‹ Œuvres choisies de MarmontelChapitre 141 sur 165 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Comme si le sang répandu, comme si les crimes du peuple , les crimes commandés par lui-même et par ses complices avaient pu s'imputer au roi! Cependant, malgré l'évidence d'une si noire ca* lomnie , la véhémence de ce discours replongeait l'assemblée dans un triste âlènce lorsque le roi parut; et debout, au milieu des députés, qui, debout comme lui, l'écoutaient , il leur parla ainsi :

«Messieurs, je vous ai assemblés pour vous consulter sur les affaires les plus importantes de l'État. Il n'en est point de plus instante et qui affecte plus sensiblement mon cœur que les désordres affreux qui régnent dans la capitale. Le chef de la nation vient avec confiance au milieu de ses représentants leur témoigner sa peine, et les inviter à trouver les moyens de ramener l'ordre et le calme. Je sais qu'on a donné d'injustes préventions ; je sais qu'on a osé publier que vos personnes n'étaient point en sûreté. Serait-il donc nécessairede vous rassurer sur des bruits aussi coupables, démentis d'avance par mon caractère connu .^£b bien! c'est moi qui ne suis qu'un avec ma nation ; c'est moi qui me fie à vous. Âidez-moi dans cette circonstance à assurer le salut de l'État; je l'attends de l'assemblée nationale. Le zèle des représentanjts de mon peuple , réunis pour le sa lut commun, m'en est un sûr garant; et comptant sur la fidélité et l'amour de mes sujets , j'ai donné ordre aux troupes de s'éloigner de Paris et de Versailles. Je

VOUS autorise et vous invite même k ùàre connaître mes intentions à la capitale. 9

Après la réponse du président , qui se terminait à demander au roi pour rassemblée une communication toujours libre et immédiate avec sa per* sonne, le roi s'étant retiré, rassemblée entière se mit en foule à sa suite, et forma son cortège de* puis la aalle jusqu'au palais.

Ce fut sans doute un spectacle majestueux que ee cortège national accompagnait le roi à travers une multitude qui faisait reteaaiitir les airs d'aecb* mations et de vœux , tandis que, du baut du bail* con de la façade du châfteaii, la reine , embrassant le dauphin , le présentait au peuple , et semUsût le recommander aux députés de la nation ; mais ce triomphe était réellement celui des factieux aux* quelfif le roi ven^t de- se livser. X^es confid^its de la révolution étaient picore en petit nombre ^ k reste était de bonne fcNb; mais les^ fourbes, au fend de leur cœur,, insultant à la noble sineépîlé du roi et à la crédule simplicité de la multitude, s'applaudissaient des pas rapides qu'ils^ faisaient £Bwe à leur {missanee , et laissaient exhaler ces sentimaRls de joie et d'amour mutuel, qu'ils saut^aîent vé^i* mer lorsqu'il en serait temps.

La nombreuse députation que l'on fit par^ pouiF Pari^ y fut reçue dès la barrière jusqu'à YUè^ tet-deiTilie par une armée de cent mille bâmmes divens^ement) armés d'instrumeuls de carnage. Scène évidemment préparée , comme pour étaii^

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