LIVRE XVII
pas possible de croire que les ordres que j'ai donnés aux troupes en soient la cause. » Non , ils ne relaient pas ; car ils se réduisaient à maintenir la poKce et la paix.
Cependant rassemblée demandait au roi, avec les plus vives instances , l'éloignement des troupes , lé renvoi des nouveaux ministres , et le rappel des précédents. Il commença par ordonner le renvoi des troupes qui étaient au Champ-de-Mars, mais le départ des autres camps n'était pas ordonné , et dans Paris, qui se croyait toujours menacé d'un assaut , cette nuit du i4 du i5 juillet fut terrible encore. Le peuple , toujours plus farouche, frémissait de peur et de rage ; les motions du Palais- Royal étaleiit des listes de proscription. Le lendemain , à travers une foule d'opinions diverses qui agitaient l'assemblée iiationale, la voix du baron de Marguerit se fit entendre. «Ce n'est pas , dit-il , dans une circonstance aussi affligeante qu'il faut discourir : toute parole superflue est un crime de lèse-humanité. Je persiste dans l'avis que je proposai hier, d'envoyer au roi sur-le-champ de nouveaux députés, lesquels lui diront : Sire, le sang coule, et c'est celui de vos sujets. Chaque jour, chaque instant ajoute aux désordres affreux qui régnent dans la capitale et dans tout le foyûmne. Sîre , le mal est à son comble ; c^est en Joignant les troupes de Paris et dé Versailles , c'est en cliargeant les députés de la nation de porter en votre nom des paroles de paix , que le calme peut se ré-
'i']'! MÉMOIRES.
tablir.»Oui, sire, il est un moyen digne de vous, et surtout de vos vertus personnelles ; ce moyen , fondé* sur l'amour inaltérable des Français pour leur roi , est de mettre en ce jour toute votre confiance dans les représentants de votre fidèle nation. Nous vous conjurons, sire, de vous réunir sans délai à l'assemblée nationale pour y entendre la vérité , et aviser, avec le conseil naturel de votre majesté, aux mesures les plus promptes pour rétablir le calme et l'union , et assuner le salut de l'État. »
Cet avis adopté par acclamation , une députation nouvelle allait se rendre auprès du roi, lorsque le duc de Liancourt vint annoncer que le roi lui-même allait venir , et qu'il apportait les dispositions les plus favorables.
Cette nouvelle causait dans l'assemblée la plus sensible joie , et tous les gens de bien la faisaient éclater , lorsque Mirabeau se hâta de la réprimer. « Le sang de nos frères coule à Paris, dit Mirabeau; cette bonne ville est dans les horreurs des convulsions pour défendre sa liberté et la nôtre; et nous pourrions nous abandonner à quelque allégresse avant de savoir qu'on va rétablir le calme, la paix et le bonheur ! Quand tous les maux du peuple devraient finir, serions-nous insensibles à ceux qu'il a déjà soufferts ? Qu'un morne respect soit le premier accueil fait au monarque par les représentants d'un peuple malheureux. Le silence des peuples est la leçon des rois. ))