LIVRE XVII
Jes moyens qu'on avait de se faire obéir si le roi n'avait point cédé; et à cet appareil terrible se mêlait une joie de conquérants de cette liberté sans frein qui n'avait produit que des crimes , et dont les meilleurs citoyens eux-mêmes se laissaient encore enivrer. Un blocus, un siège, une famine, un massacre, étaient les noirs fantômes dont on les avait effrayés; et en voyant éloignées les troupes que l'on croyait chargées de commettre ces crimes, Paris ne croyait plus avoir rien à <;raindre.
Arrivés à lHôtel-de-Ville , les députés furent applaudis , couronnés comme les sauveurs et les libérateurs d'une ville assiégée;, calonmie perpétuelle que le marquis de la Fayette , dans le discours qu'il prononça, se dispensa de démentir, n'osant rendre hommage aux intentions du roi , dans la crainte d'offenser le peuple.
Il eût été naturel , il eut été juste de rappeler <lans ce moment ce que le roi avait dit tant de fois, qu'il R'avait assemblé des troupes que pour maintenir dans Paris Tordre , la sûreté , le calme , et pour servir de sauvegarde au repos des bons citoyens. Ce fut là%cc que la Fayette passa sous silence.
«Messieurs, dit-il, voici enfin le moment le plus désiré par l'assemblée natianale : le roi était trompe f il ne l'est plus. Il est venu aujcaird'hui au milieu de nous sans armes , sans troupes ^ sans cet appareil inutile aux bons rois. Il nous a dit qu'il
'i'jÔ MEJUOIRES.
avaitdoDiié ordreaux troupes deseretirer : o£^/(o/^ nos malheurs^ ou plutôt ne les rappelons que pour en éviter à jamais de pareils. »
A son tour , le sincère et courageux Lally-Tolendal se fit entendre ; et pour donner à mon récit toute la vérité qu'il peut avoir , c'est le sien que je vais transcrire.
<c Dans la salie où nous fumes reçus , il y avait, dit-il , des citoyens de toutes les classes. Un peuple immense était sur la place , et j'éprouvai qu'on eût pu facilement , si tout le monde s'était accordé à le vouloir, tourner toute leur exaltation du côté de l'ordre et de la justice. Ils tressaillaient en m'entendant parler de l'honneur du nom français.
Lorsque je leur dis qu'ils seraient libres, que le roi l'avait promis , qu'il était venu se jeter dans nos bras , qu'il se fiait à eux, qu'il renvoyait ses troupes, ils m'interrompirent par des cris de « /e roï/ Lorsque je leur dis : Nous venons de vous apporter la paix de ia part du roi et de l'assemblée nationale; il faut maintenant que nous apportions la paix de votre part au roi et à l'assemblée nationale; ce fut à qui répéterait la paixl la paix! Lorsque j'ajoutai : Vous aimez vos femmes, vos enfants, votre roi , votre patrie , tous répondirent miUefois, oui. Lorsqu'enfin , les pressant davantage, je hasardai de leur dire : N'est-ce pas que vous ne voudriez pas déchirer tout oe que vons aimez par des discordes sanglantes ? n'est-ce pas qu'il n'y aura plus de proscriptions ? Jjâ loi seule en doit pro-