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pour expliquer par qui, dans ce moment, l'Hôtelde- Ville était occupé et par quelle espèce de tribunal la police y était exercée.
Le lo mai , les élections de la commune étant achevées, Target, président de l'assemblée des électeurs , leur persuada de se tenir en permanence durant la session des états-généraux. La délibération en fut prise du consentement et au gré de la faction populaire. Ainsi , lorsqu'à la fin de juin , après la séance royale , les électeurs trouvèrent leur salle fermée à l'archevêché, ils se firent ouvrir l'Hôtel-de- Ville , et s'y établirent les agents de l'assemblée nationale auprès du peuple de Paris.
Je dois leur rendre ce témoignage , que , dans des circonstances difficiles et périlleuses , chargés du soin de la chose publique, ils s'acquittèrent de leurs fonctions en bons et braves citoyens.
Ce fut donc à cette assemblée que, le i3 juillet, le peuple s'adressa pour demander des armes, dont il y avait , disait-il , un amas dans les caveaux de l'Hôtel- de- ville; mais comme ce dépôt n'existait point, le peuple eut beau forcelr les portes, les fusils de la garde furent les seuls qu'il y trouva , et ceux-là furent enlevés.
Cependant, au bruit du tocsin qu'on fît sonner dans toutes les églises , les districts s'assemblèrent pour aviser aux moyens de pourvoir à la sûreté de la ville au-dedans ainsi qu'au-dehors; car il n'était pas moins instant de la défendre des brigands dont
elle était pleine, que des troupes qui l'entouraient. Dès ce moment, la bourgeoisie forma des bandes de volontaires qui , dans les places et les jardins publics , venaient se ranger d'elles-mêmes ; mais on manque d'armes ; on ne cesse d'en demander à l'Hôtel-de-Ville. Le prévôt des marchands , le malheureux Flesselles, y est appelé, il y arrive à travers la foule ; il se dit le père du peuple , et il est applaudi dans cette même place où demaiq son corps sanglant sera traîné.
Les électeurs nomment un comité permanent à l'Hôtel -de -Ville, pour y être jour et nuit accessible à ce peuple tourmenté de frayeurs. Flesselles, à la tête du comité, annonce imprudemment qu'il va lui arriver dix mille fusils de Charleville , et trente mille bientôt après. Il eut même , dit * on , la funeste légèreté de se jouer des plus impatients , en les envoyant çà et là dans des lieux où il leur fit croire qu'ils trouveraient des armes. On y courut , on se vit trompé , et l'on revint le dénoncer au peuple comme un fourbe qui, en le trahissant, l'insultait.
Le comité des électeurs , pour rassurer le peuple , décida qu'une armée parisienne serait incontinent formée au nombre de quarante-'huit mille hommes. Tous les districts vinrent s'offrir pour la composer le jour même. On quitta la livrée verte , et la rouge et bleue prit la place (le vert était la couleur d'un prince qui n'était pas républicain).
Le peuple cependant s'était porté au Garde-
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Meuble , et il en avait enlevé les armes précieuses que Ton y conservait comme des raretés , soit par la beauté du travail dont elles étaient enrichies , soit à cause de leur antiquité et par respect pour les héros dont elles rappelaient la gloire. L'épée de Henri IV fut le butin d'un vagabond.
Mais, pour tant de milliers d'hommes, ce petit nombre d'armes était une faible ressource. Ils revinrent en fi^rieux en demander à l'Hôtel-de-Ville, disant qu'il y en avait , et accusant les électeurs d'être d'intelligeiice avec les ennemis du peuple , pour laisser Paris sans défense. Pressé par ces reproches, que les menaces accompagnaient, le comité ims^ina d'autoriser tous les districts à faire fabriquer des piques et autres armes de cette espèce ^ et le peuple fut satisfait.
Mais un meilleur expédient , que les districts prirent d'eux-mêmes , fut d'envoyer le soir aux Invalides sommer le gouverneur Sombreuil de leiir livrer les armes qu'ils savaient être en dépôt dans l'hôtel. Le commandant général des troupes , qui avait un camp tout près de là , et à qui Sombreuil les adressa, leur demanda le temps d'envoyer à Versailles poiir demander l'ordre du roi , et ce temps lui fut accordé.
La terreur de la nuit suivante , plus profonde et plus réfléchie, prit un caractère lugubre; l'enceinte de la ville fut fermée et gardée ; des patrouilles déjà formées en imposaient aux vagabonds ; des feux allumés dans les rués éclairaient l'épouvante , inti-
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midaient le crime , et faisaient voir partout des pelotons d'hommes du peuple errant comme des spectres. Ce silence vaste et funèbre n'était interrompu que par la voix étouffée et terrible de ces gens qui de porte en porte criaient, des armies et du pain!
Au faubourg Saint-Laurent , la maison des religieux de Saint-Lazare fut incendiée et saccagée. On croyait y trouver un magasin de blés.
Cependant le Palais-Boyal était plein de ceséac* tieux mercenaires qu'on employait à attiser le feii de la sédition ; et la nuit s'y passait en délations et en motions atroces, non - seulement contre Fiesselles , mais contre le comité des électeurs , qu'on dénonçait comme traîtres à la patrie.
La veille , cinq milliers de poudre qui sortaient de Paris avaient été saisis aux barrières et déposés à l'Hôtel-de-Ville sous la salle des électeurs. Au ' milieu de la nuit , le petit nombre de surveillants qui étaient restés dans cette salle est averti que , du côté du faubourg Saint-Antoine, quinze raille hommes , la milice affidée des moteurs du Palais-^ Royal , viennent forcer l'Hôtel-de- Ville. Parmi les surveillants était un citoyen , le Gnand de Saint-^ René , homme d'une coraplexion faible et valétudinaire , mais d'un fort et ferme courage, a Qu'ils viennent nous attaquer , dit-il , nous sauterons ensemble. » Aussitôt il ordonna aux gardes de l'hôtel d'apporter six barils de poudre dans le salon voisin. Sa résolution fut connue. Le premier baril apporté
fit pâlir les plus intrépides ^ et le peuple se retira. Ainsi par un seul homme l'Hôtel-de-Ville fut gardé. Le royaume eût de même été sauvé ^ si ^ à la tête des conseils et des camps , le roi avait eu de tels hommes ; mais lui-même il recommandait qu'on épargnât le peuple , et contre lui jamais il ne put consentir à aucun acte de vigueur ; faiblesse vertueuse qui a fait tomber sa tête sous la hache de ses bourreaux.
Durant cette nuit effrayante , la bourgeoisie se
tenait enfermée , chacun treipiblant chez soi , pour
soi et pour les siens ; mais le 1 4 ? âu matin , ces
frayeurs personnelles cédant à l'alarme publique ,
' la ville entière ne fut qu'un seul et même peuple ;
Paris eut une armée; cette armée ^ spontanément
assemblée à la hâte, connaissait mal encore les rè-
^gles de la discipline, mais l'esprit public lui en tint
^ lieu. Seul il ordonna tout comme une puissance
'invisible. Ce qui donnait ce grand caractère à l'es-
^prit public , c'était l'adresse qu'on avait eue de fas-
' ciner l'opinion. Les meilleurs citoyens ne voyaient
^dans les troupes qui venaient protéger Paris que
des ennemis qui portaient la flamme et le fer dans
ses ntîurs , croyaient tous avoir à combattre pour
leurs foyers , pour l^urs femmes et leurs enfants.
!^ La nécessité , le péril , le soin de la défense et du
' salut commun , la résolution de périr ou de sau-^
^\er ce qu'ils avaient de plus cher au monde,
i^occupait seul toutes les âmes , et formait de tous
iles courages et de toutes les volontés cet accorc*
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surpreqapt qui « d'une ville immense et ^olemment agitée , fit une armée obéissante à l'intention de tous, sans recevoir Tordre d'aucun; en sorte qu'une fois tout le monde sut obéir où personne ne commandait.
Les armes à feu et la poudre manquaient encore à cette armée , et le comité de la ville ayant protesté de nouveau qu'on n'en trouverait pas même à l'Arsenal , on retourna aux Invalides. L'ordre que Sombreuil attendait de Versailles n'arrivait point. Le peuple allait employer la force ; et telle était l'irrésolution de la cour , ou telle était plutôt la ré« pugnance du roi pour toute espèce de violence , que dans le Champ-de-Mars , à deux pas de l^ôtel que l'on venait forcer, les troupes n'eurent pas l'ordre de le défendre. Sans vouloir rien céder , on abandonnait tout ; moyen de tout perdre avec honte.
Ce fut donc sous les yeux de six bataillons suisses et de huit cents hommes de cavalerie, tant dragons que hussards , tous immobiles dans leur camp , que fut ouvert au peuple l'hôtel des Invalides , preuve bien positive , comme l'a depuis affirmé Bezenval , qu'il était défendu aux troupes de tirer sur les citoyens ; et ce fut là le grand avantage du peuple, que le consentement du roi se bornait à le coiltenir, sans permettre de le traiter ni en ennemi , ni en rebelle. On le vit ce même ordre observé dans Paris , aux barrières , aux boulevards , dans la place de Louis XV. C'était aussi