a éhiUEUTs
Elle s'iodigiieraii \ie voir m cHatate
Al'éclatde Mnitom faire noeteUeinjviw,
Et voaa dégraderait , pCDt-ttre Aés deDHin 1
Du titTe glorieai de citoyen Tomain.
Tons l'a-t-etle dooaé ponr mériter ta haine,
En le déshonorant pat l'amMit d'âne nine?...
Bcprenei nn orgueil digne d'elle et de toiu .
ReniptiueE mieux an nom «ont qui noua tremhlona tons ;
Et Mnl plai l'abaiueT i cette ignominie
D'idolâtrer en vain la reine d'Annénie,
Songez qu'il faut dn moins , poar toucher Totie ommt,
La Bile d'un^ tribun, on celle d'un préteur....
Forcez, rompez, brisez de si houleuses chaînes;
Aux rois ija'elle méprise ahandouDei les reines ;
Et concevez enfin des T«nz pins élevés,
Ponr mériter les biens qui Toas sent réserrés.
/ Ce qui relève et ennoblit ce ton de l'ùrmie dans le rôle de Nicomède, c'est la hauteur avec laquelle il reprend le ton sérieux ; et c'est du mélange de ces deux tons que se forme un des caractères les plus singuliers et les plus nobles qui soient au théâtre.
■ icoMiok, à Prutùa, tu parUmt dÀttaU.
Si j'avais donc vécu dans ce même repos
Qu'il a vécu dans Rome auprès de ses héros,
Elle me Laisserdt la Bith^nie entière ,
Telle que de tout temps l'alné la tient d'un père....
Il faut la diviser, et dans ce beau projet.
Ce prince est trop bien né pour vivre mon sujet.
Puisqu'il peut la servir à me foire descendre.
Il a pins de vertus que n'en eut Alexandre ;
Et je lui dois quitter, ponr le mettre en mon rang ,
I« bien de mes aïeul , on le pris de mon sang.
iv,Goog[c
DE LITTÉRATURE. IQO
Glaces aux iminorteU, l'effortde mon ooonigc Et^ma grandeur future ont mis Rome en ombrage. Vous pouvez l'eu guérir, seigneur, et promptemeot j Hais n'exigez d'un flU aucun consentement. Le maître qui prit »oin de former ma jeunesse , Ne m'a jamais appris à faire une bassesse.
Ce sont ces traits de caractère qui faisaient dire à la célèbre Clairoo, qu'elle ne regrettait rien taot que de ne pouvoir pas jouer le rôle de Nicomède.
A l'égard de l'ironie en éloge , elle est incompatible avec le stjle sérieux et noble; au moins n'en sais-je aucun exemple, et ne vois -je aucune façon de les concilier ensemble ; mais dans le style familier , elle peut avoir de la grâce , si dans le tour de plaisanterie qu'on donne à la louange , on sait éviter la (adeur. Cest ce qu'a fait Voiture dans une lettre ail duc d'Kiigbien sur la bataille de Rocroi.
<( Monseigneur , lui dit-il , à cette beure que je suis loin de votre Altesse , et qu'elle ne me peut pas faire de charge , je suis résolu ^e lui dire tout ce que je pense d'elle il y a long-temps , et que
je n'avais osé lui déclarer Oui, Monseigneur, ,
vous en faites trop pour- le pouvoir souffrir en silence ; et vous seriez injuste , si vous pensiez , faire les actions que vous faites sans qu'il en fût autre chose , ni que l'on prît la liberté de vous en parler. Si vo.us saviez de quelle sorte tout le monde est déchaîné dans Paris à discourir de
ilém. de lÀuér. III. 13
iv,Goog[c
IQ^ éLÉHEMTS
VOUS , je suis assuré que -vous en auriez honte , et que vous seriez élonné de voir avec combien peu de respect et .peu de craiote de vous déplaire , tout le monde s'entretient de ce que vous avez iàit. A dire la vérité , Monseigneur , je ne sais à quoi vous avez pensé , et c'a été , sans mentir, trop de hardiesse et une extrême violence à vous, d'avoir à votre âge choqué deux ou trois vieux capitaines que vous deviez respecter, quand ce n'eût été que pour leur ancienneté ; fait tuer le pauvre comte de Fontaines , qui était un des meilleurs hommes de Flandre , et h qui le prince d'Orange n'avait jamais osé toucher ; pris seize -pièces de canon , qui appartenaient à un prince qui est oncle du Roi et frère de la reine, avec qui vous n'aviez jamais eu de différend ; et mis en désordre les meilleurs troupes des Espagnols qui vous avaient laissé passeravec tant de bonté! » Cette espèce d'ironie agréable et flatteuse s'ipfehàt asùîisme chez les anciens. On peut l'employer une fois en sa vie ; mais pour peu que le retour en soit fréquent, il est usé.
bGooglt'
DE LIT-TÉB-ATURE. igS
Jargon.- // n'a manqué à Molière que d'éviter le jargon et d'écrire purement ^ dit La Brujère. Il a raison qnant à ia pureté du stjle ; mais qubl est le Jargon que Molière aurait dû éviter ? Ce n'est certainement pas celui des Précieuses et des J^emmes savantes ; il est de l'essence de son sujet: ce n'est pas celui d'Alain ou de Geoigette ; il contribue à caractériser leur naïveté villageoise , et à rendre encore {^ns saillant le ridicule de celui qui en a fait les gardiens d'Agnès : ce n'est pas non plus celui que Molière fait parler quelquefois aux gens de la cour et du monde ; car il n'imite les singularités recherchées de leur langage, que pour tourner en ridicule cette même affectation: nulle recherche dans le langage du Misanthrope, ni du Chrysale des Fe/nmes savantes, ni de Cléante dans le Tartufe, ni dans la prose de l'Avare j et ce que l'on appelle le jargon du monde , il- le réserve à ses marquis. Je soupçonne dans La Bruyère un peu de jalousie de métier pour le premier peintre des mœurs ; et l'on s'en aperçoit surtout i ta manière dont il a parlé du Tartufe. ,
Scarron.dans ses pièces bouffonnes, employait un burlesque emphatique du plus mauvais goût.
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■9^ ÉLÉMBnTS
Ce jargon fait rire un moment par sa bizarre extravagance ; mais on a honte d'avoir ri.
Le jargon villageois a été heureusement employé quelquefois par Dufresnoy et par Dancourt. Il est , par exemple, très bien placé dans le jardinier de l'Esprit de contradiction: mata Daucoort, dont le dialogue est si vif, si gai, si naturel , s'est éloigné de la vraisemblance , en eutremêlant sans raison , dans les persoones du même état , le/d/gon villageois et le langage de la ville: dans les trois Cousines, ses paysannes parlçnt comme des demoiselles ; et leurs pères et mères, comme des paysans.
Le jargon villageois a quelquefois l'avantage de contribuer au comique de situation , comme dans l'Usurier gentilhomme : c'est là surtout qu'il est jHquant. Quelquefois il marque une nuance de simplicité dans les mœurs ; et Molière s'en est habilement servi pour distinguer la simplicité grossière do- Georgette , -de la naïveté d'Agnès. Mais si lejargon villageois n'a pas l'un de ces deux mérites , on fcFa beaucoup mieux de metlreunlangagepur dans la bouche des paysans. L'ingénuité , le naturel , la simplicité même n*a rien qui se refuse'à lacQrréction du langage. Ce qu'il y a de plus incompatible avec le jargon villageois , c'est un raffinement d'expression, une ■ recherche curieuse de tours singuliers , ou de figures étudiées: et c'est ce qui gâte le naturei . dès paysans de Marivaux.
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DE IITTÉKATUIIE. , I97
Le jargon du monde et de la coar a sa place dans le comique : Molière en a donné l'exemple ; mais on en abuse souvent; et parce que, dans une pièce moderne d'un coloïis brillant et d'une vérité de mœurs très piquante, ce jargon, employé avec goût , semé de traits et de saillies , i réussi au théâtre, on a'a cessé depuis d'écrire d'après ce modèle et de coi^ier ce jargon. Les jeunes gens ne parlent plus d'autre langage sur la scène comique; aux personnages même qu'on ne veut pas tourner eu ridicule, ou doune saos discernement ce ridicule de l'expression ; et cela , faute de connaître le ton du monde et de la cour, dontle vrai caractère est d'être uni^t simple.
Judiciaire. L'un des genres d'éloquence que les rhéleurs ont distingués.
Le vrai, l'utile , l'honnête , et le juste , sont les objets de l'éloquence; et chacun de ces objets domine dans le genre qui lui appartient : dans les spéculations abstraites, c'est le vrai; dans les délibérations et les résolutions à prendre, c'est l'utile; dans l'éloge et le blâme personnel , c'est l'honnête; dans les causes judiciaires j c'est le juste qu'on se propose..
De ces distinctions il ne faut pas conclure que les objets de l'éloquence ne se réunissent i^mais. En recherchant le vrai, oiLs'occupe songent de l'i/tile, du juste ^ ou de l'honnête ,•• ce
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I9S ÉLÉMEHTS
n'esl m^me que dans ces rapports que le vrai a quelque valeur. En reclierchant l'utile , on considère aussi ou rbontaête ou le juste ; et , seloD que les trois s'accordent ou ne s'accordent pas , on -les fait servir, dans la balance des délibéra- 'tions , CD de poids ou de contre-poids. En louant l'honnéte , en blâmant ce qui lui est contraire , ou se fonde et sbr le vrai et sur le juste; l'utile et le nuisible n'y sont pas oubliés. De même, avant de disputer du juste et de l'injuste, on coittmence par s'assurer du vrai , et par bien constater le fait avE^t que d'en venir au droit, qui lui-même tient aux maximes d'honnêteté, d'utilité commune. Ainsi les limites des genres oe sont rien moins qu'invariables.
Mais ce qui caractérise le genre Judiciaire , c'est la discussion contradictoire d'une chose, ou d'un fait , dans son rapport avec les lois , et à l'égard de certaines personnes. C'est accusation ou défense , demande ou dénégation ; et des deux causes débattues, le résultat est un jugement. Jw diciale est quod positum in judicio habet in se accu^ationem et defènsionem y aut petitionem et "recusationem. (Cic. De inv. Rh. )
A parler moins à la rigueur, soit que l'éloquence mette en avant des questions spéculatives à décider^ ou des résolutions à prendre, ou des éloges et des censures à décerner, elle a des juges, ' et l'auditoire est toujours pour elle une sorte de tribunal ; mais la raison seule y préside : au lieu
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que dans Tordre judiciaire c'est la loi qui doit pronoDcer; et la fonction du juge ne consiste qu'à décider, du rapport de la cause particulière avec la loi commune , ou la règle de droit. Si ce rapport était bien précis et le juge bien équitable , l'éloquence n'aurait^ lus lieu. On voit même qije dans une inanité de causes, dont le fait est simple et le droit vulgairement connu , la plaidoirie est peu de chose : la cbicaoe s'efforce de les brouiller et de les obscurcir ; mais l'éloquence ne s'en mêle point , elle les livre à la logique.
C'est lorsqu'un fait important est douteux , ou sa qualité contestée j c'est lorsque la loi est ob- ■ scure OM vague, ou que la relation du fait avec le droit n'est pas directe ou assez marquée; c'est lorsque les preuves sont équivoques , les titres ambigus, les indices douteux, les conjectures. les probabilités , les vraisemblances balancées par .des apparences contraires; c'est lorsque l'aspect de la cause est favorable , et le, caractère de la personne odieux ou suspect; lorsque le procès paraît juste, et le procédé malhonnête; que la forme est auisible au fond; que l'esprit et la lettre de la loi se contrarient,, ou semblent se contrarier; c'est alors que le geare judiciaire est susceptible d'éloquence. S'il s'agit du fait, la question est de savoir s'il est , ce qu'il est , quel il est relativement à la loi : Sa ne, quid sit., aut quale sit quœriCur (Cic.). S'il est j se plaide par les indices; cequ'Uest, parles définitions; quel il est, '
200 ÉLÉWGKTS
par les règles du juste et de l'injuste : Sit ne, signis; quid sit, dejmitionibus ; quale sit, rectipravique partibus, (Gic. De îot. Rh.) Ainsi, quand le fait est constant,, c'est de ses qualités absolues ou relatives que l'oD dispute ; et il s'agît pour le défenseur de prouver qu'il n'j a rien d'illégitime ou de criminel : Aut recte jactutn , aut altérais culpaj aut injuria, aut ex lege , aut non contra legem, aut imprudentia , aut necessaria, aut non eo nomine usurpandum quo arguitur. (Cic. De Orat.) Bien entendu que la tâche contraire est celle de l'accusateur.
Dans la demande , il y a' de même un rait,qae la question de droit suppose ; et selon que ce fait est contesté ou convenu, on le discute, ou des deux côtés on s'accorde à l'admettre ; et la contestation se réduit à le définir et à l'appliquer à la loi. C'est là ce qui décide de V état de la cause; et il est évident que c'est le défenseur qui l'établit, puisqu'il dépenddeluiou detoutcontesler, ou de réduire sa défense à tel ou tel article de la demande ou de l'accusaliou , en accordant le reste. Mais sur les points dont on ne convient pas, il ne dépend de lui ni de changer l'objet de la question , ni de la diviser si elle est indivisible , ni , d'en circonscrire l'objet.
Chez les anciens , les causes purement civiles , les questions litigieuses et de peu d'importance, n'occupaient guère que la plaidoirie ; l'éloquence les dédaignait. Elle se réservait les causes qui
^ DE LITTÉRATtlRB. SOI
mettaient en péril l'état, la dignité, la vie ou la fortune des citoyens considérables; et ces deux genres de plaidoyer distingoaient les avocats et les orateurs romains, comme ils distinguent parmi nous , proportion gardée , les avocats et les • procureurs.
L'*accusation et la défense personnelle étaient alors , dans le geore judiciairff , la grande lice de l'éloquence ; ' et c'était là , comme je l'ai dit plus d'onefois, ce qui rendait, àRotne et dans Athènes, le talent de la parole si redoutable d'un.côté, et si nécessaire de l'autre. '
On va voir quelle idée les orateurs anciens se faisaient eux-mêmes de l'importance et des dif- . ficultés de leur art , dans le genre judiciaire': c'est Cicéron qui fait parler Antoine, au second livre, de l'Orateur. In causarum contentionibus , magnum est quoddam opus, atque haud sciam an de hunianis operibus longe maximum i in quibus vis oraiorisj plerumque ab imperiUs, exitu et Victoria judîcatur: ubi adest armatus adversarîus ^ qui sit et feiiendus et repellendus : ubi sœpe is qui rei dominus juturus est, alienus atque iratus , aul etiam aniicus adversario et^inimicus tihiest; quum aut docendus.is est, aut omniratione, adtempiis, ad causam , orntione moderandus.
Ainsi , dans toute cause , l'éloqueoce de l'ora-
, teur est employée à l'attaque et à la défense :
en même tems qu'il frappe il doit savoir parer ,
et, pour cela, se tenir en garde contre les sur-
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20a ÉLÉUEKTS ' ,'
prises et les ,ruses de l'adversaire. De là cette étude profonde que recommandaieat les anciens de rinEérieur d'une cause et de ses différentes faces ; de là leur attention à choisir leurs moyens, à s'attacher aux forts, à passer sur les faibles , à . rejeter tous les mauvais; de là l'importance qu'ils attachaient à ne jamais laisser échapper uo mot qui donnât prise à l'adversaire, et non-seulement à dire ce qu'il fallait , mais , sur toute chose , à ne jamais dire ce qu'il ne fallait pas ; de là le soin qu'ils prenaient de cotiiiaître le caractère, le génie . le tour d'esprit , et , pour ainsi dire , le jeu de l'adversaire , et de cacher, le leur ', en variant leur marche et en déguisant leur dessein.
Il se présente ici une questiou à résoudre: lequel des deux est le plus favorable à l'orateur , de l'attaque ou de la défense ?
Le mot de Henri IV , lis ont raison tous deux ., semble décider pour l'égalité d'avantages. Mais à l'égard du commuo des hommes, il est vrai de dire comme le proverbe, Le dernier qui parle a raison. L'agresseur a pour lui une première impression donnée. Mais dans les choses contentieuses, l'auditeur se défie des premières impressiûns, le juge s'en défend: et cet avantage, affaibli par la réflexion qu'iijàut entendre tout le monde, ne laisse guère à l'agresseur que, la difficulté de prévoir la défense, ou le péril de s'y exposer le bandeau sur les yeux; tandis que le défendeur a. pour lui tout le temps d'observer
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DE LlTT^RATUllE. SoS
les dispositions et les niouvemeots de l'attaque , et de recoanaître le fort et le Taible de l'eDDemi.
On voit UD exemple frappant du désavantage de l'agresseur et deTavanOge du défendeur , dans les célèbres plaidoyers d'Eschine et de Démostbène l'un contre l'antre.
Ëschine, après s'être informéavecle plus grand soin des moyens de défense que loi opposera Démosthène, semble les avoir tous prévenus, et détruits d'avance. Déniosthène prend la parole : il se trouve qu'Eschine n'a rien prévu j son édifice iest renversé. Ce qu'il a dit de plus pressant , Démosthène l'élude , et l'auditeur l'oublie, entraîné par la véhémence du nouveau discours qu'il entend : ce qu'il a. dit de hasardé, de favorable à la réplique , Démostbène ne manque pas de s'en -saisirj et c'est par là qu'il le confond. Eschine l'accuse de s'être vendu à Philippe ; et cetta imputation retombe sur lui- même ; il lui reproche la mort des braves citojens qui ont pérï dans la bataille de Chéronée; et Débiosthène, évoquant les mânes de leurs ancêtres, qui ont combattu pour la même cause à Platée et à Marathon , jure par ces grands hommes , que leurs neveux . en se dévouant pour la liberté et pour le salut de la Grèee , n'ont fait que leur devoir : « Et qui de vous , dit-il aux Athéniens, ne m'eût pas fastement massacré sur l'heure, si je vous avais Conseillé des lâchetés et des bassesses ? » Eschine vante et regrette le temps où Athènes
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au4 ÉLÉMENT:!
avait des héros auxquels elle ne décernait ni des couronnes d'ur, ni des honneurs persoDoels et distincts de la gloire de la patrie ; et en effet elle avait refusé à Miltiadç une couronne d'olivier. Mais l'usage ayant prévalu d'accorder des encouragements à la .vertu, et des récompenses au mérite, si Démosthène a bien mérité de l'élal, cet éloge du temps passé ne conclut rien , c'estde l'éloquence perdue. Ëschine fait une peinture , très oratoire du malheur des Thébains; mais si Démosthène n'en est pas la cause, ce pathétique est encore superflu. Eschine présente, à sa manière, la chaîne des événements, leui'S causes , (;t leurs circonâtances. Démosthène brise tons les anneaux, de cette chaîne artificielle, et rejette sur l'accusateur tous les malheurs et tous les crimes dont lui-même il est accusé. Eschine annonce que Démosthène s'efforcera , en éludant 'l'accusation , de changer l'état de la cause , et de ieter le trouble et l'émotion'^daDS les esprits.
« Çtésipton produira, dit-il, sur la scène cet imposteur, ce brigand, ce bourreau de ia république, franc bateleur, qui pleure avec plus de facilité que les autres ne rient, et celui des hommes qui craint le moins de sç jouer de la
sainteté des serments Lons^u'un torrent de
larmes, ajoule-t-il, coulera de ses yeux; lorsque vous entendrez ses accents lamentables ; lorsqu'il s'écriera : Où me i-éjugier F Citoyens , me bannirez-vom d'Athènes j moi fjui n'ai point d'a-
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DE littératdhe. 2o5
sjle ? ^épondez-lni : Mais les athéniens , où se réfugieront-ih, i^^noflAène.fu Rien de plus animé, de plus pressanten apparence.
Mais Démosthène parle , et ne dit rien de tout cela. Il n'emploie ni larmes, ni accents lamentables : une noble assurance en parlant de luimême, une franchise encore pMs noble en parlant des Athéniens , une indignation Téhémente et le plus accablant mépris en parlant de son adversaire, un exposé rapide et lumineux de sa conduite dans tous les temps , l'éloquence des faits , celle de la raison appuyée par des exemples , et entremêlée des mouvements les plus impétueux de l'invective et de l'imprécation ; partout l'assurance de la bonne cause, modeste dans l'exorde , mais bientôt fièrc et haute lorsqu'il commence à prendre l'ascendant et à s'emparer des esprits : voilà ce que Démosthène réservait à Eschine; et celui-ci, en s' efforçant de parer des coups qu'il ne prévoyait pas , n'a fait que battre l'airJ
Talà prima Dores caput altum in pnelia totUt; Ottenditi/ue kumerot latos , akemmjue jacUtt Bracbia protendeni , et verberat kdbus aurai.
{^neid.)
Par cet exemple, j'ai voulu montrer que, si dans l'attaque on prétend faire face à tous les points de la défense, on se déploie sur un trop grand front , et que l'on s'affaiblit soi-même.' Il làut , pour ainsi dire , attaquer en colonne, ne
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présenter que des points principaux eb- en petit nombre , afin que le juge n'en perde auenu de vue, et que l'adversiaire n'en puisse éluder aucun : les appojer , les soutenir , ne mettre en avant que des masses de raisonnements et de preuves ; et pour repousser la défense , garder en réserve des forces inconnues à l'ennemi.
Ce n'est que par là , ce me semble , que l'agresseur peut balancer l'avantage du défendeur : et si le feu est également bien ménagé de part et d'autre , et si aucun des deux ne s'épuise en efforts perdus ; s'ils s'attendent, s'ils ne déploient et ne font agir qu'à propos leurs réservés et leurs ressources ; je pense qu'après le même nombre de répliques de part et d'autres, le combat se trouvant égal, le seul avantage marqué sera celui de la bonne cause. Mais je répète encore que l'agresseur doit -succomber , s'il fait la faute que fit Eschine de trop étendre ses mojens dans une harangue diffuse, de présenter un trop grand nombre de points d'attaque , et de donner lieu à l'adversaire d'éluder les plus forts , d'aller droit aux plus faibles , et après avoir enfoncé la ligne, de culbuter les forces dispersées que l'accasatenr lui opposait.
Il est à croire que chez les Grecs l'accusateur n'était point admis à la réplique. Chez les Romains même , où plusieurs avocats se succédaient dans la même cause , je présume que , des deux paris , la preuve et la réfutation allaient desuiteet sans
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DE fcITTÉEATORB. 2O7
alternîitive. Ainsi \e- désavantage de l'agresseur n'avait point de compensation.
C'est donc une institution sage , dans le barreau moderne, que. d'avoir donné à l'une et à l'autre cause la ressource d'être plaidée à plusieurs reprises ; et la grande batileté de l'avocat consiste à tirer avantage de cette forme de plaidoyers. Nous en avons vu dans ce siècle un grand exemple ; c'était Çochin. Son attaque se réduisait à un simple exposé de l'affaire, à sa demande > et à l'énoncé le plus précis de ses moyens. Personne , à ne pas le connaître , n'aurait cru devoir redouter un concurrent si dénué des fortes armes de l'éloquence. Mais lorsque son adversaire l'avait échaufFé en le réfutant , et croyait l'avoir terrassé, tout à coup il se relevait avec une force effrayante. On croyait voir l'Ulysse d'Homère, provoqué par Irus, déployer son manteau de pauvre, et dépouiller la slalore imposante, les membres nerveux d'un héros. Aussi, le combat se termioait^it le pins souvent Comme celui de l'Odyssée, à moins que l'adversaire de Cochin ne fût un Le Normand. C'était alors que le barreau devenait une arène intéressante par le contraste des deqx athlètes , l'un pins vigoureux et plus ferme , l'autre plus souple et plus adroit: Cochin avec un air austère et imposant , qui lui donnait quelque ressemblance avec Démosthène ; Le Normand avec un air noble, intéressant, qui rappelait la dignité de Cicéron : le premier redoutïdde, mais
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suspect à ses juges, qui, à force de le croire habile , le regardaient comme dangereux ; le second précédé au barreau par cette réputation cThOonéte homme, qui est la plus forte recommaodalion d'une cause, et peut-être la première éloquence d'un orateur. Voyez Orateur.
De tout ce qne je viens de dire de l'art de ménager ses forces, il ne s'ensuit pas que l'orateur doive mettre en avant ce qu'il j a de pins faible, mais seulement qu'il doit réserver pour sa conclusion ce qu'il a de plus émjnent. C'est un grand avantage pour une cause que' de paraître la meilleure dès le premier aspect : mais la dernière impression est encore plus décisive que la première; et l'oracle, que je ne cesse de consulter, Gicéron , nous fournit encore ce pré> cepte.
In iUo reprehenào cas {fui, quœ minime Jirma sunlp ea prima collocant : res enim lioc postulat, ut eorum expectationi (jui audiunt quant celerrime occurmtiir; cui si initia satisfactum non sit, multo plus sit in reliqua causa elaborandum. Maie enim se res habet, quœ non, statim ut cœpta est, meliorjieri'videtur. In orationejirmissimum sitquod^ que primum : dum iUud tamen tenetUur, ut ea quœ excellant serventur etiam ad perorandum. Si quœ erunt mediocria Çnam -vitiosis nusquam esse opor- . tet locuni) in mediam turham , atque tn gregeni conficiantur. (DeOrat. )
Si l'on fait, attention au choix des mots dont
DE IiITTânATCBE. 309
Gicéron se sert clans ce passage , on trouvera qutf c'est d'abord une logique forte que l'orateur doit employer; et que pour le moment décisif de l'action , il doit se réserver les grands moyens de l'éloquence.
ÉUm, lit LiltJr. lll.
Xjicence. Les licences données à la poésie française ne sont pas , comme oo l'a dit , certains mots réservés au stjle sublime , et que la haute éloquence emploie aussi-bien que la poésie. Bossuet né fait pas plus de difficulté que Racine, de dire les mortels pour les hommes , les forfaits pour les crimes , ïe glaive- pour l'épée , les ondes pour les eaux, l'étemel , etc. ; et quant aux expressions exclusivement permises à la poésie , les unes sont figurées , les autres sont prises du système fabuleux ou du merveilleux poétique : ce sont, pour la plupart , des hardiesses , mais non pas des licences.
La licence est une incorrection, une irrégularité de langage permise en faveur du nombre , de l'harmonie , de la rime , ou de l'élégance dn , vers. C'est une ellipse qui sort des règles de la syntaxe , comme dans ces exemples :
C'est une voyelle supprimée , parce qu'elle altère la mesure si on ne la compte pas , ou qu'elle
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' DE LlTTÉRATUttE. 21J
a^aiblit le nombre et le sentiment de la cadence, si on la compte pour une syllabe : ainsi \'e muet d'assùktement, âîingénuement, ^ ei^ouement, à'eff raiera , â^ avouera , di encore , de gaieté , se retranche , parce qo'il ne ferait pas à l'oreille un ' temps assez marqué. C'est de même une consonne supprimée en faveur de l'èlisiou ou de la rime : ainsi dans ces noms de villes, Naplesj Londres, JlÛtènes, etc. , il est permis aux poètes d'écrire Naple , Londre , Athène sans * y ainsi à la première personne de certains verbes , comme je dois , je 'vois, je produis, \efrémis, je lis, \^avertis, les poètes se sont permis de retrancher Vs , et d'écrire je doi, je i;oi, jeprodui, }e frémir je li, '^averti, etc. Ce sont des adverbes absolus mis à la place des adverbes relatifs, comme ahrs que, cepen^ dantqae, au lieu de lorsque , pendant que. C'est quelquefois le ne supprimé de l'interrogation négative, comme lorsqu'on dit , savesr-vous pas? -voyezvous pas'? dois-je pas? au lieu yde ne savez-vous pas? ne vojesrvous pas? ne dois-je pas ? ^nîin ce sont quelques inversions peu forcées , mais qui , n'ayant pas pour raison dans la prose la nécessité du nombre , de la rime , et de la mesure , y paraîtraient gratuitement employées, quoiqu'elles fussent quelquefois très favorables à l'harmonie , et que par conséquent il fût à désirer que l'usagé les y reçût. On les trouvera presque toutes rassemblées dans ces vers de la Hemiade , où la Discorde dit à l'Amour :
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Ah', û de la Difcànie zi\aniant\étiaoa, Jamaii à tafuitun tu m#la5 mon poison ; Si tant dejbù pour toi fû troublé la nature, Viens, Toie »ur mes pas, viens Tenger non injure. Un loi Tictorieax' écrase mes serpents ; Ses mains joignent l'olive aux lauriers triomphiuts. La Clémence avec lui mardiant d'un pas tranquille. An sein tumultueux de la guerre civile, Va mus Kl élEndardt ,fiotlanu de toiu câlii, Këunir tous les cœurs par moi teuie écartes. Encore une victoire , et mon trône est en poudre. Aux remparu de Paris Henri porte la foudre. Ce héros ya combattre , et vaincre , et pardonner ; De cent chainet ^airain son bras Ta m'enchaloer. C'est à toi d'arrtCer ce torrent dans sa course. Va de tant de hauts faits empoisonoer la source ; Que sovs ton joug. Amour, il gdmisie abattu : Va dompter son courage au sein de la vertu.
Littérature. Entre l'éruditioD et la littératuiv il y a une différence.
La litléralure est la connaissance des belleslettres ; l'érudition est la connaissance des faits , ^ des lieux, des temps , des monuments antiques, et des travaux des érudits pour éclaircirles faits, pour fixer les époques , pour expliquer les monuments et les écrits des anciens.
L'homme qui cultive les lettres jouit des Iravaux de l'érudit; et lorsque, aidé de ses lumières, il a acquis la connaissance des grands modèles en poésie, en éloquence , en histoire , en philosophie morale et politique, soit des siècles passés, soit
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des temps plus modernes, il est profond littérateur. 11 ne sait pas ce que les scoliastes ont dit d'Homère, mais il sait ce qa'a dit Homère. Il n'a pas confronté les diverses leçons de' Juvénal el d'Aristophane, mais il sait AristophaaeetJli vénal. L'éradit peot être ou n'être pas un bon littérateur; car un discernement exquis , une mémoire heureuse et meublée avec choix , supposent plus que de l'élude : de même le littémteUFpeMt man- - quer d'érudition. Mais si ces deux qualités se réunissent, il en résulte un savant et un homme très cultivé. L'on et l'autre cependant ne. feront pas un homme de lettres: Je don de produire caractérise celui-ci ; et avec de Fesprit , du talent, et du gont, il peut produire des ouvrages ingénieux, sans aucune érudition et avec peu de A'Hemmw-Fréretfutunérudit profond; Malésieu, un grand /ifAerateur^- et Marivaux, un hoHHne de lettres.
ÏOB. Le poème, inwue, était , non-seulement dlfnTe j^'^ais composé aux accords de la fy're: c'est là d'abord ce qui le distingue de tout ce qu'on- appelîe poésie Ijrique chez les Latins et parmi nous. Le poète étoit musicien; il préludait, il s'animait au son de ce prélude; il se donnait à lui-même la mesure , le mouvement , Ta période musicale : les vers naissaient avec le chant, et de là l'unité de rhythme , de caractère , et d'expression , entre la
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musique et les vers: ce fut ainsi qu'une poésie chantée fut oaturellemeDl soumise au nombre et à la cadence ; ce fut ainsi que chaque ppète lyrique ioTenta, non-seulement le vers qui lui convint, mais aussi la strophe anali^ue au chant qu'il s'était fait lui-même , et sur lequel il cornposait.
A cet é^ard le poème fyrùpte, ou l'ode , chez I^ Latins et chez les nations modernes, n'a été qu'une frivole imitation du poème fyritfue des Grecs : on a dit , Je chante , et on n'a point chanté; on a pralé des accords de la Ijre , et on n'a- . TsiC point de lyre. Aucun poète , depuis Horace ÎDclQsivement, ne paraît avoir modelé ses odes sur un chant. Horace, en prenant tour-à-tour les diverses formules des poètes grecs, semble avoir si fort oublié qu'une ode dût être chantée , qu'il lui arrive souvent de laisser le sens suspendu à la fin de la strophe , où le chant doit se reposer, comme on le voit dans cet exemple, si sabUme d'ailleurs par les pensées et par les imases!
Districtia tnsù eut luptr imfia CervUe pendet , noa âcida dape*.
Didctm elaborabunt taportm ;
tfon avium cilara^ue cantia ^
Samawn nducait. Somnui agnttium Lenit virorum , non humiUs domot Ftutidit, uminuanuiue ripam, àhn xtpfyfù agilaUi Ttmpt,
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DE LITTÉR A.TUnE. ^I^
Nos odes modernes ne .soot pas plus Ifntfaes j. et à l'exceptioa de quelques cbansoes bacÛques ou godantes , <jui se rapprochent de l'ode aocieoDe, parce qu'elles ont été faites réelleBienl dans le délire de l'amour ou de- la joie , et chantées par le poète , aucune de dos odes n'est susceptible de chant. On a essayé de meUre ea mitsique l'ode de Bouleau à la fortune; c'était ua mauvais choix : mais que l'on {wenne entre les odes du même poète, ou de Malherbe, tm éa tel ^utre , cdlle qui a le plus de moavement <^ d'images ; on ne réussira guère mieux^
La seule forme qui cenviemae au chant , pun» nos poésies lyriques , est celle de nos cantates : m^ RousseaD y qui en a {ait de si belles , n'avait lù le sentiment , si l'idée de la poésie mékque OH chantante ; et sa cantate de Gréé,, qui paase pour être la plus susceptible de Texpression m»sicate , seca l'éeueU des compositeurs. Métastase loi seul, dans ses oratorio, a excellé dans ce genre , et en a donné des modèles parfaits.
Mais le grand avantage des poètes Ijmqtuê de la Grèce fat l'importance' de leur emploi , et la vérité de leur enthousiasme.
, X» vfA'i d'un poète i/^ntjfue,. dans l'aficàenae ÏUhdo et dans toute l'Europe moderne , n'a )a* mais été que celui d'un comédien ; chez les Grecs, au contraire , c'était une espècede n^ÎBi^ère public, religieux, politique oUmOral.
Ce fut d'abord à ht religion cp»e la fyre fut
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Sl6 ÉLÉMBITTS
consacrée , et les vers c[u*elle accompagnait furent le langage des Dieux ; mais elle obtint plus de fareur encore en s'abaissant à louer les bomnies.
La Grèce était plus idolâtre de ses béros que de ses dieux ; elle poète qui les cbantait le mieux, était sâ.r de cbarmer, d'eairrer tout un peuple. Les vivants furent jaloux des morts : l'encens qu'ils leur voyaient oflFrïr ne s'exhalaient point en iumée; les vers cbantés à leur louange passaient de bouche en bouche , et se gravaient dans tou^ les esprits. On vit donc les rois de la Grèce se disputer la faveur des poètes , et s'attacher à eux pour sauver leur nom de l'oubli.
Et quelle émulation ne devaient pas inspirer des honneurs qui allaient jusqu'au culte! Si l'on en croit Homère , le plus fidèle peintre des mœurs , la fy-re , dans la cour des rois , faisait les délices des festins ; le chantre y était révéré comme l'ami des ' i^Dses et le favori d'Apollon ; ainsi l'en-i thousiasme des peuples et des rois allumait celui des poètes ; et tout ce qu'il y avait de génie dans la Grèce se dévOuait'à cet art divin. Mais ce qui acheva de le rendre imposant et grave , ce fut l*usage qu'en fît la politique , en l'associant avec les lois, pour aider à former les mœurs.
Ce n'élait pas seulement à louer l'adresse d'un homme obscur , la vitesse de ses chevaux , ou sa vigueur au ci>mbat de 'la lutte , mais à élever
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DE I-ITTÉKATUKE. ÏI7
l'ame des peuples, que l'ode olympique était destinée; et dans l'éloge du vainquent étaient rappelés tous les titres de gloire du pays qui l'avait vu naître ; puissant moyen pour' ' exciter l'émulation des vertus I Ainsi , née au sein de la joie ; élevée , ennoblie par la religion , acCireilHe et honorée par l'orgueil des rois et par la vanité des peuples, employée à former les mœurs, en rappelant de grands exemples , en donnant de grandes leçons , la poésie lyrique avait un caractère aussi sérieux que l'éloquence même. Il n'est donc pas étonnant qii'un poète, honoré à la cour des rois , dans les temples des Dieux , dans les solennités de la Grèce assemblée , fût écouté dans les conseils et à la tête des armées, lorsque, animé lui-même par les sons de sa tyi'e, il faisait passer dans les âmes , aux noms de liberté , de gloire et de .patrie, les sentiments dont il était rempli.
On ne veut pas ajouter foi au pouvoir de cette éloquence , secondée de l'harmonie , et aux transports qu'elle excitait en remuant l'arae des peuples par les ressorts \ês plus puissants ;' on ne veut pas y croire, tandis qu'en Italie on voit encore la musique, par la voiic d'un homme affaibli, et dans la fiction la plus vaine, enivrer tout un peuple froidement assemblé.
Supposez, au milieu de Rome, Pergolèse, la lyre à la main , avec la voix de Timothée et l'éloquence de Démostbène , rappelant aux Romains
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leur aBÔeone sjdeDdeur et les rertus de leurs aoeétves ; vous aurez l'idée d'un poète Ijnque, et des grands effets de son art.
En TOjant eo chaire le misaiounaire Bridaioe» les yemx eoflammés on remplis de larmes, le front ruiss^ant de sueur, faisant retentir les voûtes d'un temple des soi» de sa voix déchirante, et uoissaot, à la chaleur dn sentiment le plus exalté , la véhémence de l'action la plus élo-' (fueote et la plus vraie; je l'ai supposé quelquefois transformé en poète , et fortifiant , par les a^^ents d'une harmonie pathétique, les sentiments ea les images dont il frappait l'ame des peuples ; et j'ai dit : Tel devait être ËjMméDÏde au milieu d'Athènes, Therpandre ou Tjrtée an milieu de Laeéd^mone, Àkée au milieu de
lie poète Ijrique n'avait pas- toujours ce caractère .sérieux ; mais il avait toujours un caractère vrai. ÂnacréoQ chantait le vin et les ^isirs , paxce qu'il était buveur et voluptueux; Sapho chantait Tamonr, parce qu'elle brùlah d'anwur.
Ces deux sortes d'ivresse bot pu , dans tous les temps et dans tous les pays , inspirer les poètes : mais daos quel autre pays que la Grèce la poésie lyrique a-t«lle eu son caractère séf ieux et sublime, si ce n'est chez les Hébreux, et petit -être aussi dans nos climats du nwd , du temps des druides et des bardes?
Chez les Remiùtts et parmi nous, Horace,
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DE LITTÉKA-TUnS. St0
Malherbe, Rousseau, feignaient de chanter sur la lyre : mais Orphée , Amphion , ne feignaient rien lorsqu'ils apprivoisaient les peuples, les rassemblaient, les engageaient à se bâtir des murs , k vivre sous des lois ; mais Therpandre , pour adoucir les mœurs des Lacédérooniens ; Tjrtée , pour, les ranimer et les renvoyer aux combats; E[»ménide, pour apaiser le trouble des esprits et la voix des remords , quand les Athéniens se croyaient menacés, poursuivis par les Eumé- . nides ; Alcée , enfin , pour déclarer la guerre à la tyrannie, et rallumer dans l'ame des Lesbîens l'amoUr de la liberté , chantaient réellement aux accM^s de la Ipv^ peut-être même au son des iostruraents analogues au caractère et à l'intestion de leur chant. Les Grecs disaient que la déesse Haranonie était fille de Mars et de Vénus, pour dire qu'elle était douée d'une forœ et d'une grâce irrésistibles.
Dans ^ancienne BiHne , une poésie éloquente eût souv^i^ pu se signaler. Mais un peuple longtemps iocatte , uniquement guerrier, peu curieux de vers et de musique , peu sensible aux arts d'agrément , et trop austère dans ses mœurs pour songer à mêler ses plaisirs avec ses affaires , aurait trouvé ridicule une fyre dans la main' de Brntus ou des Gracqiws, ou dans celle de Marins : une éloquence mÂle pour plaider sa cause', une épée pour la défendre , voilà tout ce qu'il demandait ; M un tribun comme Tyrtée , o« on consul ctmime
Epiméoide , venant soulever en chantant , on calmer le peuple romain , aurait été mal accueilli. P'oyes Poésie.
Dans ce même article Poésie , j'ai appliqué à l'Italie moderne ce que je viens de dire de l'Italie ancienne ; et je n'ai pas dissimulé ma surprise , de voir que l'église ait négligé celui de tous les arts qui pouvait le plus dignement embellir ses solennités. V&yez Htmhe. Quanta l'ode profane, elle n'j a jamais fait qu'un rôle fictif, sans objet et sans ministère : aussi les hommes de génie que l^Italie a pu produire dans ce genre soblime, comme Chiabrera et'Crudeli, n'ayant à s'exercer que sur des sujets vagues, n'ont-ils été, comme Horace , que de faibles imitateurs de ces hommes passionnés, qui, dans la Grèce, ajoutaient aux mouvements de la plus sublime éloquence, le <;harme de la poésie et la magie des accords.
En Espagne nul encouragement , et aussi nul succès pour le lyrique sérieux et sublime , quoique la langue j fût disposée. On ne laisse pourtant pas de trouver dans les poètes espagnols quelques odes d'un ton élevé : celle de Louis de Léon sur l'invasion des Maures , est remarquable , en ce que la fiction en est la même que l'allégorie du Cajnoëns pour le cap de Bonne- Espérance. Dans le poète espagnol, plus ancien que le portugais, c'est le génie d'un fleuve qui prédit la descente des Maures et la désolation de l'Espagne; dans le portugais , c'est le génie
protecteur du promontoire des Tempêtes et gardien de, la mer des Indes , qui s'élève pour en défendre, le passage aux Européens : l'image est agrandie , mais l'idëe est la même, et la première . gloire en est à l'inventeur.
L'ode , en Angleterre, a eu plus d'émulation et plus de succès; mais ce n'est encore là qu'un" enthousiasmé factice. Si on y veut trouver l'ode antique , il faut la chercher dans les poésies dâs anciens bardes ; c'est Ossian qu'il faut entendre, gémissant sur le tombeau de son père et se rappelant ses exploits: ^ ,
« À cÔLé d'un rocher élevé sur la montagne et sous un chêne antique , le vieux Ossian , le dernier de la race de Fingal, était assis sur la mousse : sa barbe, agitée par le vent, se repliait en ondes : triste et pensif, privé delà vue, il entendait la vQix du Nord : le chagrin se ranima dans sort cœur ; il commença ainsi à se plaindre et à pleurer sur les morts :
» Te voilà tombé comme un grand chêne , avec toutes tes 'franches autour de toi. Où es-t(i , ô roi Fingal, ômon père? Et toi, mon fils Oscar, oii es-tu? où est toute ma race? Hélas ! ils reposent sous la terre : j'étends les bras , et de mes mains glacées je tàte leur tombeau , j'entends le torrent qui gronde en roulant entre les pierres qui les couvrent. O torrent! que vienslu me dire? tu in'apporfes le souvenir du passé. Les enfants de Fingal étaient sur ton rivage.
comme nne forêt dans un terrain fertile. Ils étaient perçants , les fers de leurs lances ! Celnîlà était audacieux qui se présentait à leur co* 1ère. Fillan-le-Grand était ici } tu étais ici. Oscar, 6 mon fils ! Fin^al lui-même était ici , puissant et fort , avec les cheveux blancs de la vieillesse : il s'affermissait sur ses reins Derrenx , et il étalait ses larges épaules : malbear à celui qui rencontrait son bras dans la bataille ! Le fils de Morny arriva , Gaul , le plus robuste des hommes : il s'arrêta sur la montagne, semblable à un cbène; sa voix était comme le son des torrents; il cria : Pourquoi leJUs du puissant Corval 'veul-â régner seul? Fingai n'est pas assez fort pour défendre son peuple j et pour en être le soutien ; je suis fort comme la tempête sur l'Océan , comme Vouragan sur Us montagnes : cède, fis de Corval, et ^fléchis devajtt moi. Il descendit de la montagne comme un rocher; il retentissait dans ses armes. -
» Oscar s'avança , et s'arrêta pjiur l'attendre : Oscar, mon fils , voulait rencontrer l'ennemi ; mais Fingal vint dans sa force , et sourit aux menaces insultantes de Gaul. Ils s'élancèrent l'un contre l'autra , se pressèrent dans leurs bras nerveux , et luttèrent dans la plaine. La terre était sillonnée par leurs talons ; le bruit de leurs 06 était semblable à celui d'un vaisseau ballotté par les vagues dans la tempête. Leur combat fut long : ils tombèrent a'vec la nuit sur la {daine retentissante , comme deux chênes tombent en
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entrelaçant leurs brandies et en ébranlant ta montagne : le robuste fils de Morny est terrassé , le vieillanlest vainqueur.
» Belle , avec ses tresses d'or , son cou poli , et SOD sein de neige ; belle comme les esprits des montagnes ^ quand ils effleurent dans leur course la surface d'une bruyère paisible pendant le sileuce de la nuit ; belle comme l'arc des cieiix , la jeune Minvane arrive : Fingal , dit-elle avec douceur , rends-moi mon frère ; reods-moi l'espérance de ma race ^ la terreur de tous , excepté de Fingd. Pois-je refuser , dit le roi , ce que demande r^mable £lte des monti^es? Emporte ton frère, ô Minvaue! pins belle que la neige du Nord. Telles ^rent tes paroles , ô Fingid ! Hébs I je n'entends pl^s les paroles de mon père : pmé de la me , je suis appuyé sur son tombeam : j'eutends le sifflement des vents dans la forêt, et je n'entends plus la voix' de mes amis : le «ri da chasseur a cessé ,' et la voix de la guerre ne retentit ]:dus autour ds moi. »
Voilà l'ode béroïqne de ■ces peuples sauvages ; et voici leur ode amoureuse : c'est une fille qui attend stm amant. '
<t II est Huit ; et ^e suis seule', abandonnée sur la colline des orages. Le vent souffle sur la mon-
' tagoe ; le torrent gémît A» bas de ce rocher : aucune cabane ne. m'offre un asile contre ta
- pluie : je suis abandonnée sot la colline des otages.
» Lève-toi, ô lune sors du sein de tes nuages! étoiles de la nuit , paraissez '. Quelque lumière ne me guidera- t-elle pas vers le lieu où repose mon amant, fatigué des travaux de la chasse, son arc détendu à ses côtés , et ses chiens haletants autour de lui ?. . . Je suis ohligée de m'arréter ici seule , sur le rocher couvert de. mousse , qui borde ce ruisseau. J'entends le murmure des vents et des flots ; mais je n'entends point la voix de •mon amant!
» Pourquoi ne viens-tu point , ô mon Shalgar ! ' pourquoi le fils de la colline tarde-t-il à renlplir sa promesse ? Voici l'arhre , le rocher , le ruisseau murmurant. Tu m'avais promis d'être ici avant
la nuit Ah ! où est allé mon Sbalgar ! pour
loi j'ai quitté la maison de mon père ; je voulais fuir avec toi. Nos familles ont été long-temps . ennemies ; niais Shalgar et moi nous ne sommes point ennemis.
» 0 vent ! cesse un moment. Ruisseau , suspends un instant ton murmure ! Que ma voix se fasse entendre sur la bruyère ; qu'elle fiappe les oreilles du chasseur que j'attends. Shalgar ! c'est moi qui t'appelle ; voici l'arbre et le rocher. Shal- ' gar ! à mon amant ! me voici : pourquoi tardes-tu à paraître ? Hélas ! rien ne me répond.
» Enfin la lune parait, les eaux hnllent dans la vallée ; les rochers sont grisâtres sur la sur- face de la colline ; mais je ne le vois point sur . le sommet ; ses chiens , en le devançant , ne m'an-
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DE LITTÉRATOUE. 825
- Doncent point sa présCDce ; resterai-je dose ici solitaire et abandonnée?
» Mais quels objets aperçois-je couchés devant moi sur la bruyère?.... Serait-ce mon amant et mon frère?.... Parlez-moi, mes amis.... Hélas! ils ne me répondent point! la crainte glaee mon
cœur Ah! ils sont morts! leurs épées sont
teintes de sang. 0 mon frère! mon frère! pour-
foi as-tu tué mon Shalgar?.. pourquoi, ôShalr! as-tu tué mon frère? vous m'étiez si chers l'un et l'autre! Que dirai-je pour célébrer votre mémoire ! Tu étais beau - sur la colline ^ns la ' foule de tes compagnons ; il était terrible dans le
combat Parlez-moi, écoutez ma voix, enfants
de ma tendresse . . . Mais , hélas ! ils se taisent pour toujours; le froid habite dans leur sein.
» O vous ! ombres des morts , faitra-vous entendre du haut de ce rocher, do sommet de la montagne des vents; parlez, et je ne serai point effrayée... Où êtes-vous allées vous reposer? dans quelle caverne de la colline vous trouverai-je? Mais le vent ne m'apporte point de réponse; je ne distingue point, dans les orages de la colline , les sons faibles de la voix des morts.
» Je vais m'asseoir ici dans ma douleur ; j'attendrai le matin dans les larmes. Elevez un tombeau , ô vous ! amis des morts ; mais ne le fermez pas avant que j'arrive. Je sens ma vie s'échapper de moi comme un songe. Pourquoi resterai-je après mesamis? il vaut mieux que je repose avec
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226 ÉLÉUENTS
eux 'SUT le bord de ce ruisseau. Quand la nuit descendra sur la colline , quand le vent soufflera surlabrujère, mon ombre s'assiéra sur les nuages, et déplorera la mort de mes amis. Le chasseur écoulera au fond de sa cabane,- il o-aindra ma roix , mais il l'aimera, parce que ma voix sera douce pour mes aâiis , car ils étaient cbers à mon cœur. »
Si telle éteitr^oquence des bardes, il ne fait pas s'étonner qu'un tyran les eût fait détruiriii le courage et l'élévatioD d'ame que ces poètes inspiraient aux peuples s'accordaient mal avec le pn^et qu'il avait de les asservir. Ce trait de iwudence et d'atrocité d'Edouard I" fak le sujet d'une ode de -Oray , la plus belle peut-être dont l'Angleterre se Confie , et dans laquelle , faisant parW ^un barde échappé au glaive , le poète semble inspiré par le génie d'Ossian.
J'ai dit que l'on trouvait le grand caractère de r«de antique dans les poésies des Hébreux , parce que l'enthousiasme 'en est sincère , et que l'objet «o est sérieux et sublime; ce n'est point un jeu de l'imagination , que les cantiques de Moïse -et que ceux de David ; ils chantaient l'un et l'autre ■axecuse verve que l'on appellerait génw^ si ce ■n'était pas rinsjHration même de l'esprit divin. ■Cest cette inspiration et les élans rapides qu'elle -donnait à leur ame , que les poètes allemands ont 'ipiités de nos jours. Ils se sont eflPorcés de ployer 4eiir langue aux -formules des vers latins, et de
DB littéhaturb. 227
la cadencer sûr les mêmes nombres ; leur oreille eo est satisfaite, et c'est un plaisir qu'aucHne nation n'a droit d,e leur disputer; mais le vague de leurs peintures, l'allégorie continuelle de leur stjle, les détails recherchés de leurs descriptions , font trop voir que leur enthousiasme est simulé.
Le seul de ces poètes qui ait donné à l'ode Je caractère antique , c'est le célèbre M. Gleim , dans ses chants de guerre prussiens. On Ta appelé, avec raison , le lyriée de son pays ; 00 l'a comparé aux bardes des Germains et aux scaldes des anci«ns Danois.
Gleim est , prussien ; il parle en honime par^suadé de la justice des armes de son' roi ; at Je rôle qu'il a pris est celui d'un grenadier plein de génie et de courage,
■• Le mérite de ces cbants de guerre , disent les auteurs du Joum/il étranger, consiste dans une extrême simpUcité unie à beaucoup de verve, d'harmonie et de force. » Les traits suivants, quoique affaiblis par la traduction , en .peuvent donner une idée.
Ils sont pris du chant de victoire, après la bataille de Lowositz.
« Le héros , assis sur un tanibour, méditait sa liatatlle, ayant le firmament pour tente et la nuit autour de lui. £n méditant, il dit ; Ils sont .en grand nombre; mais, fussent -ils encore plus nombreux , je les battrai.
» Il vit Taurore, et il vit nos visages enflammés de désirs : ah ! combien le bonjour qu'il nous donna était ravissant !
» Libre , comme un dieu , de crainte et de ter^ reur, plein de sensibilité , il est là , et distribue les rôles de la grande tragédie.
« Cependant le soleil se montra tout à coup sur la carrière du firmament , et tout à coup nouii pûmes voir devant nous..
» Et nous vîmes une armée innombrable qui couvrait les montagnes et les vallées , et ( ce qui est bien permis à des héros) nous fûmes étonnés pendant un clin-d'œil , et nous reculâmes la télé de l'épaisseur d'un cheveu ; mais pas un seul pied' ne recula.
» Car aussitôt nous pensâmes à Dieu et à la patrie : soudain, soldats et officiers furent remplis du courage des lions.
'- » Et nous nous approchâmes de l'ennemi à grands pas égaux. Halte! cria Frédéric , Italie! et ce ne fut qu'un même pas.
" Ils'arrête; ilconsidèferennemi, etordonne ce qu'il faut faire. Aussitôt, comme le tonnerre du Très-Haut, on vil la cavalerie s'élancer, etc. »
L'ode française a de la pompe , du coloris , de l'harmonie; mais elle est peu rapide, et encore moins passionnée : c'est que jamais nos poètes lyriques n'ont été animés d'un véritable enthousiasme. Quel moment que la mort de Henri IV, si Malherbe avait eu l'ame de Suliy, et si , frappé ,
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DE LITTÉRATURE. SSQ
comme il devait l'être, de ce moostruetix pafricîde, il avait fait éclater sa douleur, ou plutôt celle de la patrie , qui voyait massacrer son père dans ses bras ! Malherbe , Bacan , Rousseau luimême, ont voulu être élégants, nombreux, fleuris ; ils n'ont presque jamais parlé à lame. Leurs odes sont froidement belles; et on les lit comme ils les ont faites-, c-'est-à-dire, sans être ému. fojez Ode.
Les modernes ont une autre espèce de poème Ijrique que les anciens n'avaient pas , et qui mérite mieux ce nom , parce qu'il est réellement chanté; c'est le drame appelé o^'m. f^oj. Opéra.
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jVLarotique. Depuis que Pascal et Corneille, Kacioe et Boileau, ont épuré et appauvri la langue de Marot et de Montaigne , quelques-uns de nos poètes, regrettant la grâce nïuve des anciens tonrs qu'elle avait perdus , l'heureuse liberté de supprimer l'article, une foule de mot» injustement bannis par le caprice de l'usage, et quelques inversions faciles , qui , sans troubler le sens , rendaient l'expression plus vive et plus piquante, essayèrent, eu écrivant dans le genre de Marot, d'imiter jusqu'à son langage ; mais comme , popr manier avec grâce un style naïf, il faut être naïf soi-même , et que rien n'est plus rare que la naïveté , La Fontaine est le seul poète qui ait excellé dans cette imitation. Boileau n'accordait guère que ce mérite à La Fontaine. Boileau n'avait pas reçu de la nature l'organe avec lequel on sent les beautés simples et touchantes de notre divin fabuliste. Rousseau , dans l'épigramme , a très bien réussi à imiter le style de Marot ; mais dans Ji'épî' Ire familière , il a fait de cestyle un jargon bizarre et pénible , très éloigné du naturel.
Il est à souhaiterqu'on n'abandonne pas ce langage du bon vieux temps , il perpétue le souvenir.
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DeLITTBHA.TUKB. 35l
et il peut ramener l'usa^ des anciens tours. (|Ul avaient de la grâce , ,^ des aocieDS mots , <]m , doux à l'oreille, avaient ud «ens clair et précb.- L^ Bruyère en aréclamé-^quelqaes-uns: il y en a un bien plus grand nombre; et l'on ferait uo joli dictionnaire de ceux qu'on a eu tort d'abandonner et délaisser vieillir, tels (^\xe félon , Jëlonne , félonie j courtoisie et courtois ; lojaî , délojal , loyauté j servage , alléger, aUégeance , d^ eords , perdurable , animeux , tromperesse, esmoi^ ckarmeresse , oblivieux , brandir , concéder, déva~ 1er y pâtir ^ dolent j doidoir ^ blême, bleirlir, etc. Voyez tTsAGB-
L'ancienne langue française était uo arbre qu'il fallait émonder, mais qu'on a mutilé jmpitoyableipent ; et il n'est personne qui , en lisant Monitaigne , ne reproche à la délicatesse du goût d'avoir été trop loin ; d'autant moins excusable dans cet excès de sévérité , qu'elle n'a pas été fort éclairée, et qu'en retranchant des rameaux utiias , elle' en a laissé un grand nombre d'infructueux.
Mémoires. Si chacun écrivait ee qu'il a vu, Oe qu'U^ fait, ce qui lui est arrivé de curieux, et dont le Souvenir mérite d'être conservé, il n'est personne qui ne put laisser quelques lignes intéressantes. Mais combien peu de gens ont droit (le faire un livre d» leurs mémoires !
Ce n'est pas que si nous voulions en croire
notre vanité , les choses même les plus communes • ste nous parussent mémorables , dès qu'elles nous seraient personnelles; ma^ c'est la première illusion dont il faut savoir se préserver en écrivant ou en parlant de soi.
Il o';" a que des traits de caractère piquants et rares , des situations , des aventures d'une singularité marquée, ou d'une moralité frappante , -qui puissent mériter la peine qu'on se donne de raconter sérieusement ce qu'on a fait ou ce qu'on a été.
L'un des plus miséraliles travers et des plus indignes manèges de l'amour-propre , c'est d'affecter , en parlant de soi , une sincérité cynique , et de mettre âne sorte d'ostentation et d'honneur à révéler sa propre honte, soit pour faire dire qu'on a osé ce que nul autre n'avait osé encore , soit pour accréditer , par quelques aveux humiliants, les éloges qu'on se réserve, et par lesquels on se dédommage, soit pour s'autoriser à dire impudemment d'autrui encore plus de mal que de soi-même. Observez attentivement celui qui emploie cet artifice; vous verrez que dans ses principes il attache peu d'importance à ces fautes dont il s'accuse ; qu'il les fait dériver d'un fonds de caractère dont il se glorifie; qu'il les attribue à des qualités dont il se pique et dont il s'applaudit ; qu'en les avouant , il les environne de circonstances qui les colorent; qu'il les rejette sur un âge, ou s»r quelque situation qui solli-
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cite l'indulgence ; qu'il se yarde bien de confesser de même des torts plus graves , ou des vices plus odieux; qu'en feignant des'arracher le voile, il ne fait que le soulever adroitemeut et par un coin; qu'après avoir exercé sur lui-même une sévérité hypocrite, il en prend droit de ne rien ménager , de révéler, de publier les confidences les plus intimes , de Irabir les seciels les plus inviolables de l'amour et de l'amitié , de percer même ses bienfaiteurs des traits de la satire et de la calomnie; et que le résultat de ses aveux sera, qu'il est encore ce qu'il y a deineilleurau monde. ■Il ii'y^ a point de succès plus assuré que celui d'un pareil ouvrage; mais il ne laissera pas d'être une tache ineffaçable pour son auteur; et il laul espérer que ce moyen d'amuser la malice humaine , ne sera jamais employé deux fois.
Il en est'un moins odieux d'égayer le tableau d 'u ne vie ordinaire ; c'est celui qu'Hamilton a pris dans les mémoires de Grammont ; mais , s'il m'est permis de le dire , plus le badinage en est léger et séduisant, plus il est immoral. Il ne fallait pas moins que le ministère de Mazarin pour mettre l'escroquerie à la mode; et l'on a peine à concevoir que sous le règne de Louis XIV, qui fut celui des bienséances et du point- d'honneur le plus délicat , Hamiltori ait eu l'art de faire passer comme des gentillesses les friponneries de son héros. Le succès de ce livre fut un avis pour les gens de bel air, qu'ils seraient dispensés d'avoir
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de» mœurs f s'ils avaient de l'audace et de la bravoure, de J'esprit et de reajouemeot ; et rieo n'était plus daugereuz.
Les mémoires de madame de Staal sont d'uo caractère plus estimable , mais moins léger , moins naturel etmoins piq.uan t. La plume d'Hamilton se joue : celte de madame de Staal s'étudie ; ses récits ont de l'agréDient , mais cet agrément a de la manière.. Ou voit qu'elle a vécu dans une cour où sans cesse, et à toute force, il fallait avoir de l'esprit.
Du reste, ni tes mémoires du comte.de Grammont, ni ceux de madame de Staal, n'ont l'intérêt qu'ils pouvaient avoir , liés comme ils l'étaient avec les circonstances des temps auxquels ils appartiennent; et en les lisant, on regrette qu'une foule de personnalités futiles y tiennent la place des détails instructifs qu'auraient pu nous donner, sur les alfaires de ces temps-là, deux témoins aussi clairvoyants. C'est là le mérite sérieux et durable qu'ont les mémoires de madame de Motleville , dont l'esprit n'est que du bon ' j|ens , et dont le naturel ne laisse désirer ni plus d'art ,. ni plus de parure.
Si l'on considère le monde politique et moral comme un spectacle , on y distingue deux parties , ce qui se passe sur la scène , et ce qui se passe derrière la toile ; les événements et leurs causes visibles ; les premiers mobiles et leurs ressorts cachés. Ces deux objets de la curiosité et
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de rattention de l'observateur ne sont pas si absolument distincts dans le partage, entre celui qui écrit l'histoire de son temps et celui qui écrit ses mémoires ^ que ce qui est profH'e à l'un soit étranger à l'autre : celui-ci , quoique plus occOpé des épisodes que de l'action , et des détails qiie de l'ensemble , ne laisse pas de lier ses récits aux grands événements par tous les points qui l'in térésseot; l'autre, en suirant le cours des fortunes publiques, ne néglige pas d'observer la mécanique intérieure du jeu des passions humaines, dans les mouvements qu'il décrit; ainsi l'histoire générale et les mémoires particuliers se communiquent et s'entremêlent toutes les fois que l'intérêt public et riotérét privé ont des rapports communs.
Mais ces deux intérêts occupent inégalement l'honmie qui écrit l'histoire et celui qui écrit ses mémoires. Le dernier ne songe qu'à dire ce qu'il a fait ou ce qu'U a vu ; et l'objet qui l'occupe le plus essentiellement, c'est lui-même. Le premier au contraire ne se a>mpte pour rien dans cetl^ loi^ue suite d'événements publics qui entraînent son attentioD. L'un s'affecte surtout de ses relations avec les hommes de son temps ; et de là sa pénétration à démêler le caractère , le génie , les talents, les vertus, les vices, en deux mots, le fort et le feible de ceux qn'il a vus autour de lui et de plus près , en action ou en situation : l'autre énobrasse tout le système de l'inlérêl pu-
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blîc dans ses rapports les plus étendus, et audedans et au-dehors, et ne considère la morale elle-même que dans ses liaisons avec la politique ; de là son attention profonde pour tout ce qui ■ influe essentiellement sur le cours des événements , et sa négligence pour tous les détails qui n'ont qu'un intérêt de personnalité, ou de société privée.
Parmi les singularités qui distinguent les ntémoires écrits par des Femmes , il en est une qui leur est naturelle, et qu'on retrouve dans leurs mœurs ; c'est que le plus souvent ce n'est ni l'iutérét public , ni leur intérêt propre qui les a dominées , mais un intérêt d'affection. Un homme, en parlant des affaires au milieu desquelles il s'est trouvé, comme acteur ou comme témoin, s'oublie rarement lui-même pour ne s'occuper que 'd'un autre; une femme, au contraire, s'attache à un objet qui n'est pas elle , mais qui dans ce moment est tout pouR elle; et c'est de lui, c'est d'après lai, c'est pour lui qu'elle écrit. Les grands événeûients ne la touchent que par des rapports individuels; et dans les révolutions de la sphère du monde, elle ne voit que les mouvements du tourbillon qui l'environne : son esprit et son anie ne s'étendent point au-delà. Il est possible que la passion l'enivre ; mais la passion même est rarement aussi aveugle que l'amour-propre, et comme il arrive souvent que le senliiiient dont une femme est préoccupée est
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assez calme pour lui laisser la liberté de sa rai-.
■ son et son équité naturelle , il ne fait qu'animer son style sans en altérer la candeur. C'est ce qu'on voit dans les mémoires de madame de Molleville et de madame de La Fayette. Mademoi-
■ selle de Montpensier, toujours occupée d'ellemême , ne laisse pas de peiodrcau vif le prince de Condé, Gaston, Mazarin , la régente, tout l'intérieur de la cour, l'esprit et les mœurs de son temps.
Ainsi la préoccupation d'un intérêt particulier parmi les affaires publiques , loin de diminuer la valeur et le poids des mémoires dont nous parlons, ne fait que les rendre plus précieux encore à qui sait comme on doit les lire. De deux témoignages, le moins suspect n'est pas celui que l'on dépose , mais celui qu'on laisse échapper. Ce n'est pas à ce qu'on nous dit, ou de soi ou des autres, directement, expressément, etde propos délibéré , que nous donnons le plus de foi, mais à ce qu'on nous dit sans y avoir réfléchi , sans même vouloir nous le dire. Or, c'est ainsi que dans ses mémoires, une femme , en-suivant son objet personnel , indique involontairement leS motifs , les arrière-causes des révolutions les plus inexplicables, et nous révèle quelquefois des mystères , dont ses liaisons, ses relations , les confidences qu'elle a reçues, la familiarité où elle a été admise, l'intimité de L'intérieur, dont elle a vu les mouvements, le besoin qu'on
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aufS eu d'elle pour se |daindre avt se oonsder. s'affliger ou se réjouir, les caractères que sa position lui a lait coimaître jusque dans leurs repUs , n'auront bieu instruit qu'elle seule. Les cabinets des rois sont des théâtres où se jouent continueSemeru des pièces (jui occupent tout le monde : il y en a qui sont simplement comiques; il j- en a aussi de tragiques, dont les plus grands événemenis sont toujours causes par des bagatelles ( Molteville ). C'est de là que s'échappent lei grands secrets ; c'est là'que les inquiétudes , les craintes , les désirs , les espérances , les pasw»os ei^o, oticraignentpasdese trahir, etc'est là qu'elles se trahissent.
La première place entre les mémoires expressément écrits pour servir à l'Histoire , me semble due à ceux de Commines , pour leur solidité , leur ingénuité , et leur vérité lumineuse- Ce seraient des trésors pour les historiens qu'une suite complète de pareilles instructions. Commines- est le Thucydide des Français , comme de Thou en est le Tit€-Live.Iie cardinal de Retz semblait né pour en être le Tacite , s'il avait eu des mœurs , et si son temps lui eût présenté des faits d'une -importance plus sérieuse. Gomme écrivain , on 4e voit s'élever entre tous ceux du même genre , avec une originalité de génie et de style qui les efface tous. Mais la chaleur et l'énergie de ses récits et de ses peintures ne tenaient-elles pas à cette inquiétude et à cette fougue de ca>
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raclère , qui , dans l'inlrigue et les factions , oe cherchait que le brtiit ; et tel qu'il s'est dépeint lui-même, eût-il été plus grand , -sur un plus grand théâtre , comnae acteur et comme écrivain? "C'est de quoi j'oserais donler. La tragi-comédie de la Fronde parait avoir été faite exprès pour ce caractère héroï-coraiqtie : Turenne et Cundé y étaient déplacés ; de Retz s'y trouvait dans son centre, il fallait aux Anglais un factieux comme Croaowel ; aux Parisiens , il en fallait un coinme le cardinal de Retz Chacun des deux fut le Gatilina de son temps et de son pays , cuj'usiiiet rei siniulator ac dissimulator , mais chacun des deux à sa manière : Cromwel , en politique sombre, en triste et prdbnd hypocrite; de Retz, en intrigant adroit, hardi, déterminé, habile, prompt à changer de rôle , et jouant toujours au naturel celui qui convenait le mieux au lieu , , au mouient , à la .scène , au caractère des esprits , et au genre d'illusion et d'émotion qu'il avait à répandre. Je ne serais donc pas -surpris d'entendre dire que son caractère s'était accommodé ailx mœurs de son théâtre; et qu'avec son srdenr, son habileté, son courage, son audace et son éloquence, la prodigieuse activité et la sour plesse de son ame, il aurait été, dans d'autres circonstances , le premier homme de son siècle dans l'art de remuer et de dominer les esprits. Quoi qu'il «n soit, ce sera de loi qu'on apprendra comme tout s'anime sons la plume d'un écrivain ,
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qui, principal acteur sur la scène du monde, dans des temps de crise et de troubles , ne fait que peindre ce qu'il a vu , et raconter ce qu'il a fait.
D'un genre absolument contraire à l'esprit des mémoires du cardinal de Retz , fut celai des mémoires du sa^ et vertueux Sull^. Ce livre, que l'abbé de l'Ecluse a rajeuni et fait revivre , n'a pas moins contribué que la Henriade à rendre le souvenir du bon roi Henri IV présent et cher à tous les Français. Mais les économies ixtytdes et les servitudes loyales (c'était le titre de ces m^moires), négligemment écrites et dans un vieux langage , seraient restées ensevelies dans la poussière des cabinets; et les lettres n'ont peut-être rieo fait de plus utile , que de rendre la lecture de ce précieux ouvrage facile et attrayante pour tous les bons esprits. Avec quelle joie n'y voiton pas le meilleur des ministres et le meilleur des rois se rencontrer dans l'espace des temps , se reconnoître , et , pour ainsi dire , s'embrasser et se réunir, pour travailler au bonheur des peuples ! Un ancien a dit que si la vertu se rendait visible aux hommes dans toute sa beauté , elle gagnerait tous les cœurs : c'est là ce qu'on éprouve à la lecture de ces mémoires j et la Minerve du Télémaque se présente en réalité dans les mémoires de Sully.
IjOS mémoires de Torcy , comme leçons de politique , ne sont guère moins intéressants que
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\ea mémoires de Sullj , comme leçons d'économie. Torey fut chargé du fardeau des malheur» de Louis XIV ; et dans des temps de calamité et d'humiliation , il fit parler et agir son maître avec modération , mais avec courage et avec dignité; et le compte qu'il a rendu de sa conduite dans les conseils et dans les négociations , honore également et le.ministre et le monarque.
Les mémoires de "Villars ont répondu , par le récit des faits , à l'envieuse malignité de ceux qui de son temps ne voulaient voir en lui que jactance et que vanité; et l'on a enfin reconnu que ce n'était pas sans de grands talents que Viltars avait eu le honheur de sauver la France. Mais ce qui donne encore plus de valeur à ses mémoires , c'est d'avoir fait connaître le fond de l'ame de ce grand roi, que l'orgueil et la dureté de quelques-uns de ses ministres , comme Le TelUer et Louvois , calomniaient aux yeux de la postérité.
Les mémoires du maréchal de Noailles ont aussi ce mérite ; mais il leur manque essentiellement celui d'avoir été rédigés par lui-même. C'est une observation qui n'a point échappé à l'homme de lettres estimable qui a fait l'éloge de l'abjjé Millot. « Il manquait , dit-il , à cet écrivain une disposition sans laquelle des mémoires particuliers ne sauraient avoir le mérite qui leur est propre. Cette disposition est l'intérêt , qui ne peut se trouver que dans l'acteur ou le témoin.
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ï)epiA$ les Camntentaireide César, ajoute H. Tabbé Morellet, que sout toas les mémoires connus , sÎDOD les souvenirs de celui qui les a écrits ? et pour ne citer que ceux qui appartiennent à notre nation, Gommines, Montluc, Rohan, La Bochefoucault , Retz , Villeroi , Torcy , ont tous vécu an milieu des événements qu'ils racontent ; ils nous intéressent parce qu'ils se peigent euxmêmes, et ne retracent que des objets dont ils ont été constamment entourés. Leurs regards ont été frappés , leur imagination saisie , leur ame émue ; lorsqu'il» entreprennent d'écrire , ils trouvent toutes leurs idées présentes, tontes leurs passions encore vives , tous leurs sentiments en activité; et communiquant à leur style l'intérêt dont ils sont rem]^is , ils peignent toujours avec énei^e ; et ceux même qui nous laissent entrevoir la partialité des passions, nous attachent encore à leurs récits , lorsque nous les soupçoo- * nous d'altérer la vérité. »
Ce n'est donc qu'avec défiance et beaucoup de précaution que l'historien doit lire et consulter les n^moires qu'on lai transmet. Ils sont écrits par des témoins , mais par des témoins intéressés et souvent récusables. Les confronter «vec eux-mêmes , les uns avec les autres , et chacun avec tous; en étudier le caractère et l'art; ehoisir'avec discernement les mieux instruits et les plirs sincères; examiner quel sentiment, quelle ofiiriion les dominait, de quel œil ils' ont vu les
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hommes et les choses , en quoi leur iugemeat a été. libre de.fàveur et de haine , en quoi il a été |M^venu et séduit ; quels motifs d'adulation , d'inclination , d'amour-propre, ils pouvaient avoir d'altérer , de déguiser les faits , de colorer les uns et de noircir les autres, d'atténuer ou de grossir le mal . d'exagérer . de dépnser le bien , de glisser , d'appuyer sur le blâme ou sur la louange ; c'est l'unique moyen de n'être pas surpm , ou de l'être pJus rarement par des relations infidèles. On doit prendre garde surtout de' ne pas se laisser séduire par cet air de sincérité qui accuse quelques torts légeft, pour en pallier de plus graves , et qui accorde au mérite quelques éloges vains , pour se donner le droit de le calomnier. Enfin , lors même qu'on n'a pas à douter ' de la bonne foi de l'écrivain , l'on doit sans cesse épier en lui cet intérêt personnel et furtif , qui souvent se cache aux yeux m,émes de celai qu'il obsède , et qui le rend injuste à son insu. J'ai vu des mémoires où un homme religieux , et qui se croyait la vérité même, malheureusement dominé par des aversions personnelles , a répandu des flots de fiel et de venin.
Cest une fraude répréhensible que de publier , sous le nom de$ personnages les plus illustres , ce que Ton ose appeler leurs mémoires , et il serait bien à souhaiter que le.soin de leur renommée leur fit prendre celui de les rédiger de leur preste main. Combien ceux de Turenne, par
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