‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 119 sur 165 · LIVRE XV. 3l I · texte numérisé non relu

LIVRE XV. 3l I

ment décidées à ne pas recoanaître la délibération par ordre, et que l'autorité du roi serait inutilement compromise à les y contraindre ; que , si la résistance était la même du côté des deux premiers ordres , il en arriverait ou que les états seraient tenus sans leur concours , ou qu'ils seraient dissous ; que l'un entraînerait la ruine du clergé et de la noblesse , et l'autre celle du royaume ; que ^ dans l'épuisement de toutes les ressources , on touchait au moment fatal où tes paiements même les plus instamment exigibles , ceux du trésor royal,, ceux de l'hôtel-de- ville , le prêt même des troupes, la subsistance de Paris , tout allait manquer ; que la famine, la banqueroute, peut-être la guerre civile , menaçaient le royaume , si les états étaient rompus, ou n'étaient pas incessamment d'accord; et, après avoir frappé le roi et le conseil de ces vérités alarmantes , il leur avait fait adopter une déclaration où il avait tâché de ménager en même temps la dignité royale et la fierté républicaine.

Ot, c'était là surtout ce qu'on avait changé dans la déclaration. On avait supposé comme principe incontestable ce qui serait le plus vivement contesté ; on y avait fait vouloir au roi tout ce que voulait la noblesse; on lui faisait annuler ou dé-^ fendre tout ce qu'elle ne voulait pas. C'était lui supposer et la puissance actuelle et la ferme résolution de rompre et de dissoudre sur-le-champ l'assemblée en cas de résistance à son autorité. Or , l'une était aussi chancelante que l'autre. La

banqueroute et la guerre civile étaient comme deux spectres qui épouvantaient le roi.

Necker ayant donc appris que son ouvrage était changé, et qu'on mettait aux prises l'autorité royale avec la liberté publique , crut devoir s'abstenir de paraître à cette séance , où sa présence eût laissé croire qu'il adhérait à ce qui s'était fait malgré lui. Sa conduite a fait dire aux uns qu'il avait voulu attirer à lui seul la faveur du peuple ; aux autres qu'il avait donné le signal de la rébellion , et aux plus modérés , qu'uniquement occupé de sa réputation, il avait tout sacrifié à son intérêt personnel.

La déclaration fut lue à l'assemblée en présence du roi, et l'on n'eut pas de peine à y reconnaître deux caractères incohérentsr. Elle était divisée en deux parties : dans la première se déployait , comme je l'ai dit, le pouvoir le plus absolu ; dans l'autre, et à la suite de ces formules de despotisme déjà trop rigoureusement employées dans les lits de justice, venait un exposé touchant des bonnes intentions du roi , et des mesures qu'il voulait prendre pour produire et pour assurer la prospérité du royaume; et, après avoir appelé les états-généraux à s'occuper avec lui des grands objets d'utilité publique, le roi voulait que toutes les lois qu'il aurait sanctionnées dans la tenue actuelle des états ne pussent jamais être changées sans le consentement des ordres réunis. Seulement à l'égard de la force publique , protectrice de l'ordre et de la sûreté, 5oit au-dedans , soit au-dehors , il déclarait exprès-

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