LIVRE PREBIIER
Qu'elle passe en ton sein, ô ma chère Fanni! A moi-même échappé, de moi-même banni , Deviens pour ton amant l'immortel Elysée; Que mon âme revole où je l'avais puisée. J'adorerais le Styx, éclairé par tes yeux, Et l'Olympe sans toi me serait odieux.
Mais quel affreux nuage enveloppe ma lyre? Où snis-je? où vais-je? ô dieux! quel funèbre délire Trouble mes sens voilés des ombres du trépas? Quels lugubres objets s'attachent à mes pas? J'entrevois de la mort les horribles ministres Entraînant mon cercueil à pas lents et sinistres.... Ce spectacle , ô Fanni ! devais-tu le prévoir ? Chère amante] est-ce ainsi que j'ai dû te revoir? Un doux espoir te flatte; et rien ne te révèle Du trépas d'un amant la sanglante nouvelle.
Ce deuil, ce sombre éclat des lugubres flambeaux. Ces longs crêpes, épars en funèbres lambeaux, Ces voiles noirs, semés de larmes blanchissantes. D'un corps pâle et glacé parures impuissantes, Ces cantiques de mort, ces lamentables cris. D'une secrète horreur vont glacer tes esprits.
Hélas ! tu m'accusais d'une trop longue absence; Malheureuse! tu vas jouir de ma présence! Ta flamme n'attend pas un amant au cercueil; Mais déjà de ta porte il ombrage le seuil;