palais ensevelir leurs jours.
Mais que^evient Psyché, seule, en proie au silence j A la nuit, à l'horreur de ce désert immense, A cent monstres ailés autour d'elle sifflans , A mille que l'effroi peint à ses yeux tremblans ? Mourante de frayeur, elle tombe; Zêphire, Sous ses voiles flottans , s'insinue et soupire. L'enlève au pied du roc , dans un vallon charmant , Et sur un lit de fleurs la pose mollement.
Après que le sommeil, de ses beaux yeux en larmes , Dans une nuit paisible, eut réparé les charmes, Surprise , elle s'éveille en des lieux enchantés; Voit de rians bosquets, des ruisseaux argentés. A ses yeux, sous ses pas, mille fleurs animées Lui tracent son doux nom en lettres parfumées; L'onde le murmurait : partout, dans ces jardins. Sur l'albâtre vivant brillent ses traits divins. Psyché, d'aise muette, immobile à leur vue. Paraît de ces beaux lieux la plus belle statue. Une sirène, au loin, l'appelle à ses concerts; Psyché vole ; au doux sein d'un bois de myrtes ver Is , Sur cent colonnes d'or, un palais de porphyre
u. Il
Lnît un ciel d'azur : elle approche , elle admire; Mais son œil au portique est à peine attaché , Son œil avec transport lit : Palais de Psyché. Les portes de vermeil s'eutr'ourrent d'elles-taèrne.
(i O vous! de ce palais reine aimable et suprême^ Belle Psyché ! lui dit une amoureuse voix. Entrez, ce doux asile est soumis à vos lois. i> De nymphes à l'instant une foule empressée Vole à son regard seul, et même à sa pensée. L'une parfume an bain ses charmes révélés, D'une pudeur timide embellis et voilés; L'autre assemble avec art sous la dent de l'ivoire. Ses cheveux, dont Diane elle-même eût fait gloire; Une autre la revêt des plus rians atours. Ah! si vous l'eussiez vue, ô mère des amours!
Bientôt, pour le festin une troupe choisie. Lui sert le pur nectar et la douce ambroisie. Cependant aux accords d'un luth harmonieux, D'autres nymphes mêlaient ces chants ingénieux: <c Amour! volupté pure; amour! seul bien de l'âme. Heureux le jeune cœur enivré de ta flamme! Tout plait, tout s'embellit dans tes liens channans : Un nouvel univers vient sourire aux amans. Amour! volupté pure; amour! seul bien de l'âme. Règne sur les mortels; ils sont dieux par ta flamme !
La naïve Psyché soupire à ces accens; Son cœur palpite, ému de troubles innocens. Rêveuse, elle se lève : a Où suis-je? ô doux mirncle!
Dit-elle : que devient et le monstre et l'oracle? Qni donc ma su ravir à la haine des cîicux? Palajs! offrez du moins son infage à mes yeux. )>
Dans cet espoir flatteur, parcourant l'étendue Des lonts appartemens dévoilés à «a vue. Tout présente l'Oljmpe à ses regards charmés. Des feux du diamant les murs sont allumés. Elle y cherche un objet que rien ne lui révèle. Enfin brille un salon qu'anima Tart d'Apelle.
Là, dans l'aveugle nuit du chaos ténébreux, L'Amour sème, en jouant, les astres et ses feux; Ici l'enfant ailé dompte le fier Alcide, Et change la massue en quenouille timide; Ici, sa jeune main lance à la fois trois dards. Qui perceut à la fois Pluton, Neptune et Mars ; Là, cygne, aigle, taureau , c'est Jupiter lui-même Qui s'humilie aux pieds de cet enfant suprême Mais un dernier tableau surtout frappe ses yeux: Elle y voit ce vainqueur des héros et des dieux. Vaincu lui-même, atteint d'une flèche imprévue. Aux pieds d'un jeune objet qui détourne la vue , Pour se débarrasser d'une foule d'Amours. La grâce, la pudeur relèvent ses atours; On ne voit point ses traits, mais l'œil charmé devine Que la toile dérobe une beauté divine.
Au coin sont deux Amours; et le groupe enfantin Semble dire , en riant : Lui-même est pris enfin! Psyché de tant d'appas était presque jalouse.
Mais Vesper luit déjà ; déjà la jeune épouse
S'avance au lit d'hymen sous un dais de rubis.
Sa main lente n'osait dépouiller ses habits.
Elle hésite, elle tremble en» confiant ses charmes
A ce lit inconnu, source de ses alarmes.
Les nymphes , les flambeaux s'éclipsent à la fois.
Seule, elle respirait à peine, quand la voix.
Cette amoureuse voix qu'elle avait entendue.
Soupire à son oreille étonnée, éperdue.
Les doux soupirs font place aux baisers les plus doux ;
Et l'invisible amant devient heureux époux.
Mais plus léger qu'un songe, il fuit avant l'aurore.
Psyché, qui se réveille, en vain le cherche encore; Tremblante de plaisir, muette de bonheur. Brûlant d'un feu que n'ose avouer sa pudeur. Psyché revoit le jour et ses nymphes fidèles. Ses charmes sont noyés en des langueurs nouvelles ; Les plaisirs de l'amour dans ses yeux sont écrits. Son timide embarras excite un doux souris. Pâle et vermeille, on voit sous sa noire paupière. Languir de ses regards Tamoureuse lumière ; Sa blonde chevelure, épandue à l'entour. Semble exhaler encor les baisers de l'amour. En des flots de parfum sa beauté rafraîchie Consulte le cristal et s'y voit embellie. Des superbes atours elle fuit l'ornement; Ses charmes sont voilés de gaze seulement.
D'un tendre souvenir en secret agitée, A peine de nectar sa lèvre est humectée. Que, laissant les trésors dont brille son palais,
CHANT QUATRIEME. laS
Elle court dans ses bois chercher l'ombre et le frais, Et le silence, amant des douces rêveries.
Là, seule enfin, Psyché, sur des rives fleuries, "Voit un léger ruisseau précipiter son cours; Il fuit, revient, s'égare; elle en suit les détours. Et remonte, en rêvant, à la source de l'onde. Psyché la voit jaillir d'une grotte profonde. Et, pas à pas, se fie au roc frais et voûté. Quand du jour tout à coup la mourante clarté S'éteint : Psjché veut fuir; mais la voix chère et douce L'arrête, et l'attirant vers un siège de mousse:
« Eh quoi! belle Psyché, dit-elle en soupirant. C'est donc aux vains attraits de ce cristal errant Que je dois le bonheur de revoir ce que j'aime? Quand pourrai-je, ô Psyché, le devoir à vous-même? Ah! que si vous aimiez, ces lieux vous seraient chers! Une amante se plait aux bords les plus déserts : C'est là qne de l'amour on sent mieux la présence; Là, né pour le mystère, il croit dans le silence; L'amour n'est-il point fait pour ce cœur ingénu? — L'amour! eh! puis-je aimer un objet inconnu? Dit-elle. Cet oracle (il m'épouvante encore I) Vous a peint sous les traits d'un monstre qui dévore. — Et le suis-je? reprit son invisible époux. — Non, je ne le puis croire à des accens si doux. — Psyché! mais sous quels traits voyez-vous mon image ?— Je vous crois lafraichear, les grâces du bel âge. L'esprit insinuant, le souris doux et fin. Je ne sais quel regard vif, enchanteur, malin ; II. 11.
Un cœur tendre et léger; mais je ne puis connaître Si l'Afrique ou la Grèce enfin vous a fait naître; Si je dois admirer ou l'ébène ou les lis De vos traits, que le jour eût sans doute embellis. Cédez, génie aimable, au désir qui m'enflamme; Laissez voir à mes yeux ce qui plaît à mon âme ; Souffrez.... — Ah! loin de vous ce dangereux espoir, Ma Psyché ! du moment que vous m'aurez pu voir. Votre bonheur, le mien, tout cesse! — Et moi, dit-elle. Je ne puis donc jamais vous aimer. — Ah! cruelle !...>> Et Psyché sur ses mains sentit couler des pleurs. Au cri de son amant, à ce cri de douleurs, L'imprudente eût voulu retenir sa parole ; Et d'un baiser timide en pleurant le console.
Le doux monstre s'apaise et tombe à ses genoux. (( O ma Psyché! ne romps jamais des nœuds si doux; Crois-en moins ton esprit que ton âme céleste; Ton sexe est curieux : crains ce penchant funeste. Jouis en paix d'un cœur que tu sus enflammer ; L'Amour même , l'Amour saurait-il mieux t'airacr? » Il l'enivre, à ces mots , de baisers et de larmes ; Et Psyché de l'amour respira tous les charmes.
Chaque nuit dans ses bras ramenait son amant . Chaque jour prolongeait ce doux enchantement. Du fils de sa rivale adorée et servie , Le mystère cachait son bonheur à l'envie. Que de fois, an détour d'un vallon reculé, L'Amour vint dans un char de ténèbres voilé. Au doux bruit du zéphyr et de l'onde écumanle.
CHANT QUATRIEME. i
Enlever, caresser, promener son amante ! S'il la quitte, aussitôt mille soagesrians S'empressent d'amuser ses feux impatiens. Souvent au pied d'un mj rte elle rêve et soupire; Il est, il est un nom qu'elle brùle d'écrire; Mais le trait sur l'écorce est en vain ébauché; Au défaut de ce nom elle écrit : ta Psyché.
Quelquefois , de ses feux la tendre violence Interroge les Lois, les ruisseaux, le silence. Qui me révélera cet ennemi du jour?
Écho , nomme-moi donc l'objet de mon amonr ' Et l'écho plus sincère, inutile merveille , Murmure en faibles sons amour à son oreille. Sensible à ce doux bruit qu'elle ne comprend pas , Pour son cœur agité ce trouble a des appas. Ses yeux daus ce moment s'embellissent de larmes ; Une rougeur timide a coloré ses charmes, Heureuse, si jamais un désir curieux N'eût troublé ce bonheur pur et mystérieux! Mais, hélas ! de ses maux l'âme est toujours complice. Et s'obstine à changer son bonheur en supplice. *
* Des troubles domestiques vinrent interrompre Lebrun à cet endroit de son poëme, qui n'a point été achevé.