‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 11 sur 165 · LIVRE VIIT · texte numérisé non relu

LIVRE VIIT

altéré, et leur expliquais ma pensée, en leur offrant d'insérer en notes ces explications dans mon livre, et l'archevêque était assez content de moi; mais ces messieurs ne Tétaient pas. « Tout ce que vous nous dites là est inutile^ conclut enfin Tabbé le Fèvre (vieil ergoteur que dans Técole on ti'appelait que la Grande Cateau)^ il faut absolument faire disparaître de votre livre le quinzième chapitre; c'est là qu*est le venin. »

cf — Si ce que vous me demandez était possible, lui répondis-je , peut-être le ferais-je pour l'amour de la paix; mais, à l'heure qu'il est, il y a quarante mille exemplaires de mon livre répandus dans l'Europe ; et , dans toutes les éditions qu'on en a faites et qu'on en fera, le quinzième chapitre est imprimé , et le sera toujours. Que servirait donc aujourd'hui d'en faire une édition où il ne serait pas? Personne ne l'achèterait cette édition mutilée; ce serait de l'argent perdu pour moi-même ou pour mon libraire. —Eh bien! me dit-il,, votre livre sera censuré sans pitié. — Oui, sans pitié, lui dis-je, monsieur Tabbé, je m'y attends si c'est vous qui en rédigez la censure; mais Monseigneur me sera témoin que j'aurai fait, pour vous adoucir ^ tout ce que raisonnablement tous pouviez exiger de moi. »

« — Oui, mon cher monsieur Marmontel, me dit l'archevêque; sur bien des points j'ai été content de votre bonne foi et de votre docilité ; mais il y a un article sur lequel j'exige de vous une ré-

iS MEMOIRES.

tractation authentique et formelle ; c'est celui de la tolérance. — Si Monseigneur veut bien , lui dis-je , jeter les yeux sur quelques lignes que j'ai écrites ce matin , il y verra nettement expliqué quelle est , à ce sujet, mon opinion personnelle, et quels en sont les motifs. » Je lui présentai cette note, que vous trouverez imprimée à la suite de Bélisaire, Il la lut en silence , et la fit passer aux docteurs^, ce Bon ! dirent-ils, des lieux communs, rebattus mille fois, mille fois réfutés, qui sont le rebut des écoles. ~7 Vous traitez, leur dis-je, avec bien du mépris l'autorité des Pères de FËglise et celle de saint Paul , dont mes motifs sont appuyés. » Ils me répondirent a que les écrits des Pères de l'Église étaient un arsenal où tous les partis trouvaient des armes , et que le passage dé saint Paul que j'alléguais ne prouvait rien. »

a — Eh bien! leur demandai-je , puisque votre autorité seule doit faire loi, que me demandez -vous? — Le droit du glaive , me dirent-ils , pour exterminer l'hérésie, l'irréligion, l'impiété, et tout soumettre au joug de la foi. » • .

C'était là que je les attendais , pour me retirer en bbn ordre et me tenir retranché dans un poste où l'on ne pourrait m'attaquer. Prœmunitum, at-que ex omni parte causœ septum (de or. L. 3). Je leur répondis donc « que le glaive était l'une de ces armes charnelles que saint Paul avait réprouvées lorsqu'il avait dit , Arma militiœ nostrœ non camalia sunt;y> et, à ces mots, j'allais sortir. Le

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