‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 111 sur 165 · LIVRE XIY · texte numérisé non relu

LIVRE XIY

blée. Jamais la nation n'avait été si |>ldn«mefit représentée; jamais tant de si graves intérêts n'avaÂaDt été remis à ses représentants ; jamais aussi tan^ de talents et de lumières ne s'étaient réunis pour travailler ensemble au-grand ouvrage du bien public ; jamais enfin un roi j ni meilleur , ni plus juste ^ ne s'était offert pour y contribuer. Que de bonheur un système aveugle de révolution a détruit!

Le roi, dans tout l'appareil de sa majesté, accom* pagné de la reine et des deux princes ses frères , des princes de son sang , des pairs de son royaume , des officiers de sa couronne , de son garde^idessceaux et du ministre de ses finances , se rendit à la salle des états assemblés.

Il parut avec une dignité simple , sans orgueil , sans timidité , portant sur le visage le caractère de bonté qu'il avait dans le cœur , doucement ému du Sipectacle et du sentiment que la vue des députés d'une nation fidèle devait inspirer à son

roi.

Bien de plus vrai que l'air , le ton ^ l'accent d^ Tame , l'expression simple et sensible dont il prononça le discours que je vais transcrire.

« Messieurs , ce jour que mon cœur attendait depuis long-temps est enfin arrivé , et je me vois, entouré des représentants de la nation à laquelle je me fais gloire de commander. Un long intervalle s'était écoulé depuis la dernière tenue des états-généraux ; et , quoique la convocation de ces assemblées parût être tombée en désuétude, je

n'ai point balancé à rétablir un usage dont le royaume peUt tirer une nouvelle force, et qui peut ouvrir à la nation une nouvelle source de bonheur.

* a La dette de l'État , déjà immense à mon avènement au trône , s'est encore accrue sous mon règne ; une guerre dispendieuse , mais honorable, en a été la cause ; l'augmentation des impots en a été la suite nécessaire, et a rendu plus sensible leur inégale répartition. Une inquiétude générale , un désir immodéré d'innovation , se sont emparés des esprits , et finiraient par égarer totalement les opinions, si l'on ne se hâtait de les fixer par une réunion d'avis sages et modérés.

tt C'est dans cette confiance , messieurs , que je vous ai rassemblés, et je vois avec sensibilité qu'elle a^ déjà été justifiée par des dispositions que les deux premiers ordres ont montrées à renoncer à leurs intérêts pécuniaires. L'espérance que j'ai eue de voir tous les ordres réunis de sentiments concourir %vec moi au bien général de l'État lie sera point trompée.

«J'ai déjà ordonné dans les dépenses des retranchements considérables. Vous me présenterez à cet égard des idées que je recevrai avec empressement ; mais, malgré les ressources que peut offrir l'économie la plus sévère , je crains , messieurs , de ne pouvoir pas soulager mes sujets aussi promptement que je le désirerais.

«c Je ferai mettre sous vos yeux la situation

exiacte des finances ; et , quand vous 1-aurez exa-» minée , je suis assuré d'avance que vous me proposerez les moyens les plus efficaces pour y établir un ordre permanent, et affermir le crédit public. Ce grand et salutaire ouvrage , qui assurera le bonheur du royaume au- dedans, et sa considération au-dehors , vous, occupera essentiellement.

<x Les esprits sont dans Tagitation ; mais une assemblée des représentants de la nation n'écoutera sans double que les conseils de la sagesse et de la prudeince. Vous aurez j ugé vous-mêmes , messieurs^ qu'on s'en est écarté dans plusieurs occasions rét centes ; mais l'esprit dominant de vos délibérations répondra aux véritables sentiments d'une nation généreuse, et dont l'amour pour ses rois a toujours fait le caractère distinctif. J'éloignerai tout autre souvenir. ,

« Je connais l'autorité et la puissance d'un roi juste , au milieu d'un peuple fidèle et attaché de tout temps aux principes de la monarchie. Ils ont fait la gloire et l'éclat de la France ; je dois en être le soutien , et je le serai constamment. Mais tout ce qu'on peut attendre du plus tendre intérêt au bonheur public , tout ce qu'on peut demander, à un souverain , premier ami de ses peuples, , vous pouvez , vous devez l'espérer de mes aenti? ments.

« Puisse , messieurs , un heureux accQi^ régner dans cette assemblée , et cette époque devenir à

agA MÉMOIRES.

jamais mémorable pour le bonhenr et la prospérité du royaume ! Cest le souhait de mon cœur ; c'est le plus ardent de mes Toeux ; c'est enfin le pri:ft que j'attends^ de la droiture de mes intentions et de mon amour pour mes peuples. »

Ces paroles du, roi firent sur l'assemblée la phis favorable impressioB.

Le garde-des-sceaux , selon l'usage, développa les intentions du roi ; il observa que dans l'ancien temps le service militaire étant aux frais de la noblesse, et la subsistance des veuves, des orphelins, des indigents , étant prise alors sur les biens du clergé , ce genre de contribution les acquittait envers l'État ; mais qu'aujourd'hui que le clergé arvait des richesses considérables , et que la noblesse obtenait des récompenses honorifiques et pécuniaires, les possessions de ces deux ordres devaient subir la loi commune de l'impôt. Parmi les objets qui devaient fixer l'attention de l'assemblée , il indiqua les changements utiles que pouvaient exiger la législation civile et la procédure criminelle ; et, en reconnaissant la nécessité de rendre l'administration de la justice plus facile, d'en corriger les abus , rfen restreindre les frais , de tarir la source de ces discussions interminables qui ruinaieot les familles, et de mettre les justiciables à pwtée d'obtenir un prompt jugement , il rendit tacitement hommage aux principes de Lamoignon.

Etffin , par ordre exprès du roi , le direct^r-géuévià des finances ayan^t pris la pardie, en exposa

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