LIVRE VIII. aS
meur; et il fut résolu, par les sages docteurs , que Ton en ferait la censure. Pour bien des gens, cette censure était encore une chose effrayante, et de ce nombre étaient plusieurs de mes amis. L'alarme se mit parmi eux. Ceux-là me conseillaient d'apaiser, s'il était possible, la furie de ces docteurs; d'autres amis, plus fermes, plus jaloux de mon honneur philosophique, m'exhortaient à ne pas mollir. Je rassurai les uns et les autres, ne dis mon secret à aucun, et commençai par bien écouter le public.
Mon livre était enlevé ; la première édition en était épuisée; je pressai la seconde , je hâtai la troisième. Il y en avait neuf mille exemplaires de répandus avant que la Sorbonne en eût extrait ce qu'elle y devait censurer; et , grâce au bruit qu'elle faisait sur le quinzième chapitre , on ne parlait que de celui-là; c'était pour moi comme la queue du chien d'Alcibiade. Je me réjouissais de voir comme les docteurs me servaient, en donnant le change aux esprits. Mon rôle à moi était de ne paraître ni faible , ni mutin , et de gagner du temps pour laisser se multiplier et se répandre dans l'Europe les éditions de mon livre. Je me tenais donc en défense, sans avoir l'air de craindre la Sorbonne, sans avoir l'air de la braver, lorsqu'un abbé, qui depuis a eu lui-même de puissants ennemis à combattre, l'abbé Georgel, vint m'inviter à prendre pour médiateur l'archevêque , en m'assurant que , si je l'allais voir , j'en serais bien reçu, et qu'il le
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savait disposé à me négocier avec la Faculté un accommodement pacifique. Bien ne convenait mieux à mon plan que les voies de conciliation. J'allai voir le prélat: il me reçut d'un air paterne, en m'appelant toujours, Mon cher monsieur Mar* montel. Je fus touché de la bonté que semblaient exprimer des paroles si douces. J'ai su depuis que c'était le protocole de Monseigneur en pariant aux petites geiis.
Je l'assurai de ma bonne foi, de mon respect pour la religion, du désir que j'avais de ne laisser aucun nuage sur ma doctrine et celle de mon livre , et je ne lui demandai pour grâce que d'être admis à m'expliquer devant lui avec ses docteurs sur tous les points qui, dans ce livre, leur paraissaient répréhensibles. Ce personnage de médiateur, de coticiiiateur, parut lui plaire. Il me promit d'agir, et, de mon côté , il me dit d'aller voir le syndic delà Faculté, lé docteur Riballier, et de m'expliquer avec lui.
J'allai voir Riballier : nos entretiens et ma correspondance avec lui sont imprimés; je vous y renvoie.
Les autres docteurs qu'assembla l'archevêque à sa maison de Conflans, où je me rendais pour y conférer avec eux , furent un peu moins malbonnétes que Hiballrer; mais, dans nos conférence^, iU portaient aussi l'habitude de falsifier les passages pour en dénaturer lé sens. Arîné de patience et de modération , je rectifiais le texte qu'ils ataient