‹ Œuvres choisies de LebrunChapitre 8 sur 74 · LIVRE PREMIER. i · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER. i

L'heure fatale accourt, d'un long crêpe voilée. Terrible, et conduisant la Parque échevelée; Elle accourt!.... je la vois!.... j'entends son vol affreux. Tel fond l'avide autour sur un cygne amoureux; Tel le noir àpervier, d'une aile frémissante. Vole, suit, presse, atteint la colombe innocente. Qui, du char de Vénus séparée un moment. Par ses cris douloureux l'implore vainement.

Loin de tes yeux, Fanni, la tombe me dévore; Tn n'entends plus la voix d'un amant qui t'implore. Enlevé de tes bras et du sein des amours. Les chagrins de l'absence ont flétri mes beaux jours*.

Que tu verrais Mysis différent de lui-même! Son cœur n'est point changé; puisqu'il respire, il t'aime. Mais ce n'est plus ce front riant et fortuné, l'ant de fois par tes mains de myrtes couronné : Ce n'est plus cet amant que tes lèvres de rose Enivraient du nectar dont Vénus les arrose; Ce n'est plus ce Mysis qui, plein de feux si doux, fieul aimé, t'aimant seule, a fait tant de jaloux. Il jouissait alors de ta douce présence; Sa vie est dans tes yeux; il meurt de ton absence.

i6 ÉLÉGIES.

Je jurai mou retour à tes erabrassêmens. La mort, la mort jalouse a rompu mes sermens^ Sa brûlante fureur circule dans mes veines; Li'art se trouble, s'épuise en ressources trop vaines, Et mon sang qui jaillit sous les couteaux mortels, A neuf fois de la Parque arrosé les autels. La Parque sur mon lit terrible et menaçante,^ Foule d'un pied sanglant ma tête gémissante. L'amour repousse en vain l'inexorable faux; Sa main faible ne peut désarmer Atropos: La cruelle triomphe ; et son souffle homicide Desséchant les pavots sur ma paupière aride. Fait bouillonner mon sang à flots séditieux. Je brûle, je frissonne; un voile est sur mes yeux;^ Mes yeux ne verront plus ni les fleurs, ni l'aurore; Ni les yeux de Fanni plus séduisans encorej Ces yeux que je chantais et baisais tour à tour, Ces yeux où je puisais le génie et l'amour.

Amour ' Vénus ! et vous , ô Filles de mémoire ?■ Promettiez-vons ce sort à mes feux, à ma gloire? De Mysis, de Fanni les noms entrelacés. Dans vos fastes brillans devaient être placés. Le chantre de Fanni, sur la double colline. Eût effacé ies noms d'Ovide et de Corinne; Et je meurs sans remplir ces destins éclatans!

Après l'instant suprême est-il d'autres instans' S'il en est, ô Fanni! si l'âme est immortelle. Si des feux de l'esprit il reste une étincelle,

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