LIVRE XV. 3o
si, une fois en dâibâration et en ccmnmxmMé avec le tiers-état , ils se voyaient envdloppés du parti populaire , il «taLt à craindre qu'ils n'y lestassent ; et c'était ce premier abord qu'on voulait éviter. Mais le seul moyen d'einp^îher la désertion aurait été de la rendre honteuse e^ déshonorante dans l'o^nion publique, en se donnant un carac^ tère de franchise et de loyauté qui ne laissât aucun prétexte à la bassesse des transfugies. Des commis'^ saires conciliateurs fureat nommés par les trois ordres, et de leurs conférences il ne résulta rien.
Un monarque , plus occupé de lui-même que de l'État, et qui, jaloux de sa puissance, aurait mi qu'on venait au moins la restreindre et la subju«i;uer, aurait laissé les oixlres se Êitigiaer de leurs débats , et la discorde rebuter et dissoudre cette dangereuse assemblée; mais le roi qui voulait sincèrement le bien public, espérant engager les ordres à l'opérer de concert avec lui, ne craignait rien tant que <le les voir se sépiarer , et , avec la même bonne foi qu'il les avait appelés à son ^àe ^ il cherchait les moyens de les 'Conciliei*, les pressant, /ie toui son amour , d'y dofiner leur consentement.
Le cl^gé accepta la médiation du roi. La noblesse, se défiant des conseils du ministre, me donna son coasbsentement qu'avec des restrictions qui valaieskt un refus. Le tiers se dispexisa de ré- |>ondre à l'offre du roi^ attendiu, disait-il, que. la noblesse modifiant par des réserves Facquiescement qu'elle y semblait donner , cène potïvait plus
3o4 MEMOIRES.
s'appeler un moyen conciliatoire. Le clergé sentart sa £aiiblesse ; la noblesse prit son courage pour de la force ; le tiers sentit la sienne , il en usa , et il en
abusa.
L'arrêté qu'il prit le lo juin à la presqu'unanimité , fut de terminer des délais inutiles , et de passer de l'attente à l'action , toutefois après avoir fait une dernière tentative et de nouvelles instances au clergé et à la noblesse, d'assister et de concourir à la vérification des pouvoirs , en les avertissant qu'on y procéderait tant en l'absence qu'en présence des classes privilégiées. On ajouta que les communes exposeraient au roi les motifs de cette grande délibération.
Le nom de communes que le tiers avait pris, et le nom de classes qu'il donnait aux deux premiers ordres, annonçait qu'il ne voulait plus entre eux et lui de distinction de grades ; ainsi , pour la noblesse et le clergé , plus de milieu à prendre ni de délai à obtenir. Il fallait ou se réunir au tiers , comme ils l'ont fait depuis , ou , après la vérification des pouvoirs faite en commun , se retirer chacun des deux ordres de son côté , se constituer l'un et l'autre parties intégrantes des états-généraux ; faire d'eux-mêmes au bien public les plus généreux sacrifices , se déclarer soumis aux impositions dans la plus exacte équité , reconnaître l'obligation de garantir la dette nationale et de subvenir aux besoins de l'État , tenir pour abolie la servitude personnelle , accorder le rachat de tous