LIVRE XVI
Necker et celui du duc d'Orléans , il les promena dans Paris.
Une autre foule s'amassait dans la place de Louis XV , et le Jtumulte allait croissant. Pour le dissiper , on fit avancer quelques troupes. Leur commandant y le baron de Bezenval , s'y était rendu avec une compagnie de grenadiers de gardes-suisses. Le prince de Lambesc vint l'y joindre à la tête de cinquante dragons de Royal-Âllemand. ta présence des troupes acheva d'irriter le peuple. Il se mit à les insulter. Us négligèrent ses clameurs ; mais , assaillis à coups de pierre , dont quelquesuns furent blessés , les dragons perdaient patience^ lorsque Bezenval donna l'ordre au prince de. Lambesc de faire un mouvement pour obliger le peuple à reculer dans les Tuileries. Ce mouvement se fit avec tant de mesure , que personne du peuple n'en fut renversé ni froissé. Ce. ne fut qu'au moment de la retraite des dragons que fut blessé légèrement , et de la main du prince , un forcené qui s'obstinait à lui fermer le Pont -Tournant.
Aussitôt dans Paris se répandit le bruit d'un massacre de citoyens dans le jardin des Tuileries ^ oà couraient , disait^on , les dragons de Lambesc à cheval , le sabre à la main , et le colonel à leur tête, égorgeant les vieillards, écrasant les enfants,, renversant les femmes enceintes , ou les faisant avorter de frayeur.
En même temps , sur le faux bruit que leur ré-
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giment était insulté , les grenadiers des gardesfrançaises forcèrent le duc du Châtelet, leur colonel y à les laisser sortir du jardin de l'hôtel de Richelieu, où il les tenait enfermés. Dès-lors le régiment aux gardes fut tout entier livré au peuple; et c'était là ce que les factieux désiraient le plus ardemment.
Ainsi Paris , sans tribunaux , sans police , sans garde , à la merci de cent mille hommes errant au milieu de la nuit, et la plupart manquant de pain, croyait être au moment d'être assiégé au-dehors, d'être saccagé au-dedans. Yingt-cinq mille hommes de .troupes étaient postés autour de son enceinte, à Saint -Denis , à Courbevoye , à Charenton , à Sèvres , à la Muette , au Champ - de - Mars ; et tandis qu'on le bloquerait et qu'on lui couperait les vivres , il allait être en proie à un peuple affamé. Telle fut l'image terrible qui , dans la nuit du I !2 au 1 3 juillet , fut présente à tous les esprits.
Mais les brigands eux-mêmes , saisis de la terreur commune , ne commirent aucun dégât. Les boutiques des armuriers furent les seules qu'on fit ouvrir , et l'on n'y prit rien que des armes.
Dès que le jour parut, la ville se trouva remplie d'une populace égarée, qui, frappant à toutes les portes , demandait à grands cris des armes et du pain , et qui , croyant qu'il y avait un dépôt de fusils et d'épées dans les souterrains de l'Hôtel-de- Ville , s'y porta pour les faire ouvrir. Je m'arrête