‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 109 sur 165 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

Quoique Paris fut comme le foyer de la fermentation excitée dans le royaume, les assemblées primaires y furent assez tranquilles, et ne parurent occupées qu'à se donner de bons électeurs pour avoir de bons députés.

J'étais du nombre des électeurs nommés par la section des Feuillants ; je fus aussi l'un des commissaires chargés delà rédaction du cahier des demandes, et je puis dire que dans ces demandes il n'y avait rien que d'utile et de juste. Ainsi l'est* prit de cette section fut raisonnable et modérée

. Il n'en £ut pas de même de l'assemblée électorale ; la majeure partie en était saine en arrivant ; mais nous y vîmes fondre une nuée d'intrigants qui venaient souffler parmi nous l'air contagieux qu'ils avaient respiré aux conférences de Duport, l'un des factieux du parlement.

Soit queDuport fût de bonne foi dans son dan-* gereux fanatisme, soit qu'ayant mieux calculé que sa compagnie les hasards qu'elle allait courir, il eût voulu se donner à lui-même une existence pô-^ li tique , on savaft que, chez lui, dès l'hiver précédent , il avait ouvert comme une école de repu-»'

Mémoires, ti. 16

blicisme , où ses amis prenaient soin d'attirer les esprits les plus exaltés ou les plus disposés ii Tétre.

J'observai cette espèce d'hommes remimnts et bruyants , qui se disputaient la parole , impatients de se produire • et aspirants à se faire inscrire sur la liste des orateurs. Je ne fus pas longtemps à voir quelle serait leur influence , et , en élevant ma pensée d'un exemple particulier k une induction générale , je reconnus que c'était là^de même dans toutes les communes^lesorganesdelafaction^gens de palais et de chicane, et tons accoutumés à parler en public.

C'est une vérité connue , qu'aucun peuple ne se gouverne; que l'opinion , la volonté d'une multitude assemblée n'est jamais , ou presque jamais , qu'une impulsion qu'elle reçoit d'un petit nombre d'hommes, et quelquefois d'un seul^ qui k lait penser et vouloir, qui la meut et qui la conduit. Le peuple a ses passions, ma»^ tes passicms, comme endormies, attendent une voix qui les réveille et les irrite. On les a comparées aux voile» dfun navire, lesquelles resteraient oisives et flot*^ tantes, si quelque rent ne les enflait.

Or , on sait qu'émouvoir les passions du peuple fut de tout temps l'office de l'éloquence de la tribune ; et , parmi nous ^ la seule école de cette éloquence populaire était le barreau. Ceux mâme qui, dans la plaidoirie, n'en avaient pris que la hardiesse, les mouvements et les clameurs , avaient sur le vulgaire un très-^grand avantage. Une raison

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