‹ Œuvres choisies de Marmontel (volume 3)Chapitre 4 sur 6 · ÉLÉMBItTS · texte numérisé non relu

ÉLÉMBItTS

exemple*, et d'Eu^ne, seraient précieux, s'ils étalent autbenliques : et quel présent le grand Condé, Luxembourg , Créqui, Câlinât, n'auraientils pas fait à la poslérilé , si , comme MontLuc et Hohan , MoDtecuculli et Berwick , ils avaient décrit leurs campagnes ! Si nos généraux ont étudié avec tant de fruit les relations de Poljbe et les mémoires de César; si , dans la tactique et dans la discipline, ils ont profité de l'expérieDce des Grecs et des Romains; s'ils ont savamment employé les manœuvres d'Aratus, de Cimon, de Philopœmen , d'Epaminondas , de Pjrrhus , de S^lla , de Fabius et d'Annibal ; si , dans les campements, les marcbes, l'ordre et l'appareil des batailles , les mouvements et les évolutions des armées , si dans tous les détails enfin de la science militaire ils se sont instruits à l'école de ces grands capitaines , malgré la distance des lieux et la. différence des temps, soit du côté des hommes, soit du côté des armes; combien plus lumineuse n'eût pas été pour eux , par sa proximité, l'expérience des généraux qui, dans les mêmes temps, avec les mêmes armes, sur le mêifle terrain , leur avaient comme tracé leurs camps, leurs routes, leurs campagnes, leur avaient indiqué les postes les plus sûrs ou les plus périlleux , et le plus ou moins d'avaota^ des positions qu'ils avaient prises, des lieux qu'ils avaient occupés?

Daus cette partie , l'histoire générale ne peut

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jamais qu'imparfaitement suppléer aux ntémoites particuliers ; et c'est surtout par les détails dont elle serait surchargée, que les exemples; et les leçons d'un art si compliqué peuvent avoir toute leur étendue et toute leur utilité.

S'il est vrai, comme je l'ai dit en parlant de l'histoire j qu'elle n'a point de stjle qui lui soit exclusivement propre, et si son langage varie comme les. sujets qu'elle traite , à plus forte raison le style des mémoires particuliers et personnels n'aura-t-il point de ton ni de couleur invariaBles.

Les Commentaires de César sont l'expression ïa plus naïve du caractère de soa ame. Il s'y montre si supérieur à toute vanité, si étranger à sa propre gloire, qu'on a peine à croire que ce soit lui qui ait parlé de lui-même avec tant lie simplicité. Bans les périls les plus pressants , dans tes résolutions les plus audacieuses, dans îes moments oîi il y va de sa fortune et de celle du monde, il a l'air impassible et inaltérable d'un dieu. C'est là le style qui convient à des mémoires militaires ; car celui qui dans ses relations a'esl pas capable de ce sang-froid, l'aura eu dilBcilement dans l'attaque et dans la mêlée. Racon ter-simplement et modestement de- grandes choses*; parler de ses fautes et de ses revers avec la même ingénuité que de ses pins beurems exploits, et de son ennemi avec autant d'impartialité que de soi-même; laisser douter lequel

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des deus a fait le récit de l'action., ou plutôt donner à penser que ce récit ne vient ni de l'un ni de l'autre , mais d'an témoin fidèle et désintéressé , tel est le mérite éminent des mémoires d'un homme de guerre.

Il en est à-peu-ppès de même des relations qu'un homme d'état nous lait de sa conduite ou des événemeots qut se sont passés sous ses yeux. Tout j doit respirer cette modération qui est la dignité d'un ministre. Au milieu de l'agitation et du tumulte des affaires , on aime à voir dans son esprit le même calme que sur le front d'un bon pilote an milieu des orages; et c'est à lui surtout de s'appliquer ce précepte d'Horace :

Mais ce que j'ai dit de la gravité de l'historien > je le dirai de même de la dignité de l'homme . d'état : elle n'exclut ni le sentiment , ni l'expression modérée de l'intérêt public; et l'équité, l'humanité , l'amour du bien , comme infus dan^ son style , en feront l'attrait et le charme. ,

A l'égard des mémoires j où , sans attention pour ces conrenances de mœurs , l'auteur n'aura voulu qu'obéir à son propre génie, le ton, le style , la couleur, tout doit s'y ressentir efde son caractère , et de la situation oii étaient son espnit .et son' ame. De là une variété infinie dans ce genre d'écrits, lorsqu'ils sont naturels; -et ils

DB I. ITTÉUATUBE. Si?

le sont presque toujours, par une raison bien sensible : oo y parle de soi, et c'est dans l'a- ■uouF-propre que le naturel se décèle , lors même qu'il veut se cacher. Rien donc ne sera plus facile que de démêler dans des niémoi/vs quel esprit les aura dictés^ quel motif les aura fait écrire, et quel sentiment , quelle passion aura dominé dans l'écrivain. Si c'est la vanité , il altachera de l'importance aux intérêts lès plus futiles, dès qu'ils lui seront personnels ; si c'est l'orgueil , il rabaissera tout ce qui peut lui faire ombrage, et réservera ses éloges pour la médiocrité dont il n'a rien à craindre , ou pour un mérite qui n'entre avec le sien dans aucune rivalité : si c'est l'envie, toute espèce de gloire, de succès , de prospérité , lui sera importune ; il ne souffrira point que de belles actions soient sans tacbej il cherchera, ou dans le fond de l'ame , ou dans l'intérieur de la vie privée d'un homme illustre , des faiblesses à révéler; et dans tout ce qu'il y a de plus généreux et de plus magnanime , il épiera quelque motif secret de personnalité et d'intérêt qui le ravale ; il voudrait ternir le soleil : si c'est la haine ou la vengeance , on le verra tantôt flatter et parer sa victime avant de l'immoleF, vanter quelque faible mérite , quelque talent sans importance, quelques formes superficielles, et puis , sous ces dehprs , montrer les qualités les plus avilissantes , .les vices les plus odieux : tautôt plus violent et moins perfide, insulter, ou-

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trager la cendre de son eanemi , et secouer toute pudeur pour démentir les faits, la renommée , et l'opinion de tout an siècle. Avec la même facilité on reconnaîtra l'homme qui aura porté à la COUT un génie étroit et une ame servile; on le reconnaîtra, dis- je, à son attention pour les menus détails de l'étiquette et de l'intrigue : ou reconnaîtra l'homme chagrin que la cour anra rehuté , à la sombre misanthropie qui lui fera dépriser ou blâmer tout ce qu'on aura fait sans lui, et n'attribuer les malheurs des temps qu'aux artisans de son propre malheur, et aux causes de sa disgrâce. Au contraire l'homme vendu au crédit' et à la fortune se trahira par toutes les bassesses de la complaisance et de l'adulation. Enfin l'homme immoral , aux yeux duquel rien n'est important que l'utile, et qui. regarde et le juste et l'honnête comme des règles à prescrire et à ne s'imposer, jamais , décèlera son caractère par son mépris pour la simple droiliire , et par son admiration pour l'adresse et l'habileté. Ecoutez* le, et voyez quel sevA l'objet qui aura captivé son estime : ce sera le fourbe profond qui aura su le mieux intriguer à la cour, ou gagner la faveur du peuple, en imposer aux gens de bien, tromper les plus habiles, surprendre les plus sages , s'insinuer et s'introduire dans la confiance des grands, en abuser à son profit, employer à propos la bassesse et l'audace , la calomnie ou l'adulation , et ne rougir de rien , que

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d*échouer clans ses entreprises devant ao plus fourbe que lui.

Si des mémoires prennent l'empreinte d'un caractère vicieux , ils ne reçoivent pas moins celle d'une ame honnéle et vertueuse ; et le commun sjmbole de ceux-ci sera la probité. Mais quoique la probité soît une, elle se modifie encore' selon la trempe de l'esprit et de Tame. L'homme de bien, dans son témoignage, ne dira que cequ'il aura vu, mais les témoins- même les plus fidèles n'auront pas vu la même chose , ou ne l'auront pas vue avec les mêmes yeux. Le moment ou la position , telle circonstance échappée on saisie , un mot bien ou mal entendu , peut faire seul que deux témoins différent. Rien de plus ingénu que les mémoires de Montpensier, rien de plus sincère que ceux de Molteville; et souvent l'une bUme ce que l'autre a loué.

Dans la manière de s'aAècler de ce qu'on voit ,les diiFérences ne sont pas moins. sensibles;, et c'est la principale cause de la diversité des styles. Supposez des témoin^ également sincères , éga- ' lement instruits, mais diversement oi^nisés.; le même événement consterne l'u n , soulève l'autre, n'inspire à celui-ci qu'une molle tristesse, pénètre celui-là d'une douleur vive et profonde; et leur manière de le raconter se ressent de ces impressions. Je crains bien moins ceux qui rougissent que ceux qui pâlissent, disait César. Or . lui qui aura rougi de colère sera véhément dans

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électeur de Saxe , et par escalade le même jour 2$ novembre 16^1 , par son arriëre-petit-fils ; la pluie qui lave le visage de Britannîcus à ses funérailles, et y fait découvrir les traces du poison ; l'orage qu'il j eut à Pau le jonr de la mort de Henri IV, où l'on dit que le tonnerre brisa les armes du roi sur la porte du château dans lequel ce prince était né, et qp*un taureau appelé le roi des taureaux j à Cause de sa beauté. effrayé de ce coup de foudre , se tua eo se précipitant dans les fossés du château ; ce qui fit que dans toute la ville le peuple cria : Le roi est mort.

Ces circonstances , que l'on remarque dans les événements publics sont aussi quelquefois assez singulières et assez frappantes , dans les événe- . ments particuliers , pour j jeter du merveilteux. Telle serait, par exemple, l'aventure de ce comte de Guiche, qui, par amour, portant sur sou cœur le portrait d'Henriette d'Angleterre , le jour d'une bataille,- reçut une balle à l'eudroit même OH était la boite qui l'enfermait, et dut la vie à ce bouclier précieux.

De ce même genre de merveiUeux, sont toutes ces descriptions des poètes, où sans sortir des bornes de la nature , l'imagination renchérit tant qu'elle peut sur la réalité ; ce qui fait de la fiction un continuel enchantement.

Le metvetUeux surnaturel .est l'entremise des êtres qui, n'étant pas soumis aux Ims de la na-

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tiire, j produisent des accidents au-dessus de ses forces , ou iadépendants de ses lois.

On a dit , en parlant du merveilleux poétique : u Minerve et Juuon, Mars et Vénus, qui jouent de si grands rôles dans l'Iliade et dans l'Enéide , ne seraient aujourd'hui, dans un poème épique , que des noms sans réalité , auxquels le lecteur n'attacherait aucune idée distincte , parce qu'il est ué dans une religion toute contraire , ou élevé dans des principes tout diEFérents; » On a dit que la chute de la mythologie entraîne nécessairement l'exclusion de cette sorte Ae merveilleux j et que l'illusion ne pent être complète qu'autant que la poésie se renferme dans la créance commune. On a dit qu'-en vain, se fonderait-on , dans les sujets profanes , sur le merveilleux admis dans nos opéra; et que, si' on le dépouille de tout ce qui l'y accompagne , on ose répondre que ce merveilleux ne nous amusera pas une minute.

Ces spéculations , démenties par l'expérience , né sont fondées que sur une fausse supposition , savoir, que la poésie , pour produire son effet, demande une illusion complète.

11 est démontré qu'au théâtre, où le prestige poétique a tant de force et de charmes , nonseulement Fitlnsion n'est pas entière, mais lie doit pas l'élre; il en est dé même à la lectilre: sans quoi l'impression faite sur les esprits serait souvent pénible et douloureuse. Voyez Illdsios.

,Le lecteur n'a donc pas besoin que le merveil-

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Unix soit pour loi uo objet de créaDce , mais an objet d'opiniou hypothétique et passagère. C'est , en poésie, une donnée dont tous Les peuples éclairés sont d'accord : tout ce qu'on j exige, ce sont les convenances, ou Ja vérité relative ; et celle-ci consiste à ne supposer dans un sujet que le merveilleux reçu dans l'opinion du temps et du pajs où l'action s'est passée ; en sorte qu'on ~ ne nous donne à croire que ce que les peuples de ce temps-là , on de ce pays-là , semblent avoir du croire eux-mêmes. Alors , par cette compbisance que l'imagination veut bien avoir pour ce qui l'amuse , nous nous mettons à la place de ces peuples ; et pour un moment nous nous laissons séduire par ce qui les aurait séduits.

Ainsi , autant il serait ridicule d'employer le \ merveiBeiix de U mythologie ou de la magie dans une action étntngère aux lieux et aux temps où l'on croyait à l'une ou à l'autre , autant il est raisonnable et permis de les employer dans les sujets auxquels l'opinion du tetnp et du pays les rend comme adhérentes. Eh ! qui jamais a reproché l'emplm de la magie au Tasse ; et à l'auteur du Télémaque-, l'emfdoi du merw^^/eur d'Homère? Une piété trop délicate et trop timide pourrait seule s'en alarmer ; mais ce que blâmerait un scrupule mal entendu, le goût et le bon sens l'approuvent.

La seule attention qu'on doit .avoir est de saisir bien au juste l'opinion des peuples à la place

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DE LITTÉHATCKE. 305

desqueU on veut nous mettre, afin de oe pas Taire du merveilleux ud usage dont eux-mêmes ils seraient blessés. C'est ainsi, par exemple, qu'un poète qui traiterait aujourd'hiile sujet de la Pharsale j serait obligé de faire ce qu'a fait Lucain , de s'interdire l'entremise des dieux dans la querelle de César et de P<»mpée. La raison en est, qu'on ne $e prête à l'illusion qu'autant qu'on suppose que les técnoios de l'érénement auraient pa s'y livrer eux-mêmes. Cette conven*' .lion parait singulière ; et cependant rien n'est plus réel.

Il s'ensuit que, dans les sujets modernes, le merveilleux ancien ne peut être sérieusement employé; et c'est une perle immense pour la poésie épique.

Ce n'est pas que le merveilleux soit réduit pour .nous, couime on l'a prétendu, à l'allégorie des passions humaines personnifiées. Avec de l'art , du goût, et du génie, nos prophètes , nos anges, nos démons , et nos saints, peuvent agir décemment et dignement dans un poème; et à. la maladre^e du Camoëns , de Sannazar, de Saint- Didier , de Chapelain , etc. , on peut opposer les exemples du Tasse , de Milton , de l'auteur A'Âthalie et de celui de la Henriade.

Mais ce qui manque sa .fnerveiUewt moderne , c'est d'être passionné. La divinité est inaltérable par essence j et tout le génie des poètes ne saurait faife de Dieu qu'un homme ; ce qui est une

îoeptie ou iiDe impiété. Nos anges et nos saints , exempts de passions , seront îles personnages froids, si on les peint dans leur état dé calme et de béatitude; ou indécemment dénaturés, si on- leur donne les mouvements tumultueux du cœur humain.

Nos démons, plus favoraBlesà la poésie, sont susceptibles de passions, mais sans aucun mélange ni de bonté , ni de vertu : une fureur plus ou moins atroce , une malice plus ou moins artificieuse et profonde , en deux mots , le vice et le crime sont les seules couleurs dont on puisse les peindre.

Voilà les véritables raisons pour lesquelles on serait insensé de croire pouvoir sabstituer, sans un extrême désavantage, le merveilieux de la religion à celui de la mythologie.

Les dieux d'Homère sont des hommes plus grands et plus forts que nature , soit au physique , soit au moral. La méchanceté , la bonté , les passions , les vices, les vertus, le pouvoir et l'intelligence au plus haut degré concevable , tout le système enfin du bien et du mal mis en action par Iç moyen de ces agents surnaturels ; voilà le merveilleux favorable à la poésie. Mais quel effet produire sur l'ame des hommes avec de pures intelligences , sans passions , ni vices , ni vertus, qui t) 'ont plus rien à espérer , à désirei', nia craindre, et dont une tranquillité éternelle est l'itnniohile élément ? Voyez aussi combien est

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DE LITTÉRATURE. sSj

absurde et puéril, dans le poème de Milton , le péril où il niel fes anges, et leur combat contre \èi démons.

Les deux magies rapprochent un peu plus le merveilleux de la religion de celui de la fable , en donnant aux deux puissances, infernale et céleste , des ministres passionnés , et dont il semble qu'on peut animer et varier les caractères : mais les magiciens eux-mêmes sont décidés bons ou méchants, par cela seul que le ciel, ou que l'enfer les, seconde; et il n'est guère possible de les peindre que de l'nne de ces deux couleurs. Les premiers poètes qui, avec succès, ont employé cette machine, en doivent donc avoir usé tous les ressorts.

QueUe comparaison avec un système religieux , où non -seulement les passions, les vertus, les talents , les arts , le génie , toute la nature intellectuelle et morale, mais les éléments, les saisons , tous les grands phénomènes de la nature physique , toutes ses grandes productions avaient leurs dieux, plus ou moins dépendants, mais assez libres pour agir, chacun , selon leur caractère 1

• Cet avantage des anciens sur les modernes est élégamment exprimé dans le poème de l'Anti- Lucrèce.

O utinata, dum leregioniiusin/èrotacrù, Arenttm in campum liceat deductre Jimtes Ctutaliot, vema Utta in viridaria duaiiij

ÉUm. dt Ultér. m. V .17

4e WMM ûi mattret A^nippida/itn^tf vtmu ! Non mâà, ifua vettro ifuondamjacuniliti vati, JVec tant dulce mtUu, nec par eit gralia contai. Btddidit ilU tua Graiorum somnia lingua; JHMfM pwgrinte numdamia tacra loqueta, iltevniigÊtatfmatvafieret, cbariaamjoe cimva Carminé conctUirai ; mu vert dogiaa wivriu» .' Tiiste louant pulsœ nostra testudine chordce. oui lappeditat diva natura leporû

Quidquid habet, l(Pioi iubmittem prodigaflortt

AEiuadum genùrix felicibui i^perat arvis , ^emut^tM plagai rtertat, pelagatgue profiuidam.

QuaDt aux personnages allégoriques , il faut renoncer à ea faire jauiaîâ lâ machine d'un poème sérieo^ On pourra bieo les y iatroduire ea épisodes passagers , lorsqu'on aura quelque idée abstraite , quelque circonstance morale à présenter sous d«s traits plus seasibles ou plus iutéressaots que la vexité' nus ; eu que celle-ci aura besuîii d'un voile pour se montrer avec décence, ou pa§$er arec modestie : c'est aîusi que , dans ia Hentiade, la PoUti<^u« personaifiée est un iugé- □ieux moyen de nous peindre la cour de Borne ; c'est ainsi que . daos le même poème , la peinture allégorique des vices rassemblés aux portes de l'enfer, cet l'exemple le plus partit de la vérité-' ^ilfisçphique . animée , embellie , et rendue sensible aux yeux par la fiction :

Là gttia sombra Envie, à l'œil liiaideet lasc^, Vpi'saiit sur Ac» lanciers les poisons de sa boucbe: Lr iouT blesse ses ;«n d*ns l'onibrr ftinceUnts; -

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DE HTTÉBATUBË. sSg

TrisU aniBiite des sona , ri>a hait te« TWanU. Elle aperçait Beiui, K^ionme, et »onpir«. Aupré) d'elle est rOrgudl , qai M platt et s'admire ï La Faiblesse au teint p&lej aux regards abattus. Tyran qui cède au crime et détruit le» vertus ; L'Ambition sanglante, imjuiète, égarée, De trAnes , de torafaeuu , d'esclaves entourdc ; Xa tendre Hypocrisie , aux yens pleins de douceur (Le EJel est dam ses yeux , l'enfer est dans ton cŒur ) j Le faux Zèle étalant ses barbares maximes ; Et l'Intérêt enfin , père de tous les crimes.

Les anciens 'ôot eux-mêmes allégorisé quelques-uns de leurs épisodes, comme la ceinture de Vénus dans l'Iliade , et la jalousie de Tumas dans l'Enéide. Mais qu'on se garde bien de comp' ter sur les personnages allégoriques, pour être constamment, comme les dieux d'Homère, les mobiles de l'action. Ces personnages ont deux défauts , l'un d'avoir en eux-mêmes trop de simplicité de caractère, l'autre de n'avoir paa assez de consistance dans l'opinioD .

J'oserais comparer uni caractère poétique à un diamant qui n'a du jeo qu'autant qu'il a {^Hsieurs faces ; ou plutôt à un composé chimique , dont la fermentation et la chaleur ont pour cause la contrariété de ses déments. Un caractère trop simple est uniforme : il peut avoir de l'énergie et de l'impétuo&ité ; mais il n'a qp'uoe impulsion , sans aucune révolution en seas contraire et sur luimême : l'envie sera toujours l'envie, et la vengeance , la vengeance : au lieu que le caractère

sOo ÉLÉMENTS

moral de l'homme est composé, divers et changeant ; etdei combats qu'il éprouve en lui-même , résulte la variété et l'impétuosité de son action.

(^uel personnage allégorique peut-on imaginer jamais qui occupe la scène , comme le caractère d'Hermione ou celui d'Orosmane?

Les dieux d'Homère, comme je l'ai dit, sont des hommes passionnés : au Heu que'Ies personnages allégoriques sont des définitions personnifiées et immuables par essence.

D'un autre côté, l'opinion n'y attache pas assez de réalité pour donner lieu à l'illusion poétique; celte illusion n'est jamais complète : mais lorsque le merveiUeux a été réellement, parmi les hommes, un objet de créance, nous voulons bien, pour un moment, nous mettre à la place des peuples qui croyaient à ces fables; et dès lors elles ont pour nous une espèce de réalité. Mais les fictions allégoriques n'ont &rmé le système religieux d'aucun peuple du monde : on les voit naître çà et là de l 'imagination des poètes; et on ne les r^arde jamais que comme un jeu de leur esprit, ou comme une façon de s'exprimer symbolique et ingénieuse. L'allégorie ne peut donc jamais étrela base du merveilletix de l'épopée, par la l^ison qu'en un simple récit elle ne fait jamais assez d'illnsioa. Ce n'est que dans le dramatique , où l'objet présent en impose , qu'elle peut quelquefois acquérir, par l'erreur des yeux , assez d'ascendant sur l'esprit ; et de là vient que ,

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DE MTTéRATUnE. 361

SansVopéraà' jirmide , l'épisode de la Hainefait toute son iHiision.

Il n'y a donc plus pour nous que deux mojens d'introduire le merveilleux dans l'épopée : ou de le rendre épisodique , accidentel et passager j si c'est le merveilleux moderne , et d'employer alors les vices., les vertus , les passions humaines , non pas allégoriquement, mais en réalité, à produire , animer et soutenir l'action ; ou si l'on veut faire usage du merveilleux de la mythologie ou de frelui de la magie , de prendre son suje^ dans les temps et les lieux où l'on croyait à ce^ prodiges. C'est c^ qu'ont lait les deux hommes de génie à qui la France duit-la gloire d'avoir deux poèmes épiqttes dignes d'être placés à côté des. anciens, Fénélon el Voltaire.

Moeuks. Dans un état républîeain , presque toutes les habitudes se ressemblent ; dans'un état raouarchique elles diJIèrent toutes , entre ce qu'on appelle le grand monde et le peuple: Il Put un temps où- la booi^oisie tenait le milieu entre ees deux classes /et alors ce qui ressemblait aux mœurs bourgeoises , était encore d'assez bon goùl ponr amuser les-espritsles plu» délicats. Ce temps n'est plus.. Les mœurs , le goût , et les usages du grand monde , ont passé dans la bourgeoisie. Il n'y a presque plus que deux tons , et il n'est plus permis à celuidù peuple de dominer, même dans

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la comédie. Au théâtre , comme dans le cdoode , un valet et une soubrette parlent la langue de leurs maîtres. Le boni^eois gentillu>mme est un homme bien élevé, madame Jourdaio est une femme du lâonde. Tout s'est poli , et tout s'est émoussé. Mais remontons plus haut.

£n morale et en politique on entend par les mcBurs des hommes , leurs inclinations habituelles, ou la forme que l'habitude a donnée à leur naturel. Hais relativement aux arts d'imitation , et particalièrementàl'égardde la poésie,ridée qu'on attache aux /nceu/v est plusélendue: elle embrasse le naturel , l'habitude , et les accidents passagers qui se combinent avec l'un et l'autre. Ainsi , dans le système des mœurs poétiques sont comprises les inclinations et les afieclions de l'ame.

Celui qui veut peindre les mœurs doit donc se proposer ces trois objets d'étude : la nature , l'habitude, et la passion.

lie precpiier soin d'un peintre qui veut exceller dans son art , est de chercher des modèles dans lesquels les proportions , les formes , les contours, les mouvements , les attitudes , soient tels que les donne la nature avaut que l'habitude en altère la pureté. Le même soin doit occuper le poète : il est comme impossible que , dans l'homme en société , le .naturel soit pur et sans mélange ; mais peut-être, avec un esprit juste et capable de réflexion, n'est-il pas aussi malaisé qu'ille semble, de distinguer , en soi-même et dans ses pareils >

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ce que le naturel y produit , de ce qu« )a culture j traneptanle. Le soin de sa vie et de sa défense , de aon repoa et de sa libepté ; le ressentiment du bien etdu mal ; les retours d'affection et dehaine; les liens du saug et ceux de ramour ; la bienfaisance, ladouce pitié, la jalousie et la TCDgeaûce, la FépugnaDce à obéir, et le dé»r de dominer, tout cela se voit dans rhomme inculte bien mieux . que dans rfaomme civilisé. Or plus ce» fonaes primitives seront senties soos le' voile làzarre" ment varié de l'éducation et de l'habitude^ pius ces mouvements libres. et naturels s'observeront à travers la gène où les retiennent le man^e des bienséances et l'esclavagedespréju^s, plus l'effet de l'imitation sera infaillible; car la natare est audedans de nous - même avide de tout ce qui loi ressemble et empressée à le saisir. Voyez dans nos spectacles avec quels transports elle applaudit un trait qui la décèle et qui rexprime vivement. Si donc le poète me demande où il doit chercher la nature pour la consulter, je lui répondrai, En vous-même : Neses le^mim. C'est moi. que j'étudie quand je veux connaître les autres , disait Fontenelle ; c'était aassi le secret de l'éloquent Mftssillon s et sous combien de faces Montaigne nous peint tous tant que nous sommes , en ne nous parlant que de lui I

La différence des climats et des âges est la première qu'il faut étudier dans les mœwx, parce qu'elle tient à la nature..

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Le climat décide surtout du degre d'énergie , d'activité, de sensibilité , dechateurdansle caractère, et des inclinations qui lui sont analogues. Les climats froids produiront des honmies moins ardents que d'autres ,. mais plus laborieux , plus actifs , plus vigoureux par leur complexion , plus entre{H«nants par l'impulsion du malaise, plus occupés de leurs besoins , moins délicats dans leurs plaisirs , moins sensibles à la douleur , mains enclins à la volupté , peu susceptibles des passions adhérentes à la faiblesse , doués d'un esprit sérieux et mâle , d'une ame ferme et d'un courage patient. Sévèrement traités par la nature, ils en contractent l'àprelé ; et comme ils attachent peu de pnx à la vie , ils comptent pour peu de chose les. dangers qu'elle court. Durs pour euxmêmes, ils le sont pour les autres, sans croire leur faire injustice. L'indépendance > la liberté, le droit de la force , la gloire de l'invasion , et le butin pour prix de la victoire; voilà leur code naturel. Les climats chauds donnent aii caractère plus d'ardeur et de véhémence, mais moins d'activité , de force , et de courage. La chaleur est dans les fluides, mais les solides énervés s'y refusent ; en sorte que les hommes sont a la fois amcJlis et passionnés. Crime et vertu, tout s'y ressent et de l'ardeur du sang, et delà faiblesse des organes. L'amour , la baine-, la jalousie , la vengeance, l'ambition même, y bouillonnent au fond des cœurs ; mais les moyens les plus faciles

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de s'assoQTir sont ceux que la passioD' préfère. La trahison y est en usage, non parce qu'elle est moins périlleuse, mais parce qu'elle est moins pénible. La lâcheté n'y est point dans l'arae ; mais dans le corp : on y est esclave et tyran par indo- - Icnce ; on y semble moins attaché à la vie qu'à la .paresse ; le' besoin seul y fait violence à la nature. Les peuples des cUmats tempérés tiean,ent le milien entre ces deux extrêmes : actifs , mats moins infatigables que les premiers ; voluptueux , mais moins amollis que les seconds j leur volonté, leur force, leur ardeur, leur constance, sont également modérées ; l'énei^e de Tame , et du corps est la même ; les passions , an lieu de fermenter, agissent, et s'apaisent en s'exbalant. De cet accord des facultés morales et physiques', résulte , et dans le bien et dans le mal , un état de médiocrité éloigné de tous les excès , un caractère mitoyen entre le vice et la vertu , incertain dans son équilibre , également susceptible des inclinations c(fntraires, et aussi variable que le climat dont il éprouve l'influence.

Horace a merveilleus^aent bien décrit les mœurs des différents âges- de la vie, qu'Aristote avait analysées , et il serait superflu de transcrire ici ces beaux vers que tout le monde sait par cœur. Mais à ces deux causes naturelles de la diversité des mœurs se joint l'influence- de l'habitude ; et celle>ci est un composé des impressions répétées que font sur nous l'instruction , l'exer^

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cicé, ro{Hnion , et l'exemple. C'est donc |>eu d'avoir étudié dans l'homme moral ce que les peiutras appellent le nu; il faut s'instraire des dJiférents modes que l'iostitution a pu dooner à la nature , seloo lea lieux et les temps. Prendendo la poesia ogni sua Ittce délia luceddhistoria... senzataqitale tapoesiacumùna in oscurissinte ténèbre. (LeTassb.)

« Celui qui sait ce qu'on doit à sa pab-ie, à se» amis, à ses parents, quels sontles droits derhos|Hlalité , les deroii^ d'un sénateur et d'un juge , les fonctions d'un général d'armée ; celui-là, dit Horace t est en état de dooner à ses persoaoages le caractère qui leur convient. » Horace parlait des ntœws romaines; mais Combien de nuances à observer dans la peinture des mêmes caractères pris en divers climats^ ou dans des siècles dilTérents ! C'est là qu'un poète doit s'instruire eo parcourant les annales du monde. Le culte, les lois , la discipline, les opinions , les usages , les diverses formes de gouvernement, l'influence des /nœurs sur les lois, des lois sur le sort des empires; e^ un mot, la constitution physique , morale et politique des divers peuples de la terre, et tout ce qui dans l'homme est naturel ou factice, de naissance ou d'institution, doit entrer essentiellement dans le plan des études da poète : travail immense, mais d'où résulte cette idée universelle, qui, selon Gravina , est la mère de la fiction , com'nte la nature est la mère de la vérité-

Encore cette théorie seraii^lle insuffisante sans

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l'étude pratique dfes mœurs. Le peintre le plus versé dans le dessin et dans l'étude de l'antique, ne rendra jamais la nature avec celte vérité qui fait illusion , s'il n'a sous les yeux ses modèles. Il en est de même du poète : la lecture et la méditation ne lui tiennent jamais lieu du commerce fréquent des hommes; pour bien les peiildre , il làat les voir de près , les écouter, les obsçrver sans cesse I un mot», un coup d'oeil , un silence , une attitude , un geste est quelquefois ce qui donne la vie , l'expression , le pathétique à on tableau qui sans cela manquerait d'ame et de vérité. Mais ce n'est pas d'après tel ou tel modèle que l'oo peint la nature dans le moral ; c'est d'après mille observations faites çà et là , et qui , semblables à ces molécules oi^aniques, imagioées par un plulor sophe poète , attendent au fond de la pensée le moment d'çclore et de se placer :

Rapicere exemplar viUe morumtjutjabebo Doctuta itaitatorem, et venu hinc ducere imcei.

C'estdans un monde poli, cultivé, qu'il prendra des idées de noblesse et de décence ; mais pour les mouvements du cœur humain , le diraL- je? c est avec des hommes incultes qu'il doit vivre, s'il veut les voir au naturel. L'éloquence est plus vraie, le sentiment plus naïf, la passion plus, énergique, l'ame enfin plus libre et plus franche parmi le peuple qu'à la cour : ce n'est pas que le» hommes ne soient hommes partout ; mais la poli-

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