‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 6 sur 74 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

L'absence me ravit les charmés que j'adore. Dieux jaloux ! est-ce en vain qu'un amant vous implore ? Vos autels sont-ils sourds à des vœux innocens ! Le ciel se jouerait-il de mon crédule encens?

Que Choiseul ait d'un roi le faste et les richesses: Mes vœux sollicitaient de plus douces largesses. Mon amour, peu jaloux d'une vaine splendeur. Ne demandait au ciel ni l'or, ni la grandeur. Ni ces palais brillans d'une pompe insultante. Ni ces riches moissons que la Sicile enfante. Ni ces cristaux dont l'Inde enorgueillit ses bords; Tes baisers, ô Fanni! valent tous ces trésors; Riche de tes faveurs, que m'importe un empire ? Mais quel jour me rendra ta vue et ton sourire?

L'amour a des terreurs que lui seul peut calmer Cette nuit même un songe est venu m'aiarmer. Ah I d'un trop juste effroi je n'ai pu me défendre; Le songe était affreux; il te peignait moins tendre.

Que la Fortune et Mars gouvernent l'univers; Qu'ils sèment à leur gré la gloire et les revers; Que par des nœuds secrets s'aliiant à la Seine, Le Rhin contre la Sprée arme le Boristhène,

Et da seul Frédéric assiège les états; Qa'il triomphe ou qu'il tombe après tant de combats^ Rien ne saurait troubler ma paisible assurance: Je ne crains, ô Fanni, que ton indifFérence; Je ne forme des vœux qu^en faveur de l'amour; Chacun de mes soupirs demande ton retour. Je voulais dans tes bras consumer ma jeunesse; Je voulais sur ton sein réchauffer ma vieillesse ; Je voulais, à tes pieds, mourant de volupté. Descendre , plein d'amour, aux rives du Létlie.

Là, chantant les attraits dont tu fus embellie. Mes vers rendront jaloux et TibùUe et Délie. Gallus , Catulle , Ovide et La Fare et Chaulieu, A ma flamme, à mes chants reconnaîtront leur dieu.

Mais dans quels vains transports égaré-je mon âme. Quand ton absence, hélas! glacê%t trahit ma flamme? Quand , au dernier billet que ta main a tracé ,

Un mot affreux (tes pleurs l'avaient presque effacé!)

M'apprend de tes argus la haine et les obstacles ?

Aime ! et crois que l'amour est le dieu des miracles. Revole , chère amante , aux bords de nos ruisseaux : - Ah ! Fanni! c'est ton nom que murmurent ces eaux; C'est ton nom qu'en ces bois soupire Philomèle; Cet ombrage, mon cœur et ce gazon t'appelle. Reviens! et toi, Vénus ! calme enfin mon tourment; Et rends ma jeune amante à son fidèle amant.

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