‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 47 sur 74 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

i5o LA NATURE.

Et grave en traits de feu snr l'implacable airain • Charles, de ses sujets, fut l'infâme assassin.

Les grottes, les coteaux, les bords d'une onde pure Sont les temples secrets qu'habite la nature. Oui, c'est là que, fujatit les profanes mortels, La déesse a porté son culte et ses autels. Elle y prêle à nos maux ces instrumens utiles. Ces armes du travail qui rend nos champs fertiles. Eh 1 qui peut dédaigner ses sublimes leçons? Qui de nous peut rougir de cultiver ses dons. Quand Rome a vu ses fils, les souverains du monde, Ou conquérir la terre ou la rendre féconde; Quand Mars à Chantilly, sous les traits de Condé, Descendant de son char par la terreur guidé. Venait, de cette main qu'ensanglanta Bellone, Ranger un espalier sous les lois de Pomone, Ou penchant Tarrosoir entre ses bras vainqueurs. Expiait le carnage en cultivant des fleurs?

Ministres, qui lanciez des foudres infidèles. Aigles, dont le tonnerre a consumé les ailes. Favoris, qui tombez du sommet des grandeurs, De Paies et des rois comparez les faveurs. Le sort qui vous flattait vous insulte et s'envole. D'un peuple adorateur vous n'êtes plus Tidole; L'orage a dispersé vos fragiles amis; Et vôtre œil ne voit plus que des yeux ennemis.

CHANT SECOND. i5i

Laissez à vos jaloux leurs disgrâces prochaines. Seriez-Tous assez vils pour regretter des chaînes? Vous fondiez vos destins sur un glissant écueil. Vos destins si vantés dépendaient d'un coup d'œil. Vos fronts touchaient l'Olympe; un souffle du caprice Détruit de vos grandeurs tout le frêle édifice. Eh! sont-ce de vrais biens qu'un souffle peut ravir. Ou qu'on ne peut goûter qu'en daignant s-'asservir ?

Qu'est-ce qu'un favori si fier de ses entraves ? Le second des tyrans, le premier des esclaves. Dans un triste palais, avec pompe enchaînés, ATenvie, aux flatteurs, par état condamnés. Il vous fallait gémir dans les bras de l'intrigue. Au sein delà mollesse, expirer de fatigue; D'ennemis caressans tromper l'œil dangereux ; Pour feindre le bonheur, oublier d'être heureux. Et voués sans relâche aux chagrins politiques, SoufiFrir d'un maître altier les dégoûts despotiques. Que d'inquiètes nuits, que de pénibles jours Perdus dans ce torrent des orageuses cours i Dans ce vain tourbillon où l'on respire à peine , Dans ce bruyant dédale où l'envie et la haine , L'ambition, l'orgueil, la vengeance et l'amour. Divisés d'intérêt, se croisent tour à tour.

Vous n'aviez point vécu Votre âme va renaître;

Vous serez sans flatteurs , mais vous serez sans maître. Au lieu de ces grandeurs, pièges des souverains. Paies vous offre encor des jours purs et sereins. Le tranquille sommeil, l'amitié, l'abondance, La paix, les doux loisirs, la noble indépendance.

l52 LA NATURE.

Ces biens qne la favenr n'eût pn vous obtenir,

liC conrroux vons les donne en croyant vous punir,

La fortune, en fuyant , vous cède à la sagesse.

L'oubli des faux trésors sera votre richesse.

L'aveugle ambition sut trop vous éblouir j

Réparez vos deslins; apprenez à jouir.

Quel que soit des grandeurs l'écroulement funeste,

Le sage ne perd rien : la nature lui reste.

Paies vient en riant le couronner de fleurs;

C'est aux rois, aux rois seuls qu'il donne encor des pleuj£

Superbes malheureux qu'asservit leur couronne.

Et loin de la nature exilés sur le trône !

Quittez ce rang fatal , cette cour, ces lambris ; De vous-même en secretrassemblez les débris. Et du faîte orageux de ces temples profanes. Descendez sans rougir vers nos humbles cabanes. Le sage vit heureux à l'ombre de nos bois. Exilez de vos cœurs le souvenir des rois. Loin du servile éclat qui suit les diadèmes , Soyez hommes enfin : soyez rois de vous-mêmes. Honorez vos malheurs, rendez grâce aux revers; Et la foudre, en tombant, n'a brisé que vos fers.

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