‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 117 sur 165 · LIVRE XV. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE XV. 3o

eu garde contre cette usurpation de puissance y et l'engager à rompre une assemblée factieuse, cojtnme excédant le^ bornes de ses fonctions , et comme s'arrogeant un pouvoir qu'elle n'avait pas.

Mais le conseil, bien loin d'être en état de prendre une résolution, n'avait pas même un plan de conduite et de résistance. Je tiens de l'un des hommes qui , dans cette assemblée, ont montré le plus de courage , de lumières et de talents ; je tiens de Malouet , qu'ayant lui>même un jour demandé à Necker , en présence de deux autres ministres, si , contre les attaques dont le trône était menacé , il avait un plan de défense ; Necker lui répondit qu'il n'en avait aucun. S'il est ainsi , répondit Malouet , tont est perdu.

Necker n'était déjà plus le ministre que demandaient les circonstances. Il avait engagé l'État dans un détroit et parmi des écueils dont il ne sut point le tirer.

Cependant il ne put dissimuler au roi que l'assemblée s'arrogeait une puissance exorbitante ; et ce fut pour la contenir que , le ao du mois , fut proclamée , pour le ^% , une séance royale. Jusquelà il fut ordonné que les salles seraient fermées , et que les états vaqueraient ; faible moyen pour empêcher la réunion d'une partie du clergé avec les communes; car on en était menacé.

La cour et le conseil étaient remplis d'agitation. La noblesse et le haut clergé voyaient leur ruine prochaine si le roi les abandonnait , et lui deman-

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daient son appui. Il fut donc résolu dans le conseil que le roi irait en personne marquer aux députés du peuple les limites de leurs pouvoirs ; les engager à la concorde , au nom du salut de l'État , et pour y concourir , manifester lui-même ses intentions bienfaisantes.

Cette déclaration à rédiger demandait bt^aucoup de prudence. Il fallait éviter, comme deux écueils, de céder aux communes et de les soulever. Necker, chargé de ce travail, s'appliqua, selon ses principes , à tempérer sans l'affaiblir le caractère de l'autorité ; à ne rien faire vouloir au roi qui ne fôt juste et désirable, et à concilier ce qui appartenait à la majesté du monarque avec ce qui lui semblait dû à la dignité des représentants de la nation. Son travail fut d'abord adopté; mais en son absence, et dans un conseil qui se tint à Marly , on y fit quelques altérations légères, à ce qu'on assure, mais telles, m'a-t-il dit lui-même, que la déclaration ne pouvait plus avoir l'effet qu'on s'était proposé.

Quel qu'eût été le changement que je n'ai pu vérifier, il est certain que le discours manquait d'ensemble , et qu'il allait mal à son but.

Le 20 , l'ordre de la noblesse avait obtenu du roi une audience, dans laquelle son président, le duc de Luxembourg , portant la parole : « Sire , lui avait-il dit , les députés de l'ordre du tiers-état ont cru pouvoir concentrer en eux seuls l'autorité des états-généraux. Sans attendre le concours des

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