LIVRE XV. 3l
aime, point, mais je me prosterne devant la vertu. — Restez , M. Necker , s'écria la foule, restez, nous vous en copjurons. » Le ministre , sensiblement ému : « Pariez pour moi , M. Target , dit-il , car je ne puis parler moi-même. — Eh bien!
messieurs, je reste, s'écria alors Target; c'est la réponse de. M. Necker. » On a su depuis combien le coup que cette scène portait au cœur du roi lui fut sensible ; et cela même entrait dans l'intention des acteurs.
Il n'y avait aucune espérance de rompre l'union des communes ni de vaincre leur résistance. Tous les jours il leur arrivait des différentes villes du royaume des félicitations de commande sur leur fermeté courageuse. Dans ces adresses il était dit que, si on semait des pièges autour de l'assemblée nationale , elle n'avait qu'à tourner ses regards , qu'elle apercevrait derrière elle vingt-cinq millions de Français , qui , les yeux attachés sur « sa conduite , attendaient en silence quel serait leur sort et celui de leur postérité. Il ne fallait pas s'attendre avoir un parti aussi déclaré reculer d'un pas y ni fléchir.
11 s'en fallait bien que dans l'autre parti la résolution fuit aussi unanime , et la résistance aussi ferme. On a vu la division arrivée dans le clergé. La noblesse n'était guère plus sûre d'elle-même ; déjà soixante députés de cet ordre avaient désavoué hautement dans leur diambre le refus que l'on avait fait de la médiation du roi. Du côté du
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clergé , le lendemain de la séance royale , cent soixante curés s'étaient rendus dans la salle commune. Deux jours après ^ deux évéques encore, celui d'Orange et celui d'Autun y avaient passé. Le même jour l'humble et doux archevêque de Paris y avait présenté ses pouvoirs. Du coté de la noblesse, quarante-sept gentilshommes, et dans ce nombre des hommes remarquables , ^'étaient réunis aux communes. Le reste dés deux premiers ordres ne pouvait différer de suivre cet exemple; et dans l'état de crise où étaient les affaires , tout délai était dangereux. Le roi fit pour les décider ce qu'il aurait fallu qu'il fît avant la séance royale. La lettre qu'il leur adressa , en leur sauvant l'humiliation de céder aux communes , leur donna lieu de s'honorer d'un sentiment d'amour pour lui et de respect poiir sa volonté. Ce fut à lui qu'ils se rendirent; et ce jour (le 27 juin ) fut marqué par la réunion des trois ordres dans la salle commune des états-généraux.
Cette réunion solennelle se fit d'abord dans un profond silence ; mais lorsqu'elle fut consommée , à ce silence respectueux succéda tout-à-coup une explosion de joie qui se communiqua et se répandit au dehors.
Le peuple, susceptible encore de sentiments honnêtes et de douces émotions , vient d'apprendre que son triomphe est l'ouvrage du roi; et, doublement heureux de l'obtenir et de le lui devoir, se presse vers ce palais , où quelques jours aupara-