LIVRE VIII. a
l'inquiétude. J'écrivis au ministre de la niaison du roi, le comte de Saint-Florentin, que j'étais sur le point de mettre au jour un ouvrage dont le sujet me semblait digne d'intéresser le cœur du roi; que je' souhaitais vivement que sa majesté me perinît de le lui dédier, et qu'en le lui donnant à examiner (à lui, ministre), j'irais le supplier dé solliciter pour moi cette faveur. Pour cela, je lui demandais un moment d'audience, et il riie l'accorda.
En lui confiant mon manuscrit, je lui avouai, en confidence, qu'il y avait un chapitre dont les théologiens fanatiques pourraient bien n'être pas contents. « Il est donc bien intéressant pour moi, lui dis-je, que le secret n'en soit pas év^rité; et je vous supplie, monsieur le comte, de ne pas laisser sortir mon manuscrit de votre cabinet. » Comme il avait de l'amitié pour moi , il me le promit, et il me tint parole; mais, quelques jo\i ris après ^ en me rendant mon ouvrage qu'il avait lu , ou qu'il avait fait lire, il me dit que la religion de Bélisaire ne serait pas du goût des théologiens ; que j vraisemblablement, mon livre serait censuré, et que, pour cela seul, il n'osait proposer au roi d'en accepter la dédicace. Sur qtioi je le priai de vouloir bien me garder le silence, et je mé retirai content.
Que voulais-je, en effet? Avoir à la couf un témoin de l'intention où j'avais été de dédier mon ouvrage au roi , et , par conséquent , une preuve que rien n'avait été plus éloigné de ma pensée que
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de faire la satire de son règne ; ce qui était la vérité même. Avec ce moyen de défense, je fus tranquille encore de ce côté. Mais il me fallait passer sous les yeux d'un censeur, et, au lieu d'un, l'on m'en donna deux, le censeur littérair<e n'ayant osé prendre sur lui d'approuver ce qui touchait à la théologie.
Voilà donc Bélisaire soumis à l'examen d'un docteur de Sorbonne : il s'appelait Chevrier. Huit jours après que je lui eus livré mon ouvrage , j'allai le voir. En me le rendant, il m'en fit de grands éloges; mais lorsque je jetai les yeux sur le dernier feuillet, je n'y vis point son approbation. « Ayez donc la bonté, lui dis-je, d'écrire là deux mots. » Sa réponse fut un sourire. « Quoi ! monsieur, insistai-je^ ne l'approuvez-vous pas? — Non, monsieur, Diçu m'en garde, me répondit-il doucement. — Et' puis-je, au moins, savoir ce que vous y trouvez de répréhensible? — Peu de chose en détail, mais beaucoup dans le tout ensemble; et l'auteur sait trop bien dans quel esprit il a écrit son livre, pour exiger de moi d'y mettre mon approbation. » Je voulus le presser de s'exr pliquer. « Non, monsieur, me dit-il, vous m'entendez très-bien; je vous entends de même; ne perdons pas le temps à nous en dire davantage, et cherchez un autre censeur. » Heureusement, j'en trouvai un moins difficile, et Bélisaire fut imprimé.
Aussitôt qu'il parut, la Sorbonne fut en ru-