‹ [Œuvres choisies de Marmontel] (volume 4)Chapitre 9 sur 20 · DE L I T T É R 4 T U U E · texte numérisé non relu

DE L I T T É R 4 T U U E

accumulées d'une foule d'idées et de senliments , sont toujours les plus énergiques : Erravit sine voce do/or ( Lucain ) : Diesper sileniium vastus y et phratibus inquies. (Tac.) ^

La véhémence dépend moins de la force des termes , que du tour et du mouvement impétueux de l'expression : c'est l*impulsion que le style reçoit des sentiments qui naissent en. foule et se pressent dans l'ame , impatients de se répandre et de passer dans l'ame d'autrui. La conviction est pressante • énergique ; elle fait violence à l'entendement : la persuasion seule est véhémente , elle entraîne la volonté.

La célérité des idées qui s'échappent comme des traits de lumière , communiquée a l'expression , fait Ja vivacité du stjle; leur facilité à se succéder^ même sans vitesse , imitée par lestjle, en fait la volubilité. Mais ces qualités réunies ne font pas la véhémence : elle veut être animée par ]fi chaleur du sentiment ; elle en est l'explosion rapide ; et lorsqu'elle part d'une ame forte et ardente , elle entraîne tout : c'était la foudre de Périclès , c'était celle de Démosthène. C'est encore plus émînemmerit le caractère de l'éloquence poétique et le langage des passions.

Je ne t'écoute plus , va-t'en , raonstre exécrable ;

Va, laisse-moi le soin dfe mon sort déplorable :

Puisse le juste Ciel dign/ement te payer,

Et puisse ton supplice à jamais effrayer

Tous ceux qui comme toi , par de lâches adresses ,

Des princes mallicureux nourvisseut les faiblesses , Les poussent au penchant où leur cœur est enclin, Et leur osent du crime aplanir le chemin ; Détestables flatteurs , présent le plus funeste Que puisse faire aux rois la colère céleste !

Rien de plus difficile à définir que les grâces «r Celles du stjrle consistent dans l'aisance , la souplesse , la variété de ses mouvements , et dans le passage naturel et facile dé Tun à Tautre. Voulezvous en ;avoir une idée sensible ? appliquez à la poésie ce que M. Watelet dit de la peinture, a Les mouvements de l'ame des enfants sont simples ; leurs membres , dociles et souples. 11 résulte de ces qualités une unité d*action et une franchise

qui plaît La simplicité et la franchise des.

mouvements de l'ame contribuent tellement à produire les grâces , que les passions indécises ou trop compliquées les font rarement naître. La naïveté, la curiosité i^ngénue , le désir de plaire , la joie spontanée , le regret , les plaintes , et les larmes mêmes qu'occasione un objet chéri , sont susceptibles de grâces , parce que tous ces mouvements sont simples. » Mettez le langage à la place delà personne, croyez entendre au lieu devoir,, et cet ingénieux auteur aura défini les grâces du stjrle. y

Sublime. Ce qu'on appelle le stjrle siihUmedi^ partient aux grands objets , à l'essor le plus élevé des sentiments et des idées. Que Texpressio» ré-

DE LITTÉllATUllE. SSj

ponde à la hauteur de }a pensée, elle en a la siMimàé* Supposez donc aUx pensées un haut degré d'élévation : si l'expression est juste , le slji^le est sublime j si le mot le plus simple est aussi le plus clair et le plus sensible , le sublime sera dans la simplicité ; si le terme figuré embrasse mieux l'idée et la présente plus vivement , le sublime sera dans l'image. « Tout était Dieu , excepté Dieu même » (Bossuet) : ^oilà le sublime dans le simple. « L'univers allait s'enfonçant dans les ténèbres de l'idolâtrie » (Bossuet) ; voilà le sublime dans le figuré.

« Il n'y a point df style sublime , a dit un philosophe de nos jours ; c'est la chose qui doit l'être. Et comment le style pourrait-il être sublime sans elle, ou plus qu'elle? » En effet , de grands mots et de petites idées ne font jamais que de l'enflure : la force de l'expression s'év.inouit y si la pensée est trop faible ou trop légère pour y donner prise.

Ventus ut amiuit vires , nisi rohore densûi Occarrant $iluœ , ipatio d\ffunts inanL

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