LIVRE VIII
a eaux ? Non , je ne puis le croire. C'était l'objet de «r tous mes désirs ; mais je n'osais en faire l'objet « de mes espérances. Vos occupations, vos affaires, « vos plaisirs , tout combat ma confiance. Assurez- «m'en vous-même, si vous voulez que je me le a persuade : et , si vous m'en assurez , croyez que «je mettrai cette marque d'atiiitié au-dessus de a toutes celles qui ont été données dans la vie. Ma- « dame Filleul n'ose pas plus se flatter que moi ; <cmais vous seriez peut-être décidé par le désir « qu'elle en montre , et la reconnaissance qu'elle en a témoigne. »
Je partis avec elles; madame Filleul était si mal, et madame de Séran croyait si bien voir mourir son amie en cbemin, qu'elle m'avertit de me pourvoir d'un habit de deuil.
Arrivés à Aîx-la-Chapelle avec cette femme courageuse qui, n'ayant plus qu'un souffle de vie, ne laissait pas de sourire encore à la gaîté que nous affections^ le médecin des eaux fut appelé; il la trouva trop affaiblie pour soutenir le bain, et commença par lui faire essayer tout doucement les eaux. L'effet de leur vertu fut tel , que l'éruption de l'humeur ayant rendu la vie à la malade , dans peu de jours elle reprit des forces et fut en état de soutenir le bain. Alors s'opéra, comme par miracle, un changement prodigieux : l'éruption fut complète sur tout le corps , et la malade se sentant ranimée allait seule, se promenait, et nous faisait admirer les progrès de sa guérison , de son
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appétit , de ses forces. Hélas ! malgré nos remontrances et nos prières, elle abusa de cette prompte convalescence , en ne voulant plus observer le dou:i( régime qui lui était prescrit ; encore , malgré son intempérance, eut -elle été sauvée, sans la fatale imprudence qu'elle commit, à notre insu , au terme de sa guérison.
M. de Marigny, dont la sœur était morte, et qui , voulant se marier à son gré et pour son bonheur , avait épousé la fille aînée de madame Filleul, notre idole à tous, la belle, la spirituelle, la charmante Julie , cédant au désir qu'avait sa femnàe de venir voir sa mère , nous l'amena , et , tout d'un temps , fit, avec le célèbre dessinateur Cochin, un voyage en Hollande et dans le Brabant , pour y voir les tableaux des deux écoles hollandaise et flamande.
Je vous ai peint le caractère de cet homme estimable , intéressant et malheureux. Tout ce qu'on peut désirer de charmes dans une jeune personne , soit du côté de la figure, soit du côté de l'esprit et du caractère, douceur, ingénuité, bonté, gaîté ingénieuse^ raison même, et raison très-saine, tout cela cultivé avec le plus grand soin , se trouvait réuni dans sa jeune femme. Mais , tourmenté comme il l'était par un amour-propre ombrageux , à peipe l'eut-il épousée, qu'il s'avisa d'être jaloux de la tendresse qu'elle avait pour sa mère, et de l'amitié dont elle était liée dès l'enfance avec a>adame de Séran. Il fut témoin de leur sensibilité mutuelle en se revoyant; mais il dissimula le dépit qu'il en res-