‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 101 sur 165 · LIVRE XIII. a · texte numérisé non relu

LIVRE XIII. a

nous des mouvements d'émulation. C'était d'après de tels exemples que des hommes instruits , remuants et audacieux, avertissaientpartout le peuple de ne pas oublier ses droits , et le ministre d'en prendre soin.

Le ministre ^ne demandait qu'à maintenir les droits du peuple ; car la ligue des parlements , du clergé et de la noblesse contre l'autorité royale l'avait réduit à regarder le peuple comme le refuge du roi. Mais , contre une si grande masse de résistance et de crédit, il se sentait trop faible , et il avait besoin U'étre fortement appuyé.

Il n'était pas bien sûr de l'être par l'assemblée des notables. Cette assemblée où domineraient l'église, l'épée et la robe , et dans laquelle les notables des villes n'auraient pas même le tiers des voix , ne devait guère être favorable aux communes.

Mais quel que fut le résultat des délibérations, le mouvement serait donné aux esprits dans tout le royaume., et les grands intérêts de la chose publique , agités dans cette assemblée , le seraient encore plus vivement au-dehors. C'était de là surtout que le ministre attendait sa force , et peutêtre cet appareil de consultation n'était-il qu'une lice ouverte à l'opinion nationale , ou qu'un signal pour elle de se manifester. Le roi l'y avait invitée par un arrêt du conseil , avant le renvoi de Brienne. Il était donc probable que l'opinion publique en imposerait aux notables. Déjà se montrant popu-

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laires dans leur première ass^nblée de 1767 , nonseulement ils avaient consenti , mais ils avaient demandé eux-mêmes que , datis les assembiées provinciales que proposait Galonné , le nombre des membres du tiers-état fût égal à celui des membres du clergé et de la noblesse réunis* La question semblait donc jugée par eux-mêmes, et Necker ne faisait que leur laisser l'honaeur de ocHifirmer leur décision. La même disposition , dans les états de Dauphiné , avait été hautement louée et proclamée comme un modèle. Ainsi, de tous côtés , les notables étaient avertis d'être populaires ; et îl n'y avait aucune apparence qu'ils voulussent ou qu'ils osassent cesser de l'être après l'avoir été. Ce fut dans cette confiance que la même assemblée de 1787 fut convoquée de nouveau le 5 octobre 1788 , et se réunit à Versailles le 3 novembre de la inême année.

Mais, lorsqu'il y fut question de composer dans les états ce conseil national, ce tribui^l supi^ême où seraient discutés leurs droits, leurs privilèges, et tous les plus grands intérêts de leur rang et de leur fortune , chacun des ordres ne s'occupa que des dangers qu'il allait courir.

Les objets sur lesquids on avait à délibiker furent proposés en questions, dontles principales étaient i Quel devait être le nombre respectif des députés de chaque ordre ? Quelle avait été et quelle pouvait être leur forme de délibérer ? Quelles conditions seraient nécessaires pour être électeurs et

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